‹ De la facilité d'opérer sous anesthésie générale par rachicocaïnisation lombo-sacrée les sujets très épuisés ou cachectiquesChapitre 17 sur 42 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(M. Le Filliâtre, Journal de Médecine de Paris

du 4 janvier 1913.)

M.B.., âgé de soixante-neuf ans, marchand de vins en gros, m'est adressé par son médecin le D° Bernardie, pour

un cancer du pylore que l’on sent facilement à la palpation,

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ere avec sténose complète ; depuis quelques jours, il vomit tout ce qu’il prend et la moindre prise provoque des régurgitations continuelles. Il se plaint surtout de la sensation pénible voulue par le ballonnement de son estomac. Le malade est si cachectique et si faible que son fils, le matin même de l'intervention, s’opposa formellement par lettre à ce que je pratique cette opération, prétendant que les D'° Bezançon, Bazy et le remplaçant du Dr Bazy à Beaujon, à qui il avait montré son père, avaient déclaré «qu'opérer ce malheureux, dans l’état où il était, équivaudrait à un assassinat ». (suivant l’expression propre du fils).

Je fis venir le fils, et lui déclarais alors qué, conformément à son désir, je n’opérerais pas son père et je lui fis comprendre que les médecins consultés avaient eu parfaitement raison de lui parler ainsi, mais que l'opération que je voulais pratiquer, pour lui permettre de s’alimenter et de vivre encore, était une intervention qui ne ressemblait en rien à l’opération que mes collègues avaient jugée impraticable, et que, sans endormir son père, j'établirais très rapidement une communication entre l'estomac et l'intestin au moyen d'un simple bouton. Sur ces entrefaites, je partis. Le fils se renseigna alors auprès du personnel de la maison de santé, qui lui conseilla de laisser faire cette opération qui, certaine-. ment, réussirait comme cela avait toujours eu lieu jusqu'ici, sur des malades semblables, etil me priait aussitôt par lettre de considérer ce qu’il avait écrit comme nul et non avenu et me demandait de pratiquer l'opération. A la plus grande” satisfaction du fils et du père, l'opération faite par rachianesthésie avec le bouton de Jaboulay fut des plus faciles ; iln’y avait pas d’adhérences.le pylore se présentait sous forme

de tumeur de la grosseur d’un poing d’enfant, mais mobile ;

pas d’ascite, un seul ganglion sur le grand épiploon. Avant l'opération, ce malade se mourait donc, non de Ss& tumeur, mais d’inanition.

Si j'avais pu l'opérer deux mois avant, alors que le Dr Bernardie le désirait, et que le fils provoquait de nombreuses consultations avec médecins et chirurgiens, il est probable qu'à ce moment-là, l'état général du malade m'aurait permis de lui enlever son pylore. Opéré le ro août. 1919, M. B... est sorti au dixième jour de la maisom de santé et, depuis quatre mois, bien que sa tumeur ait. augmenté, il s'alimente toujours, vaque un peu à ses occupa tions et ne présente pas encore d'œdème ni de signes decachexie cancéreuse. Cette observation prouve, je crois, que c’est bien là encore un cas que la chirurgie actuelle avait abandonné (ce maladé n'ayant plus que quelques jours à vivre) et à qui nous avons conservé l'espoir de vivre, en pro—

longeant ses jours d’une façon appréciable.

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