IV. — Expériences du laboratoire d'anatomie patholo
gique de la Faculté de Nancy.
Si les conclusions des expériences du laboratoire d'anatomie pathologique de la faculté de Nancy sont les mêmes, quoique beaucoup plus précises que celles de M. Pasteur, c’est parce que M. le professeur Feltz a toujours suivi pas à pas les procédés de ce dernier. La première condition nécessaire pour contrôler exactement une expérience est de la répéter dans des conditions parfaitement identiques. C’est pour n'avoir pas suivi cette règle que certains expérimentateurs se sont trouvés en désaccord avec M. Pasteur. Leurs objections ne pouvaient pas avoir une grande valeur et elles n’ont pas été difficiles à réfuter. Tel à été le cas en maintes circonstances de MM. Koch de Berlin, Colin et des professeurs de l'école de médecine de Turin. Nous n’avons pas à parler ici des nombreuses polémiques qui ont été échangées. Les théories de MM. Pasteur et Feltz ont toujours été reconnues exactes, car ces deux expérimentateurs n’ont jamais rien avancé dont ils n'étaient pas parfaitement sûrs. Aussi, avant de donner le compte-rendu des expériences faites au laboratoire de Nancy, nous tenons à décrire les procédés au moyen desquels ont été obtenus les virus atténués ou non qui
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ont servi aux inoculations. Davs le laboratoire de M. le professeur Feltz comme dans celui de M. Pasteur, le milieu employé pour cultiver -le virus charbonneux est du bouillon de poule dégraissé, alcalinisé et stérilisé (1). Voici comment nous avons vu préparer ce bouillon : Après décantation et filtration sur de la craie pour le rendre alcalin, il était stérilisé par une première chauffe dans des matras scellés à la lampe, à une température de 100° centigr. pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps il se formait un précipité abondant qui était séparé par filtration; puis le liquide était encore chauffé pendant une heure à 140° centigr., toujours dans des matras scellés au feu. Après cette dernière manipulation le bouillon doit être absolument limpide. Nous avons vu un de ces bouillons conservé au laboratoire de Nancy depuis 1882 sans qu'il ait subi la moindre altération.
Les cultures ont été faites dans des flacons dits de Pasteur. Le tube du flacon à d’abord été bourré de coton, puis le récipient a été exposé dans une étuve, à la température de 240 degrés centigrades. C’est vers ce point que le coton prend la teinte havane. Tous les germes que pourrait contenir l'air du flacon sont tués par la chaleur, et le coton arrête ceux de l’air, qui y revient par le refroidissement,
Les pipettes qui ont servi au transbordement du liquide de culture ou du virus, après avoir été préalablement fermées à la lampe à une extrémité, et munies à l’autre d’un bouchon de. coton, ont été traitées comme les flacons de Pasteur.
Tout bouillon transvasé pour servir de milieu de culture, est resté plusieurs jours exposé à la température des étuves dans les flacons, et n’a servi que lorsqu'il était resté absolument limpide. C’est, en effet, ce qui fait voir qu'aucun germe ne s’y est développé.
Les étuves, dont on s’est servi, étaient de deux catégories :
A. Les premières, chauffées à la température constante
(4) Dans ses premières expériences, M. Pasteur se servait d'urine alcalinisée et stérilisée.
2 HORS de 42 à 43 degrés centigrades, étaient destinées à l’atténuation des virus.
PB. Les autres, maintenues à une température de 37 degrés, ne devaient servir qu’à la conservation des virus normaux ou atténués. C’est à cette température que les germes végétent sans se modifier comme virulence.
Un certain nombre de flacons, ensemencés de sang charbonneux, ont d'abord été exposés dans les étuves À (42 à 43 degrés), Chaque jour on en a extrait un. Celui-ci servait à faire des cultures destinées à être conservées, avec leur degré d’atténuation, dans les étuves B (37 degrés). En même temps on prenait le restant du liquide et on l’inoculait à des séries de trois ou quatre lapins. Chaque série de flacons portait un numéro d'ordre, indice du nombre de jours qu'il avait passé dans l’étuve A. Le numéro donnait une idée approximative du dégré d'atténuation. |
Les lapins inoculés avec un virus atténué pendant deux ou trois jours seulement, mouraient au bout de quarante-huit à soixante heures, présentant tous les signes du charbon, tels. qu’on les constate chez des animaux inoculés avec un virus non atténué, ou avec du sang charbonneux frais. Dans le sang nous avons Constaté chez eux un véritable feutrage de bactéridies. Cependant, à mesure que les flacons avaient passé un temps plus long dans l’étuve à 42-43 degrés, on voyait les lapins mettre un temps plus long à mourir, et les bactéridies devenir de plus en plus rares dans le sang. Le bâtonnet devenait même tellement rare, que pour être sûr de ne pas commettre d'erreur, on inoculait ce sang à des cobayes, animaux bien plus sensibles au virus et qu’on n’est jamais parvenu à vacciner. Tel était le procédé suivi dans tous les cas douteux, et on ne concluait à la mort par charbon, qu’alors que le cobaye lui-même était mort en présentant les symptômes du charbon principal, c’est-à-dire la présence de la bactéridie dans le sang.
Au bout du neuvième jour déjà, le virus était assez atténué pour ne plus tuer les lapins, tout en les rendant malades. Ils étaient atteints de diarrhée, mangeaient moins et avaient le poil
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humide et hérissé, alors que des lapins, non inoculés et vivant dans les mêmes conditions, ne présentaient absolument rien d’anormal.
En opérant de cette façon on obtenait après quinze ou dixhuit jours une série de lapins ayant survécu à l’inoculation de virus plus ou moins atténués. :
Le contenu des flacons ensemencés de sang charbonneux présentait dès le 3° jour un liquide clair, dans lequel étaient en suspension quelques flocons blanchâtres. A l'examen microscopique on y voyait un treillis de filaments de différentes longueurs, parfaitement transparents et à double contour, très net. Certains filaments contenaient des grains brillants ronds ou ovalaires (spores) alors que d’autres n’en contenaient pas. En conservant la culture à la température de 37 degrés les filaments diminuaient de plus en plus et il ne restait plus que les grains. Mais à la température de 42 à 43 degrés, les filaments contenant des spores commençaient à diminuer tout en devenant de plus en plus grêles. Il arrivait alors un moment où les spores avaient absolument disparu; on ne voyait plus qu’un treillis de filaments très fins. Une culture arrivée à ce point d'atténuation, ne tue pas même les cobayes.
Les lapins survivants recevaient alors par une deuxième opération, un virus moins atténué et tuant difficilement les lapins. Le même virus était inoculé à plusieurs lapins frais devant servir de témoins. Ces derniers mouraient charbonneux, alors que les lapins qui avaient résité à la première inoculation, résistaient encore à la seconde. Cette opération se faisait au moins qninze jours après la première, et alors que les sujets paraissaient parfaitement remis de la première.
Ce n’est qu'après un deuxième espace de temps de quinze Jours qu'on leur inoculait le charbon pur virulent, en ayant soin de donner le même virus à des lapins types, qui succombaient avec tous les signes du charbon. Quant aux autres, ils continuaient à vivre sans présenter le moindre symptôme d’une altération de santé.
M. le professeur Feltz obtenait, en procédant ainsi, une série
he — de cultures dont il connaissait approximativement le degré d'atténuation. Il inoculait ensuite des séries de lapins en prenant directement pour la première opération un virus atténué pendant quinze jours par exemple et ne tuant pas les lapins, puis pour la seconde un virus atténué de sept à neuf jours, et tuant difficilement les lapins, et enfin le charbon (1):
Ces nouvelles expériences ayant réussi avec un plein succès, on expérimenta sur des moutons. C’est en suivant une marche analogue à celle des expériences sur les lapins, c’est-à-dire en leur inoculant deux virus, un premier ne tuant pas les lapins et un autre les tuant sûrement qu’on est parvenu à les rendre réfractaires au charbon virulent.
Trois moutons ayant été vaccinés, ils reçurent. quinze jours après le charbon pur, ainsi qu’un mouton frais devant servir de témoin. Celui-ci mourut en moins de quarante-huit heures, présentant de nombreuses bactéridies dans le sang, et ceux-là ont parfaitement résisté.
Au mois de juillet 1882, le laboratoire d'anatomie pathologique possédait une trentaine de lapins vaccinés contre le charbon. Pour des raisons d'économie on les sacrifia au mois d'août de la même année, à l'exception de six, conservés pour rendre compte de la durée de l’immunité acquise à la suite des inoculations de virus atténués.
En se servant toujours de lapins frais comme terme de comparaison, on inocula, le 10 avril 1883, une culture de charbon le plus virulent à ces six lapins, c’est-à-dire sept à huit mois après la vaccination. Les témoins moururent tous charbonneux, les autres ne ressentirent aucun malaise.
Le 10 décembre 1883, c’est-à-dire dix-sept mois après la vaccination, on injecta à ces derniers, à l’aide d’une seringue de Pravaz, du sang charbonneux fourni par M. Dieudonné, vétérinaire à Vic. Les témoins de cette opération moururent natu-
(1) Dans toutes ces inoculations successives de virus de plus en plus intensifs, on a toujours laissé un intervalle d'au moins quinze jours entre chaque inoculation.
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rellement charbonneux, mais quatre des lapins vaccinés succombèrent aussi. Les deux survivants furent inoculés six semaines plus tard d’une culture de virus intensif, et furent rapidement tués par la fièvre charbonneuse.