‹ De la facilité d'opérer sous anesthésie générale par rachicocaïnisation lombo-sacrée les sujets très épuisés ou cachectiquesChapitre 16 sur 42 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(M.Le Filliâtre, Journal de Médecine de Paris du 4 janvier 1913.)

Le D: A. Le Filliâtre, de Sens, âgé de trente-huit ans, est opéré par M. le professeur Jaboulay, de Lyon, sous anesthésie rachidienne pratiquée par moi-même, pour un cancer du pylore, s'étendant à la face antérieure de l'estomac et à toute la région juxtapylorique, diagnostic confirmé par une excellente radiographie du Dr Aubourg. Ilétait,à ce moment, dans un état de cachexie très avancé, ayant maigri considérablement et ne pesant plus que 43 kilogs. Bien que souffrant depuis longtemps de l'estomac il n’a commencé à s'inquiéter sérieusement que quatre mois auparavant à l’occasion d’une hématémèse très abondante, suivie de selles méla-

niques qui faillit le tuer au commencement de février. Depuis

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æe temps il gardait le lit et ne prenait absolument que du lait et des potages ; avec ce régime ordonné par M. Mathieu, il s'était suflisamment rétabli pour pouvoir se lever et marcher un peu, quand quinze jours avant l'opération, les liquides ont du mal à passer, en même temps qu'il présente une crise d'entérite avec vivlentes douleurs abdominales, selles. fréquentes et liquides. La température est alors de 38 à 3805, chaque soir. Le malade a les traits tirés, les yeux cernés, le teint terreux, et est dans un état de grande faiblesse. Ayant fait lui-même depuis six ou sept ans une cinquantaine de rachicocaïinisations suivant mon procédé, avec plein succès, il refusa absolument le chloroforme.

L'opération a lieu le 9 juin 1912 à la rachicocaïne, suivant ma technique habituelle. Je procède à l’anesthésie et évacue 18 centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien, le malade m'indiquant lui-même ses crêtes iliaques, j injecte 2 centimètres cubes de solution de cocaïne au 1/00, puis fais une piqûre de 0,05 de spartéine et 0,002 de strychnine.

Cinq minutes n'étaient pas écoulées, que le patient déclare au professeur Jaboulay qui doit l'opérer, qu’il peut commencer l'opération. Celle-ci dure de quinze à vingt minutes environ, à cause de l'exploration de la cavité abdominale. Gastro-entérostomie par bouton de Jaboulay: L'anesthésie

. de la moitié supérieure du corps a duré une heure et demie, de la moitié inférieure deux beures et demie. Elle a été parfaite. Le soir le malade urine, n’a pas de vomissements (pas plus d’ailleurs que les jours suivants) et prend de l’eau par cuillerées à soupe toutes les heures. On augmente progressivement les liquides et,le quatrième jour, ilest autorisé à manger une cervelle,

Quatorze jours après, il quitte la maison de santé, ayant

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repris des forces si bien que deux mois plus tard, il put

aller à une chasse à l'affût et faire des marches en mon-

tascne.

Je dois ajouter que cette phase de résurrection durait depuis trois mois, quand mon frère présenta subitement une ascite abondante avec grosse distension de l'abdomen et œudème du pied et de la jambe: gauche ; il mourait quinze jours après le début de ces accidents, d'une embolie qui l'enlevait en quelques minutes à l'affection des siens. On ne saurait trop insister sur la grande satisfaction que lui avait donnée cette opération de gastro-entérostomie, sur la joie qu'il avait de pouvoir manger comme tout le monde et de constater qu'il reprenait peu à peu le poids qu'il avait perdu. Si cette période de bonheur a été vite interrompue par les accidents aigus dont nous venons de parler, il n'en reste pas moins vrai que mon frère, depuis cette intervention, avait la ferme conviction d’être en bonne voie de guérison et mème d'être presque guéri; il ne s’est vu perdu que quelques moments seulement avant de mourir, alors que, courageusement, il faisait son diagnostic d’embolie et me disait adieu. Par cette opération, j'ai, moi aussi, la satisfaction de lui avoir

donné quelques jours de bonheur.

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