‹ De la facilité d'opérer sous anesthésie générale par rachicocaïnisation lombo-sacrée les sujets très épuisés ou cachectiquesChapitre 5 sur 42 · Cabanès, les Premiers âges de l'anesthésie · texte numérisé non relu

Cabanès, les Premiers âges de l'anesthésie

2. Castoreoque gravi mulier sapita recumbit Et manibus nitidum tenens opus eflluit ei Tempore eo si odorata est quo menstrua solvit Nocturnumque recens extinctum lumen ubi acri Nidore offendit nareis, conscepit ibidem Concidere… Multaque præterea languentia membra per actus Solvunt, atque animam lobefactant sectibus intus.

(Lucrècs, De natura rerum )

Pline, lenaturaliste, vante la pierre de Memphis, substance de la nature des gemmes € gemimantis naturæ » comme ancsthésique local: une fois broyée, on l’appliquait avec du vinaigre sur les régions que l’on dévait couper. |

{l parle aussi du suc de la mandragore comme soporifique. Les uns, Dodonée et Dioscaride d'Ana- zarbe,en Cilicie, prescrivaient la racine de mandragore en décoction dans du vin, d’autres la plante

eninfusion dans du vin également.

L'anesthésie chezles modernes. — Au moyen âge, nombreuses sont les substances hypnotiques employées par les chirurgiens. Sans parler de l’anesthésique peu précis auquel Abélard fait allusion à propos de l’extirpation, par Dieu, de la côte d'Adam, nous ne citerons que pour mémoire les nombreux mélanges soporifiques, les medecines obdormières où entraient en particulier les solanées (opium, morelle,

ciguë, laitue, ete.) employées et rapportées par Guy de Chaulieu et J. Canappe, médecin de François [+, puis par Bailly, un opérateur du xvuf siècle, qui fut fort malmené à ce sujet pour son, audace par Guy Patin, doyen de l’Université de Paris. Au xviur siècle et dans la première moitié du x1x° siècle jusqu'à la découverte et l'emploi des anesthésiques usuels, l'hypnotisme (1:84, à l’époque du mesmérisme), l'ivresse alcoolique (Velpeau, 1859), les moyens violents physiques ou moraux, la compression circulaire des membres, lesmélanges réfrigérants à la suite

de Larrey, sont tour à tour utilisés pour l'anesthésie et vite abandonnés.

Les anesthésiques proprement dits, Encuaut la narcose générale, onten grande partie été découverts et leur emploi réglé à partir de 1850.

L’acide carbonique, les éthers acétique, formique nitreux, le nitrate d’éthyle et d’autres ne firent qu’une courte apparition et s’en allèrent vite rejoindre dans l'oubli les anesthésiques tirés des hydrocarbures, l’'amylène (Snow en Angleterre et Giraldès en France) æt le kérosolène (Hodges).

De nos jours, sans parler du protoxyde d’azote découvert par Humphry Davy en 1798, dont l'usage depuis Horace Wells qui l’expérimenta sur lui-même pour une avulsion dentaire en 1844 ne s’est pas géuéralisé par la raison que la méthode nécessite des appareils et une installation compliqués, difficiles à utiliser dans la pratique; que de chirurgiens demeurent perplexes devant le choix de l'anesthésique ?

Au dernier Congrès de Londres (septembre 1913), combien n’avens-nous pas vu présenter de procédés prônés chacun par leur auteur : c'est:

L'éthérisation reetale décrite par Cunningham de Boston, l'injection intra-veineuse d’éther du professeur Buckhardt de Nüremberg, l'injection intra-veineuse d’hédonaï deZ.Mænel de Londres, 'insufflation trachéale de Meltzer de New-York pour les opérationsintra-thoraciques (Gazette des Hôpitaux, 23sept. 1913). Ces méthodes demeurent desméthodes d'excep-

tion et la majorité des chirurgiens emploient le chlo=.

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zæoforme ou l'éther éthylique, le bromure et le chloæure d’éthyle produisant des analgésies trop brèves pour être employées au cours des opérations de quelque importance.

Sans vouloir faire le procès de la chloroformisation, n’avons-nous pasle droit de rappeler que le chloroforme se comporte dans l'organisme comme un poison amenant une diminution considérable, puis une suppression momentunée de l'activité défensive des leucocytes (Achard), pouvant déterminer une néphréite épithéliale aiguë avec altération de la fibre cardiaque et du foie.

Aussi, sans parler de l’âge du sujet, ni de son tempérament, il faut noter que l’alcoolisme, la dégémérescence graisseuse du cœur, l'insuffisance aortique, les adhérences pleurales, les lésions hépatiques et rénales aggravent, de l'avis de tous les praticiens, les risques de la chloroformisalion.

Son action plus lente, le fait que ses vapeurs sont inflammables, et surtout son action sur les voies respiratoires, ont fait rejeter par beaucoup l'emploi -de léther.

Est-il besoin enfin de rappeler cette effroyable menace planant malgré toutes les précautions et les appareils, sur le chlorofor misé ou l'éthérisé : la syn- «ope blanche !

C’est devant ces multiples et fréquents inconvéaients que l’on a cherché à obtenir l’insensibilisation

par d'autres méthodes.

- L'histoire de la rachicocaïnisation a déjà élé

présentée complète jusqu'en 1901 par M. Tufler, dans sa monographie sur l’analgésie chirurgicale par injection intra-rachidienne.

C'est Corning, de New-York (1885), qui, le premier, injecta de la cocaïne dans le canal rachidien, puis Quincke (1891) montre que la ponction lombaire ne présente aucun danger.

Fr. Franck (1892) et Sicard (1898) font la preuve que les solutions médicinales aseptiques sont sans action sur le liquide céphalo-rachidien. Enfin, Bier, en 1899, pratique la première opération sous rachianesthésie.

Dès lors, c’est un véritable engouement pour la méthode nouvelle; mais elle est appliquée sans discernement, des accidents mortels nombreux ealment l'enthousiasme général et la font rejeter aussi vite

qu'elle avait été adoptée.

Guinard, en 19401, incrimine comme cause des accidents l’eau des solutions et l'hypertension du liquide céphalo-rachidien.

Ravaut el Aubourg montrent le rôle primordial de celle dernière dans la genèse de la céphalée postopéraloire.

En 1902, M. le Filliâtre propose l'évacuation préventive d'une certaine quantité de liquide, et les résultats qu'il obtient viennent démontrer le bienfondé de la méthode, ainsi que le reconnait M. Chaput, à la Société de Chirurgie, en 1907.

Cependant, la cocaïne, jugée trop loxique, est rem-

placée successivement par : la stovaïne, la tropococaïne, la novocaïne.

Malgré tout, M. Le Filliâtre, en maintenant son évacuation préalable de liquide céphalo-rachidien, conserve la cocaïne qui ne présente plus alors les mêmes inconvénients et pratique, en treize ans, sans accidents, plus de 3.000 interventions. Grâce à elle, il a toujours pu obtenir, avec le minimum de risques, une anesthésie sûre et parfaite.

«... Fairé bénéficier des secours de la chirurgie les malades très affaiblis, infectés ou cachectiques, présentant ou non des lésions du cœur, du poumon, du foie ou dés reins, catégorie que, jusqu'ici, nous considérions comme inopérables sous narcose générale, voilà le problème qu'a résolu, au mieux, la rachicocaïnisation, »

C’est ce problème que nous äilons étudier et nous allons, par la discussion d’une statistique portant sur 120 Cas, et l'exposé d’un certain nombre d’observations prises parmi les plus probantes, nous efforcer de démontrer que, si la méthode dont nous nous servous n’est pas, elle non plus, exempte de reproches et susceptible de certaines critiques, elle offre, du moins sur les autres, l'avantage d'éviter au malade l'angoisse atroce qu'ont tousfressentie ceux qui ont été endormis et se sont demandés s'ils se réveñleraient, de réduire le chociopératoire (qui n’est autre

que le choc de la narcose la plupart du temps) au A. Bertrand as a

minimum, et de laisser le sujet dans le même état général où il était avant toute intervention. Une méthode offrant de tels avantages ne doit-elle

pas avoir nos préférences ?

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