OBSERVATION XXI
Kyste dermoïde de l'ovaire chez une fillette de onze ans
Cette fillette n'a rien de particulier à signaler dans ses accidents héréditaires ; élevée au sein jusqu’à cinq mois, au
biberon ensuite, elle marche à dix-huit mois et ne présente
a — 74 == aucune maladie de la première enfance jusqu'à l'affection
qui nous occupe. Au moment de l'intervention, cette fillette
n'était pas encore réglée. Le D' Balencie, d'Athis, me fit
appeler d'urgence auprès de cette fillette me demandant par téléphone de vouloir bien venir opérer sur place une péritonite aiguë des plus graves, d'origine appendiculaire probable, en me prévenant que sa malade n'était pas transportable et habitait avec ses parents une cabane en planches aux bords de la Seine, sur Juvisy. A mon arrivée, je trouvais une petite malade des plus abattues, avec pouls à 120, respiration à 48, température à 39 degrés, le facies nettement péritonéal, avec refroidissement des extrémités, ventre assez tendu et vomissements porracés remontant à deux jours, la langue est sèche et l'enfant ne semble pas avoir uriné depuis la veille. La crise, d’après la famille,aurait débuté huit jours auparavant par une douleur brusque survenue dans le basventre et suivie presque aussitôt de vomissements alimentaires. Depuisce moment, la petite malade avait dû garder le lit. D'après cette évolution. il était permis, comme l'avait fait le D° Balencie, de songer en effet à une appendicite aiguë. À l'examen du ventre, malgré le météorisme commençant, je délimitais au niveau du bord externe du grand droit à droite, une saillie de Ia paroi abdominale, avec submatité à ce niveau de l'étendue de la paume d’une main d'adulte ; cette masse ne paraissait pas cependant s'étendre dans la fosse iliaque droite, je portais donc le diagnostic d’une collection abdominale suppurée avec péritonite généralisée et, vu l'état de la malade, je partageais l'avis de mon confrère au sujet de l'intervention d'urgence et sur place.
Tirant parti du modeste local que j'avais à ma disposition,
Je procédais à l’analgésie de ma malade par rachicocaine
suivant notre technique, la malade couchée sur le côté droit vu sa grande faiblesse ; je retirais chez cette enfant 26 centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien’/absolument clair, il y avait donc hypertension très marquée, et je lui injectais -1 centimètre cube de ma solution de cocaïne au 1/50 ; dès ce ‘moment, fait important à noter, les vomissements s'arrêtent subitement, et notre petite malade, devant la figure de laquelle la maman tiendra un écran pendant toute l'opéra-
tion, n'accuse plus aucune douleur, faisant remarquer
“elle-même qu’elle ne souffre plus. Après asepsie dela paroi, :
je fais une incision sur le bord. externe du grand! droit à droite, en plein milieu de la masse que j'avais délimitée, et,
le péritoine ouvert, je me trouve en présence d’anses intes-
tinales rouges, légèrement distendues, recouvrant avec de:
l'épiploon unetumeur située plus profondément et à laquelle intestin et épiploon adhèrent intimement, à noter une ascite abdominale remplissant le petit bassin et une partie de Ja cavité abdominale ; au toucher; cette tumeur est nettement flactuante et je porte le diagnostic de kyste: Devant les lésions de péritonite généralisée que je rencontre, vu l'état -de la malade, je ne songe pas à dégager ce kyste de ses adhérences et je résolus de le libérer de ses adhérences sur une surface suffisante et nécessaire pour procéder à une marsupialisation que je fis après avoir asséché l'abdomen de mon mieux etavoir placé un long drain n° 30 dans la cavité abdominale et un dans le petit bassin; à remarquer que l’appendice ne présentait aucune lésion particulière. L'ouverture de ce kyste est faite après une série de sutures unissant le péritoine pariétal avec le kyste et permettantune incision de 5 centimètres sur la paroi du kyste extériorisé à
æe niveau; après incision du kyste je retire de nombreux
caillots à odeur légèrement fétide mélangés avec des poils et des morceaux de dents; après avoir enlevé de l'intérieur de ce kyste tout ce que j'ai pu, après suture de l'orifice à la peau, je fis un lavage de la poche avec de l'eau oxygénée coupée aux 4/5 d'eau bouillie et je plaçais un gros drain n° 40 à l'intérieur de cette poche.
Les suites furent des plus simples, le soir même le D: Balencie fit 150 grammes de sérum à sa petite malade, la température tombait à 38 degrés, le pouls à 85, la respiration à 30, et deux heures après notre intervention la diurèse commençait pour ne plus s'arrêter.
Au troisième jour la température rectale varie entre 37 et 37°, le pouls et la respiration sont normaux, le ventre est souple et notre fillette est autorisée à prendre du lait coupé avec de l’eau bouillie. Je ne revois notre opérée que dix jours après l'opération pour lui enlever les crins de la suture abdeminale et remplacer les drains abdominaux par des drains plus petits et plus courts. Le D: Balencie continue ensuite seul le traitement, il note encore l'élimination de cheveux, de matières intrakystiques d'origine dermoïde pendant les cinq semaines qui suivent l'intervention, et trois
mois après, notre fillette est complètement guérie.