CHAPITRE IX
La génération sexuelle des plantes de cette famille est fort bien connue pour quelques-unes d'entre elles, surtout depuis les recherches des savants modernes sur ce sujet; mais, pour quelques autres, le peu (ju'on sait paraît présenter de si grandes différences qu'elles motiveront peut-être un jour la séparation de ce groupe en plusieurs types distincts.
Jusqu'aux recherches de M. Hofmeister, les travaux faits sur les Lycopodiacées ont été purement descriptifs, l'élégance de ces plantes qui rappellent par leur port les Mousses et les Hépatiques les ayant fait remarquer dej»uis longtemps. Le travail de l'observateur que nous venons de citer, publié en 1851, fit connaître trcs-complétement le développement des organes de la reproduction dans les Selciginella, et depuis cette époque les travaux de M. Thurct, de M. de Bary ont peu ajouté à ces notions.
Dans le Seing inci la denliculnta qui a été particulièrement étudié, les organes mâles et femelles anthéridies {Conioilièques, Hofmeister) et sporanges (Sphérolfièques, Hofmeister) se trouvent placés à
l'extrémité tics rameaux sur de petites Feuilles qui forment une sorte d'épi. Un seul organe femelle se développe sur l'une des feuilles de la base, les autres donnent des anthéridies, mais l'origine première de ces organes n'étant pas différente, nous pouvons d'abord les étudier simultanément.
On voit sur le côté des rameaux se former de petits mamelons celluleux dépendant de l'axe, car ce n'est que par suite du développement que les organes finiront t)ar se trouver sur la feiiille. Bientôt les cellules se différencient, l'une d'entre elles centrale se développe davantage, tandis que les autres se modifient de façon à former autour d'elle trois rangées distinctes formant trois enveloppes; lorsque le développement est complet, la plus interne est formée de cellules allongées rayonnant autour de la cellule centrale, et pourvues d'un noyau; de plus à l'extérieur sont des cellules tabulaires contenant de l'amidon, enfin le tout est enveloppé d'une couche de cellules polyédriques transparentes revêtues d'une cuticule. A cet état de développement, le mamelon a grossi considérablement et est porté sur un pédicule rétréci. Pendant ce temps la cellule centrale a subi d'importantes modifications; dans son intérieur des cellules se sont produites par division régulière de son contenu; chacune d'elles est pourvue d'un noyau et d'un nucléole. Arrivés à cette phase, les mamelons qui devront donner les anthéridies ou les sporanges ne peuvent encore se distinguer les uns des autres.
Lorsqu'il devra se produire un organe mâle, on voit les cellules contenues se diviser chacune en deux, puis en quatre cellules précédées de l'apparition de noyaux nucléoles, ce sont les microspores de M. Hofnicister ; leur forme n'est pas sphérique, ce sont de petites pyramides tétraédriques à base courbe. Lors de la déhiscence, ces microspores tombées sur le sol humide grossissent notablement, et vers le cinquième mois de germination, leur contenu s'organise en cellules où se forment des anthérozoïdes qui mis en liberté s'agitent lentement. Ce développement n'a été observé jusqu'ici que sur le Sela<jinel/a hcbetica.
Si le mamelon doit donner naissance à un sporange, on voit une des celhdes du contenu prendre un accroissement très-considérable, pendant que les autres s'atrophient. Arrivée à un certain point de développement, elle se partage en quatre cellules, d'après un mode comparable à celui que nous avons signalé dans les cellules donnant naissance aux microspores, seulement ici ces cellules secondaires, auxquelles M. Hofmeister a donné le nom de macrosjjorcft, ne conservent pas la forme tétraédrique, mais se développent en sphères qui, dans l'intérieur du sporange sont disposées comme quatre boulets emj)ilés. Pendant même que la macrospore est encore sur la plante mère, sur un point de sa circonférence il se forme un disque celluleux distinct du reste du contenu par la forme des éléments composants, et (jui n'est autre chose (|ue le rudi-
ment d'un pro-embryon. Quand la macrospore s'est détachée, le développement de ce disque se continue, et les cellules où devront se former les archégones, c'est-à-dire les véritables organes femelles, se distinguent par leur contenu granuleux. Chacune de ces cellules se divise en deux parties par une cloison horizontale. La cellule inférieure se développera en corps reproducteur femelle. La cellule supérieure se partage d'abord eu quatre, par deux cloisons verticales disposées crucialement, puis une cloison horizontale ])orte le nombre total des cellules à huit , lesquelles forment un canal comparable à celui que nous avons décrit dans les archégones des Fougères, des Equisétacées, etc. Le développement de ces parties demande environ six mois.
Le temps nécessaire pour la formation des anthérozoïdes, d'une part, de la spore primitive. , d'autre part, paraît donc un peu différent, ce qui peut porter à ))enser que ces éléments reproducteurs doivent être fournis par des ])lantes ou au moins des rameaux différents, pour arriver en même temps à maturité. Quoi qu'il en soit, bien que la fécondation n'ait pu jusqu'ici être constatée d'une manière certaine, la simple considération des organes ne peut cependant laisser aucun doute à cet égard, quand on se reporte aux faits que nous avons cités dans les groupes précédents. Aussitôt après la fécondation, M. Ilofmeister a constaté que la cellule inférieure prend un développement con-
siflérable, si bien qu'elle sort du |»ro-embryonpour descendre dans les cellules propres de la macrospore, où son accroissement continue. L'embryon ainsi formé reproduit la plante mère.
Chez les Isoëtes et les Lycopodes, la reproduction sexuelle a été moins étudiée; chez ces derniers, les microspores étant seules connues, on s'est demandé si, au lieu de produire simplement les anthérozoïdes, jces corpuscules, comme les spores de la fronde des Fougères, ne donnaient pas naissance à un pro-embryon portant les organes des deux sexes. Les recherches de M. de Bary sur la germination des Lycopodes ne permettent pas encore de se prononcer à ce sujet, bien qu'elles tendent à justifier cette assimilation.