‹ De la fausse ankylose du genouChapitre 23 sur 29 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

« Louis-Constantin Hatlé, âgé de 26 ans, né à Pontanvllle, près d’Amiens, est d’une liante stature, d’un tempérament lympliatique. Ses parents étaient sains. Il a joui d’une bonne santé jnsqu’à l’iige de 15 mois, époque à laquelle on le sevra : immédiatement après son sevrage, il fut envoyé chez sa grand’mère qui habitait une maison fort humide, située sur les bords de la Somme. A peine avait-il séjourné dans ce lieu pendant quebjues mois, qu’il devint pâle; son ventre se tuméiia, il lui vint nn furoncle au jarret. Ce furoncle guérit, mais le jarret demeura frappé-d’uu engorgement qui ne tarda pas à s’étendre au genou tout entier; bientôt cette partie du membre inférieur acquit un volume énorme, et sur son pourtour s’ouvrirent successivement quatorze ou quinze abcès, qui restèrent Hstuleux et suppurèrent pendant quatre ou cinq ans ; le pus que rendaient ces abcès était généralement Hoconneux et mal lié. D’autres abcès se montrèrent ensuite à deux ou trois pouces au-dessus des condyles du fémur et donnèrent longtemps issue à un pus de même nature que celui des abcès du genou. Vers l’àge de 7 ans, toutes ces ouvertures fistuleuses se fermèrent, les condyles du fémur, qui étaient devenus très-gros, commencèrent à se rapprocher des dimensions normales, et l’articulation, bien (|ue toujours engorgée, cessa presque d’être douloureuse. Alors l’enfant put essayer de se traîner sur des béquilles, mais eu portapt sa jambe fléchie à angle droit sur la cuisse; la rétraction longuement prolongée des muscles fléchisseurs de la jambe avait amené peu à peu cette flexion, puis l’avait rendue permanente. A 10 ans, le jeune Hatté remplaça ses béquilles par une jambe de bois, qu’il avait toujours portée depuis, jusqu'au jour où il entra dans l’établissement orthopédujue de mon père, le 30 novembre 1837. .le dois dire ici que le malade était venu à Paris dans l’intention de se faire couper cette jambe, qui le gênait beaucoup, surtout à cause du pied,

très-souvent enflammé et couvert chaque année de plaies et d’enfjel lires.

(juand il appela mon père à lui donner ses soins, il avait, ainsi que l’ont constaté MM. les professeurs Breschet et Duméril, la jambe fléchie à

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aiqjle droit sur la cuisse; le {jenou, la partie inférieure delà cuisse et le quart siqiérieur de la jambe couverts de cicatrices vraiment iflnomhrahles ; les muscles biceps crural, demi-tendineux et demi-membraneux raccourcis, faisant fortement saillir leurs teudpus sur le jarret. Les seuls mouvements que faisait opérer cette jambe étaient des mouvements de flexion, et bien douteux encqre; la rotule semblait frappée d’immobilité au milieu des cicatrices énormes qui l’environnaient. 11 y avait aussi un peu de glissement du tibia vers la partie postérieure des condyles du fémur.

«Le jour de l’entrée du malade, en présence de MM. les docteurs Pétrequin, chirurgien en chef de l’Hotel-Dieu de Lyon, et .1. Lafond fils, je coupai, dit mon père, les tendons des trois muscles dont je viens de parler. L’opération fut difficile, à cause de la forte flexion du membre, à cause aussi de la dureté et de l’épaisseur des cicatrices du jarret devenues adhérentes aux tendons. Toutefois, la triple section faite, Iq jambe put im-

mé(lialerneQ( être é(.eqdup de plus de deiu pouces. Pour qui réfléchira à l’exlrème rigidité de ce membre, c’élait déjà im beau résultat. Ensuite je plaçai la jambe dans une machine fabriquée tout exprès, et qui devait d’abord la maintenir au degré. d’extension obtenu par la section. Deux jours après commença le travail mécanique, c’est-à-dire queje me mis à graduer l’extension en ajoutant chaque jour quelques pas de vis à ceux quej’avajs comptés la vpil|e.

«Ce Fut ainsi qu’au boqt de trois mois, M. Halte, venu chez moi avec une jambe de bois qu'il portait depuis 15 ans, en était déjà à marcher sur la Face plantaire de son pied, au point de faire plus de deux lieues sans fatigue. Toutefois j’eus besoin de deux mois encore pour ramener la jambe dans la ligne de la cuisse.

Fig- 7. «Cette cure, comme je l’ai dit, a

présenté quebjues difficultés : des cicatrices considérables gênaient l’opération; la déformation des parties constituantes de l’arliculalion, le grand raccourcissement des ligaments latéraux et croisés, celui des muscles dont les tendons n’ont pu être coupés, semblaient autant d’obstacles invincibles au redressement d’une difformité si horrible. Cependant après cinq mois de séjour, M. llatté est sorti de chez moi guéri, marchant trèsbien, libre de tout support artificiel : ce cas est un de ceux qui concluent le mieux en faveur de la ténotomie. »{V. Duval, Traité théorique delà fausse ankylosé, p. 394, année 1843.)

Mais la ténotomie une fois introduite en France, ce fut h qui couperait de nouveaux tendons; l’un coupa le droit interne, l’autre le couturier, un autre le tenseur du fascia lata, et il y en a eu qui coupèrent tout. Aussi M. le professeur Malgaigne s’écriait-il, avec sa verve habituelle :« Voilà bien des sections, Messieurs ! Sans doute, il serait téméraire d’en rejeter d’une manière absolue le princi|)e, mais nous sommes en droit de dire que l’on en a abusé. »

Procédé opératoire du D’’ V. Duval,

«Quand on veut pratiquer la section des tendons des muscles fléchisseurs de la jambe (dit mon père, page 4-13) sur la cuisse, il faut faire coucher son malade sur le ventre; le lit ou une table recouverte d’un matelas sont indifférents. Un aide saisit la jambe et la porte dans l’extension : alors l’opérateur introduit le ténotome ( 1 ) à la haute-ur et vers la

(I) Le ténotome dont nous nous servons (//é’. 8) ressemble à un bis-

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touri : sa lame a la forme et les dimensions d’un ténotome ordinaire ; mais le talon de celle lame, beaucoup plus long que dans les bistouris ordinaires, est aplati transversalement, au lieu de l’étre parallèlement au tranchant ; de cette manière, il peut être tenu aussi fermement que le premier.

face antérieure des tendons qu’il veut diviser, dans l’endroit le plus saillant. I>e premier tendon que l’on doit couper est celui que l’on voit présenter la plus grande saillie; une fois qu’il est coupé, la jambe s’étend un peu, et les autres tendons deviennent plus apparents qu’ils n’étaient. Ordinairement, c’est le tendon du muscle biceps crural qui offre le plus grand relief tout d’abord; aussi est-ce par lui que la section commence presque toujours; viennent ensuite le tendon du demi-tendineux, puis celui du demi-membraneux. Il faut, autant que cela est praticable, introduire rinsirument du creux du jarret en dehors et le plus bas possible, afin d’éviter la lésion des vaisseaux et des nerfs. Deux petites piqûres suffisent pour la section des trois tendons ; par l’une le ténotome altaijue le tendon du biceps crural, par l’autre ceux du demi-tendineux et du demimembraneux, ensemble ou séparément. On ne doit jamais faire de contre-ouverture à la peau, c’est-àdire permettre à la pointe de l’instrument de sortir de l’autre côté du tendon coupé ; il faut porter l’instrument en droite ligne sur la pai tie antérieure du tendon, qui doit toujours être tranché de sa face profonde à la face superficielle cutanée ; c’est ainsi <]ue l’on est assuré de conserver intacts l’aponévrose, le tissu cellulaire sous-cutané et la peau. La section faite, comme je viens de l’indiquer, n’est pas plus douloureuse qu’une simple saignée du bras, et ne doit pas donner plus de cinq à six gouttes de sang. Deux jours suffisent ordinairement pour la ciea-

Irisation totale des petites plaies r|ui en résullenl.

«Il n est, pas toujours nécessaire de l'aire la section des Irois tendons que j’ai nommés. Il m’a suHi plusieurs fois de diviser celui du biceps crural, les deux autres ne se trouvant pas opposer une grande résistance à l'extension. I.es cas où la section de cet unique tendon peut dispenser de celle des autres se rencontrent principalement lors(jue la fausse ankylosé angulaire est compliquée de la déviation du genou en dedans ; alor’s le tendon du biceps crural étant divisé, on voit la Jambe s’étendre et revenir dans la direction de l’axe de la cuisse. Quelquefois, il est vrai, après huit ou quinze jours de cette première section, lorsque I angle de la cuisse s’est déjà bien ouvert, il arrive que les tendons des muscles demi-tendineux et demi-mernbrancux font saillie, il faut alors les couper.

«Aussitôt qtie la ténotomie est faite et que l’on a pansé les ouvertures faites par l’instrutnent , il convient d’appliquer la machine, afin de ne rien perdre du degré d’extension qui vient d’être obtenu. Cha- (]ue jour ensuite il est nécessaire d’agrandir l’échelle de la puissance mécanique, pour activer d’autant le redressement du membre. Les premiers jours, c’est un travail qui marche rapidement : ainsi, par exemple, une jambe fléchie sous la cuisse à l’angle de 90 degrés, même chez les adultes, est ramenée dans la première semaine à l’angle bien autrement ouvert de 40 degrés; mais ensuite les progrès deviennent plus lents, la tâche est plus laborieuse; le raccour-

cisseraent des ligamenls, leur rigidilé, celle des au- Iresparlies fibreuses qui environnent rarliculation, et aussi surtout les diverses déformations des surfaces articulaires , opposent leurs résistances réunies à l’action de la machine , toujours modérée par la prudence et l’humanité du praticien, car la guérison sans souffrance est le beau idéal de la science : les derniers temps du traitement sont donc très-souvent les plus difficiles. J’ai vu des malades, dans cette lutte de la nature et de l’art, chez qui le genou devenait douloureux, les environs de la rotule engorgés. 11 faut, dès que de semblables accidents se présentent, modérer ou même arrêter tout à fait l’action de la machine et frictionner le genou avec la pommade suivante :

Pr. Axoïige, 40 grammes,

lodure de plomb, |

Extrait de belladone, / âà 5 —

Camphre, f

Mêlez s. a.

a L’emploi de celte pommade et une compression modérée du genou avec une longue bande de flanelle m’ont toujours suffi pour enlever les accidents en deux jours, trois jours, cinq jours au plus; ensuite je recommençais à faire agir la machine, comme si rien ne fût survenu.»

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