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CHAPITRE XV

Douleur et amour : voilà l’homme.

Sueurs de l’homme! larmes de l’homme ! sacrées jusque dans le nom que vous prêtent les langues, auriez-vous le grand respect du genre humain si vous tiriez tout votre prix des motifs, presque constamment vains, qui vous ont fait couler?

Mais Tunivers m’en a peut-être plus dit que riiomme... Je l’ai vu, tout se ramène à cet être sublime, sur lequel Dieu semble résumer ses sollicitudes, comme chaque astre du ciel , diriger ses rayons.

Tout demande une place autour de lui ; jusqu’à ses globes environnants qui se plient sous la subordination apparente dans laquelle la petitesse , qu’inventa la distance, les fait tourner à nos yeux.

Leurs feux secondaires s^allumant sur nos têtes au moment des mvstérieuses paix de la nuit , semblent nous les montrer comme suspendus d’admiration, circulant dans

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Forbe d’une prière immense autour du lieu libérateur...

Vois au loin... et cette terre, et ces cieux... La lune aussi harmonieuse qu’un chant... les étoiles comme des sons dans le silence infini... et dans l’azur la pourpre lointaine des mondes... l’insaisissable partout répandu — Homme, vois, vois, tout est si beau!!. Dis, si pour ton seul agrément ces paupières fortunées ont jamais vu la lumière !

La nature n’a pu retenir sa pensée et garder le secret des Cieux... Quelle hymne chante le soir dans les solitudes du silence?

J’ai écouté les bruits de la terre ,

‘21àS de la douleur

ils me racontaient quelque chose d’inconnu ; et j’avoue que je n’ai pu assister au spectacle de ses nuits sans être pénétré d’un frémissement immense et solennel.

Poète , il faut me dire quel est ce grand secret de mélancolie que la lune aime à raconter aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers...

Et moi sur le haut de la montagne , j’ai entendu passer le vent comme s’il portait tous les soupirs des mondes. Et dans les cimes des grands pins , et vers le bord de mes genêts , derrière le pan de ma muraille , comme auprès de ma porte close , toujours sa voix est revenue avec les mê-

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nies gémissements , et mon âme m’a demandé ce que c’était :

— Ah! il faudrait que je fusse morte pour rester sourde à cette voix! Que je fuie sur les monts, que je traverse la plaine, que j approche de l’Océan, la même plainte arrive à moi... Pourquoi le vent vient-il toujours gémir ainsi ; il faut bien que quelquuin lui ait donné cet accent?

Et je répondais à mon âme , écoute mon pressentiment :

Les divines hiérarchies brillaient dans leur pureté; et Dieu songeait aux êtres qui brilleraient dans leur mérite. Déjà l’éternelle pensée contenait les essences qui devaient être par vertu ce que l’ange est par nature : les Gieux restaient consternés d’avoir vu l’orgueil naître de la spontanéité du bonheur! L’amour ne tentera plus de faire échapper les esprits aux conditions éternelles. L’Absolu a des frontières redoutables :

la douleur est l’unique passage de la liberté ! Les âmes recevront le temps ; elles feront successiveinent en elles ce qui s’est iden-

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tiquemeiit opéré dans l’Être

Alors TEternel demanda au Ciel bienheureux s’il n’y avait pas quelque Puissance qui voulût accepter la douleur pour la nouvelle " Création. Les hiérarchies divines, se pressant tremblantes contre Dieu, restèrent dans le silence. Dieu dit ; Je ferai l’hom-

me à mon image et ressemblance!

— Ah ! dis-moi quelque chose d’infini sur l’homme, parce que dans mon émotion je vis à une profondeur que ma pensée n’éclaire plus.. .

Mais le Dieu qui aime n’a pu voir toutes ses créatures éprouvées à la fois dans les douleurs de rineffable enfantement. Vers cette tendre oreille des Cieux, les cris de l’individualité naissante ne pouvaient monter de tous les points de l’unh^ers : reculer les bornes de rêtre , c’était porter plus loin les confins du bonheur! Cependant l’infini , parcourant sa carrière éternelle , versait à profusion les sels delà vie sur les champs arides du néant; et l’immensedouleur , fécondant les germes des êtres , couvrait la création..*. Il fallait que l’onde amère se retirât

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de ses rivages pour rentrer dans son golfe le plus étroit ! Pour que l’éclatante joie , révélant l’immortalité aux êtres , puisse briller sur l’univers, le filon d’or de la souffrance habitera les cœurs profonds. Et Dieu enleva les ra-

cines des êtres avec toute leur solidarité !

— Ah ! dis- moi quelque chose d’infini sur l’homme , parce que dans mon émotion je vis jusqu’à une profondeur que ma pensée n’éclaire plus...

234 LA 1) oui. LL] R

Et cette main de l’infini qui dans un germe mit tout l’arbre , et dans Tarbre une forêt, mit dans la souche toute l’espèce , et toute l’œuvre de l’espèce. C’est ainsi qu’on vit sur la terre les Patriarches être la source des nations ; ils leur ont fait leurs destinées, de iiiêine que leurgloire et leur nom. . .

Et Dieu retirant le principe premier de l’être, la liberté, il le condensera. sur une race de Rois , afin de lui confier aussi l’épreuve des innombrables nations des âmes. Cet être royal portera le sceptre de la liberté , et marchera enveloppé dans la pourpre de la

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douleur. En lui est le pouvoir de tous , en lui sera l’oeuvre pour tous ! Alors cet être sera vu représentant sa race entière devant l’épreuve , afin que sa race à son tour soit chargée de l’imputabilité universelle. Car l’homme va être tiré du principe de l’identité de cette grande création portée dans les flancs de l’amour..... Et Dieu ayant conçu l’être cosmogonique, en lui les êtres se sont retirés dans leur essence!

— Ah 1 dis-moi quelque chose d’infini sur l’homme i, parce que dans mon émotion je vis jusqu’à une profondeur que ma pensée n’éclaire plus. . .

Fixé au bout de la chaîne électrique des êtres , riiomme se sentira un avec Tunivers. Foyer central, dans sa souffrance, grand réflecteur, par son amour, il sera le Patriarche des mondes, et l’uni versel Adam. Pour lui révéler sa mission. Dieu descendra sur ce globe; lorsqu’assumant toute la douleur des temps pour la faire tenir dans son cœur, et que portant la croix du monde, il gravira le Golgotha, une voix dira : VOILA L’HOMME!. Et l’homme s’écriera à son tour, si le calice ne peut se détourner, que Votre volonté soit faite! Dès lors le fils ardent de

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l’être ira fonder dans le relatif une existence réelle , par la liberté , et lui tracer vers l’absolu des frontières éternelles , par la douleur. Tout va mouvoir sur ce seul être; Dieu a trouvé le point où doit tomber sa grâce , le Poème vivant de la . création marchera

dans son unité Et dans les

traditions , l’homme sera nommé Enosli, d’un mot qui signifie Douleur!

— Ah ! dis-moi quelque chose d’infini sur l’homme , parce que dans mon émotion je souffre à une profondeur où ma pensée n’arrive plus —

‘ L’Echelle des astres était remplie , et les innombrables globes mis en leur ordre et dans leur Yoie. Dieu, étant au Sixième jour, déposa l’homme sur la terre, afin de se reposer lui- même à son Septième jour. Et dans ce jour du Seigneur, l’honime fera comme sur les sphères, pour mieux prier, il cessera de travailler, mais sans jamais cesserodiaimer. L’homme achevé, les Gieux s’écrient iî Valde banal I Tout est parfait!! . . A^cha* que bonne action qu’il fera , une âme naîtra dans un monde portant l’imputabilité; à chaque douleur qu’il aura, cette âme trouvera

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en elle son pouvoir d’immortalité.

Mais l’homme, qui a ceint la douleur , revêtira la sainteté pour paraître au milieu des anges ! Dès lors le temps se déroula : les larmes aussitôt coulèrent dans les ruisseaux du genre humain. Douleur et amour , tel fut l’homme ; tel il est

encore aujourd’hui Et il aima

et travailla ; et il gémit pour travailler, et gémit aussi pour aimer!

— Oui ! je crois qu’un monde gravite dans l’espace pour toute âme qui paraît en cette vie : car le poids de douleur qu’un cœur seul peut porter, me semble faire équilibre au poids de tout un monde. —

FIN nu DERNIER CHAPITRE.

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Les âmes affligées, toutes bien soumises à Dieu, entreront dans une grande piété, laissant là mon pressentiment. Que t’importe, ô mon semblable, pour quel but tes beaux yeux versent des larmes :

rinfini les reçoit toujours ! Prends donc ta croix et suis le Christ, sans savoir si , comme lui , tu la portes pour tout un monde... Qui le suit ne marche point dans les ténèbres !

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NOTES

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