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X LU

AVAIS ï- PROPOS.

La France est en ce moment la nation vivante la plus pauvre de l’Europe après l’Espagne. Elle fut infestée de la même erreur , je tremble qu’elle ne soit victime du même sort.

L’Espagne a cru que la richesse était dans l’or. Abandonnant les trois agents de la production , elle ne tarda pas à céder les métaux recueillis pour obtenir ce que son sol et son travail ne donnaient plus. L’Etat ruiné acheva par ses impôts de décourager et d’abattre la propriété. La France a cru que la richesse était dans l’industrie. Elle a peu à peu, également, abandonné le sol qni nourrissait et vêtissait sa population. Son gouvernement en est à rêver l’emprunt lorcé et le papier hypothécaire !

Nous avons voulu adopter l’économique anglaise; mais nous avons oublié un fait, c’est que cette nation possède aux Indes près de soixante millions d’esclaves produisant à trois sous par jour ! On se défaisait du sol pour quelques capitaux, que Ton portait aussitôt dans l’industrie. Pendant ce temps la prévoyante Angleterre encaissait les bénéfices de son commerce dans son sol. Aujourd’hui un grain de blé semé en France rapporte une moyenne de 6 ; ce même grain en Angleterre en rapporte de 10 à 12. Qu’est ce à dire, sinon que l’Angleterre est aujourd’hui une fois plus grande que la France !

L’étal économique comparé a changé à ce point que les idées qui étaient vraies il y a un siècle et demi, ne sont plus que des préjugés. On croit encore que tout est bon marché en France; cette erreur tient à la rareté d’argent; on croit que tout est cher en Angleterre, celle erreur tient à leur abondance de numéraire. Mais le bon marché n’est qu’apparent en France ; d'abord parce qu’en tout le capital y est moindre, ensuite parce que l’impôt y est exorbitant par rapport au produit net.

AVANT-PROPOS

XLiir

L’Allemagne a Iravaillé également à mettre son capital dans son sol. La viande y coûte centimes la livre et le pain de 10 à 15 centimes; tandis qu’en France, la viande coûte 45 centimes et le pain de 15 à 20 centimes. Ce prix de la viande et du pain, c’est tout simplement le prix du sang qui entre dans nos veines, c’est le prix de l’homme en France.

Si un homme coûte à sa source un tiers de plus chez nous que chez les autres peuples européens, nous sommes battus. D’abord nous le sommes commercialement; l’étranger n’élèvera pas ses prix pour nous attendre. Battus sur les marchés, on l’est inévitablement ailleurs. Au fond les nations sont entre elles comme leur capital. Je disais que nous prenions le même chemin que l’Espagne !

Toute notre économique est faussée ; cette science a été faite malheureusement sous les idées du 18*^ siècle. Les détails constatés sont bons; elle a analysé les éléments et fait en quelque sorte une curieuse anatomie. Mais la recomposition du corps vivant de la richesse a échappé à sa portée. Elle n’a répondu que par le scepticisme à la notion transcendante sur laquelle repose le capital. Les peuples actuellement exposés aux conseils de cette science, souffriront encore de grands maux.

Tant que, bornée au point de vue païen, elle prêchera la richesse à l’homme, elle sèmera la pauvreté. Il faut que l’économique se refonde sur les idées chrétiennes , c’est-àdire sur les idées pratiques mêmes. Elle est stérilisée dans sa source et vers son résultat.

L’immoralité a déterminé une consommation improductive énorme, en dehors de toute limite économique. Ce genre de consommation appauvrit directement une nation. L’a pensée de la solidarité n’a même pas éclairé les bases

AVANT-PROPOS

économiques. On ne peut consommer du capital sur un point sans que sur un autre le travail ne se détruise.

Dans la stricte vertu du riche, comme dans la stricte épargne du pauvre sont les sources de la Richesse publiqvie. La science disait le contraire.

Mais par Richesses il faut entendre celles qui satisfont les besoins de nécessité et ceux de développement, c’est àdire les besoins chrétiens. Quant aux richesses de vanité et de superfluité, elles sont la destruction des premières, et la destruction de la nature humaine.

On vit le capital d’un peuple se partager eu deux ; celui qui correspond à la production des objets de nécessité, et celui qui correspond à la production des objets de superfluité. F.h bien ! le second est autant de dérobé au premier ; c’est-à-dire que le luxe est autant de prélevé sur le pain.

Quand par son immoralité un peuple attire les forces de la production sur les objets de luxe, il accroît d’autant sa {)cnuric. Tl arrive que les masses ne peuvent plus réduire leurs besoins de nécessité jmur acheter ces objets de vanité, ainsi la position des campagnes. Et le moment où les ouvriers des villes ne peuvent plus se contenter des profits de leurs produits, esî celui où l’on ne peut plus les acheter. C’est ce qui arrive à cette heure en France.

Or, toute production non demandée est une destruction de richesse ; de plus, une destruction du capital et du travail affectés à cette [)roduction ; enfin, une destruction par le paupérisme de la population qu’elle suscitait : ruine sur ruine. Toute décadence est rapide.

Le danger de cette bifurcation du ca[)ilal en capital légitime et eu capital de luxe est d’autant plus grand chez un peuple- qu’il est plus avancé en civilisation. L’énormité de sa population lui fait une nécessité de préserver du moindre

AVANT-PROrOS.

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