OBSERVATION VI
be 20 novembre 1860, est entré, dans l'élabUsssement orlbo-
|)édi(|ue de mon père, le jeune M (Eugène), âgé de 12 ans,
des environs de Salnl-Valery-sur-Somme.
Ce jeune homme avait eu, à l’âge de 5 ans, une arthrite qui suppura longtemps, Ouand il se présenta dans notre établissement, voici ce que nuus apprîmes et ce que nous vîmes :
Le genou droit portait des traces de trajet Hsluleux ayant laissé des cicatrices. On avait mis le membre dans l’immobilité pendant fort longtemps; il y avait une Hexlou de la jambe sur la cuisse (|ui atteignait, à cette époque, l’angle aigu ; l’atrophie du membre était considérable, et la diminution de longueur des os était de 3 centimètres. Un médecin de Saint-Valéry avait cru à une ankylosé vraie. En effet la mobilité de l’articulation était très-obscure et surtout très-douteuse pour la rotule. L’enfant marchait, tantôt sur des béi]uilles, tantôt en Hécblssanl le membre sain au même degré que l’autre. Le malade avait perdu de sa taille et était courbé pour ainsi dire sur lui-méme. La circulation était imparfaite dans le membre, où l’on trouvait une coloration violette des téguments. 11 survenait de temps eu temps des douleurs dans le genou. Les fléchisseurs étaient très-tendus, surtout lorsque l’on essayait d’étendre la jambe.
Cet enfant, au premier aspect, paraissait très-petit; mais sou buste était grand, et il avait une très-belle et très-bonne constitution.
Ouaud il entra dans notre établissement, on commença par lui administrer des douches froides ; on lui fit faire une machine à extension continue (machine n°2, à laquelle ou avait ajouté une genouillère), qui servait pendant que le malade était levé,
])uis, dans la nuit et une partie de la journée, on le tenait dans la machine à valves (machine n° 3).
Le 2 février 1861 , M. Verneuil, mon père, MM. les Ü” Launay et Marchand, procédèrent, après avoir chloroformé l’enfant, au redressement immédiat, mais sans beaucoup de résultat. On lui lit, dans la même séance, la section du muscle biceps, et, après cpielques instants, on arriva à amener la jambe sur la cuisse, à peu près à angle droit. La machine à extension fut appliquée jour et nuit jusqu’au 21 mars, époque où 1 on fit une seconde séance pour tenter d’obtenir un résultat plus prompt, mais ce fut eu vain, et il n’y eut, ce jour-là, que ce que les machines à extension avaient gagné.
Du 21 mars au 9 avril, le même traitement fut continué, la machine gagnant toujours, mais lentement; et, le 9 avril, une troisième séance avec le chloroforme eut lieu pour tenter de nouveau l’extension immédiate. Le résultat ne fut guère plus heureux que dans les deux séances précédentes.
On crut alors devoir s’en tenir à l’emploi de nos machine» à extension continue, emploi dont le résultat fut magnifi([ue et surprenant; car le jeune malade put sortir de 1 établissement, se regardant comme complètement guéri, le 31 mai
Pour nous, il n’en était pas ainsi, puisque le genou restait encore Hécbi dans un angle de 15 degrés ; mais le sujet marchait sans béquilles ni canne et, avec un petit talon à sa chaussure, il ne boitait nullement.
Nous avons eu depuis l’occasion de revoir ce jeune et intéressant malade qui , de jour en jour, va de mieux en mieux. M. Verneuil, qui nous l’avait adressé, eu a reçu des nouvelles aussi satisfaisantes.
Un pbénemène nous a frappé énormément dans cet enfant, qui, frêle, triste, morose, et paraissant petit eu arrivant dans notre établissement, a pris, au furet a mesure de son redressement, un caractère gai et enjoué; dont le buste graüd, comme nous l’avons dit au commencement de dette observa-
lion, par rapport avec le reste du corps, est venu peu après à concorder avec toute l’économie, dont toutes les parties s’étaient développées.
C’est incontestablement l’un des plus heureux résultats de l’emploi des machines; car, avec les mains, aidées du chloroforme, et maljjré la section du biceps, uous n’avions obtenu que peu de résultat.
De plus cet enfant est, parmi ceux que mon père a (piéris, celui qui lui ait fait le plus d’honneur ; car il |)araissait un des pins estropiés, marchant courbé en deux , la tête au niveau du bassiu, ou bien sur deux béquilles.
OBSERVATION Vil.
1) (Alphonse-Charles), àjjé de 23 ans, de Ouend (Somme),
d’une constitution lymphati({ue et sauquine. Ce sujet n’a eu que quelques maladies de l’enfance, éruptives et sans jjravité.
Le 1®' mai 18(52, en descendant de voilure, il fit une chute sur le {jenou jjauche, laquelle fut suivie immédiatement de beaucoup de luinéfaclion, et nécessita le séjour au lit pendant trois mois, avec de grandes douleurs et l’impossibilité complète des mouvements. Pendant ce temps, plusieurs applications de saiq'- 8ues,des cataplasmes, etc., furent employées avantaj^eusement,
puisijue les douleurs cessèrent. (Juand M. ü put commencer
à se lever, il s’aperçut que la jambe ne s’étendait plus sur la cuisse et restait ployée à peu près sous un anqle de 50°. Ainsi étaitelle encore au 15 janvier 1803, jour de l’entrée du sujet dans rétablissement de mou père. En outre de la flexion, il existait de l’empâtement dans le jarret et le pourtour de la rotule.
La première chose que l’on fit, dans le but d’enlever la tuméfaction et rempàtemeut du genou, ce fut l’applicalion de I appareil ouaté, cartonné et amidonné, qu’on laissa pendant le temps de fabriquer la machine à extension (huit ou dix jours à peu près).
L’appareil enlevé, on appliqua la machine, et des douches
froidfs fureiil admiaistrées sur le membre. Le traitement fut coiiliiuié jusqu’au 5 avril. Ce jour-là, voyant que le malade ne {jajjuait plus rien par la machine, mon père se décida à tenter la réducliou immédiate pendant le sommeil anesthésique, et avec 1 aide de MM. les L)''® Verueuil et Léon Marchand, il fut procédé à cette opération qui eut le plus [jrand succès.
Le il mai , le sujet est sorti de notre établissement complètement fpiéri, débarrassé de ses béquilles si indispensables jusque-là. Aujourd’hui, il esta la tète d’une forte exploitation a^jricole, monte à cheval et ne se sert pas même de canne. Le jjenou a repris tous ses mouvements.
OBSEUVAïlON VIH.
B K , àjjé de lü ans, Polonais, d’une coustilution lym-
phali(|ue et scrofuleuse , {jrand pour son âjje.
A l’àjje de 5 ans, (|uin/e jours après une chute de cheval, il ressentit une vive douleur dans le {jenou , accompajjnée bientôt de tuméfaction. r3es sanjjsues et des cataplasmes furent employés : les doideurs diminuèrent mais ne cessèrent jamais complètement. Au bout de deux ans, il survint un abcès à la partie interne et supérieure de la jand)e. On l’ouvrit avec de la potasse causticjue , et la sup|>uration dura plusieurs semaines; ])uis le jeune malade alla prendre, pendant trois ans, les eaux minérales en .Mlemajync, mais ce fut sans résultat.
Voici l’état dans le(|uel il se trouvait le 13 octobre 1858, époque à laquelle il vint consulter mon père : La jambe flécbie sur la cuisse, à l’anj^le de 40" à peu près; le (|uart inférieur de la cuisse et le genou plus gi'os de 4 centimètres que les mêmes parties du côté op|)osé. Un peu de subluxation de la jandie en dehors des condyles du fémur, avec une légère rotation de la jambe en dedans, contiairement à ce qui se passe dans les ankylosés angulaires du genou, où ordinairement la rotation de la jandte a lieu en dehors. La flexion de la jambe très-limitée; l’extension impossible à cause des adhérences
fibreuses de rarllculalion et de la rétraclion des muscles biceps crural , demi-lendiueux et demi-mendiraneux. Quaud ou voulait flécliir ou éteudre la jambe, le malade accusait une {jrande douleur dans le {jenou.
Cet enfant fut présenté par M. le D' Haeiborski à M. le professeur Nélaton, qui fut d’avis de commencer le traitement par le redressement immédiat de la fausse ankylosé an^^ulairc du genou, en maintenant le redressement par le bandage ouaté, cartonné et amidonné. Il nous fut adressé par ces messieurs, et entra dans notre établissement le 13 octobre 1858.
Ouelques jours après, en présence de .M. Uaciboi ski , il fut procédé, avec M. le professeur Nélatou, au redressement immédiat du membre. Celte première séance donna peu de résultat.
Le bandage fut conservé pendant plus d’un mois; deux mois de doucbes froides succédèrent. Dans le courant de janvier, seconde séance de redressement immédiat; celle-ci fit gagner beaucoup plus, et avec l’aide de notre macbine à extension, le jeune sujet put quitter l’établissement marchant sans canne, et la jambe redressée, pour aller au mois de juillet prendre les bains de mer au Havre, et retourner ensuite dans son pays.
Pendant toute la durée du traitement, cet enfant, d’une contitulion éminemment scrofuleuse, prenait matiu et soir une cuillerée à bouche du mélange suivant :
Huile de foie de morue.
Sirop de salsepareille ou de quinquina, lodure de potassium,
Essence d’amandes douces.
150 gramm.
15 gouttes.
TÉNOTOMIE.
Dans son cours fait à la Faciillé do médecine de Paris, M. le professeur Malnjaiirne (I8G2) s’exprimait ainsi : « Mais quel a été le part des sections tendineuses? Michaelis, Stroniayer, Diel'fenbach , avaient déjà (ait la section des muscles du jarret, qoi ne prit essor en France qu’e«i 1837; c’est M. Vincent Duval cpii les appliqua le premier. Ce chirur{jien coupa (l’al)ord le biceps, puis le demi-tendineux, puis le demi-membraneux, c’est-à-dire le faisceau des fléchisseurs de la janjbe. »
M. Puval a été amené à faire ces sections en voyant I inefficacité des machines à extension j)our vaincre la roideur des cordes tendineuses, soit de l’un, soit de l’autre de ces muscles, soit des trois en même temps. De nombreuses opérations vinrent bientôt lui prouver (ju’il avait eu raison d’en a{jir ainsi. Dans une thèse soutenue, en 1838, à la Faculté de médecine de Pari^, M- T. Duval, mon oncle, rapporte les premières observations faites par mon père par le procédé de la ténotomie. {Thèse sur la fausse anfiylose du genou.) Nous nous faisons un devoir de citer les deux premières.