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ADMIRATION DE L ENFANT

Le siècle d'à présent est bien loin de ces

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et nous sommes tombés proprement dans le contraire excès. La camaraderie des pères et des enfants est un des lieux communs dont les satiriques et humoristes modernes ont fait largement leur profit. Je ne m'y étendrai point, la chose n'étant ni à prouver ni à montrer dans le détail avec utilité. 11 suffit de la rappeler. Remarquez seulement qu'elle commence dès l'âge le plus tendre. Elle commence ainsi : le père et la mère, en France surtout, peut-être uniquement en France, admirent l'enfant, l'enfant de six mois, d'un an, de quatre ou

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cinq ans ; ils sont comme stupéfaits de son intelligence. Leur vanité leur persuade qu il n'y a pas d'enfant sur la terre qui ait manifesté de si bonne heure un tel génie. Voilà le commencement. L'enfant, grandissant dans cette atmosphère d'apothéose, devient condescendant et protecteur, souvent railleur à l'égard de ses parents, vers dix ou douze ans. Puis, tout ce quil peut faire, s'il a un bon naturel, c'est de se ramener, vers quinze ou seize ans, aux termes d'égalité avec ses parents, égalité de courtoisie, du reste, laissant au for intérieur du jeune homme le sentiment de sa supériorité, égalité cependant, comportant compagnonnage, familiarité et camaraderie de bon garçon.

Mais c'eit tout ce que l'on peut obtenir du jeune homme de bon naturel ainsi élevé. 11 n'y a rien de plus amusant que les réactions et courtes révoltes et trop tardives des parents contre leurs enfants à cet égard : quand la familiarité va

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décidément trop loin, ou simplement, quand ils s'en aperçoivent, ils se rebiffent brusquement et, récalcitrant, rappellent à la pudeur et au respect avec un étonnement et un scandale burlesques. Le respect ne s'impose pas par soudains éclats.

Peut-être même n'en devrait-on jamais prononcer le nom. 11 s'établit lentement, insensiblement, par l'habitude qu'on donne de lui. Le père qui a été en extase devant son fils de quatre ans ne peut espérer que celui-ci le respectera jamais.

11 ne faut pas tomber dans l'autre extrémité : j'ai été élevé à me considérer comme un imbécile. 11 y avait du vrai et beaucoup ; mais à me le répéter sans cesse on me donnait une timidité, non de manières, que je n'eus jamais, mais de fond, la persuation que j'étais destiné aux tout petits emplois, aux professions les plus humbles ; et cette timidité et cette créance il fallut les combattre plus tard très

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énergiquement et sans grand succès.

De ce que je n'ai songé que très tard que je pouvais tout comme un autre être agrégé, docteur etc. du temps que j'ai perdu dans ma jeunesse, j'en incrimine cette résignation à ma faiblesse d'esprit qu'on m'avait inspirée dans mon enfance, incrimination durestesans amertume ; car ce que je me rappelle avec le plus de plaisir c'est le temps que j'ai perdu ; mais encore les parents ambitieux sont avertis.

Seulement, en général, ce n'est pas dans cet excès que je viens de dire que donnent les parents français.

Concluons que sans déprimer l'enfant il ne faut pas l'admirer, quelque admirable que votre amour propre, que vous prenez pour de l'amour, vous persuade qu'il soit ; concluons qu'il faut l'aimer avec respect et se faire aimer de lui avec respect. L'enfant a deux tendances très marquées, celle, bien naturelle, de se considérer comme centre de tout, celle aussi, qui lui manque

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rarement, de considérer ses parents comme des êtres supérieurs, extraordinaires et surnaturels. Rien n'est plus facile, si l'on est à peu près sensé, que de cultiver cette seconde tendance, au préjudice de la première et de ne pas, comme on le fait si souvent, cultiver la première à la ruine de la seconde:

11 faut respect et amour; « il faut, dit Montaigne, se rendre respectable, se rendre respectable par sa vertu et par sa suffisance et aimable par sa bonté et douceur de ses mœurs. »

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