CHAPITRE V
Des phénomènes «fui accompagnent la fécondation.
Nous voulons traiter ici du développement de chaleur qui se remarque pendant la floraison d'un grand nombre de végétaux , et qui , comme nous le montrerons, se lie d'une manière intime à la fonction de reproduction.
Lamarck fit le premier connaître, en 1777, mais sans le mesurer, l'excès considérable de température que présente le spadice de l'Arum maculaium après l'épanouissement de la spalhe. Depuis cette publication, l'attention des observateurs s'est tournée fréquemment vers l'observation dès phénomènes analogues , et surtout sur' ceux qu'offrent les rieurs de la famille des Aroïdées. Il faut citer à cet égard les travaux d'Hubert (1), Sénebier (2), de Saussure (3), Schultz, Vrolik, de Vriese, Ad. Brongniart (4), Dutrochet (5), Van Beek et Bergsma (6), Otto, Klotzsch, Rob.
(1) Journal de physique, 1804, p. 280.
(2) Rapports de l'air avec les êtres organisés, 1807, (. III.
(3) Ann. de chimie et de physique, 3e série, t. XXI, p. 279.
(4) Nouv. Ann. du Muséum d'histoire naturelle, t. III, p. 145.
(5) Ann. se. nal., Bot., 2e série, t. XIII, p. 65.
(0) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. VIII, p. 454.
Caspary (1), Arrighi et Tassi (2), et de quelques autres observateurs. Nous rappellerons succinctement les résultats fournis par leurs observations.
La température des fleurs est soumise à certains paroxysmes remarquables , évidemment en rapport avec la fécondation. Hubert a constaté à l'île Bourbon que le spadice de Y Arum cordifolium, au moment de l'ouverture de la spathe , acquiert une température supérieure de 25° à celle du milieu ambiant, et a aussi prouvé que la température des fleurs mâles fertiles surpasse de 11° celle des fleurs femelles. D'après les recherches de Dutrochet, on remarque, pendant la floraison de Y Arum maculatum, deux accès de fièvre quotidienne : le premier jour, jour de l'épanouissement de la spathe, l'excès de température a son siège principal dans l'extrémité du spadice terminée en massue , et constituée par des fleurs mâles avortées: le deuxième jour, son siège principal dans les fleurs mâles fertiles. Les fleurs femelles y participent, et la massue le ressent à peine. M. Brongniart, en étudiant le Colocasia odora, a remarqué six accès de fièvre paroxystique; l'excès de température ne dépassa pas 11°. M. Van Beek etBergsma ont, à l'aide d'aiguilles thermo-électriques, confirmé l'exactitude des observations de M. Brongniart ; seulement ils ont vu la température propre du spadice atteindre, dans le Colocasia odora, un maximum de 2*2°. MM. Otto, Klotzsch et Caspary ont étudié au même point de vue les grandes fleurs du Victoria
(1) Uebcr IP'œrmecntwichclung in der Blucthen der Victoria regia (Bonplandia, 1 855, n0s 13 et 14).
(2) Dello svolgimento di calure ne' Jlori délia Magnolia gran • diflora L,
regia. D'après leurs observations, on observe trois maxima et deux minima de température.
Suivant l'accord unanime de tous les physiologistes, c'est aux anthères qu'est due principalement celte production de chaleur, bien que toutes les autres parties de la fleur y participent à un degré' variable. De Saussure a fait voir depuis longtemps que dans les fleurs doubles, dans lesquelles les étamines sont transformées en pétales, le développement de chaleur est plus faible que dans les fleurs simples des mêmes espèces. On a remarqué encore, en comparant au même point de vue les fleurs mâles aux fleurs femelles, que l'avantage est aux premières (Typha, Castanea , Cucurbita , Zea). L'élévation de température des fleurs du Victoria regia se montre dans les pétales , dans les anthères et dans l'ovaire ; mais elle est plus considérable dans les anthères, où elle atteint de 3 à 4° R. audessus de la température de l'eau, et de 8 à 10° R. au dessus de celle de l'air ; dans ces fleurs , le maximum de la chaleur a lieu avant l'ouverture des anthères et la sortie du pollen. D'après M. Tassi, l'augmentation de chaleur, dans les fleurs du Magnolia grandiflora, n'a pas lieu dans les étamines, auxquelles elle se communiquerait seulement d'après lui, mais dans la portion staminifère de l'axe floral.
Des expériences délicates de physique et de chimie, répétées par plusieurs observateurs , ont montré que l'oxygène est absorbé en bien plus grande quantité par les étamines que par les autres organes de la fleur, et l'on sait que cette absorption est la cause directe de la production de chaleur. On trouvera l'exposé méthodique de ces faits dans un des traités de Physique médicale de M. le profes-
seur Gavarret (1). Un observateur, Dtinal (2), a montré, la balance à la main , qu'il se brûle de nombreux mate'riaux organiques pendant la floraison. Il a trouvé que 70 grammes d'une pâte formée avant la fécondation par les appendices du spadice de Y Arum italicum , traités comme la pomme de terre dont on veut extraire la fécule, ont donné 3 grammes de fécule desséchée à 20° ; tandis que les mêmes organes , traités de même après la fécondation , n'en ont plus fourni que 0 gr. 25.
On doit rapprocher ces faits de ceux que nous offre le règne animal, dans lequel, d'après un grand nombre d'observateurs, les mâles jouissent en générai d'une température plus élevée que les femelles , et surtout d'une plus grande résistance au froid (3).
Le développement de chaleur qui a lieu dans beaucoup de plantes au moment de la floraison a été considéré par M. Brongniart comme pouvant concourir à la fécondation , vu qu'il a cru remarquer plus de rapidité dans les mouvements des granules polliniques, lorsque la température est plus avancée.
I ) De la Chaleur produite par les êtres vivants, p. 520.
(2) Considérations sur les organes floraux colorés ou glan duleux. Montpellier, 1829.
(3) M. Martins a au contraire trouvé, après l'examen d'un grand nombre, que la température des Canards femelles est un peu plus (Mevée que celle des mâles.