‹ De la douleur ... Précédé: Des temps presentsChapitre 9 sur 48 · XL V I · texte numérisé non relu

XL V I

AVANT-PROPOS

Chez elle, le capital reposait sur l’esclave, il ne pouvait le consommer. Quand le christianisme, détruisant l’esclave, confia le capital à l’homme libre, c’est qu’il lui donna la vertu, qui empêche de le consommer. Détruisez la vertu par sa racine, qui est la foi, il ne reste plus de barrière entre la barbarie et nous.

Depuis cent ans on n’a fait de , progrès que dans le paupérisme. Qu’on marche ainsi pendant cent ans, l’humanité disparaîtra de l’Europe.

La voie de formation des peuples, c’est la morale et l’agriculture ; non la politique et le commerce. Dans ce règne de l’industrie, on fît des hommes le moyen, les choses sont devenues le but.

De là, ce fait qui n’avait jamais existé, le paupérisme ! La statistique effrayée vînt dire que, partout où l’industrie s’étendait, la pauvreté augmentait.

De cet unique problème les économistes devaient être frappés : Gomment se fait-il que le paupérisme soit partout proportionné au développement de l’industrie?

Quoi! la richesse s’accroît, et la misère s’augmente Si l’activité s’est partout développée, le mal vient donc de la fausse direction qu’elle a prise? On s’en est enfin aperçu à ce fait : le paupérisme.

Le paupérisme a produit dos populations d’hommes qui sont aussi éloignés de l’humanité que pouvaient l’ètre les esclaves. Si l’industrie continuait, les hommes ne pourraient plus vivre, la population disparaîtrait.

Sans cet arrêt infranchissable, l’ordre moral eut achevé de s’écroul'er ; les hommes retournaient au point où ils étaient avant le Déluge. (îomme la douleur dans l’organe, le paupérisme est l’avertissement des nations.

Tout le monde était riche en France de choses qui n’exis-

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talent pas. Supposez quatre joueurs dont deux auraient gagne trois fois ce qu’ils posséderaient entre tous. On gagnait des fortunes sur le papier, mais la dépense se faisait sur le terrain. Chaque faillite dissolvait d’abord ses valeurs fictives; puis, atteignant les fournisseurs, emportait un lambeau au véritable capital.

C’est le crédit qui a ruiné ce dernier règne. Avec 50 mille fr. on entamait au moins pour 600 mille fr. d'affaires. Par le crédit, un capital de 50 mille avait donc le droit d’en exposer un de 550 mille ! La plus grave des fautes économiques est de remettre le capital aux mains de celui qui ne le créa pas. C’est en ignorer foncièrement le caractère et l’origine. Par le crédit, sous prétexte de s’enrichir, on met d’abord en jeu le capital saisissable; puis créant des valeurs fictives où il commence à s’arrêter, on peut entraîner le reste.

Le crédit tombera par celte unique raison qu'il est une amplification du capital. Le capital, substance de l’amélioration humaine, ne provient que de la vertu. Partout il a été placé comme véhicule du bien. Quoi ! l’homme trouverait un moyen d'échapper à la vertu : croyez la création mieux faite ! Quels gens sages désormais se prêteraient au crédit? On a eu la naïveté de dire à la Tribune : « tout le monde demande du crédit » ; c’est bien faux, tout le monde le refuse.

Hommes d’État, qu'est devenu le travail employé à un capital qui n’est plus? Par le crédit on peut dévorer la moitié d'une nation. S’il fallait aujourd’hui payer à chacun sa fortune, on ne trouverait que ce qu’il y a. Que deviennent les multitudes qui ont fondé leur pain sur ce sol ? La France, autrefois, ne courait pas ces diffKîultés en révolutions , parce qu’elle n’avait pas autant de richesses fictives, Noble et

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aimée, elle voyait tomber non loin d’elle les Étals qui s’en servaient

Créer des fortunes factices et consommer réellement ne peut enrichir un Étal. Élever des populations sur un capital absent, c’est prendre la roule de l’abime.

Depuis Colbert, la France a été fatalement dirigée.

Si tout notre mal vient de l’abus du commerce, cet abus vient de la cupidité; et la cupidité, de l’immoralité.

Les grandes lois sont là. Une population ne se forme que par l’attérissement de la richesse sous ses pieds. Elle s’augmente à mesure que ce territoire s’étend.

Une nation n’esl qu’une population qui a créé son capital. L’état sauvage n’esl que celui où le vice l’empêche de se former.

Malheur à la nation qui se laisse déposer sur une richesse fictive ! Malheur à l’éboulemenl du faux sol !

Le capital d’un peuple est comme le pont du navire sur lequel la foule se lient. TjO luxe est le ver de cale qui la perfore en dessous.

Par le gouffre des villes , les nations s’écouleront. Carthage et Sidon, les premières, ont enlevé des nations à l’anliquitc!

La Richesse n’esl point pour elle, mais pour la vertu qu’elle suscite. Le secret de la créer autrement est le grand secret de la ruine.

La terre n’a été faite avare que pour nous rendre prodigues de nos bras. C’est contre l’écorce du globe que l’homme vient gagner sa liberté.

Si le but de l’homme était la fortune, qu’eût-il coûté à Dieu de lui donner une ferre végétale double et aussi riche que son sang !

Ce monde est pauvre. Serait-il ainsi au hasard? Pour-

quoi donc, en expérience, les faits vous semblent-ils sacrés ? observez le premier de tous, le fait même de ce monde !

La destinée de l’homme est d’obtenir, puis de mourir dans son désir aussitôt qu’il a obtenu. Car dés qu’il s’assied il se brise.

Pas de milieu •. nous sommes ici pour jouir, ou nous y sommes pour ce que le Christianisme a dit. En économique , la question ne se pose pas autrement.

Ceux qui l’ont décidée d’après le premier point de vue vont voir où ils aboutiront. Ils vous ont dit que le commerce et le luxe élevaient les nations. Et quand ils les renverseront, comment les hommes diront-ils !

Des nations sont bien tombées ! c’est-à-dire ; des populations ONT DISPARU d’un SOL QUI LES AVAIT PRODUITES ! Quelle idée vous êtes-vous formé du fait?

Pensez-vous que ce soit par la conquête? la conquête ne mange pas les hommes ; elle refonde le plus souvent les royaumes épuisés.

Sachez-le : Les peuples ne meurent que de faim.

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Des idées.

Ne pensez pas, comme l’indiquent les savants, que les nations vivent ou meurent par des lois infiniment cachées. C’est au contraire par des lois infiniment connues, les simples lois de la morale. De l’addition de la ruine de chacun résulte la ruine générale ! La corruption d’un peuple n’est (}ue la somme des corruptions particulières; sa chute aussi.

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ütie nation ne tombe point d’un coup de vent. Un arbre ne casse jamais par le pied ; il meurt quand la stérilité est jusqu’à ses dernières tiges.

Voulez-vous connaître tous nos germes de mort, comptez parmi vous les impies.

U’irréligion n’est que la mollesse et la cupidité des coeurs. On fuyait l’agriculture où la richesse, fidèle à son institution, ne produit qu’en proportion du travail. On se ruait dans l’industrie, où la richesse, consacrée à l’agiotage, produit en raison d’elle même. Eh ! comment voudriez-vous qu’une doctrine qui renverse l’individu dans sa fortune, qui le dégrade dans son âme, ne détruisit corps et âme la société. Les sociétés humaines vivent et meurent selon les hommes.

L’évènement du jour n’est autre chose que le luxe du faite descendu vers le bas. Laissez les lois, laissez les faits, n’accusez pas les innocents. Le mal a son foyer au cœur humain. Ce fut là, qu’après quinze siècles, ressuscita l’idée payenne, La Renaissance s’est allumée dans la salle des festins des Rois avant d’entrer dans nos bouges. Le luxe parut à la cour de François il s’embrâsa à celle de Louis XTV. Triste récit en trois mots : ce roi a corrompu la Noblesse ; la Noblesse a corrompu la Bourgeoisie ; la Bourgeoisie a corrompu le Peuple. On en est là.

Ranimé sur la vieille terre, l’esprit antique nous fut apporté par les cours. Dès ce moment le bon ton ne fut plus de suivre la trace des saints, mais de prendre les airs efféminés des temps de la décadence romaine. Dans celte réaction de l’homme contre le point de vue divin, on appela barbare tout ce qui ne ressemblait pas à l’antiquité. Avec la pénitence, l’esprit se relira. La chair se réveilla partout et dévora. Les Français avaient été plus prompts au bien, ils furent plus prompts au mal.

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RI

Louis XIV eut publiquement des maîtresses. Un roi, le premier, osa en face de l’Église ce que nul homme n’eùt alors osé, La noblesse imita son roi. Personne, sans ce fatal exemple, n’eùt pris la hardiesse de briser ouvertement avec les mœurs de l’Évangile et de la chevalerie française. A mesure que la bourgeoisie se forma, elle se piqua de suivre en tous points la noblesse. L’exemple arrivait si fort que le peuple en fut atteint. Lorsque, peu-à-peu le scepticisme le couvrant, il a fini par passer en plein sous les mœurs de ses deux aristocraties. Ces dix-huit ans lui ont fait faire le dernier pas.

Voilà l’histoire de la vertu; celle du capital est la même...

Louis XIV , par son faste, mil le marteau à nos finances, Là fut arrachée cette pierre qui devait amener un écroulement affreux : toute Maison de France allait suivre la Maison royale ! La vie austère est méprisée; le luxe, dit la richesse et honoré. Alors les anciennes familles quittèrent les châteaux ; on vint rivaliser d’opulence à Paris pour y saisir les abords de la cour. Vous savez tout jusqu’à la fin de Louis XV ; puis, les mœurs funestes que la Révolution découvrit! Le faste et la dépravation qui détruisirent la noblesse, viennent d’abattre la bourgeoisie ruinée, laissant tout un peuple affamé sur le sol amaigri de la France.

Celui qui, sachant l’aberration des classes supérieures en France, regrette cet évènement, je le tiens pour n’êlre pas homme.

Ces dix-huil années de corruplion Hagrante et d’alhéisme secret ont fait à l’ordre moral un mal pour le moment irréparable. Un siècle et plus de fausse économique portant un tiers du capital réel sur le mercantilisme , a creusé sous la France un gouffre qu’un siècle ne suffira pas à combler. Notre époque est une victime. Il aurait fallu plus que nous pour repousser ce fatal héritage d’erreurs, de vices et de dettes.

L’abus du mercantilisme a soulevé contre la propriété, c'est-à-dire contre le capital constitué, une réaction dont le terme pourrait être celui de la société même. Cette réaction peut devenir contre cette seconde colonne de la civilisation ce que la Réforme a été contre la première. Car le capital est dans l’ordre physique ce qu’est la foi dans l’ordre spirituel. Or, la foi, condition de la vie de l’âme, repose sur l’autorité ; le capital , condition de la vie du corps, repose sur, la propriété.

On voyait, en 1500, des mœurs payennes restées debout sous les idées chrétiennes. Il n’y avait pas à réformer la foi, puisqu'elle était complète et vivante ; mais les mœurs, que sa lumière montrait évidemment fausses. La réaction se dépassa ; le vice de ceux qui portaient les idées chrétiennes l’attira jusque sur elles. De même aujourd’hui, la réforme n’est pas dans la propriété, mais dans l’abus que, malgré elle, on fait encore du capital. Loin d'atténuer la propriété, il faut l’augmenter et l’étendre ; mais loin de la conduire au

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terme payen de l’abus, il faut la ramener au but cl)rélieu de l’usage.

Un Protestantisme économique est tout ce que vous avez à conjurer en ce moment.

Veillez-y; il s’agissait, en 1500, d’éîre aussi chrétiens par les mœurs qu’on l’était par les idées ; il s’agit aujourd’imi de ne plus être payen par la fortune, quand on ne l’est plus par les lois. Des guerres aussi sanglantes que les guerres de religion nous menacent. Jugez de ce que deviendrait un pays où pendant trois siècles la propriété subirait le sort de la Foi ! Imaginez un état économique semblable à l’état moral que le scepticisme a fait ! c’est-à-dire que la population de la France, suivant la phase du capital, redescendrait, sous le couteau de la misère, dans ses chiffres de 1500 !

J’ignore ce qu’en architecture, en peinture, en littérature on pense de la Pvenaissance ; mais ce que, de mon côté, je suis obligé de dire, c’est qu’elle a été la destruction de l’ordre économique en France. Fille posthume du paganisme, elle a ramené la nature partout à la place de Dieu; partout conséquemment, la chair, qui consomme, à la place de l’âme, qui s’abstient. Fut-il un lettré en Europe, philosophe, savant, publiciste, qui n’écrivit ; c< La Nature ? » Il en fut ainsi dans le cœur... La Renaissance n’est autre chose que celle de l’antiquité.

J’indique la grande cachette; fouillez-la, vous trouverez tout. D’abord, tout le point de vue humain ; puis, tout ce qu’il a dû produire. De là sortit la grande Protestation; c’est-à dire celle de l’esprit privé de l’homme contre l’esprit absolu de Dieu. De là sortit le Luxe; c’est-à-dire la richesse prise aux besoins pour être accordée aux sens. De là sortit ce que plus tard on nomma Légitimité; c’est-à-dire l’investiture en un

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homme de la souveraineté de Dieu, Auparavant, les nations vivaient sur la foi en leurs princes ; ils n’avaient point eu l’idée d’usurper la prérogative essentielle donnée par Jésus à l’Église. La Légitimité n’est que l’infaillibilité transportée dans la politique.

La raison , la science , les besoins , les sens, tout parla de sa légitimité. Oui, tout devint légitime chez l’homme, excepté ce qui devait l’étre. Ce mot , en politique , n’est , comme ailleurs, que l’achèvement du point de vue humain.

La Révolution française en fut la rude réaction. Elle n’a point fini. Si elle a vengé la société de l’œuvre impie de 1600 à 1700; la Révolution nouvelle la vengera en même temps de l’œuvre de 1500 à 1600, et de celle de 1700 h 1848 !

Voltaire fut le premier écrivain qui, sans se douter du fait auquel il concourait, emporté par ce mouvement imprimé à l’opinion par les Rois et les parlements, opéra dans la société domestique la révolution que les princes avaient faite dans la société politique. Or, ce que Voltaire et le 18® siècle firent dans l’ordre domestique, ce que les Princes firent dans Tordre politique, Luther l’avait accompli dans Tordre religieux. De sorte que l’athéisme, c’est-à-dire le point de vue humain, a gagné la société par ses trois éléments. Comment Tordre économique s’en serait-il préservé!

Là nous en sommes. Un effroyable despotisme pourrait seul contenir cette anarchie. Une effrayante Révolution pourra seule nous en guérir.

Tout s’y prête en ce moment...,

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XVÏII.

Les Rois se sont faits Dieu sur la len^e ; les hommes à leur tour se sont faits rois devant Dieu. Leur cœur a quitté ses temples, leur sang a reconduit l’infamie sous le toit de la famille, et la stérilité sur la terre. Partout ils se sont couronnés des trois vices de leur paresse; aucune chair n’a assouvi leur vanité. Le feu des saturnales s’allumait dans les hauts lieux, le plomb fondu en dégouttait sur les têtes de la foule.... Vous direz à Dieu maintenant de la rendre chrétienne pour vous !

Il ne s’agit plus aujourd’hui de détourner tel ou tel bras de l’erreur ; le fleuve entier est dans ses bords. Je puis toute la dire dans un mol : l’homme se cherche au lieu de Dieu. Je puis l’exprimer économiquement : l’homme n’a d’autre pensée que de jouir. Le cœur n’est plus pour aimer Dieu, l’esprit n’est plus pour le connaître, le corps n’est plus pour le servir; mais pour aimer, connaître et servir l’homme. De telle sorte que moi-même, en parlant de la sorte, j’ai l’air tout-à-fail d’un enfant.

L’homme a démonté en quelque sorte pièce à pièce le (Christianisme ; il l’a remplacé pièce à pièce dans son esprit par l’erreur qui lui correspond. La foi n’est plus le don de sa pensée à Dieu ; la morale, le sacrifice de tous ses sens; et la société, le devoir inscrit partout avant le droit, comme l’âme avant le corps. (1) Existant pour lui-même,

(i) Du devoir absolu naît: le droit ; de la responsabilité de l’âme visà-vis de Dieu naît l’inviolabilité de l’homme vis-à-vis de ses semblables. On a pris la question par l’autre bout pour la briser.

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l’homme ne conserve que des droits. Or le premier est le droit au bonheur.

Est-il malheureux, esî-il méchant? le mal ne sortant point de sa nature, ne peut provenir que d'autrui. L’homme naît bon, la société le déprave ; l’homme naît libre, la loi le met dans les fers ; l’homme naît riche, et les institutions l’ont enfermé dans la faim. Mais qui maintient cette société, celte loi, ces institutions? des hommes. Qui corrompit son cœur, qui détourna sa volonté, qui aveugla sa grande intelligence.^ des hommes. Qui retient enfin son pauvre corps dans la misère ? des hommes ! Depuis Adam, quelques hommes seulement ont empêché au genre humain d’entrer dans l’âge d’or.

Une seule révolution dans les faits nous délivrerait de ces hommes! l'orgueil n’est plus notre ennemi; la société ne porte plus les conséquences de la chute ; son objet n'est plus de reconduire les âmes réparées à Dieu.

La révolution se fit.

Le peuple, en Février, fut tout ravi d’entendre tant d’éloquence, et, peu après, tout surpris de ce que le pain ne venait pas. Il se montrait, on le flattait; il murmurait, on lui parlait d’une souveraineté éternelle. C’était une destinée de rois ! La nature allait le servir ; ceux qui en avaient fermé les clefs devaient être liés à son char.

Cependant la misère demanda son entrevue; là finit la lune de miel.

Vous deviez, incontinent, rendre tout ce peuple heureux. Et par malheur, sa misère sera égale au capital dévoré ! Vous couriez prendre en main la politique d’une nation , et vous ne connaissiez même pas sa situation économique I

Vous avez dit l’homme libre, sans dire comment il le devient ; vous avez dit les hommes égaux, sans dire devant, qui ils l’étaient; enfin vous les avez dit malheureux, sans

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dire comment cela se faisait. Il vous réclame donc, l’homme, sa liberté, son égalité et sa félicité. Ce peuple, enfin, ne vous demande aujourd’hui que la logique, comment la lui refuserez-vous !

Vous avez détaché la politique de la morale, et puis la morale de Dieu; vous avez détaché la richesse de la vertu, et puis la vertu de la Foi; à quoi les rattacherez vous ? Vous disiez à la foule souffrante que des hommes pouvaient la soulager, et qu’ils ne le voulaient pas. Cette foule, encore une fois, ne vous demande que la logique, comment la lui refuserez-vous !

En seriez-vous embarrassés? Remettez-vous, depuis longtemps vos doctrines sont mères, et toute la portée est vivante

Une plume suffisamment éloquente a commencé un livre ainsi ; Qu'est-ce que la propriété P c'est le vol. Par quel principe fut-elle tenue de vos cœurs que vous ne sûtes pas ré i)ondre !

Depuis sept ans, pas un économiste parmi vous n’a commencé ainsi un livre : Qu'est-ce que le communisme ? c’est le vol. Vous avez dénoué tout principe divin, vous chercherez votre légitimité sur la terre !

Rousseau conduisit dans une formule toute la pensée de son temps; alors il eut la logique pour lui. El le Contrai Social arrivant sur le terrain avec son impossibilité pratique, produisit 93.

Vous méritez un 93 économique ; c’est votre corruption

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qui le dit. Vous n’étes pas capables de l’éviter; c’est moi qui ose l’ajouter !

Aujourd’hui les Communistes ont la logique pour eux. Ils n’ont dit que deux choses.

Ils ont dit -.L’homme est ici-bas pour jouir. Trouvez dans votre morale le principe qui doit les confondre!

Ils ont dit ; Le capital nous fut donné par la nature. Cherchez dans l’agiotage l’argument qui doit leur répondre !

Vous n’en avez plus le temps... Ces deux paroles portent la Révolution.

L'homme est ici-bas pour jouir : Eh bien ! entre jouir et souffrir, entre le riche et le pauvre qui établit la différence, si ce n’est le capital ! La richesse est donnde par la nature : Eh bien I tous les hommes n’ont-ils pas un égal droit au sol en naissant, comme à la lumière et à l’air!

Prouvez donc en ce moment que, dépôt sacré de la vertu de nos pères, la terre végétale est un produit épargné ! Prouvez donc que le christianisme donna la vérité sur l’homme en disant qu’il n’est point ici pour jouir! — On n’aurait même pas le temps de vous le prouver à vous-mêmes !

La misère compte les heures, ses béliers sont contre vos portes... Et ce champ de mes pères que j’ai remué de mes propres mains, ce champ qui renferme leurs cendres et pour la fertilité duquel je voudrais ajouter mon sang, portera ce jour comme le vôtre... Après la main de la misère, le pied peut-être de l’étranger : c’est vous que j’en remercierai ! !

Déjà vous avez entendu la voix d’Attila, ses hordes ne peuvent tarder....... Il ne faut pas tant de choses pour ouvrir une révolution ; il suffit d’un mot bien clair. Les hommes sont tous malheureux : dites leur qu’il y a des hommes parmi eux qui en sont cause.

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L’explication chrétienne étant fausse, vous ferez approcher la vôtre !

Le livre que je viens de nommer est en ce moment le livre le plus fort de France. Il a tout un siècle et toute votre logique pour lui. La véritable erreur est simple, elle est comme la vérité. Ce livre a la véritable erreur ! Un mot aussi peut la détruire. Mais il faudrait changer de principe; c’est ce que vous ne pouvez pas.

Cet homme est plus fort que vous tous : il est votre dernière conséquence! Cet homme enfin que vous anathématisez, c’est vous-même ; vous en religion et en morale. Seulement vous ne preniez pas la peine d’aller jusqu’à l’économique. Mais cet esprit logique et franc a besoin d’arriver au fait.

Vous avez créé le point de vue humain, c’est lui qui vous y fait entrer !

Si le genre humain doit passer ses jours sur la terre pour travailler comme depuis le commencement; si les lois et les gouvernements ne peuvent assurer du pain ; si tout homme peut éternellement voir sa famille exposée à périr, Dieu est le génie du mal ! Et, puisque sur la foi deVoltaire, il ne faut plus croire à la chute, puisqu’au commencement le mal ne sortît pas de l’homme, il est clair qu’il sortît de Dieu. Remerciez donc celui qui sait exprimer la pensée qui restait au fond de vos cœurs !

Non, ce n’est plus le mérite qui est la loi de l’homme, c’est l’Egalité. Hors du point de vue divin, où serait en effet le mérite ?

Au point de vue de l’homme, l’Egalité est de justice parfaite. La liberté même, mère du mérite, doit disparaître; elle est la source de toute l’inégalité.

Déjà n’a t-on pas annoncé que la liberté doit être sacrifiée

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aux besoins; c’esl-à-dire, que Tâme doit être sacrifiée au corps ?

Si les hommes ont ici-bas tous les droits, c’est la Société qui contracte tous les devoirs. S’ils sont égaux devant le droit, ils sont égaux devant le pain. Vos révolutions politiques, qui donnent des titres dans un livre, sont très-bien j)Our des légistes; là foule, qui porte la faim, arrive votre principe à la main, sur un point plus substantiel. Du droit à la possibilité la conséquence est bonne,

Lui-méme vous en a prévenu : Le socialisme a fait la révolution de Février, vos querelles parlementaires n’eussent pas ébranlé les masses. Alors vous avez ri. Il vous pria simplement de ne pas rire aujourd’hui de ce qui vous tuera demain.

Oui, je ne veux que cet homme pour achever le 18® siècle, et entraîner maintenant toute la masse de l’erreur! Il vous a dit que Février était la liquidation de l’ancienne société, il a dit vrai : la liquidation du 18® siècle est ouverte aujourd’hui... (1)

Je ne connais aucun de vos économistes, aucun de vos jurisconsultes qui puissent répondre au livre que je viens de nommer ; je ne connais que Moïse. L’auteur du Enim homo non erat qui operaretw' tervam conçut toute la notion de la liberté ; il est vrai qu’il connaissait la notion de la création !

(i) On ne peut comprendre encore le service que cette logique vient de rendre. Dès aujourd'hui, l'incrédulité est arrêtée. Les honnêtes, les bourgeois, les sceptiques, tous les fils de Voltaire ne peuvent faire un pas de plus, ils toucheraient cet homme... Dès à présent, ils reviendront en silence sur leurs pas.

A VA NT 'P R OP os,

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