CHAPITRE VI
CHARACEES.
Les plantes que nous avons à examiner maintenant sont plus simples que les précédentes ; on les rencontre habituellement clans nos eaux douces, et elles paraissent, suivant M. Alexandre Braun, ne devoir former qu'un seul genre, les Cliara. Depuis longtemps leurs organes de reproduction sont con-, nus, et nous y trouverons encore des antliéridies, des sporanges et un mode de reproduction asexuée par bulbilles.
Les anlhéridies, d'une structure assez bizarre et élégante, ont été étudiées par MiM. Bischoff, Meyer, Agardh, etc. Mais ce sont surtout les travaux de M. Thuret qui les ont fait connaître, et la disposition des cellules mères des anthérozoïdes permettant peut-être mieux que sur toute autre plante voisine d'examiner le dévelopi)ement de ces corpuscules, ce sujet présente un grand intérêt. Ces organes, dans le Chara fragilis, sont placés sur les parties latérales de la tige, au-dessous de ceux que nous décrirons plus bas sous le nom de sporcnujes; ils se distinguent au premier coup d'œil des autres parties du végétal par leur
tciiilc rou}}càU'o dépendant de la couleur de cei'laincs pai'ties de leur enveloppe. Examinés à un faible grossissement, ces corps, dont la grosseur est à peine d'un demi-millimètre, apparaissent comme de petits polyèdres sphéroïdes à huit faces. Celles-ci sont formées chacune d'une lame en triangle isocèle à sommet tronqué, élégamment festonnée sur les bords, ornée de ponctuations et de lignes blanches partant des angles rentrants des festons marginaux, mais s'arrôtant avant d'atteindre le centre du triangle. Au milieu de la face tournée du côté intérieur s'insère une cellule allongée qui supporte la lame; les huit supports se rassemblent au centre de l'anthéridie svu' une masse celluleuse, laquelle elle-même est placée au bout d'une cellule qu'on doit regarder comme le pédoncule général de l'organe. Dans ces cellules, on peut observer des mouvements de circulation intra-utriculaire, sur lesquels M. Thuret a depuis longtemps attiré l'attention (1840).
Les lames triangulaires que nous avons décrites, encroûtées de carbonate de chaux, comme presque toutes les pai-ties de la plante, sont couvertes, sur leur face interne de granules orangés qui, vus par transparence, donnent à l'organe sa couleur spéciale. De la masse celluleuse |)lacée au centre de l'anthéride part, en outre dos [)arties que nous avons mentionnées, une grande quantité de filaments trans[)ai'ents formés d'ulricules ipiadrilatères, a[)laties, placées les unes au-dessus des
autres, leurs surfaces larges étant en contact : c'est dans l'intérieur de celles-ci que vont se développer les anthérozoïdes.
On peut facilement observer la manière dont ils se forment, grâce à la transparence du tube. Le contenu de chaque cellule consiste d'abord en un amas granuleux discoïde ; plus tard , aux deux extrémités du plus grand diamètre, apparaissent deux points plus réfringents , transparents, cerclés de noir; ces points se multiplient de plus en |)lus sur la circonférence, et finissent, en se réunissant, par former le corps de l'anthérozoïde roulé sur lui-même dans l'intérieur de l'utricule ; l'amas granuleux qui lui a donné naissance s'est résorbé pendantce temps, ou plutôt a été absorbé par le corpusculeen voie de développement. C'est verscetteépoquc que se fait la déhiscence ; les lamelles triangulaires se recourbanten dehors sur leurs bords cessent d'être en contact; enfin elles se dissocient, et entraînent, chacune à l'extrémité de leur pédicule, une i>ortion de matière celluleusc centrale, et avec celle-ci des tubes à anthérozoïdes. Ces derniers s'agitent alors énergiquemcnt et finissent par se faire jour à travers les parois latérales des cellules qui les renferment; une fois dégagés, ils se présentent comme ceux des Hépatiques et des Mousses sous forme de filament spiral ayant luie extrémité effilée [>ourvuc de deux cils, et se déplaçant suivant un mouvement hélicoïde. M. Thuret a répété sur eux l'action de (pielques-uns des réactifs em[)loyés par Unger
sur les organes analogues des Algues, et a contirmc la plupart des faits avancés par ce savant. La teinture d'iode paraît être de toutes les substances celle qui, en les tuant, les altère le moins, et doit par conséquent être préférée pour étudier leui* structure.
Le développement des organes femelles paraît avoir été l'objet de moins de travaux. Nous avons déjà indiqué leur position par rapport aux organes mâles au-dessus desquels ils sont situés. Quelques feuilles aciculaires se trouvent également auprès et au-dessous d'eux. Us ont la forme d'une petite bouteille, d'abord ovoïde, allongée et à col court, ornée de cinq côtes saillantes qui, au sommet, font saillie en formant une couronne à cinq dents obtuses. Ces côtes sont constituées par des tubes creux dont le côté extérieur se détruit souvent, de telle sorte qu'à la maturité de la spore il reste autant de gouttières séparées par des angles solides aigus. L'extrémité supérieure du sporange paraît d'abord ouverte, ])uis elle se ferme, sans doute après la fécondation, comme nous l'avons vu dans les Algues ; sa forme devient alors beaucoup plus ventrue; elle finit par se détacher de la plante mère, et tomber au fond du liquide. Ces graines sont fortement encroûtées de sels calcaires, ce qui explique leur conservation dans les périodes géologiques. Les spores se développent directement.
Un autre mode de génération des Clinra mode que M. Montagne a décrit complètement (1852), se fait
par des bulbillcs qui, se développant tout autour de la tige, finissent par se souder en un corps discoïde qu'on peut comparer à un petit melon. Quand la tige se détruit, ces corps, mis en contact avec le sol, sont susceptibles de germer et de reproduire la plante mère.
Dans les différentes espèces, la structure des organes ne paraît pas s'écarter du type que nous avons décrit, la position des organes mâle et femelle seule offre quelques variétés; souvent, comme dans le Clinra fragilis, les arthéridies sont placées audessous du sporange et sur le côté de la tige ; dans les Nitella translucens et mucronnta, c'est l'inverse ; dans le Nitella fîexilis, les deux organes sont placés l'un à côté de l'autre et terminaux ; enfin, dans le Clinra aspera, le Nitella sijncarpa, ils sont situés sur des pieds différents.
Les Characées étant des plantes aquatiques, le mode suivant lequel peut s'opérer le contact de l'anthérozoïde et de la spore primordiale n'offre aucune difficulté à comprendre, et ce que nous avons vu chez les Algues en donne une explication facile. Toutefois le phénomène n'a pas encore été constaté c/e r/su; cependant le fait peut être considéré comme démontré par les analogies et les probabilités. Nous n'avons pas besoin d'insister sur la similitude relative des organes mâles et femelles, sur la nature des produits qu'ils renferment; mais un fait plus important est celui de la déhiscencedes anthéridies comparée au développement du spo-
range. Eu effet, c'est lorsque celui-ci est encore allongé et de petite taille que les anthérozoïdes sont mis en liberté ; lorsque l'ovaire se gonfle et arrive à sa maturité, les organes mâles ont complètement disparu. Il est fâcheux, et cela n'a pas encore été fait à notre connaissance, qu'on n'ait pas tenté d'expériences positives sur les espèces monoïques.