CHAPITRE VII
De l'inflaence du goaYemement romain sar le bonheur du peuple , et quelle a été la condition humaine parmi les Romains jusqu'au temps de César.
Le titre de ce chapitre annonce suffisamment que ce ne sont plus les conquêtes des Romains , ni même leurs vertus héroïques qui vont nous occuper. Ce peuple était-il heureux? faisait-il bon vivre à Rome? Telle est la question que nous devons résoudre, comme si nous étions à la place de Lucumon ou d'Appius, lorsque ces deux éti^angers vinrent s'établir dans cette ville.
Il est inutile de dire que nous n'examinerons point cette question relativement aux passions et aux habitudes de nos contemporains. Quand il serait prouvé que le sort des Romains ne paraîtrait pas digne d'envie aux Français ou aux Anglais , il ne serait pas démontré pour cela qu'il fut malheureux en lui-même. En effet , quelque penchant que nous ayons à tout rapporter à nos propres idées , nous sommes habitués, de longue main, à admettre quelques suppositions, d'après lesquelles nous consentons que notre âme soit modifiée. C'est ainsi qu'un spectateur philosophe et tolérant partage souvent les fureurs de Séide ou l'enthousiasme de Polyeucte. Mais il y a plus : il y a certaines gêné-
PUBLIQUE. CH. VIL i6i
ralités , certaines marques par lesquelles le sort des peuples se manifeste d'une façon abstraite. De même que le cri est le signe de la douleur , de même le$ plaintes , les débats, les querelles, sont la preuve d'un mécontentement, d'un malaise général dans une nation : et sans parler des guerres civiles, des famines, des contagions, etc. la férocité n'est- elle pas un symptôme qui décèle toujours une soufirance habitaelle? Rien n'empêche donc que nous ne jugions les anciens comme nous nous jugeons les uns les autres, et que nous n'appliquions à ces grands objets les principes les plus connus de la morale et de la politique. Mais parmi tant de révolutions, tant de changemens arrivés dans le gouvernement des Romains, comment porter sur eux un jugement éclairé , si nous ne divisons pas leur histoire en plusieurs époques ?
Depuis la fondation de Rome jusqu'à l'expulsion des rois, il s'est écoulé à peu près deux 'cent quaninte ans; de l'expulsion des rois jusqu'à l'entière conquête de l'Italie^ le même espace de temps; de la première guerre Punique jusqu'à la ruine de Carthage, environ cent vingt-neuf ans , et de cet évélïement à la subversion de la république , cinquante ou soixante ans au plus. Ces quatre époques peuvent nous servir comme de quatre points de vue difFérens sous lesquels nous envisagerons le peuple romain. Tout oe que nous demandons, c'est que le lecteur tit)uve bon que nous ne les appelions pas les quatre