G DE LA FABLE
et les citoyens qui avaient reçu l'instruction la plus élémentaire et qui ne savaient que lire et écrire (xà ypa^azx), pouvaient facilement en citer quelque trait plaisant. Parmi les plaideurs, « les uns pour nous dérider, dit le vieux juge des Guêpes , nous content quelque historiette, les autres quelque récit plaisant d'Ésope. »
Ot CS ASyOUGlV IJ.ÛOO'JÇ TjJJl'.V , olo Alff(î)TWU 11 yéXoiov (i)«
Aristophane cite lui-même plusieurs de ces fictions plaisantes dans ses comédies ; dans les Oiseaux, Y Aigle et le Renard (2) , qu'il met expressément au compte d'Ésope , quoiqu'il ne pût ignorer qu'elle était d'Archiloque ; dans les Guêpes, le Chat et le Rat (S), Y Aigle et l'Escarbot, dont il fait aussi mention au commencement de la Paix (4). Je crois que Corai a raison de n'admettre qu'avec réserve parmi les .Esopica la singulière tradition qu'on lit dans les Oiseaux sur l'allouette qui enterre son père dans sa tête (5), quoique Aris-
(1) Les Guêpes , v. 5G6.
(2) Oiseaux, v. 651. Il ne cite que le début de la fable.
(3) Guêpes , v. 1182. On ignore le sujet de cette fable. Philocléon a à peine dit : « Il était une fois un chat et un rat », que son fils l'arrête par les épithètes de stupide et d'homme sans éducation. Et pourtant, lorsque Philocléon craint de s'enivrer de peur d'avoir à payer les pots cassés, Philocléon le rassure en lui disant qu'il n'aura pour se justifier qu'à faire quelque conte ingénieux ou à débiter un mot plaisant d'Ésope ou de Sybaris (1259-1261).
(4) Guêpes ( 1446-1 448). Paix (129-134).
(5) Oiseaux (472-475). M. Lefèvre croit, dans un livre sur les fables et légendes grecques empruntées à l'Inde , avoir
tophane semble en appeler formellement au témoignage du fabuliste (Sç Içaoxe Xs^uv). Déplus, je ne suis pas aussi sûr que Gorai qu'il y ait une allusion au Pêcheur des recueils ésopiques dans ce passage bien connu des Chevaliers : « Tu ressembles aux pêcheurs d'anguilles ; dans l'eau limpide, ils ne prennent rien ; ils agitent la vase, et aussitôt la pêche est bonne ; ainsi ce n'est qu'en de l'eau trouble que tu remplis tes poches (1). » Si c'était la fable qui eût donné lieu à la comparaison d'Aristophane et non cette comparaison devenue proverbiale à la fable, on ne comprendrait guère qu'Aristophane reprochât à ses rivaux de lui avoir dérobé sa comparaison des anguilles. En revanche, je ne vois pas pourquoi Corai exclut le petit conte sur Lasus et Simonide (2) , ni les deux fables sybaritiques que débite Philocléon ; l'une des deux, pourtant, me paraît assez jolie dans sa brièveté : « Un jour, à Sybaris, une femme brisa un coffret. Celui-ci fit attester le fait et l'assigna. La femme lui dit : Laisse là tes témoins et cours acheter une ligature ; ce sera plus sensé (3). »
retrouvé cette tradition dans un poëme sanscrit. Je persiste à croire qu'elle est sortie de l'imagination bouffonne d'Aristophane. Ce n'est pas une de ces traditions que les peuples emportent dans leurs migrations.
(1) Chevaliers, 864-867. Le Pêcheur, au n° 87, éd. Corai
(2) Guêpes , i'tlO. Le conte est peu de chose : « Lasus un jour et Simonide se disputaient au sujet de la poésie ; alors Lasus dit : il ne m'en chaut. » Mais il y a dans les recueils plus d'un yu.o~.ov ésopique qui n'a pas plus de valeur.
(3) Guêpes, 1435-1440.