L. MILNE EDWARDS
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se produit on abondance dans le tissu cellulaire des Pommes de terre (1). Les tubercules ne présentent d’abord, à l’intérieur, que quelques taches, foncées, l’épiderme se plisse par places, puis prend, au bout de quelque temps, une teinte noire générale, et le tubercule devient tellement dur, que l’eau bouillante et la vapeur ne peuvent le ramollir.
Bientôt après survint une autre épidémie qui apparut, en 18Zi3, aux États-Unis, s’y reproduisit l’année suivante, puis se montra on Europe vers 1845, d’abord en Allemagne, puis en Belgique, on Hollande, en Angleterre; elle s’introduisit en France par les départements du Nord, s’avança bientôt au Uentre, et gagna certaines localités du Midi. Cette maladie coïncide généralement avec la présence d’un champignon microscopique, le Bolrylis infestam, d’abord étudié en France par M. Montagne, puis par d’autres naturalistes, MM. Morron (de Liège), Berkeley et Lindloy (de Londres). Ce champignon se développe dans les stomates des feuilles; il se propage dans les vaisseaux des tiges et envahit les tubercules, qui, lorsqu’ils sont gravement atteints, ne peuvent môme pas servir à l’alimentation des bestiaux sans (lu’il en résulte d’accidents. On a observé que des Tomates, cultivées dans des jardins voisins de champs do Pommes de terre infectées, étaient également envahies par le Botrytis. Plusieurs plantes de familles différentes ont, dans les mômes circonstances, subi les atteintes du môme mal. Depuis cette époque, plusieurs épidémies sontde nouveau venues ruiner les récoltes, sans qu’on ait pu arrêter leurs ravages, qui, pour certains pays, constituent de véritables désastres, car la Pomme de terre y fait le fond de la nourriture; on la mange
(l)Voy. Ann. det sciences nat., ItOT., 2" série, t, XVIII, p.UI.
en nature ; et avec la fécule, soit pure, soit mêlée k de la farine, on fait un pain de très-bonne qualité.
Cette même fécule sert à fabriquer de l’alcool et des liqueurs fermentées dont on fait grand usage dans le nord de l’Europe. Son mode d’extraction est des plus simples : il suffit de râper les Pommes de terre dans des vases pleins d’eau, puis, de jeter la masse sur des tamis qui retiennent les impuretés, les débris des cellules, etc. On laisse déposer la fécule, on la lave, puis on la fait sécher. Ainsi préparée, elle se présente sous la forme d’une poudre d’une blancheur éclatante, à grains plus gros que ceux de l’amidon de blé, et qui, vus au microscope, semblent inégaux et bossués à la surface. La fécule ne se dissout pas dans l’eau, elle s’y conserve très-longtemps sans altération, mais une forte trituration suffit pour la rendre en partie soluble; l’empois qu’elle forme avec l’eau est moins consistant que celui de l’amidon de blé.
On emploie souvent la fécule de Pomme de terre pour faire des cataplasmes; on s’en sert également pour saupoudrer la peau lorsqu’elle a été rubéfiée ou irritée par une brûlure ou toute autre cause. On rend ainsi les contacts moins douloureux. C’est à peu près là le seul usage médicinal de cette substance. Anciennement on attribuait au Solanum tuberosum des propriétés actives qu’il ne paraît pas posséder ou qui, du moins, sont très-faibles.
Une autre espèce.de Solanum, le Solanim monlanim (1) de Linnée, qui croît au Pérou, est remarquable par l’existence d’un tubercule souterrain unique, d’où s’élèvent les tiges et d’où naissent les racines ; ce ne serait donc pas un bourgeon, comme la Pomme de terre, mais, d’après Dunal, une dépen-
(1) Voy. p. 24.
(lance tlo la lige elle-môme. MM. Schiede et Deppe ont rapporté du Mexique des tubercules comestibles produits par le Solanum stoloniferum et cultivés en Bolivie sous le nom de Papa Usa. Le Solanum Sinense fournit aux Chinois, d’après Manuel Blanco, une sorte de Pomme de terre très-estimée.
Les baies du Solanum esculentum (l),ou Aubergine, servent à l’alimentation dans une grande grande partie de nos départements méridionaux; on en envoie jusqu’à Paris et dans le Nord.
Le Solanum album donné des baies globuleuses, vertes, marquées de taches blanches, que mangent les habitants de la Cochinchine et du royaume de Siam. A Madagascar on mange aussi les fruits du Solanum anguivi.
Les fruits du Solanum sessifolium, du Brésil, servent à l’alimentation (les Indiens.
Le Solanum quitoense (“2) est recherché à cause de ses baies, connues sous le nom àeNaranjilas, ou petites oranges de Quito. Mlles ont, on effet, la saveur acidulé et sucrée, ainsi que la couleur de ces dernières. On emploie leur jus pour faire une limonade douce et rafraîchissante.
La baie du Solanum muricatum (3) présente un péricarpe tr(’3s-épais et très-charnu, jaunâtre, etsemblable, par sa consistance et même par son goût, à celui des Melons. Aussi est-il corne-stible au Pérou.
Iæ Solanum œlhiopicum (à) est remarquable par ses baie,s arrondies, jaunes et sillonnées, que l’on emploie au Japon.
(1) Voy. p, 26.
(2) Voy. p. 3a.
(.3) Voy. p. 24.
{,4) Voy. p. 32.
comme assaisonnement. Leur saveur rappelle, en beaucoup moins fort, celle des Piments.
Le5o/aHwm oleraceum (L.) ressemble beaucoup à la Morelle noire; il est cultivé à la Guyane et aux Antilles, où l’on mange sa partie herbacée.
Le Solanum nemorense (1) produit des baies de la grosseur d’une petite poire, à surface dorée, qui servent à l’alimentation des habitants du Pérou.
LeSolanutn dulcamara (2) doit son nom vulgaire deDouceamè;’e, au goût d’abord douceâtre puis amer qu’ont les tiges quand on les mâche ; son odeur est forte et vireuse, et elle renferme, dans toutes ses parties, un alcaloïde particulier connu sous le nom de Solanine. La pulpe des baies a un goût fade et nauséabond. On lui attribuait des propriétés vénéneuses, sur la foi d’une expérience do Ployer, qui avait vu un chien succomber après l’ingestion de trente baies de Douce-amère (3) ; mais Dunal a établi de la manière la plus nette que ces fruits n’ont pas de propriétés fâcheuses (â). 11 en a fait avaler 90 à un coq, ôO à un chien, 100 à un autre chien, 35 à un cochon d’Inde, sans qu’aucun accident survînt. Des expériences faites par Orfila montrent que l’extrait aqueux de cette plante tend cependant à détruire la sensibilité et la motilité (5). A hautes doses, les tiges de la Douce-amère peuvent donner lieu à des effets toxiques légers: de la céphalalgie, du délire, l’affaiblissement de la mémoire, un sentiment de constrie-
(4) Voy. p. 28.
(2) Voy. p. 23.
(3) Floyer, Pharmacop, p. 86.
(4) Dunal, Hist. desSolamm, 1813, p. 98.
^S) Orfila, Traité des poisons, 3' (dit , f. II, p. I9a
lion de la gorge; aussi a-t-elle été conseillée dans certan nés affections, et ses propriétés ont été tour à tour exaltées au-dessus de leur mérite, puis complètement révoquées en doute. Dioscoride considérait cette plante comme diurétique, et l’employait contre l’hydropisie. Linné et Carrère en faisaient usage dans le rhumatisme chronique. Slarke et Bergius la vantaient pour soulager les accès de goutte. Dehaen en conseillait l’emploi dans le traitement de l’asthme; Boerhaave, dans celui de la phthisie ; mais c’est surtout comme dépuratif que la Douce-amère paraît être utile; ainsi Carrère, Bertrand, Lagrésie, Starke, Poupart, Swediaur, se sont servis avec succès des tiges de cette plante pour combattre les affections cutanées, la scrofule et la syphilis. M. Chrichton, appuyé de l’autorité de Bretonneau, l’a préconisée dans le traitement de la lèpre, et M. Gardner la conseille contre le prurigo, le psoriasis et l’ichthyose. Les tiges seules de la Douce-amère sont employées en médecine ; bien que les autres parties possèdent, à peu de choses près, les mêmes propriétés. On en fait usage sous forme de tisane ou d’extrait, elle cède trè.s-bien à l’infusion ses principes solubles. Le sirop de Douce-amère est souvent ordonné aux enfants. La po^jdre est très-peu usitée.
La Solanine est le principe actif de la Douce-amère; elle existe dans les tiges, d’où elle a été extrada par M. Desfossés, et dans les fruits, où M. Legrip a constaté sa présence. On l’obtient en traitant les tiges par de l’eau acidulée avec de l*acide sulfurique; on précipite ce dernier et la matière extractive par l’acétate de plomb, on sursature la liqueur par un lait de chaux, on fait bouillir le précipité avec de l’alcool à 80 degrés et l’on purifie la Solanine par plusieurs cristallisations successives. Celle substance cristallise en prismes inco-
lores et inodores, d’une saveur amère et acre, soluble dans l’eau, l’alcool et les huiles.
M. Çlarus a étudié l’action physiologique de la Solanine. L’absorption do cette substance est rapide et elle agit d’abord sur la moelle allongée et sur la moelle épinière; elle produit une forte congestion du côté des reins, accompagnée le plus souvent d’une augmentation dans la sécrétion de l’urine et rend ce liquide albumineux ; les battements du cœur sont augmentés eu même temps que la force du pouls diminue; la respiration est ralentie à cause de la paralysie de la moelle allongée et de la dixième paire des nerfs cérébraux, et quand la mort arrive, c’est le résultat de la paralysie de l’appareil respiratoire. La Solanine n’exerce aucune action sur l’estomac et l’intestin, elle ne dilate pas la pupille.
Le Solanum nigrum (1), ou Morelle noire, est légèrement narcotique et doit ses propriétés à une faible proportion de malate de Solanine. Pendant longtemps on l’a regardée comme une plante dangereuse. Camerarius, Gmelin et Alibert citent des empoisonnements qu’ils attribuent aux fruits do la Morelle noire. Dunal pense, avec raison, qu’il y avait ou une erreur de détermination, et que les accidents avaient été causés par des baies de Belladone. Ce qui rend cette opinion très-probable, c’est que ce botaniste a plusieurs fois essayé ;tir lui-môme, sans aucun résultat fâcheux, l’effet des baies do Morelle; il en fit également prendre à divers animaux, tels que des chiens, des cochons d’Inde, des oiseaux, qui n’en ressentirent aucun accident. D’ailleurs, du temps de Théophraste etdeDioscoride, la Morelle noire était employée comme aliment, et aujourd’hui on en mange les feuilles en
(t) Voy. ci-dessus, p. 25.
guise d’épinards dans quelques départements de la France, au Malabar, à l’île Bourbon et à l’île Maurice. On emploie quelquefois en médecine la décoction des feuilles comme émollient, mais elle est sans effet particulier.
L’écorce du Solanum pseudoquinquina {l) est employée au Brésil comme fébrifuge, et sert de succédanée au Quinquina. Dans le commerce, on la trouve roulée, recouverte d’un épiderme mince et fendillé, jaunâtre ou blanchâtre à l’intérieur, avec une structure granuleuse. Elle présente beaucoup de ressemblance avec la Cannelle blanche; mais on peut l’en distinguer par le manque d’odeur et par la couleur de sa surface intérieure, qui au lieu d’étre blanche est grise. Sa .saveur est amère et désagréable; Vauquelin, qui en a fait l’analyse, y a trouvé un principe amer qui entre dans sa composition pour et en qui réside probablement ses facultés fébrifuges.
L('s racines du Solanum undalum (2) paraissent posséder des propriétés émétiques; leur poudre, mêlée à du vin, sert au Malabar à provoquer des vomissements. On les emploie aussi en décoction, ainsi que les feuilles, dans le traitement de certaines fièvres muqueuses.
Les racines du Solanum lasiocarpum sont utilisées, dans le même pays, de la môme manière.
Les feuilles du Solanum crispum (3) servent ay Pérou, en décoction ou en infusion, au traitement des fièvres inflammatoires.
Les Indiens du Brésil appliquent sur les plaies les feuille.'i du Solanum paniculatum (â).
(1) Voy. ei-dessus, p. 28.
(2) Voy. ci-dessus, p. 33.
(3) Voy. ci-dessus, p. 2ü.
(4) Voy. ci-dessus, p. 29.
Au Pérou, les feuilles du Solanum alhidim (1) passent pour avoir des propriétés résolutives, et l’on prétend qu’elles diminuent les tumeurs cancéreuses, chose qui nous paraît trèspeu probable.
Le Solanum fuscatum, très-voisin des Aubergines, est originaire d’Amérique; il produit des baies très-vénéneuses. 11 en est de mémo pour le Solanum mammosum. (2), dont les racines jouissent de propriétés diurétiques. Les racines du Solanum Uermani, également diurétiques) sont employées, pour cette raison, dans le traitement des hydropisies.
L’extrait de feuilles du Solanum violaceum est employé pour combattre les phlegmasies et particulièrement celles des organes respiratoires.
Aux Canaries, les baies du Solanum gnaphalioides (3), et, au Pérou, celles du S. vespertilio (4), servent, à cause de leur couleur d’un rouge vif, à préparer une teinture et un fard dont les femmes font usage pour se peindre la visage.
Les baies du Solanum saponaceum (5) sont employées au Pérou comme une sorte de savon pour laver le linge.
Enfin, on cultive dans les jardins, comme plantes d’ornement, plusieurs espèces du genre Solanum. Telles sont :1a Morclle de Madagascar (Ao/aniim pt/racan</mm, Lam.), dont les feuilles, d’un vert glauque, sont profondément découpées; la nervure médiane est couverte en dessus et en dessous de gros aiguillons d’un rouge orangé ou vermillon ; ces mêmes
(1J Voy. ci-dessus, p. 30,
(2) Voy. ci-dessus, p. 30.
(3) Voy. ci-dessus, p. 27.
(4) Voy. ci-déssus, p. 31.
(6) Voy. ci dessus, p. 29.