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je demande ce que deviendra la population qui reposait sur cette production ?
De plus, la France est pli}'siquemenl incapable de venir au secours de la population industrielle. L’impôt aurait la faculté de prélever sur un point pour reverser dans une autre. Mais sur qui le lèverait-on? Evidemment sur le capital qui reste, sur les habitants des campagnes. Or, vous savez la vérité sur le sol...
On a voulu commencer. Déjà sous la forme d’ateliers nationaux, de commandes, de primes et de secours, des millions provenant des ouvriers des campagnes sont allés aux ouvriers des villes. Le préjugé qui consiste à croire qu’il y a beaucou[> de richesses en France, qu’on pourrait au besoin créer du capital par décret, et qu’enfin sans inconvénient on peut déplacer le capital dans une nation, ne bornera pas là notre ruine.
Devant vous la position est forcée. Le capital fictif qui soutenait la population des villes est détruit ; le capital agricole est seul debout à travers son hypothèque. Vous voudrez prendre où il y a, pour porter où il n’y a j)as. Le premier impôt a levé le peu d’avances qui restait ; le secoiul soulèvera les hommes. îl faut le dire, la question se trouvera ainsi posée dans les faits ; la guerre des campagnes contri* les villes
Le résultat de tant d'erreurs est-il enfin palpable : d’un côté, un capital énorme anéanti sur lequel un vaste population s’est assise ; de l’autre, toute la population du sol appauvrie depuis trente ans par celle émission exagérée des valeurs fictives! Déjà cette dernière ne peut se suffire, et la )iremière est obligée de recourir à elle pour ne pas périr ! Vous parliez d’organiser le travail, c’est bien temps raainteuanl ! l’organisation du travail, c’est un capital en état de
le soutenir. Ouvrirez-vous les jeux : sont-ce nos 28 millions d’agriculteurs qui demandent d’organiser leur travail?...
Tout le mal vient de l’abus du commerce.
Autrefois, nos deux industries agricoles et manufacturières en contact produisaient pour pourvoir à leurs nécessités mutuelles. Ces deux activités économiques en présence pouvaient s’arrêter à la limite de leurs vrais besoins. Il en fut ainsi jusqu’à la fur du mojen-âge. On ne pensait alors qu’aux justes nécessités, on songeait moins aux fortunes.
Mais entre les deux industries agricoles et manufacturières, les Juifs vinrent établir l’industrie intermédiaire du commerce, pour transjmrîer les produits de l’une à l’autre. Dès ce moment la production entra dans une autre voie.
En premier lieu , les deux industries agricole et manufacturière n’ajanl plus de rapports entre elles, aucune des deux ne sut le point auquel elle devait arrêter sa production. Elle a dù aisément penser que toute production augmenterait son profit, et que les moyens de consommation seraient toujours au niveau. Delà une grande partie de l’activité employée non à une augmentation de richesse, mais à une véritable destruction.
En second lieu, cette troisième classe ayant pour objet de vendre cher et d’acheter bon marché, et pour but non plus comme les deux précédentes l’inlérêlde la production, mais la consommation la plus grande possible des produits de toutes sortes, elle ne s’occupa plus des besoins véritables de ces deux autres classes. Elle eut au contraire intérêt à en créer de superflus pour augmenter son trafic.
Dès lors une nuée d’entrepreneurs de commerce se répandent et se trouvent en lutte partout. Dès lors concurrence entre eux pour s’emparer des débouchés. Dés lors nécessité de réduire les prix. Dès lors nécessité de produire
AVANT-PROPOS
à meilleur marché, c’est-à-dire de diminuer le profit du capital et le salaire de l’ouvrier.
Dans cette concurrence sans limite et cette fièvre de la production, la richesse s’est accrue ; mais le salaire et le profit ayant diminués la consommation s’est d’autatit réduite. De là encombrement , c’est-à-dire existence d’une production inutile, c’est-à-dire destruction d’un capital. De là le commerce, ne trouvant de plus en plus ses acheteurs que chez les hommes en qui la concurrence a concentré les capitaux, au lieu de produire les choses de nécessité produit les choses de luxe. De là détournement de plus en plus du capital au profit du superflu , c’est-à-dire aux dépens des masses.
Sur ces entrefaites, les gouvernements voyant la production augmenter, augmentèrent aussi les impôts; le fait retombe sur la production et les masses encore le payent. Les gros budgets sont venus avec les gros capitaux tout prêts. Les gouvernements favorisèrent le commerce aux dépens de l’agriculture afin de savoir où les prendre. Les commerçants profitèrent de leur crédit pour créer des valeurs commerciales énormes. Ces valeurs, qui s’élevaient au chiffre effrayant de 20 milliards, ont déprécié d’autant le numéraire et le sol ; il a fallu deux ou trois fois plus d’argent pour [layer les frais agricoles. De là l’agriculture ruinée s’hypothéquant sans profit pour l’industrie. Qu’une cause vienne détruire cette richesse de crédit, la détresse est universelle; la misère qui poursuivait l’habitant des campagnes et atteignait celui des villes, frappe alors la Nation...
Résultats du commerce : disette dans les choses tuiles ; surabondance dans les choses superflues ; pénurie des masses et ruine des capitaux, c’est-à-dire paupérisme.
Quand l’Eglise nous mit en garde contre les Juifs, contre
A VANT-PROPOS
les banques, contre l’usure, enfin contre l’abus du commerce, nous n’avons pas voulu l’écouter....
Écouterez-vous les faits ? Premièrement , le commerce substituant la valeur vénale à la valeur réelle, bouleverse les lois de la production. Secondement, le commerce se substituant aux besoins, renverse les lois de la consommation. Troisièmement, le commerce substituant les richesses de superfluité aux richesses indispensables, détruit la population.
L’affaire du négociant n’est pas d’étre utile, mais de vendre. Le commerce n’est plus, comme dans les livres d’économie politique, cette industrie qui, transportant le produit au lieu de sa consommation, crée devant le besoin une richesse réelle. Il devient cette puissance accélérant partout la consommation par un bas prix qui vient de ruiner quelque part une branche du travail. L’institution du voyageur de commerce est un fait qui explique tout.
Le bienfait du commerce fut d’enlever l’industrie à l’état domestique. Son fléau est de s’étre fait le sol des objets de luxe. C’est par ses soins, c’est pour son but que du lin valant 1 fr. est converti en une dentelle de 3000. Je demande où sont les 2999 fr. de travail, c’est-à-dire de capital , entrés dans cette confection? Un peuple qui laisse le droit de transformer ainsi sou capital pour les besoins païens ne risque pas de s’enrichir ! Il crée une richesse pour satisfaire ses besoins de nécessité, aussitôt on la lui clwnge en un objet de vanité...
Notre misère a commencé le jour où les hommes ont voulu s’enrichir. Les lois de la richesse ont été bouleversées dans le monde. Comme la terre ne fut pas faite en vue de fournir de l’or, les digues économiques ont été rompues et le capital s’est perdu. Le jour où pareil fait se déclara chez
les nations antiques, elles disparurent. Les populations déshéritées du capital allumèrent une guerre civile qui amena la destruction de ces Etats.
Les Prophètes n’ont pas parlé que pour les Juifs ! Ils ont dit la ruine des peuples que le commerce, dans ses conséquences économiques el morales, avait dissous. Les sociétés modernes auraient-elles d’autres fondements ; et l’homme reposerait il en dehors des lois morales?
On lit avec stupeur en France des réflexions comme celle-ci ; «Nos finances courent à une catastrophe qui j)a- « raît inévitable. » Quoi ! on n’a vu que la ruine de l’Etat ; on ignore celle de la Nation! On s’effraye devant la dette financière ; et l’abîme économique ouvert sous la société française ?
Qu’un État fasse banqueroute, une nation riche peut avec du temps tout rétablir. Mais quand c’est la nation elle-même, qui peut venir à son secours? Et la position est telle que si vous êtes monarchistes je vous dirai : la plus heureuse monarchie à cette heure n’y pourrait rien ; et si vous êtes républicains : la plus parfaite république ne saurait en ce moment sauver la. France.
Une chose fut oubliée dans tous les calculs, c'est le produit à la longue de la vertu ou du vice chez un peuple.
Depuis cinquante ans on ne voyait que politique ; sc doutait-on qu’il y eut des lois économiques pour fondements aux nations ! Le lendemain de notre révolution, le premier devoir du gouvernement n’était-il pas de déclarer à la France
AVANT-^PROPOS
sa silualioii économique. Toule famille prend conseil de son inventaire.
L'incurie était si complète qu’on apporta à la 'fribune une bévue inimaginable : au lieu de soustraire au capital les créances hypothécaires , on eut la bonté de les y ajouter! Puis, ignorant que dans l’estimation du sol les constructions étaient comprises, on joignit au 41 milliards un chiffre emprunté aux Compagnies d’assurances. Enfin, les valeurs fictives ne faisant pas l’objet d’un doute , on les ajouta au total. Le passif et l’actif ainsi portés à la même addition, on ne fut pas en peine d’attribuer un capital de 120 milliards à la France. C’est-à-dire qu’on donna la somme, non pas de ce qu’elle possède, mais de ce qu’elle a coûté (1) !
Triste courage ! le jour d’une ruine qui épouvante et rappelle un pays à l’économie et à la résignation, on vient le convier, sous le prétexte d’une richesse inépuisable, à des entreprises politiques et économiques désastreuses , innouïes, propres à renverser ce peuple avant trois ans !
On croyait à une telle surabondance du capital que tous les décrets se conjuraient pour l’attaquer. La Révolution ne semblait faite que pour frapper ce terrible géant ! Ceux qui feront entendre à la France qu’elle est riche peuvent, au point où elle est, doubler eu un an le mal qu’on lui a fait en un siècle; ceux qui la convaincront qu’elle est dans une crise ordinaire et toute transitoire achèveront de la tuer.
(i) Ajoutez, d’autre part, dani les esprits un tel délire que la presse tenait des propos comme ceux que textuellement je cite: «Adieu, monde « de souffrances et de misère que l’humanité vient de franchir, le a4 « Février t’a clos à jamais !» Et ailleurs : «Que le gouvernement pro- « cède à l’association avec, les biens des hospices; dans peu le peuple « sera assez riche pour se faire soigner chez lui. »