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CHAPITRE XIII

Pourquoi la chute avant la douleur.

Dieu créa l’homme afin qu’un être magnifique, entrant dans sa Société, vint lui offrir un noble amour. Et Dieu voulut qu’il fut issu de sa grâce, c’est-à-dire de son propre Sang. Ah ! que Thomme doit avoir une grande âme ! Il

a fallu que la douleur , ouvrant dans son cœur des abîmes , reculât les bornes de Têtre devant ce Titan immortel.

Car la mesure de Teffort est celle de la liberté ; et la liberté de râme , son angle ouvert dans l’Infini...

La liberté n’est pas un don ; la liberté est d’elle-même, à l’image et ressemblance de Dieu! Si l’infini avait pu se répéter hors de lui , Dieu n’aurait pas eu recours à un mode de création. Le créé , c’est le relatif; il faut qu’il ait ses bornes ! En créant l’homme entièrement , Dieu l’eût jeté dans la condition toute contraire à l’absolu. Convoquée pour l’immortalité , râme devait tenir de son acte

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ce qu^elle ne pouvait tenir de son être. Il fallait à l’ami de Dieu un motif réel à la Gloire!

Ne pouvant se devoir sa substance , l’homme se devra sa personne.

Delà, Dieu nous créa le moins possible. Il sacrifia en nous la nature, pour mieux nous remplir de la grâce. Et l’homme devait être créé d’autant moins que, s’il revenait sur son être pour détruire ce qu’il n'avait créée, le mal, qui accomplirait cette cruelle opération, allait ouvrir plus haut dans l’amour une source surnaturelle...

îl fapt voir les faits, et non pas s’arrêter aux mots !

Car ceux qui n’aperçoivent de la chute que le mal et la douleur, pensent qu’au lieu de créer l’homme si faible et si prêt de faillir, Dieu aurait bien pu le rendre aussi parfait que les anges , et surtout aussi heureux! L’homme plus heureux^ il leur semble que tout serait dit.. .

Il est rare qu’on ne fasse pas la bévue de mettre sur le eompte de Dieu tous les inconvénients du relatif, conséquemment toutes les difficultés qui tenaient à une création. Au commencement, on l’oublie , l’absolu seul devait exister; déjà il a fallu en braver les conditions éternelles pour qu’en dehors un nouvel être fut adipis à l’existence , surtout un être qui

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porte » l’absolu quant à l’acte! Si nous laissions arriver jusqu’à nous la clarté rationnelle , nous verrions les attentions de l’Infini!

Et d’abord , Dieu n’a pu nous créer immédiatement dans le bonheur et dans la gloire , comme le demandent avec l’empressement de l’ignorance tous les hommes égoïstes et avides de jouir. Les Intelligences célestes qu’il avait par bonté toutes créées en cet état, ont été en proie à un orgueil si complet que leur chute a passé jusqu’à présent pour être irrémédiable.

Et ensuite, l’homme fut même, à ce quàl paraît , créé trop près de cet état , puisqu’il donna aussitôt pri^ à un si fort orgueil ? Le Dante a dit ce mot d’Adam : « L’homme

qui ne naquit pas en se damnant damna toute sa race! »

L’orgueil naîtra toujours de la sottise de celui qui ne sait point ee qu’a coûte son existence , et de la faiblesse de celui qui n’a point forme de lui-même l’amour et la volonté dont se constitue notre âme. On parle beaucoup de liberté, il faudrait comprendre tout le sens de ce mot !

Pour devenir quelque chose de grand , il faut s’être commencé faible. Le propre de la liberté est de n’avoir point d’ancêtre. L’humilité est la force de ce qui est libre. On le voit même ici-bas pour la fortune , comme pour le^ génie et la vertu. TjCS pierres de la

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base sont les plus lourdes à remuer! Celui-là en atteindra la perfection , qui a su poser les fondements de son être. L’amour ne doit naître que de lui-même; et c'est bien là son mérite. Il faut qu’il ait été créé le plus petit; c’est la seule condition pour qu’il s’élève à l’Infini. Pénétrez avec cette pensée les origines insondables...

Aussi , j’ai remarqué dans les Ecritures deux jugements inexorables. Le jugement qui fixe le sort dont les célestes Esprits n’ont pu se relever jette un jour sinistre sur les premiers plans de la création ; et celui qu'en dernier lieu l’Evangile a porté contre les riches de la terre, projette jusque sur le plan où nous sommes une

lueur qui épouvante... Dieu se voit doue obligé de son côté de tenir les êtres aussi faibles que possible, afin de tout laisser faire à leur liberté. Il n’y a de solide en riionnne que ce qu’elle a fondé!

Et l’absolu , au lieu de nous donner bêtre tout fait, nous envoie la grâce.

La bonté de Dieu s’est arrêtée bien à temps... Parmi nous, ce sont ceux à qui il a donné le plus qui font le moins : Voyez les riches! Ne cherchent-ils pas à éviter toute peine , même lorsqu’il faut louer Dieu! C’est cette frayeur de la douleur et de la peine qui établit si vite leur infériorité. La fortune tombe des mains qui fuient la fatigue, et, ainsi que l’intelli-

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gence , échappe aux enfants dégénérés dans une éducation sans vigueur. C’est toujours le plus humble qui travaille, le plus simple qui s’élève, et l’être faible songe le premier à aimer.

Qui oublierait que Gain, le premier né d’Adam , fut engendré dans le paradis terrestre ! Dieu n'a pu suivre sa bonté... Plus son amour s’avance en nous , moins notre liberté a de place. La grâce ne verdit en sûreté que sur la tige qu'elle a formée. Dans l’enivrement des dons de la nature, l’ânie s’enfle et puis succombe. La créature doit être réduite à son germe. Hors de l’infini, tout don n’est qu’une proie à l’orgueil. Même après notre création, le Ciel le vit

avec douleur. L’amour , l’amour avait encore trop accorde: il fallait que l’infini donnât moins , et l’homme davantage. Dieu jugea le f)élu<2:e nécessaire... Pour la troisième fois le relatif fut ramené plus près du néant !

Au début de la création , l’a me devait être sans doute beaucoup moins homme , beaucoup plus ange; et préparer ainsi la transition de la création antérieure. Le nouveau germe émis par Dieu a tout franchi... Delà , la rédemption est devenueinévitable. L’homme est entré dans un ordre non-

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veau ^ et en quelque sorte imprévu. L’amour au fond !e savait bien... Un Dieu de bonté et d’audace a voulu la liberté!

La liberté remet l’homme tout à faire. I ja création a commencé , il faut que l’âme reprenne son commencement. Eh ! l’homme ne s’admet pas lui-même, comment admettrait-il en lui ce qu’il n’aurait pas formé ! Il faut que sa nature TOMBE : il ne doit être composé que de grâce et de liberté !

Ah ! ne t’étonne plus de l’ardente continuité du travail; il est besoin que la liberté revienne sans cesse sur toi-même, qu’elle ait tout vu, tout repassé; qu’elle ait repris les avances que Dieu a faites, car tout s’écroule qui n’est pas

tenu par sa force. Autant elle agrandit ton âme , autant elle ouvre le vase d’or où la grâce peut, cette fois, se répandre au gré de l’Amour!

Voilà donc pourquoi ce Christianisme, si merveilleux, veut abolir en nous la nature ?

Qu’aujourd’hui je comprends bien pourquoi il fut la religion de la douleur en même temps que de l’amour !

Qu'aujourd’hui je comprends bien pourquoi la très-sainte Eglise prêcha toujours la pénitence ! Oh !

gloire à toi , qui as mis la liberté dans nos veines !

Toutefois, Dieu dut créer l’homme bien ; c’est-à-dire en pouvoir

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de ne pas pécher. Il appartenait à l’homme , après cela , s’il se laissait cheoir jusque vers les racines de sa liberté , de se reprendre en sous -œuvre dans le tréfonds de la douleur. En cette manière, c’est lui qui a accepté le genre d’épreuve qu’elle impose ; en même temps qu’il a voulu les fins dont elle accroît son être. Dieu fit l’homme , l’homme fit le mal , personne ne fit la douleur ; elle naquit des embarras du relatif passant à l’existence immortelle.

Delà la Chute fut en quelque sorte laissée au libre arbitre de l’homme.

Avouons-le aujourd’hui, à notre honte autant qu’à notre gloire, c’est l’homme qui s’est mis dans

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la nécessité de reprendre son être de plus loin , conséquemment avec plus de mérite devant Dieu!

Aussi , les Cieux ne tardèrent pas d’envoyer à ce noble fils de rÊtre un secours tiré d’une source d’amour plus profonde que celle même d'où sortit la création .

O FELIX culpa! s’est écrié un Saint. Et l'Eglise le répète après

lui dans ses hymnes de fêtes

Nos plus beaux titres de noblesse viendront des droits de la douleur !

Courage , nobles âmes ! riiomme se crée une nouvelle vie de sa vie même! La douleur décompose la première matière , qui est l’orgueil. Car le créé doit disparaître , il n’est qu’une première mise de

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fonds... Dans l’infini la substance était d’elle-même, le Verbe ne fut point créé : genittinij non factum !

Eh quoi! il emprunta notre nature pour nous enter sur les mérites de la sienne... quelle essence Dieu

a-t-il rêvée dans les Cieux ? et

avez-vous sondé cette parole dite à l’homme: Mon fils!.... Jeledis, je le dis , vous ne savez pas ce que c’est que la douleur... Le travail prépare ici-bas un être qui , plus sublime que l’Ange , ne tombera plus de l’infini !

Tendres âmes , concevez-vous maintenant pourquoi Dieu , tout en prévoyant la chute , ne s’est

point arrêté devant la création !

Encore ne savez-vous pas les conséquences que rinfîni , dans son système immense, va rattacher à la seule liberté de rhomme ; encore n’avons-nous pas dit la portée des mérites renfermés dans le mystère insondable de la douleur!

Ah ! la question n’est pas sur la douleur, mais sur la quantité dont l’ânie en est environnée en venant sur la terre...

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