‹ De la fausse ankylose du genouChapitre 18 sur 29 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Le 22 mai 18G1, M. le D'' Racihorskl nous adressa un jeune

polonais, I\I. B (.lean), âgé de t9 ans, d’une constiluliou

scrofuleuse. 11 étailalleinl : 1“ de deux fausses ankylosés an{>ulaires desgenoiix, aanf^Ie droit, depuis l’af^e de It ans; 2“d’ankyloses des coudes et des poignets, datant de l’àge de 13 à 14ans; 3“ d’ankylose de la [)artie supérieuse de la colonne vertébrale ; 4° enfin d’ankylose des vertèbres cervicales et des six premières dorsales. Toutes ces vertèbres étaient déviées à gauebe et, par le fait de cette déviation, la tète était fortement inclinée sur l’épaule droite.

Les coudes, les poignets, les genoux et les articulations tibio-tarsiennes et même tarsiennes étaient très-grosses; le tissu cellulaire sous-cutané de ces diverses articulations était œdématié, bypertropié, comme dans les sublnllammatious ou tu-

meurs blanches des articulations, de manière que l’infortuné paraissait avoir six tumeurs blanches. Quand on rejjardait ce corps, dépouillé de tout vêlement, il était hideux à voir.

Les nombreuses difformités qui s’étaient successivement développées dans l’espace de deux ans et demi avaient eu pour principe une affection rhumatismale ai^uë qui avait d’abord envahi les deux ffonoux, puis les pieds, puis les coudes, les poij’nels , et, deux ans plus lard, la colonne vertébrale. A 11 ans, toutes ces articulations souffraient à l’étal chronique; cependant à l’automne et au printemps il arrivait souvent au malade d’éprouver d’assez vives douleurs dans quehp»es-unes, ce qui provenait, bien évidemment, du passage du rhumatisme de l’étal chronique à l’état snbaigu. Des 'cataplasmes émollients et quelques préparations de colchique enlevaient vite cette complication.

On conçoit qu’avec de telles difformités le malade devait être complètement impotent; en effet il passait sou lem|)s au lit ou assis dans un fauteuil; on était obligé de le lever, de le placer dans le fauteuil. Quel(|uefois , dans les beaux jours, on lui faisait faire une promenade dans une voilure à bras.

Il était d’une pâleur chlorotique, il avait la re8|)iralion trèscourte, et l’on entendait des bruits de souffle dans la région du cœur et dans les carotides,

.M. le !)'■ Uaciborski et mon père furent d’avis de lui faire suivre un traitement médical avant de tenter l’extension des deux jambes sur les cuisses; ce traitement consistait en douches froides sur tout le corps et tous les jours, eu badigeonnages, tous les deux jours, sur les genoux et les pieds avec de la teinture d’iode. A l’intérieur, on lui faisait prendre malin et soir une cuillerée à bouche du mélange suivant :

Pr. Huile de foie de morue.

Sirop de salsepareille, lodure* de potassium.

Citrate de fer.

Teinture de digitale, Mêlez.

âà lüO grammes,

Ce traiiement fut suivi jusqu’à la fin d’août, époque à laquelle, avec l'aide de M. le professeur Nélaton et de M. llaciborski, nous mîmes le sujet dans un état complet d’anesthésie avant d’essayer de procéder au redressement immédiat des genoux. Alors un phénomène insolite se lit voir dès les premières tentatives faites pour mobiliser les articulations ; à chaque effort pour fléchir ou étendre les jambes, les fémurs ployaient comme des cannes de jonc. Ce peu de consistance des fémurs fit suspendre l’opération, dans la crainte de fracturer ces os. M. Nélaton fut d’avis qu’il fallait s’en tenir aux appareils à extension graduée, ce qui fut fait. Mais notre jeune malade, peu docile et peu courageux, les su|)porla très-mal.

Dans le mois d’octobre il quitta notre établissement, a peu près dans le même état qu’à sou entree. Cependant la santé générale s’était améliorée sous l’inHuence du li’aitement médical qu’il avait suivi pendant quatre mois.

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