CHAPITRE V
INCON VÉNIENTS
« L’ensemble du progrès scientifique comme les résultats de tous les perfectionnements ‘physiologiques et chirurgicaux, tendent à démembrer le pouvoir univoque de la narcose générale et à la remplacer par une anesthésie portant uniquement sur les régions à opérer, anesthésie locale, neurale, régionale, rachidienne, agissant directement sur les organes en cause, sans intoxiquer tout le reste de la masse du corps humain » (Tullier) (1)
Que démontrent les observations présentées. ? Que larachicocaïnisation telle que nous l’appliquons, semble répondre sensiblement au désir du Tuffer, et qu'elle est un excellent procédé d’analgésie, puisqu'il nous permet la chirurgie générale à tout âge, sans intoxiquer les organes essentiels de’ la vie physiologique comme le foie et les reins, le système nerveux, et qu'il ne présente pas par suite de contreindication, à condition que le sujet soit docile ou raisonnable (enfants, aliénés).
. Tuflier, Rapport au Congrès de nn 1913, loc, cit.
A. Bertrand 7
“st-ce à dire que la méthode soit exempte de reproches ? Nous ne le pensons pas, et nous devons reconnaître que si cette anesthésie nous parait être la plus séduisante à l’heure actuelle, il y a néanmoins quelques observations à faire.
Tout d’abord il y a quelque difficulté dans la pratique opératoire.
On doit cependant constater qu’actuellement la ponction lombaire est tellement entrée dans la pratique journalière que beaucoup de patriciens savent l’exécuter correctement.
Jl nous suffira d’ajouter qu'un certain nombre de pratiques minulieuses, généralement peu connues, doivent être bien mises en lumière pour rendre cette opération facile et aisée.
Il faut d’abord éviter les ratés d’anesthésie : or, ils proviennent habituellement :
a) Du déplacement de l’aiguille en introduisant la seringue ou en poussant l'injection.
b) Du déplacement du malade et parallélement de la courbure du dos après l'évacuation du liquide ;
c) Enfin, de l'inexpérience et de la maladresse de l'opérateur qui a mis le biseau de son aiguille sur l'extrême limite du lac arachnoïdien et qui n’a pas su se tenir en plein lac.
On évitera ces difficultés par un apprentissage et une pratique habituelle qui sont indispensables en matière chirurgicale.
Ne voyons-nous pas un grand nombre de chirur-
giens avoir recours à un chloroformisateur attitré.
La rachicocaïnisation s’apprend d’ailleurs bien plus facilement et avec moins de risques pour les malades que l’art de donner la quantité de chloroforme ou d’éther suivant les nécessités multiples soulevées aussi bien par l’état de l’'opéré que par les habitudes de l'opérateur,
Il est d’ailleurs un moyen facile et fidèle de s'assurer avant et après l'injection de la solution anesthésiante, que celle-ci sera ou a été bien mélangée au liquide céphalo-rachidien. C'est ce que nous appelons « le contrôle du mélange » ou « l'épreuve du barbottage » qui consiste dans la constatation suivante : la seringue étant fixée à l'aiguille, si on fait iousser le malade, on verra le piston se déplacer légèrement, mobilisé par le liquide céphalo-rachidien qui jaillit en quelque sorte dans la seringue sous l'impulsion de la toux.
Cette épreuve est-elle positive ? On est sûrement dans le canal et on aura une bonne anesthésie. Est-elle négative ? On s’expose alors à une anesthésie nulle ou insuffisante, si on injecte la solution de cocaïne sans s'assurer par « l'épreuve du barbottage » de son mélange certain et par suite de sa diffusion dans le liquide céphalo-rachidien.
Le second inconvénient et le seul qu’incriminent encore les non-partisans de l’anesthésie rachidienne par la cocaïne, se traduit par ce que le D' Chaput a appelé « l'orage ».
Cet orage, incident du début de l’anesthésie, peut, pour un observateur non prévenu, constituer
un inconvénient plus grave que le manqne de savoirfaire dans l'application de la technique. Cet orage, tout au début de l’anesthésie se traduit par quelques nausées, une sensation d’engourdissement général et de malaise avec accélération de la respiration qui est superficielle quoique régulière, puis un abaissement de la tension artérielle et diminution du nombre de pulsations, pâleur de la face, ete., etc., modifications qui dépendent du spasme.
Siàce moment, quand ces phénomènes se produisent, on surveille le malade, si lui causant on le rassure, si on le fait respirer profondément, mais lentement, le calme renaitra rapidement. Parfois le malade éprouve une angoisse plus grande, il palit, sa peau se recouvre de sueurs froides et aux nausées succèdent quelques vomissements, symptômes dus sans doute à l'influence directe de la cocaïne passée dans le sang, sur les centres bulbaires. Cet élat nauséeux poussé à lexcès ne dure que quelques minutes, et ensuite tout rentre dans l'ordre. Mais cette forme d'orage est rare, el toujours le malade recouvre très vite avec le calme un bon état général, surtout si l’on a soin de faire aussitôt l’anesthésie les trois injections de partéine, d'huile camphrée et de strychnine, que l’on pourrait encore faire plus utilement dix minutes avant l’anesthésie, afin de prévenir un orage auquel nous n’attachons plus aujourd’hui aucune importance.
[y a là un réflexe fugace sans gravité et jamais
nous n'avons vu ur accident survenir au cours de « lorage».
Du reste, le début de la chloroformisation n'est-il pas marqué, lui aussi, par des vomissements bien plus accentués que dans la rachi-anesthésie, sans compter les syncopes respiratoires en cours d’anesthésie.
Le jeune âge, l'alimentation mentale, c’est-à-dire l’indocilité du sujet, qui bien qu’anesthésié ne veut pas rester tranquille soumis à son chirurgien, constituent aussi un troisième inconvénient, mais dont la méthode ne saurait être scientifiquement rendue responsable.
Ce petit bilan d’inconvénients posé, faut-il soulever la question des suites de la rachi-anesthésie, suites immédiates, suites tardives ?
En fait, non seulement nous n'avons pas observé jusqu'ici de paralysies à distance ou de paralysies immédiates passagères de la vessie ou des membres inférieurs, comme cela a été signalé pour d’autres méthodes (Walther (1), Tuffier) (2), nous avons vu, au Contraire, plusieurs malades chloroformisés précédemment, puis opérés par la rachicocaïnisation, préférer nettement cette méthode pour une nouvelle opération.
Cette satisfaction, ce contentement de l’opéré constituent un premier avantage pour le praticien.