CHAPITRE XIII
MAIS, pour cela, il faut de Tari et de la vigilance. Car les hommes sont différents (et rares ceux qui vivent d'après les prescriptions de la raison), et cependant la plupart du temps envieux, et bien plus enclins à la vengeance qu'à la Miséricorde. Ainsi donc, supporter chacun d'après son caractère, et se contenir soimême, afin de ne pas imiter leurs passions, c'est l'œuvre d'une puissance d'âme singulière. Mais ceux, au contraire, qui ne savent que blâmer les hommes, reprocher les vices plutôt qu'enseigner les vertus, et briser les cœurs au lieu de les raffermir, ceux-là sont importuns, et à eux-mêmes, et aux autres *. C'est de là qu'un
1 Ceci s'adresse non-seulemeDt à tous les hommes en, général, mais principalement à ces Pasteurs de toute Religion, infidèles à leur mandat, qui, au lieu d'enseigner simplement et doucement au peuple les purs préceptes de la
grand nombre d'individus, par une impatience de cœur excessive et par un faux zèle pour la^ religion, aimèrent mieux vivre parmi les bêtes brutes que parmi les hommes. De même les enfants, ou les adolescents, qui ne peuvent supporter patiemment les réprimandes de leurs parents, se réfugient dans l'état militaire ; et ils choisissent les inconvénients de la guerre, et le commandement d'un tyran, de préférence aux avantages domestiques et aux admonitions paternelles, et ils souffrent qu'on leur impose toutes sortes de fardeaux, pourvu qu'ils se vengent de leurs parents.
Morale du Christ, de lui apprendre uniquement ses différents devoirs envers Dieu (lesquels ne sont pas autres que ceux de Justice et de Charité qu'il doit accomplir envers tous ses semblables), de le dégager de jour en jour davantage des langes grossiers des honteuses superstitions, d'élever son intelligence, de purifier son entendement, de raffermir son âme, ne songent, pour briller et pour paraître, et pour maintenir courbés sous le joug les esprits des hommes, qu'à jeter l'épouvante au cœur des simples et à semer la terreur au sein des faibles ; qu'à ployer les genoux devant des divinités de fabrique nouvelle, et dérouter les consciences par un culte immonde de
32 SPIKOZA.
chair; qu'à évoquer les fantômes hideux d'êtres impossibles, et présenter l'image de supplices ridiculement terribles *, qu'à attiser partout les haines sanguinaires et entretenir de force les farouches discordes ; qu'à faire prendre en haine et en mépris la culture sainte de la vie, et à diviniser hautement la servitude et la mort.