‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · T03IB I. II · texte numérisé non relu

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âges de la république. Il nous dispensera sans doiite d'en distinguer l'enfance , l'adolescence , la virilité et la vieillesse. Tout ce fatras de plate rhétorique et de mauvaise politique ne serait bon tout au plus qu'à nous montrer l'abus qu'on fait des mots, et l'influence que le langage peut avoir sur les opinions. . En effet, après que les hommes ont eu la faiblesse d'accorder de l'estime à ces jeux frivoles d'un esprit plus subtil que pénétrant, ils se sont accoutumés peu à peu à leur attacher quelque sens ; et ils n'ont plus considéré les républiques, les gouveraemens même , que comme des êtres physiques dont il fallait examiner les maladies, les habitudes, le régime, etc. C'est que rien ne coûte plus à l'esprit que l'abstraction, c'est que cette abstraction a besoin elle-même de s'étayer des choses sensibles : de là vient que le raisonnement est toujours prêt à dériver vers le style figuré , style vicieux et incorrect , dont l'allégorie est le dernier abus. Aussi voyons-nous que plus un peuple est brut et ignorant, plus son langage abondé en métaphores et en comparaisons («)• Ce sont autant de tours d'adresse de l'esprit pour éluder l'exacte définition qui est souvent un effort au-dessus de ses forces. S'agit - il de développer les principes d'une république, on la compare à un être vivant; veut-on définir ce que c'est qu'un homme juste, on le compare à une république : ainsi nous tournons sans cesse dans un cercle vicieux, où cha-

(à) Un peu galimatias.

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que chose est semblable à une autre, et oîi nulle chose n'est définie. *

Mais ce n'est pas assez de condamner et d'éviter ces abus introduits avant nous; peut-être avons-nous besoin de nous ouvrir des routes nouvelles; et puisqu'il nous faut chercher quelques moyens pour connaître l'esprit des différentes constitutions politiques, nous ne ferions peut-être pas mal d'examiner si , au lieu de donner toute son attention à des lois, à des institutions qui sont souvent l'effet du hasard , il ne vaudrait pas mieux s'occuper particulièrement des

* Platon ne parait avoir eu d'autre objet en écrivant son livre de la République, que d'enseigner en quoi consiste la justice, n compare l'homme à une république où la raison est le monarque , et où les passions forment le bas peuple. C'est à cette idée subtile que nous devons tous ces rêves ingénieux que quelques auteurs modernes ressuscitent encore de temps en temps , à la honte de la philosophie. Au reste, Platon n'était pas toujours si allégorique, et il n'a pas dédaigné quelquefois de descendre aux définitions exactes. Diogène-Laërce^ rapporte qu'il faisait consister la bonté du gouvernement en trois choses : i^. En ce que les lois fussent bonnes. a°. En ce que le peuple fût soumis. 3^. En ce que les coutumes et les maximes pussent suppléer au défaut des lois. Il voulait pareillement que y pour connaitre les vices du gouvernement , on examinât trois choses en particulier : i^. Si les lois ne sont utiles ni aux régnicoles, ni aux étrangers. a°. Si on les transgresse impunément. y. S'il n'y a point de lois, et si la tyrannie règne seule dans l'état. Ceci est bien moins spirituel, et s'entend aussi beaucoup mieux.

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