OBSERVATION X
(M. Le Filliâtre, Journal de Médecine du 4 janvier 1913.)
Occlusion gastrique par cancer de l'estomac Gastrostomie
M: F..., soixante ans, entre à la clinique du D' Saison le 11 septembre 1912. Son père est mort subitement à soixantequinze ans, sa mère, de paralysie, à soixante-douze ans. Mariée, elle a eu deux enfants, qui sont en excellente santé.
Elle eut une fièvre typhoïde à vingt-quatre ans et pas d'autre maladie. L'an dernier, malgré un appétit formidable, dit-elle, elle était déjà fort amaigrie avec les traits tirés et les yeux cernés. Un médecin,consulté à ce moment-là ,ne Jui trouve rien.
Quelque temps après, ce médecin,consulté à nouveau, diagnostique une dilatation d'estomac. Elle continue à maigrir et à perdre ses forces et, il lui semble alors, suivant son expression, que ( chaque effort se fasse avec un peu d’ellemême et lui enlève quelque chose ». En juin 1912, ses parents la voyant toujours maigrir, l'envoient chez le D' Lyon qui
l’examine, la radiographie et diagnostique un rétrécissement
DO
du pylore. A partir de ce moment, elle présente des vomissements trois ou quatre heures après les repas et redoute de s'alimenter, ne se sentant bien que lorsqu'elle a vomi. La constipation est opiniâtre Elle n’a jamais eu d'hématémèses ni de mœléna.
Cette malade m'est adressée par le D' Bernardie, le 11 septembre 1912. À ce moment, de 43 à 45 kilos qu'elle pesait en 1911, elle ne pèse plus que 30 kilos, c'est-à-dire qu'elle est dans un état de cachexie extrême, absolument squelettique, le nez pincé, les yeux enfoncés dans l'orbite, la peau sèche, comme collée sur les os. Deux médecins consultés déclarent la malade inopérable. À examen, on sent une tumeur dure, irrégulière, emplissant le creux épigastrique, partant du lobe gauche du foie et semblant remonter du côté du cardia.
Cet examen fait songer à un cancer de l'estomac, développé aux dépens de la face antérieure de celui-ci et s’étendant du côté de la grosse tubérosité. Une superbe radiographie du D' Aubourg confirme ce diagnostic, et montre que l'estomac est envahi par la tumeur dans les trois cinquièmes moyens, qu'à la partie cardiaque il n'existe plus qu'une petite poche d'air sous-diaphragmatique et une petite cavité en forme d'entonnoir, cavité réunie avec le pylore, à travers la masse cancéreuse, par un petit conduit filiforme.
J'opère cette malade le 12 septembre 1912; on lui avait fait la veille et quelques heures avant l'opération 250 centimètres cubes de sérum ; après rachicocaïnisation suivant notre technique, je fais, sur la partie médiane du grand droit gauche, une incision de 8 à ro centimètres environ, partant de l'extrémité supérieure du grand droit. Après la section de la peau et de l’aponévrose, je dissocie, à La sonde
cannelée, les fibres musculaires de ce grand droit, j'incise sa