CHAPITRE II
Considérations anatomiques et physiologiques
Situé dans le médiastin postérieur, au devant de la colonne vertébrale, l’œsophage est un conduit musculo-membraneux, unissant le pharynx à l’estomac. Il s’étend de la sixième vertèbre cervicale à la onzième dorsale. Sa longueur moyenne est de 25 centimètres ; sa direction générale est légèrement oblique de haut en bas et de droite à gauche. Au niveau de la troisième dorsale, il rencontre la crosse de l’aorte qui l’oblige à se porter légèrement à droite, pour reprendre ensuite sa direction primitive. A l’état de repos, l’œsophage est aplati transversalement. Sa lumière n’entre en évidence qu’au moment du passage des aliments. M. Tillaux, d’après les moulages œsophagiens faits par le docteur Mouton (1874), admet trois rétrécissements physiologiques : un premier à l’origine même de l’œsophage; un second à 7 centimètres au-dessous environ, au point où l’œsophage se trouve en rapport avec la crosse de
l'aorte; le troisième au niveau du passage de lœsophage à
travers le diaphragme. Le diamètre du canal est de 18 à 19 millim. dans les deux premiers, de 25 dans le rétrécissement inférieur, tandis qu’il peut atteindre 35 millim. dans la partie moyenne, qui est la plus extensible (1).
Au cas particulier, les rapports de l’œsophage n’auront pour nous d'intérêt que dans sa portion thoracique.
Pour l’étude du médiastin, M. Richet conseille l’excellente préparation qui suit : « Enlevez les côtes, à partir des cartilages intercostaux, mais en respectant le sternum et en ménageant surtout la réflexion des plèvres derrière cet os, ce qui est le point difficile de la préparation, puis liez le pédicule des poumons et enlevez-les. Vous verrez alors que les parois latérales du médiastin n’éprouvent nulle part un resserrement bien évident, et que, si dans la partie supérieure de la cavité thoracique elles offrent dans toute l'étendue du diamètre antéropostérieur un écartement assez considérable, il est bien plus marqué encore en bas et en avant, à cause de la présence du cœur; en bas et en arrière, là où l’on rencontre seulement l’œsophage et l’aorte, il est presque nul. Cette préparation permet encore de voir, à travers la transparence des feuillets séreux, la disposition des nerfs phréniques et des artères diaphragmatiques supérieures qui rampent sous les plèvres du haut en bas de la région » (2). On voit ainsi que, de haut en bas, l’œsophage se trouve en rapport : en avant, avec la terminaison de la trachée, la bifurcation des bronches, notamment l’origine de la bronche gauche; et la partie postérieure de l’oreillette gauche, par l’intermédiaire du péricarde. —
(1) Tillaux. Anatomie lopographique, 3e édition, 1882, page 480 et suiv.).
(2) Richet, Anatomie médico-chirurgicale, 2e édition, 1860, page 566.
EN
En arrière, avec la colonne vertébrale, dont il est séparé par du tissu cellulaire; le canal thoracique, la grande veine azygos, les artères intercostales, l'aorte, à la partie inférieure. — À droite, avec la plèvre médiastine. — A gauche, avec la crosse de l’aorte, l’origine de la carotide primitive, l’aorte thoracique et la plèvre médiastine à la partie inférieure.
L’œscphage est entouré d’un grand nombre de ganglions lymphatiques, et d’un plexus veineux très développé.
Enfin, il est en rapport avec les nerfs pneumogastriques qui l’entourent de leurs nombreuses branches anastomotiques. Le gauche, après avoir croisé perpendiculairement la crosse de l'aorte, vient longer le bord gauche de l’œsophage. — Le droit longe le bord correspondant du canal. — Au niveau du diaphragme, le pneumogastrique droit se place en arrière de l’œsophage, le gauche en avant. — Ce sont les pneumogastriques qui fournissent à l’œsophage à la fois l’innervation sensible et l’innervation motrice. — La sensibilité de la muqueuse est en quelque sorte une sensibilité spéciale. En effet, le contact d’un corps alimentaire provoque la déglutition dans les conditions physiologiques, tandis que dans les mêmes conditions le contact d’un corps étranger non alimentaire détermine, au contraire, des nausées et des efforts de vomissement
(Beaunis).
D'autre part, la section des deux pneumogastriques, même
au-dessus de toute anastomose, aurait pour résultat la paralysie de l’œsophage, qui se comporterait dès lors comme un tube inerte (1). L’œsophage recevrait, en outre, quelques filets venus de la portion thoracique du sympathique (Sappey), dont le rôle, au point de vue du fonctionnement de cet organe, serait beaucoup moins important.
(1) Letulle, Thèse d'agrégation, Paris, 1883. — Troubles fonctionnels du pneumogastrique.
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