‹ De la famille des solanacéesChapitre 19 sur 22 · I. XVI, p · texte numérisé non relu

I. XVI, p

(4) Meyer, Bull dessc. méd. de Férus, t. XIII, p. 276.

(6) Angelbart, Diss. med. tlierap. de Datura slramonio ejusque usa medico prœserlim ad rhumalismi curalionem. Vlrechl, 1823.

(6) Harles, Traitement de l'hydrophobie et de l'efficacità du Datura stramonium dans celte maladie.

En pharmacie, on en forme un extrait avec le suc, un extrait alcoolique, un éléolé simple, et de plus il entre dans la composition du baume tranquille. Les graines sont plus actives que les autres parties de la plante.

Les Datura contiennent un alcaloïde encore peu connu et auquel on a donné le nom de Daturine. On l’extrait des feuilles et des graines de la Stramoine. Le procédé suivant, dû à Sanies, est très-simple : on fait bouillir les graines avec de l’alcool dilué, puis on laisse digérer le liquide avec 15 grammes de magnésie pour 500 grammes de graines ; on filtre et l’on décolore à l’aide du charbon, on évapore, on filtre de nouveau, on laisse reposer, et l’on obtient des cristaux blancs que l’on purifie par de nouvelles cristallisations. Quelques chimistes, tels que Geiger, Hesse, et Mein, regardent la Daturine comme identique avec l’Atropine. M. Planta a trouvé, en effet, que ces deux corps avaient la même composition; mais la Daturine ne précipite pas par le chlorure de platine, et, parle chlorure d’or, elle précipite en blanc, tandis que le précipité formé avec l’Atropine est jaune.

La Daturine agit sur la pupille avec moins de persistance que l’Atropine, son action est moins douloureuse et plus constante. Aussi M. Jobert (de Lamballe) l’emploie-t-il de préférence à cette dernière.

§ 8. — Genre ilyoacj’amns.

Les différentes espèces de ce genre joui.ssent à un plus ou moins haut degré de propriétés stupéfiantes analoguesà celles de la Belladone et de la Stramoine. Aussi presque toutes sontelles employées en médecine dans les pays où elles croissent.

En France, VlJyoscyamusniger, ouJusquiame noire (1), est la seule qui soit d’un usage journalier en thérapeutique ; ce sont les feuilles dont on se sert principalement, bien que les racines, les fleurs et les graines puissent au besoin les remplacer. L’ingestion de la Jusquiame est suivie d’accidents analogues à ceux qu’amènent les espèces que nous venons d’examiner. Ainsi à faible dose elle peut n’étre qu’excitante, mais à doses plus élevées elle agit comme un poison stupéfiant d’une grande énergie. Il survient un délire accompagné de violentes contractions musculaires. La mémoire s’affaiblit, et un coma profond succède à ces phénomènes, qui se terminent souvent par la mort. D’autres fois les malades se rétablissent, mais ils peuvent être longtemps sujets à des troubles nerveux qui, dans quelques cas, persistent toute la vie.

Ainsi on a remarqué un affaiblissement très-marqué de la vision à la suite de l’ingestion de racine de Jusquiame, et l’un des élèves de Boerhaave fut atteint d’hémiplégie dans des circonstances analogues. Parfois on a vu la sensibilité du nerf optique s’exalter de telle sorte que tous les objets semblaient brillants ou couverts de paillettes d’or ; c’est à cette perversion du sens de la vue que Sauvages a donné le nom de Berlue Danaé. Enfin on prétend que la Jusquiame peut occasionner des éruptions gangréneuses. On n’a nîalheureusement que trop souvent l’occasion d’étudier les symptômes de l’empoisonnement par la Jusquiame. Cette plante est tellement répandue qu’elle a été fréquemment cueillie et mangée à la place de la Chicorée. Ses racines ressemblent assez au Panais pour expliquer des erreurs de ce genre, qui ont été suivies des plus fâcheux résultats; les exhalations seules de la plante peu-

(1) Voy. ci-dessus, p. 92.

vent amener des accidents, surtout dans un endroit mal aéré ou couvert de Jusquiames. Il est curieux de noter que les cochons, les vaches, les chèvres et les moutons peuvent manger des Jusquiames sans en ressentir d’inconvénients ; on prétend même, dans certaines parties de la France, que la graine de cette plante mêlée à l’avoine entretient la bonne santé et même engraisse les chevaux ; au contraire, beaucoup de mammifères, les singes, la plupart des rongeurs, les cerfs, les oiseaux et les poissons meurent rapidement quand on leur fait prendre de la Jusquiame. ^ *

Une substance aussi active ne pouvait manquer d’attirer l’attention des pharmacologues et des médecins, et Stork, après en avoir étudié les effets sur lui-même, les appliqua avec succès au traitement des maladies nerveuses. Bientôt on essaya les effets thérapeutiques de la Jusquiame, et il n’est presque pas do maladies dans le traitement desquelles on ne l’ait successivement préconisée, puis abandonnée. On en a fait usage dans toutes les affections nerveuses : épilepsie, hystérie, convulsions, chorée, tétanos, dans l’hémoptysie, les rhumatismes, la goutte, le croup, etc., etc.

Beaucoup des résultats attribués cà l’action de la Jusquiame sont évidemment erronés, cependant on ne peut nier qu’entre des mains exercées cette plante ne puisse rendre de véritables services. Son utilité dans les névralgies est incontestable, les célèbres pilules de Méglin n’agissent que par l’extrait de Jusquiame qu’elles renferment, et elles font .souvent disparaître des névralgies rebelles. De même que les autres Solanées vireuses, la Jusquiame amène la dilatation de la pupille, on peut par conséquent .s’en servir pour empêcher les adhérences de l’iris et les occlusions de la pupille, qui souvent suivent l’opéralion do la cataracte.

On emploie en médecine les feuilles, les tiges, les capsules, les graines et les racines; ces dernières sont moins actives ; les graines possèdent les propriétés les plus énergiques; elles entrent dans la composition des pilules de cynoglosse; les feuilles font partie de l’onguent populéum et du baume tranquille.

Les propriétés de la Jusquiame blanche (Ilyoscyamvs albus) (1) sont les mômes que celles de laJusquiame noire : les médecins grecs, Hippocrate notamment, en préconisent l’emploi ; aujourd’hui encore on s’en sert fréquemment dans le midi de la France et particulièrement à Montpellier.

l.a Jusquiame dorée (Hyoscyamus aureus) (2) est moins active ; certains peuples de l’Asie en font des boissons enivrantes. Toutes ces plantes doivent leur activité à la présence de YHyoscyamine, qui d’abord étudiée par Brandes (3), a été isolée à l’état de pureté par Geiger (4).

On peut préparer celte substance, soit avec l’extrait de la |)lante fraîche, soit avec les graines. Dans le premier cas, on pile lu plante entière, on fait bouillir le suc pour coaguler l’albumine et l’on filtre; puis on ajoute au liquide filtré de la chaux caustique et pulvérisée, en agitant con- .stamment de manière qu’il prenne une réaction légèrement alcaline, on filtre une seconde fois, on mélange avec du carbonate de potasse, et l’on traite à plusieurs reprises par de l’éther ; on décante la dissolution éthérée, et l’on chasse l’éther par distillation ; on reprend ensuite le résidu par de l'eau tant qu’il se trouble, puis on filtre, on ajoute au liquide deux fois son volume d’un mélange à parties égales d’alcool et

(1) Voy. ci-dcssus, p. 93.

(2) Voy. ci-dessus, p. 94.

(3) Brandes, Ann. der Chem, and pharm., 1832, t. I, p. 333.

(4) Geiger, ibid., l. VII, p. 270.

d’éther, on agite avec du charbon animal, et après avoir fdlré de nouveau, on évapore la liqueur à une douce chaleur et enfin on dessèche dans le vide. Ce mode d’extraction donne peu de produit ; on en obtient plus sûrement en agissant sur les graines de Jusquiame. On les écrase, puis on les traite à chaud par de l'alcool, auquel on a ajouté 2 pour 100 d’acide sulfurique, on fdlre, on sature par de la chaux, ensuite on filtre de nouveau et l’on enlève la chaux par un léger excès d’acide sulfurique, on chasse ensuite par la chaleur 1/4 de l’alcool, on sature avec précaution avec une solution concentrée de carbonate de potasse et l’on filtre dès que le liquide se trouble, puis on continue l’opération comme nous venons de l’indiquer.

L’IIyoscyamine pure cristalliseen aiguillessoyeuses et groupées en étoiles ; on ne l’obtient souvent que sous forme d’une masse incolore et visqueuse. Lorsqu’elle est humide, elle a une odeur vireuse et désagréable ; sèche, elle est inodore. Elle neutralise complètement les acides. Elle est très-soluble dans l’alcool et l’éther, assez soluble dans l’eau ; sa solution aqueuse présente une réaction alcaline. Quand on la chauffe, elle fond, puis se volatilise en se décomposant en partie, ce qui empêche qu’on puisse l’isoler par ce procédé. La potasse et la soude la décomposent à chaud et la transforment en une résine brune. L’acide nitrique la dissout sans se colorer; l’acide sulfurique la brunit; l’iode produit dans sa solution aqueuse un abondant précipité couleur kermès.

Prise à l’intérieur elle agit, môme à petite dose, avec une grande énergie de la môme manière que la Jusquiame, produit des convulsions tétaniques et cause la mort. Instillée dans l’œil, elle dilate la pupille d’une manière permanente. Les sels d’Hyoscyaminc jouissent des mêmes propriétés.

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