TOME I
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monarchie, de raristocratie et de la démocratie, ou que le peuple, trop abject pour avoir part aux affaires % ne fut regardé que comme un vil troupeau qu'on rassemblait au son du cornet, et qu'on traitait
* Gian-Battista Vico a soutenn cette opinion dans nn livre intitulé: Principi di scienza nuova intomo alla comune natura délie nazioni; il a été suivi par M. Duni, dans nn ouvrage plein de sagacité et d'érudition , qui a pour titre : Origine epragressi dei eiitiadino Romano, et par M. l'abbé Bignouy dans son Histoire critique du gouvernement romaùtk Nous exposerons en peu de mots les raisons sur lesquelles ces auteurs ont fondé leur système. En partant d'un fait avoué par tous les historiens , que Romulus ouvrit un asile à tous les fugitifs qui voulurent s'établir dans sa ville naissante t ils vont plus loin , Hs supposent que cette ville ne fut peuplée dans le principe que de vagabonds et de gens sans aveu ; et s'attacbant à Plutarque de préférence aux auteurs latins, ils prétendent que Romulus, pour donner quelque forme à cette colonie , fut obligé de faire un triage;
qu'il sépara d'abord les hommes qui étaient nés libres [iftgenui) et dont on connaissait les pères, qu'il les nomma patiiciens, et qu'il en forma une classe à part dont il tira les sénateurs; tandis que les «sclaves fugitif , les bandits, les gens sans aveu formérelàt la populace (jdebs)^ et n'eurent aucune part au gouvernement; que non -seulement la législation, mais la religion appartenait exclusivement aux patriciens , qu'eux seuls pouvaient adopter ou rejeter les lois , qu'eux seuls aussi avaient le droit de faire les sacrifices, de diriger les cérémonies religieuses, et même d'y participer ; que les patriciens alfcfetèreBt' de mêler les droits civils et religieux, afin de faire une espèce de monopole des uns et des autres ; qu'ils se réservèrent celui de prendre
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conmie des esclaves ; c'est ce qui ne peut être indifférent aux yeux de quiconque veut chercher dans lliistoire le fil caché qui seul peut conduire à des véfiiés importantes,
les auspices, et que tout acte public ne pouvant être fait sans «uspices, le penple se trouva éloigné non-seulement de 1« magistrature , mais même du droit d'hérédité et de tons les droits domestitpiés , qui ne pouvaient s'acquérir que par un mariage relif^eux précédé des auspices ; que ce mariage , fidt suivant toutes les règles, s'appelait eonnubium ou ntqftiœ, et n'appartenait qu'aux patriciens; que les mariages du peuple n'étaient qu'une simple cohabitation en vertu d'un consentement réciproque , et s'appelaient mairie monium^ qu'ils ne donnaient ni le droit de tester, ni aucun de ceux que les lois romaines attribuaient aux pères de famille, etc.
De toutes ces suppositions, les mêmes auteurs concluent qu'on n'a rien entendu jusqu'id au gouvernement romain, dans lequel ils ne voient aucune trace de démocratie, du moins pendant les trois premiers siècles. Comme ce paradoxe, qui a été soutenu avec beaucoup d'esprit et d'érudition, ne tendrait à rien moins qu'à faire envisager l'histoire romaine sous un point de vue tout nouveau , et À détruire les fondemens sur lesquels les meilleurs auteurs ont établi leur doctrine et leurs raisonnemens , nous n'avons pas cru devoir les négliger, et nous avons pensé que du moins une partie de nos lecteurs nous sauraient gré de rassembler ici «fuelqnesHines des objections qu'on peut j opposer.
i^. Tite-Live, Denys d'Halicamasse et tous les auteurs qui ont éerit sur l'histoire romaine, s'accordent à dire que le peuple {plebt) eut le pouvoir de créer des magistrats et de faire la paix et la guerre : or, c'est une grand» tém^té
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Avouons -le cependant, quelques déoouTerteft qu'on fasse dans ce genre, il est difficile d'en tirer des résultats d'une grande .utilité. Quand on aura bien examiné, bien constaté la constitution primi-
que de prétendre être mieux instmit que ces auteurs , on une grande subtilité de yonloir tirer de leor propre narration des résultats contraires aux leurs, (è)
a^. Denys d'Halicarnasse dit positivement que lorsque Horace eut poignardé sa sœur, le jugement de ce crime atroce fut renvoyé au peuple. Tite-Live s'exprime en ternes. à peu près équivalens.
3^. Dans la supposition que le peuple de Rome lÙt si vil et si méprisé , comment peut-on expliquer que les Sabins se soient unis aux Romains par une convention libre, sans se réserver ancune distinction , aucun privilège ? car on ne dira pas que chez les Sabins le peuple n'était encore qu'un vil ramas de bandits et d'esclaves fugitifs : d'ailknrt. Denys d'Halicarnasse nous apprend (Liv. xi) que, même avant cette réunion des deux peuples, la cité de MédulUCy colonie de celle d'Albe , s'était unie aux Romains et identifiée avec, eux, et personne n'ignore que plusieurs familles romaines faisaient remonter leur origine jusqu'aux Troyens; ce qui prouve encore qu'un certain nombre de familles illustres parmi les Albains suivit Romulns , et combat cette opinion , tout au moins exagérée par Plutarque, ^Oie Romnlus voulant former un $énat, eut de la peine à trouver des bommes qui connussent leurs pères. Voyez à ce s^jeC Carolus Sigonius, ele RepMica romana, et Cantelius, de FamiUis romeuiis.
4°. Denys d'Halicarnasse dit que Servius-TuUinapartagei^ les terres conquises entre les citoyena qui, n'ayant nen à.
{b) Mmt ieê Bamaint ont Jouté ttussL
tive de cette république si célèbre, qu'y trouverat-on en dernière analyse? Une simple police : l'arrangement intérieur d'une cité. Je prie le lecteur de donner quelque attention à ces paroles. Il me semble
enxy ëtaieni obligés de traTalUer de leurs mains; de sorte qu'après cet arrangement , il n*y eut plus à Rome que des propriétaires et des esclaves. Or, le même auteur , voulant justifier Servius-Tullius d'avoir afFranchi un grand nombre de ces derniers, nous apprend avec assez de détail ce que c'étaient que les esclaves cbez les Romains. Il dit qu'ils étaient tous composés ou de prisonniers faits à la guerre et Tendus au profit du fisc , ou des esclaves même des enn^nis, lesquels faisaient partie du butin : d'où il résulte deux choses importantes. 1°. Que chez les Romains la guerre était l'unique source de l'esclavage, a^. Que cette race serve et dépendante des grands, telle que quelques auteurs nous l'ont dépeinte , n'a jamais existé à Rome. Il est encore d'autres passages si décisifs , qu'on ne saurait assez s'étonner qu'ils aient échappé à nos critiques. Tel est celui de Tite- Live, où cet auteur, racontant les tumultes qui précédèrent la retraite du peuple sur le mont Sacré , s'exprime ainsi : Civittu secum ipsa discérs intestino inter patres plebemquc flagrabat odio...,; et plus bas : Magno natu quidam ciim omnium malorum suorum insignibus se in forum projecit. Or ce citoyen d'une grande naissance , qui ' montrait les blessures qu'il avait reçues en combattant, et les coups dont il avait été meurtri dans l'esclavage des patriciens; cet infortuné qui sut intéresser tout le peuple en sa faveur et l'armer^ contre les grands , que pouvait-il être qu'un plébéien ? . , . . Voilà donc , dès l'année 160 de la fondation de Rome , un plébéien que Tite-Live y partisan outré de l'aristocratie ' qualifie pourtant d'homme d'une grande naissance. JU est*
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qu'elles renferment une idée neuve, et qu'elles jettent un grand jour sur la politique
Sur la politique * ! Ce mot qui vient de se trouver au bout de ma plume sert encore à prouver la vérité que je vais développer : c'est que tous les gouvememens de l'antiquité , si Ton excepte les grandes monarchies anciennes dont on ignore l'origine , doi-
sûr que quelque modification qu'ait reçne Tesclavage chez les anciens, jamais les esclaves n'ont été regardés comme peuple y comme partie intégrante de l'état. On peut voir dans Athénée des recherches assez curieuses sur cet objet. Il distingue plusieurs sortes d'esclavages ; comme lorsqu'une na* tion se soumet entièrement à une autre ; lorsqu'un peuple émigrant demande des terres à cultiver , ou lorsqu'un peuple vainqueur en abandonne aux vaincus à certaines conditions onéreuses, ce qui se rapporte assez à la servitude féodale; mais il ne parle nulle part de cette demi-servitude , de cet état mitoyen entre la liberté et l'esclavage qu'on suppose avoir existé dans les trois premiers siècles de la république. Voyez Deip. liv. vi , ch. vu.
5°. Il parait que ce n'est que par induction que M. Duni a pensé , ainsi que Brisson , que les auspices étaient absolument nécessaires pour les mariages. On sait seulement que ces cérémonies se faisaient par la confarreatio ( partage d'un gâteau sacré ) et par la cœmptio ( espèce d'achat fait par le mari ) ; mais on ne voit nulle part qu'elles aient été exclusif vement le partage des nobles. Voyez Brisson , de Riiu nuptiarum, et Heineccius, jint. fur. Rom, liv. ii, tit. x.
6^ . Il y a une équivoque palpable dans l'usage que M. Duni
* n«Airi»9, regendœ civitatis sdentia, de «riAir» qui veut dire ville.
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vent leur naissance à une ville, à une cité : et si IW veut y réfléchir, on verra que les choses n'ont pu se passer autrement En effet , les hommes n ont été connus sous le nom de peuple que lorsqu'ils ont eu des lois pareilles, des usages communs, des dépendances mutuelles qui les ont réunis, qui ont, pour ainsi dire, attesté leur identité. Or, les hommes n'ont, eu besoin de lois et de conventions que
a fait des harangues de Tite-Live y particulièrement de celle
de Canuleius. M. Duni voudrait faire entendre que les tribuns demandèrent pour le peuple le connubiuntj c'est-àdire le droit de se marier comme les patriciens ; mais partout où ce mot se trouve seul , il est clair que Tite-Live a sousentendu eumplebcy c'est-à-dire que le tribun demandait qu'il fût permis aux plébéiens d'épouser des patriciennes. Il n'en résulte donc pas que les plébéiens ne se soient pas mariés avec les mêmes cérémonies que les patriciens.
7°. U y a tout lieu de croire que Romulus établit dans sa ville un gouvernement analogue à celui de» villes voisines ; car l'esprit d'imitation a régné de tout temps , excepté chez les réformateurs comme Lycurgne, lesquels se trouvent dans un cas différent , parce que les réformes ayant toujours pour fondement des abus existans, l'esprit humain se jette alors du côté opposé y et cherche les contraires au lieu des semblables. Qu'opposer enfin au témoignage de tous les autears latins, jusqu'à Sénèque lui-même, qui dit (£p. lviii) , en parlant des lumières qu'on peut tirer de Cîcéron relatitement à l'histoire , qu'on y trouve ce fait intéressant qu'autrefois on appelait des rois au peuple ? encore est-il à observer que tous les historiens romains ont été contraires au peuple, et favorables à l'aristocratie.
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lorsqu'ils ont été rassemblés en grand nombre dans un petit espace (c). Car plus ils sont disséminés sur la surface de la terre, plus ils sont occupés à se procurer leur subsistance , soit par la chasse , soit par la culture , moins ils ont besoin de législation , et vice versa y plus ils sont réunis, plus les points par lesquels ils se touchent sont multipliés, et plus ils sont contraints de recourir aux traités et aux conventions. De là il résulte que le premier besoin de toute société a été Xa police, et que tous les gouvernemens ont commencé par n'être qu'une simple police. C'est ici surtout que le langage sert à expliquer les faits , et non les faits à expliquer le langage. noMTc7at chez les Grecs, civiias chez les Romains, ne signifiaient dans leur' origine que le gouvernement d'une ville , quoiqu'ils aient désigné ensuite tout ce qui appartenait à l'administration en général : et de nos jours encore, le terme àe police peut s'entendre du gouvernement des hommes pat* opposition à celui d'administration, qui désigne plutôt le gouvernement des propriétés. (^)
Peut-être m*objectera-t-on que la guerre est la première source de l'autorité , et par conséquent du gouvernement : mais je répondrai^ que si la guerre n été longue et l'armée nombreuse, le gouvernement de cette armée aura encore appartenu à la police;
{c) Pourquoi pas en plusieurs villages , comme chez les Celles ?
{d) Tropjln.
et que si la guerre a été bientôt terminée , le premier objet du vainqueur, le premier fruit de la paix aura été une société paisible , et la possibilité pour les hommes de vivre ensemble sans être inquiétés. Dans ces deux cas, la police se sera donc établie ou dans un camp, ou dans une ville naissante. Si l'on voulait étendre ces considérations jusque sur les animaux, on verrait que, de même que la société des bêtes féroces et indépendantes, qui trouvent aisément leur nourriture , est la plus imparfaite de toutes (O9 de même la fourmilière et la ruche des abeilles sont les plus beaux exemples de police c[ue nous offre la création. Tout concourt donc à prouver que les premières conventions ont été faites pour une multitude, et qu'elles se sont bornées, pour ainsi dire , à des lois dejuxta-position.
Loin de penser que ces vérités aient besoin d'un plus long développement, nous craignons plutôt qu'elles ne paraissent trop simples et trop triviales, si nous ne nous hâtons d'en montrer l'importance , en faisant observer les contradictions qui régnent entre ces principes de tout gouvernement , et les fins que tout gouvernement doit se proposer.
En effet, que sont les hommes sur la terre? Des enfans à la mamelle , obligés de presser le sein qui doit les nourrir. Que sont les hommes dans les villes? Des plantes transplantées , des êtres dénués et incertains, semblables à cette multitude d'animaux mi-
(«) TropJ!n, et peu utile ^
croscopiques , qui , s*agitant en tout sens et se précipitant sans cesse les uns sur les autres , ne sem* blent être nés que pour le mouvement. (/)
N'en doutons pas, l'agriculture devait être le premier objet des législateurs , et la propriété le principe de l'agriculture. La nature n'accordant rien qu'à des sollicitations réitérées, ses premiers bienfaits furent achetés , et les premières dépenses , soit en argent , soit en travail , auraient dû fonder le premier droit de propriété. La perfection de la culture n'eût pas manqué d'amener l'abondance et la variété des productions , d'où serait venu le commerce , et par le commerce les richesses. Alors la nécessité des marchés publics , la convenance des lieux situés sur le bord des rivières ou sur le rivage des mers, auraient donné naissance aux cités. Mais celles-ci, regardées comme le dernier produit ou la simple conséquence du gouvernement agraire , auraient reçu de lui leurs formes et leurs lois. Les paisibles cultivateurs n'auraient pas négligé d'y faire régner leurs principes salutaires. Ces hommes , attachés à la glèbe par intérêt et par habitude, auraient fait de la conservation la base de leur politique, et le mo't de gloire n'aurait peut-être été connu dans aucun langage. Mais le contraire est^rrivé.
Soit que les premiers habitans de la terre se soient trouvés placés par la nature dans ces lieux privilégiés, où ses bienfaits sont et plus communs et moins
(/) Satire un peu frivole.
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nécessaires; soit que la force, ayant eu d^abord plus de moyens de s'exercer, ait su bientôt prévaloir sur Je travail ; soit enfin que la marche de la population ait toujours été plus rapide que celle de Tindustrie^ nous ne voyons pas que les états aient dû leur ori* gine à des cultivateurs , mais plutôt à des brigands et à des vagabonds (g). De là il est arrivé que les villes ont été les premiers rudimens des nations , et (|ue le gouvernement de police a servi de principe h la constitution des états.
Nous l'avons déjà dit : l'origine des anciennes monarchies nous est inconnue ; mais sans porter des regards inutiles dans la nuit des temps, arrêtons- BOUS un moment sur les progrès de la population dans cette partie du monde qui donna si long-temps des lois ou des exemples à toute la terre.
Que Danaûs, que Pélasge, Inachus et Pélops aient été, ou non, les premiers fondateurs des viHes grec- ^es, il n'en est pas moins vrai que la Grèce fut peuplée par des colonies venues de l'Asie ou de l'Egypte W ; il n'en est pas moins vrai que ce iut de Sparte, d'Athènes, de Corinthe, d'Argos, etc. que sortirent toutes les grandes villes de la Grèce et de la Sicile. Or, suivez les progrès de cette population, et vous verrez s'élever autant de républiques que de villes : et si jamais quelques-uns de ces établisse-
(g) Quoi! les Indiens, les Chinois ^ les Égyptiens, les Celtes, les J robes, etc.?
(A) Quoi ! personne en Grèce auparavant P
mens se réunissent et paraissent former un système politique, c'est par une simple union fédérative^ telle que celle des Amphyctions, des Étrusques et des peuples du Latium. D'un autre côté, si ces riches minières de l'espèce humaine, si ces vastes monarchies orientales ont succombé sous les efforts des républiques naissantes, que sera -t- il resté sur la terre , sinon les vestiges du seul gouvernement auquel les vainqueurs avaient obéi? Corinthe donna naissance à Syracuse , Tyr à Garthage , Troie à Albe , et Albe à Rome. Joignez à ces noms fameux ceux de Sparte et d'Athènes, et vous aurez les principaux rôles qui ont paru sur la scène du monde. '
Que ces philosophes estimables qui s'efforcent de ramener l'homme de tant de jeux frivoles ou de spéculations oiseuses à ces deux objets importans, son aliment et son bonheur , ne s'étonnent donc plus si le plan d'un gouvernement fondé sur l'agriculture et sur la propriété territoriale est une idée toute neuve qui n'existe encore que dans l'opinion ou sur le papier. Mais s'ils veulent se rendre raison de notre ignorance dans une matière si intéressante, qu'ils
' Atheniensis in Asia turba est. Miletns lxxt arbium populom in diversa e£fadit : totum Italise Itipats quod infero mari alluitur major Graecia fuit : Tascbs Asia-sibi yindicat : Tjrii Africain incolunt : Hispaniam Pœni : Graeci se in Galliam immiserunt , in Graeciam Galli : Pyrenaeus Germanorum transitus non inhibuit : per invia ^ per incognita versayit se bumana levitaa. Senbg. Consol. ad Hetviam matrem.
s'ea prennent aux erreurs innombrables qui ont été commises par ce gouvernement^ de police , irréconciliable ennemi de la propriété. Ils y verront des convulsions perpétuelles , des censures , des réformes , des partages de terre , des distributions de grains, des taxes arbitraires, des amendes excès. sives, enfin la propriété compromise dans toutes les qoerelles politiques. Alors ils s'apercevront aisément que toutes les fois que les çhangemens de la constitution de l'état sont liés nécessairement aux çhangemens dans les fortunes, les querelles, les séditions doivent être beaucoup plus fréquentes; et cpi'au contraire, lorsque les factions ne disputent oitre elles que pour des privilèges et des dignités , il est beaucoup plus fiicile de les apaiser que si elles attaquaient aussi leurs propriétés mutuelles. (0
Si l'administration municipale, si de simples ré* gimes de police ont été les premiers gouvememens de tous les peuples, il est clair qu'on ne doit point s'attendre que leur origine rende raison de leurs progrès. Ainsi ce serait inutilement que nous chercherions dans le berceau des états les germes de leur grandeur , et surtout que nous nous flatterions de trouver sur quelques collines entourées de murailles les principes d'une mcmarchie universelle.
Un jeune ambitieux, las d'attendre la succession de son aïeul, et peut-être même de voir sa légitimité
(<) Béias! Ubicumque calculum ponas , ibi naufragiwm mentes.
révoquée en doute, propose de fonder un pouyel établissement. Il obtient aisément des secours, et trouve encore le secret de débaucher quelques-uns de ses compatriotes. On choisit un lieu convenable ; on élève des maisons contiguës , pour être plus à portée de se secourir mutellement : on forme une enceinte qu'on entoure de murs et de fossés : k peine a-t-on fini de s'établir, qu'on songe à prendre quelques arrangemens intérieurs. Le fondateur , qui ne s'est attiré des compagnons que par l'espoir de la liberté et de l'égalité , ne peut tout d'un coup s'ériger en maiti*e ; mais en même temps la part qu'il a eue au projet et à l'exécution lui donne une grande considération , et le constitue chef de l'état naissant Les pères de famille , les honmies les plus apparens, forment un conseil qui doit traiter de toutes les affaires ; mais la décision des plus importantes est renvoyée à l'assemblée générale de tous les colons. Bientôt on songe à se mettre en état de défense , et même en mesure d'attaquer ses voisins. On distribue les nouveaux habitans en différens corps , on forme de l'infanterie et de la cavalerie , et cette milice bour^ geoise devient le modèle de l'aimée. Le désir d'ac-* quérir de nouvelles forces engage à ne pas se rendre scrupuleux sur les recrues; un asile est ouvert à tous les aventuriers, et surtout aux esclaves fugitifs, article bien important alors j et qui pouvait être la source d'une population immense. Mais comme cette admission d'étrangers de toute espèce n'a encore pro*
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curé des colons que d'un sexe (k) , on imagine un projet qui se sent bien de la morale introduite parmi de tels citoyens. Les femmes des peuples voisins sont enlevées contre toutes les lois de l'hospitalité. Ce peuple arme pour les recouvrer ; au moment de la vengeance, les offensés se laissent désarmer; les deux nations s'unissent par un traité solennel, et (ce qu'il y a de plus extraordinaire) religieusement observé. La ville augmente et la police se perfectionne. A un roi législateur succède un prince belliqueux 9 qui es t suivi à son tour par des rois militaires. La nation devient guerrière , mais elle est entourée de nations guerrières , et l'avantage ne paraît se décider pour elle qu'en raison de la capacité de ses chefs ; bonheur qui dépend de la fortune , et qui ne peut être encore l'effet de sa constitution politique, etc. etc.
Jusqu'ici j'ai beau con3idérer les progrès de la république romaine , je ne puis leur assigner que deux causes : l'une est due au hasard qu'il faut ton* jours mettre pour beaucoup dans toutes les affaires humaines , c'est la capacité des rois et la longueur des règnes ' ; l'autre appartient davantage à la politique , et c'est le principe de population établi par
{A) Mais il y a quelque apparence que les esclaves femelles sont venues as^ec les mâles.
* Haec est prima aetas populi romani, et quasi infantîa qoam habuit sub regibas septem , quadam fatoram industria tam yarlis ingenio , ut reipublicae ratio et utilitas postalabat. Flor. liv. i , ch. vui.
ia8 DE LA FÉLICITÉ Romulus , et suivi par ses successeurs ; principe d'après lequel les Romains se firent une loi de transporter dans leur ville tous les peuples vaincus, au lieu de les réduire en captivité , comme c'était l'usage alors. Voilà la véritable source de^^la grandeur de Rome ; voilà ce qui fit que deux cent cinquante ans après sa naissance , elle (Contenait cent trente mille citoyens '. Quant à son gouvernement, quelle idée pouvons«nous en concevoir lorsque nous voyons le peuple assez vil pour gémir si long-temps et si patiemment sous le joug d'un tyran tel que Tarquin-le- Superbe ? En effet , sif la jeunesse romaine n'eût pas été fatiguée d'une guerre longue et pénible, si la plus afireuse tragédie ne fut pas arrivée à propos pour remuer les esprits de la populace, Rome serait devenue ce qu'a été Syracuse , le jouet des tyrans et le théâtre des révolutions.
' Mais les rois ont été chassés ; la liberté s'est assise à leur place. La liberté Quelle liberté! la tyrannie n'a fait que passer des mains du roi dans celles des grands. Le peuple regrette ses premières chaînes ; il se plaint et n'est point écoti té; réduit enfin au dernier désespoir , il ne trou<v|e que dans l'excès même de ses maux , le courage nécessaire pour les finir. L'établissement du tribunat assure l'effet de la loi
' On 9 suivant le calcul de Denys d'Halicamasse ^ cent quarante mille âmes. (/)
(/) Mais Us homes de l'état étaient donc déjà très reculées. Il fallait nourrir cent trente mille citoyens au lieu des trois mille de Romulus ; plus, e^paremment, cent trente mille esclaves.
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Valeria. Le peuple respire ; mais à peine cesse-t-il de craindre, qu'il devient formidable. Ici tout change d'aspect, et l'histoire du gouvernement romain n'est plus que celle des progrès de la démocratie. Les plébéiens se confondent avec les nobles par les mariages, et Rome démocratique dans le fait, n'est plus aristocratique que dans l'opinion : car c'est une chose remarquable que jamais la politique romaine n'a été en proportion avec la constitution du gouvernement, de manière que le peuple a régné par la terreur lorsqu'il n'a pas eu de privilèges , et que la noblesse a régné par la considération lors- ({u'elle a perdu ses premiers droits. '
Maintenant, je demanderai à ces politiques subtils qui voient tout dans Rome, comme Malebranche voyait tout en Dieu (m) , quelle époque , quel instant de cette fluctuation perpétuelle ils saisiront pour £aiire du gouvernement romain le modèle qui doit être suivi par toutes les nations.
Peut-être cette question les embârrassera-t-elle un peu; cependant ils peuvent l'éluder en quelque façon. Nous convenons , diront-ils , que la constitution de la république romaine n'a jamais eu de principes bien fixes; mais au moins ne pouvez- vous faire un pareil reproche à sa politique. Cet esprit de discipline, cette perfection dans Fart de la guerre, ce
' Pendant la seconde guerre Puniqne , presque toutes les dignités furent entre les mains des patriciens.
(m) Plaisanterie très déplacée.