PHYSIOLOGIE
Constitué comme nous l’avons dit dans 1 anatomie, le genou, si on le considère dans son ensemble, présente une articulation que l’on a rangée dans la classe des ginglymes angulaires ou articulations trochléennes, c’est-à-dire de celles qui, par la juxtaposition des parties qui la composent , rappellent le mécanisme de la poulie.
Les principaux mouvements de cette articulation sont celui de llexion de la jambe sur la cuisse et celui d’extension en sens directement opposé. Le mouvement de llexion n’est pas limité, c’est-à-dire (jue ^ comme tout le monde le sait, dans la flexion forcée les os de la jambe peuvent devenir presque parallèles au fémur. Pour ce qui est de l’extension, elle se trouve limitée; et , comme nous l’avons vu, ce sont les ligaments latéraux qui sont chargés d’entraver le mouvement en ce sens.
iVous ne parlons que de l’état normal, car lorsque, par suite de subinllainrnation , de tumeurs blanches, etc., les ligaments articulaires sont relâchés, il peut survenir une extension exagérée comme dans l’observation n® 3 que nous rapportons plus loin< dans laquelle le tibia était porté tellement en arrière que le genou , au lieu de former un angle saillant en
avant, formait au contraire un angle rentrant. C’est dans cet état que le malade s’est présenté pour être traité de sa fausse ankylosé, et c’est l’observation qui justifiera plus tard la division que nous donnerons des fausses ankylosés en avant.
Mais les mouvements d’extension et de flexion , quoique étant les mouvements normaux du genou, ne sont pas les seuls qui se passent dans cette articulation ; nous y voyons aussi des mouvements latéraux.
Ces mouvements latéraux ne peuvent s’exécuter, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que lorsque la jambe est dans la flexion, les ligaments externes et internes s’y opposant pour ainsi dire, lorsque la jambe est dans l’extension.
Or, si l’on considère, d’une part, que dans les cas de maladies du genou, tumeurs blanches et autres, les malades, pour éviter la contraction des muscles, tiennent leur jambe fléchie, et que tous les muscles sont très-sujets à se rétracter quand on laisse les malades prendre des attitudes vicieuses, on comprendra : 1° que la fausse ankylosé en avant est une exception; 2® que la fausse ankylosé angulaire en arrière est la règle, et de plus 3° on se figurera comme quoi dans cette fausse ankylosé angulaire l’action des muscles qui agissent sur le tibia peut déterminer des changements de position en attirant ces os en dehors de l’axe normal du membre. Enfin 4“ on verra que, par suite de positions dépendantes de ces actions physiologiques, le malade tenant sa jambe dans 1 abduction et la flexion, ce sont les muscles de la patte
d’oie et de biceps qui sont rélraclés el sur lesquels devront porter les tractions de l’opérateur et, quand elles seront insuffisantes, l’instrument tranchant, le ténotome.
Nous n’avons pas besoin de revenir sur l’action de chacun des muscles qui a^jissent sur les leviers qui composent l’articulation du genou ; nous avons longuement insisté à l’article Anatomie sur les usages de chacun d’eux.
Nous rappellerons, cependant, que les muscles demi-lendiiieux , demi-membraneux et couturier, sont fléchisseurs et rotateurs en dedans, que le biceps agit en sens opposé ; de plus, JS1. Pallaciano a montré que le tenseur aponévrotique peut, lui aussi, opérer une sorte de torsion ou de rotation externe contre laquelle il conseille la section de la bandelette fibreuse qui en descend, opération qu’il a faite avec succès. L’on sait que le muscle triceps est le seul qui soit chargé de l’extension.
ÜEUXIÈME PAUTIE
Fausse aukylosc «lu ^cuon.
On désigne sous le nom à'anhjlose un cas pathologique dans lequel le libre exercice des mouvements est entravé par une affection des articulations. Quand, par suite de soudure des os entre eux, Pimmobilité est absolue, on dit qu’il y a ankylosé proprement dite, ankylosé complète. Si, au contraire, l’immobilité n’est pas absolue, si la roideur provient de l’induration des parties environnant l’articulation, si le libre exercice des mouvements n’a pas entièrement disparu , on dit qu’il y a ankylosé incomplète, pseudo-ankylose , ou fausse ankylosé.
La fausse ankylosé peut porter sur toutes les articulations, mais on la trouve plus fréquemment dans celle du genou , la surface et les nombreuses parties qui entrent dans la composition de celle-ci offrant beaucoup de points susceptibles d’être altérés.
CHAPITRK I.
IllSTORIOCJE.
La fausse ankylosé du genou n’est pas une maladie nouvelle, elle a dû exister de tout temps, mais les auteurs la confondaient avec l’ankylose proprement dite. Les chirurgiens , la regardant comme le premier degré de l’ankylose complète, croyaient agir prudemment en laissant cette dernière venir remplacer l’autre. Ils n’osaient pas, en effet, en face des maladies qui avaient causé l’aukylose incomplète , agir sur une articulation déjà endammée, et, par une immobilité absolue, ils cliercbaient même à obtenir, dans certaines affections du genou, l’immobilité de l’articulation, croyant alors avoir guéri le malade et amené une heureuse terminaison.
Dans certains cas, nialgré tout ce que l’on avait fait pour obtenir la soudure des deux os, les phénomènes primitifs ayant disparu , les chirurgiens voyaient qu’en dépit de leurs soins, la roideur de l’articulation était due à l'induration des tissus libreux qui existent normalement autour et dans l’ai ticulation du genou, aux rétractions musculaires, à l’empâtement et à la création de tissus fibreux anormaux, et que, derrière tout cela, les os s’étaient pour ainsi dire obstinés à garder leur indépendance mutuelle. Ces cas furent peut-être, pour (juelques-
uns, regardés comme des insuccès; d’autres, au contraire, s’apercevant que les deux os pouvaient encore rouler l’un sur l’autre, que quelques mouvements, presqtie insensibles, il est vrai, étaient produits par le malade, songèrent, tous les phénomènes de l’intlammation étant dissipés, à agir sur l’articulation par des tractions, par des mouvements plus ou moins brusques , des tiraillements , afin, pensaientils, de rappeler la mobilité et par conséquent la Forme normale.
I/ankylose devint ainsi successivement ankylosé incomplète, puis fausse ankylosé. Cliacun de ces noms marque un progrès dans la science; le premier fut fait par ceux (pii reconnurent (pie la soudure pouvait être incomplète; le second par ceux qui, en guérissant ces ankylosés incomplètes, donnaient la preuve (ju’elles étaient de fausses ankylosés.
La question de la fausse ankylosé du genou est devenue, depuis, le sujet de bien des travaux. Un grand nombre de chirurgiens spécialistes et autres s’en sont occu|)és; nous renvoyons au chapitre Traitemcnl, pour insister sur les progrès qui ont été faits dans l’espèce.