CHAPITRE IV
De Constandii.
Le quatrième siècle de TÉglise avait commencé 80US les plus mauvais auspices* L^empire divisé entre des chefs barbares, désolé par des guerres continuelles , et ravagé par une soldatesque étrangère ; la religion tantôt persécutée par le prince , tantôt déchirant ses propres entrailles ; timide ou ardente , faible ou fanatique , condamnée au silence ou abandonnée à Thérésie , suivant les caprices des souve* rains et les révolutions de Tempire ; les mœurs publiques détruites; la licence ou le despotisme mis à la place du gouvernement ; Tavarice et la déprédation assises sur tous les tribunaux : tel est le tableau qu'of&e maintenant Tempire romain , ou plutôt le monde entier. Dans ce chaos épouvantable, dans ce renversement total du pouvoir et de l'opinion , les hommes attendaient un maître : ils demandaient qu'un de ces guerriers féroces , toujours trop puissans contre le peuple, le fût assex contre ses rivaux ; ils ne désiraient plus la liberté , mais ils voulaient la paix ; les esprits étaient pUés, les courages épuisés, et quelle qu'eût été la volonté d'un despote , la flatterie était toute prête à l'adopter. Dioclétien , fatigué de combats et de gloire, dégoûté du métier de gé-
néral et de celui de souverain , mécontent surtout des Romains dont il avait éprouvé et k lâcheté et l'ingratitude (a); Dioctétien, le plus digne de s'asseoir sur le trône du ihonde, en méprisa l'éclat, et en craignit les dangers. Malheureusement il n'avait pas prévu d'assez loin le parti qu'il serait obligé de prendre ; et, semblable à un commandant qui n'abandonne sa place qu'après l'avoir démantelée , il rendît le poste qu'il quittait impossible à conserver* L'em* pire était divisé en quatre diocèses ou gouverne* mens. Un équilibre illusoire avait été établi entre les chefs qui, sous le nom de Césai*s ou d'Augustes, gouvernaient les départemens. Les collègues, qui n'étaient liés ensemble que par des mariages contraires aux lois , ou par des adoptions forcées , ne pouvaient manquer de devenir rivaux ; et le premier qui savait triompher de son cbncurrent était sûr dé parvenir bientôt à la monarchie universelle. C'est dans ces circonstances que Constantin, à la fleur de son âge, et comblé des dons de la nature, hérita d'un pouvoir que Constance son père avait fait aimer. Régner , c'était combattre. Ses premiers ex« ploits furent contre les Francs (^). Vainqueur au-delà du Rhin, souverain paisible dans les Gaulas, il porta bientôt ses regards sur l'Italie. Maxence y faisait détester son empire. A la fois cruel et superstitieux, il versait le sang en consultant les oracles. C'était
(rt) £i devenu apoplectique.
(h) Il livra aux bétes les aïeux de Clovis.
alors le règne de la magie. On n'entendait parler partout que d'évocations, de sacrifices et de prédictions. Soit, comme le dit Eusèbe, que Constantin, effrayé des maléfices de Maxence , ait cherché à lui opposer d'autres armes , soit que la connaissance qu'il avait de la disposition des peuples irrités des persécutions et enclins au christianisme , lui ait in*^ spire ridée de s'appuyer d'une nouvelle religion , il est certain qu'il se hâta de témoigner de l'aversion pour les faux dieux , et du penchant pour le culte des chrétiens.
Rien de plus obscur que l'histoire du Labarum, ou de la croix qui apparut à Constantin, lorsqu'il marchait à la tête de son armée. On peut voir dans M. Le Beau (c) ' ce qui a été dit pour et contre. Ce qui me paraît très clair , c'est qu'on ne connaît ni la date de cet événement, ni le lieu où il s'est passé ; c'est que Lactance ni aucun historien profane n'en ont parlé ; c'est qu'Eusèbe lui-même ne le rapporte pas comme un fait généralement connu, mais comme une histoire qu'il tient de la bouche de Constantin *; c'est qu'enfin on ne voit nulle trace
(c) Ah! Le Beau!
' Histoire du Bas-Empire, Tome i.
* « Quod si quidem dîb slWo quopiam diceretuf, band « facile auditores fidem essent habîturi. 9 (De Vita Constanlini, Lib. i, cap. xxxyiii. ) II est certain que si Eusèbe ayait cru parler d'un fait aussi connu et aussi généralement avoué que celui-là devait l'être , il n'aurait pas pria tant de pré-
de f effet prodigieux qu'un pareil miracle aurait dû produire , puisque l'armée de ce prince resta païenne , et que lui-même ne se déclara chrétien que quelque temps après. Ce n'est donc pas sans fondement que cette histoire a été souvent révoquée en doute, et traitée àe /haude pieuse ' , c'est-à-dire du plus criminel de tous les mensonges y puisqu'en empoisonnant la source même de la vérité, il expose au doute profane les autorités les plus sacrées. Quoi quHl en soit (d) , il reste toujours certain que Constantin accorda aux chrétiens une protection si marquée , que le premier usage qu'il Gt de sa victoire sur Maxence, fut d'engager Licinius à proclamer un édit de tolérance en leur faveur.
C'est alors que commence cette époque que nous appellerions le hel âge de l'Église , si les disputes , les cabales , les schismes, les erreurs cruelles et extravagantes dont elle fut agitée , n'avaient pas souillé l'éclat de ces jours de prospérité. Ici , des évéques accusaient des é vêques d'avoir volé des vases sacrés , tandis qu'une femme disposait du premier siège de l'Afrique. Là , des chrétiens à peine échappés de la
caution , ni commencé par conTcnir que si tont antre que lui le racontait y il ne trouverait nulle créance dans ses auditeurs. Ainsi tout le fondement de cette histoire est borné au témoignage de deux personnes , dont l'une pouvait être conduite par l'enthousiasme ou la politique , et l'autre se trouver par état et par intérêt engagée à l'accrédiler,
^ rciyez Écfaard, JET/ff. Âom. {d) Qu'il n'en soit pas.
persécution , en commençaient une plus cruelle les uns contre les autres, et se reprochaient mutuellement la désertion ou la trahison \ Ailleurs des zélateurs moins ambitieux , mais plus fanatiques , avaient substitué la cruauté à l'outrage ; on ne peut se rappeler sans horreur ces hérétiques appelés Circon* cellionsy espèce de maniaques qui, prenant louange a Dieu pour cri de ralliement, et n osant transgresser le précepte de TÉvangile , qui défend de tirer lepée , assommaient à coups de bâton tous ceux qui n'adoptaient pas leurs dogmes , et portaient quelquefois la fureur jusqu'à se précipiter eux-mêmes dans la mer; comme s*il était des contagions pour les esprits comme pour les corps , et si la cruauté envers les autres et soi-même était une maladie de l'homme ignorant et superstitieux, de même que ^ la lèpre est celle de l'homme pauvre et malpropre. Nulle église n'était tranquille, nul asile ne restait à la paix et à la charité ; car si les disputes qui agitaient l'Asie n'avaient pas des effets si cruels que celles de l'Orient, de l'Europe et de l'Afrique,, elles étaient aus.<^i plus vaines et plus frivoles. J'aime la naïveté avec laquelle en parle Eusèbe, lorsqu'il raconte les querelles qui s'étaient élevées sur le temps où l'on devait célébrer la Pâque. « Tous les peuples , a dit-il , étiient divisés d'opinions , et ne s'accora daient sur aucun des rites de la religion ; de façon « que personne ne pouvait y apporter remède : car ' Voyez Hisî, eccl, de Fleury. Ttom. ii«
aSo BE LA FÉLICITÉ
«c parmi tant d'avis différens, il ne se trouvai! pas « la moindre raison pour faire pencher la balance tt plutôt d'un côte que de l'antre. ' »
Cependant ces maladies internes n'empêchaient pas le christianisme d'acquérir de nouvelles forces. Malgré les haines réciproques et la diversité d'opi-
' « Itaqne cùm omnes ubîque populi jam dndum inter se R dissiderekit , et sacri religionis nostrae ritus conturbaren- « tur, mortalinm quidem nemo erat qui haie malo reme- « dium poaset adhibere^. cùm utrinque inter se dissentientes « velut aequata lance eontroversia penderet. »
Je ne puis m'empécher de rapporter à cette occasion un passage d'Axnobe , qui me parait du meilleur sens« « Quelle « est ( dît-il, Ltv. ii , ) l'opinion si raisonnable et si plau- «t sîble^ que l'esprit de controverse ne puisse ébranler? « £t au contraire , qu^ a-t-il de si absurde qu'on ne puisse « soutenir par des argumens spécieux ? Lorsqu'un homme « s'est une fois persuadé qu'une chose est vraie ou fausse y « il s'attache à sa propre idée par l'attrait de la dispute « « et bientôt il ne cherche plus qu'à surpasser son adver- « saîre par l'esprit et par la subtilité; surtout s'il &'agit de «c quelque question obscure y qui par sa nature soit enve- . « loppée de ténèbres. » C'est ainsi que parle en plusieurs endroits cet auteur estimable. Il serait à souhaiter que ceux qui ont écrit' comme lui en faveur de la religion eussent été conduits par le même esprit de sagesse et de tolérance. Hardi et pressant lorsqu'il réfute le paganisme et la philosophie ancienne; modeste et précautionné lorsqu'il s'agit d'établir de nouveaux dogmes ; ramenant tout à la cro3rance d'un seul Dieu et à la pratique de la loi naturelle , il s'est montré toujours aussi ami du doute qu'ennemi de la super* stition.
nions, la faveur des souverains et Textinction du paganisme fut un point de ralliement auquel toutes les sectes tendirent également. Jamais on n^a refusé l'autorité ecclésiastique aux princes qui ont voulu favoriser les ecclésiastiques. Constantin à peine catéchumène , et encore demi-barbare , souillé de plusieurs parricides , et entouré de concubines et de bâtards, fut bientôt regardé comme un oracle en matière de doctrine. Sa médiation fut invoquée dans les controverses, et sa présence désirée dstns les conciles. On alla même jusqu'à lui demander des ser«mons, des instructions pastorales. Le prix de tant d'adulations fut la proscription prononcée bientôt contre les dieux, leurs temples et leurs ministres. Le christianisme opprimé avait enseigné la tolérance; le christianisme devenu religion dominante fut intolérant à son tour; et les évéques, oubliant à la fois et les préceptes de TÉvangile et leurs vrais intérêts, armèrent contre leurs ennemis ce pouvoir civil contre lequel ils avaient si long-temps réclamé. On alla plus loin , et ceux-ci même qui croyaient aussi en Jésus-Christ y qui suivaient la même discipline , et pratiquaient les mêmes rites, mais qui différaient sur quelque opinion abstraite et spéculative , ne purent pas profiter de cette tolérance qu'on avait accordée aux païens quelques années auparavant. Le même empereur qui, dans son premier édit en faveur des chrétiens, avait dit en propres termes: « Nous voulons que ceux qui suivent les erreurs des
a8a DE LA FÉLICITÉ ^
CL Gentils , jouissent de la même tranquillité , du «c même repos que les fidèles , et nous regardons cette « tolérance réciproque comme le meilleur moyen de « propager la vérité. Que personne ne s'avise donc a de molester son semblable , que chacun vive comme a il lui plaît, et que ceux qui veulent suivre une a fausse religion, aient aussi et leurs temples et leur ce culte ; » le même Constantin , au bout de quelque temps, donne un édit contre les hérétiques, où il leur défend d'avoir des oratoires, et d'oser même s'assembler, sous quelque prétexte que ce soit '. U envoie des soldats dans toutes les provinces de l'empire renverser les temples , briser les idoles , emprisonner leurs prêtres, et disperser leurs adorateurs; et tandis qu'il établit ainsi ses opinions par le fer et le feu, il en change sans cesse lui-même, passe perpétuellement d'un parti à l'autre , prêche , enseigne des choses contradictoires , et dans l'excès de son zèle, il oublie de se faire baptiser^ et meurt hérétique.
Il est toujours affligeant de lever le masque sous lequel la faible humanité parvient quelquefois à se cacher; mais cet emploi, odieux dans la société, est noble et utile dans les recherches histoÂques. En effet, si le cours ordinaire de la justice a besoin qu'un examen lent et impartial vienne, après de longues années , redresser ses propres erreurs, com-
* ybjrez Eusèbe, de Fita Comt. Lîb. ii, cap. xlvi, et Lib. m y cap. lxti.
bien Thistoire, placée d'abord entre le flatteur et le zoile, et livrée ensuite à l'aveugle compilateur, n'est-elle pas en droit de réclamer contre la sentence des siècles passés! Constantin, en renversant les idoles, s'était souvent applaudi d'avoir convaincu les peuples que ces brillans simulacres , loin de ser« vir d'asile à la divinité , ne contenaient qu'une cendre abjecte ou des ossemens infects; il ne s'apercevait pas qu'il insultait ainsi à sa propre destinée. On a osé, dans ce siècle éclairé, pénétrer dans son âme. L'idole renversée et la ricbe enveloppe détruite ,'que reste-t-il? L'intérêt, les passions, l'hypocrisie et tout le squelette de l'humanité. Constantin est de tous les princes celui qui a le plus influé sur les siècles suivans. Renverser le culte des faux dieux pour y substituer celui de Jésus^Christ , et transporter la capitale du monde de l'ancien théâtre de sa gloire sur une rive inculte et barbare ; tels furent les objets auxquels il consacra son règne. Le dernier n'a point trouvé d'apologistes; mais le premier, en rendant sa mémoire chère au monde chrétien , a peut-être trop fait rejaillir sur l'auteur le mérite de l'ouvrage. Pour nous, également éloignés, et du fiel de Zosime , et de l'enthousiasme d'Eusèbe , nous n'emprunterons de ces auteurs que des faits et non des opinions. Nous nous contenterons même de mettre notre lecteur en état de juger; et pour suivre une Marche plus sûre dans nos observations, nous examinerons Constantin sous trois points de vue
a84 DE LA FÉLICITÉ
diiTérens : comme homme, comme prince^ et comme
chrétien.
Si la religion du Christ avait besoin d'emprunter quelque éclat de ses sectateurs , nous n'avouerions qu'à regret la différence exti*ème que nous sommes obligés de reconnaître entre tes âmes grandes et su-^ blimes des Trajan et des Antonin , et le caractère encore barbare de Constantin : mais la foi enseignée par les ministres de l'Évangile n'a rien de commun avec les vices personnels à ce prince ; vices si frap*-^ pans et si odieux, que nous ne pouvons ni les justifier, ni les dissimuler. Peut-être , il est vrai , devonsnous le plaindre d'avoir été entraîné par les mœ\irs de son temps, lorsqu'il traita avec tant de cruauté les peuples d'Allemagne qu'il avait vaincus r mais comment pardonner à des écrivains recommandables d'ailleurs, lorsqu'au lieu de gémir de ces horreursv ils s'efforcent de les pallier, et pour ainsi dire d'en escamoter l'atrocité (#) ? Je ne puis me dispenser de rapporter ici tout un passage de M. Crevier; il ser-* vira à faire voir comment l'histoire est écrite de nos jours, ce Constantin, dit-il, passa le Rhiù et entra « dans le pays des Bructères , qu'il mit à feu et à a sang. Rien ne fut épargné. Les villages furent brû- « lés , les bestiaux pris ou égorgés ; les hommes ei a les/emmes massacrés ; et ceux qui échappèrent « à l'épée , et qu'il fit prisonniers , eurent encore un « sort plus cruel. Comme il les jugeait incapables de
{e) Bravo /
« rendre jamais aucun service utile , à cause de « leur fierté intraitable et de leur perfidie , ils furent « condamnés aux bêtes dont ils imitaient la féroc cité. ' »
Quel artifice , quels efforts pour paffier des crimes abominables! et tout cela, parce que Constantin a été le premier emperem* chrétien. Cette partialité des historiens, lorsqu'elle ne se manifeste pas sur des objets aussi révoltans , devient quelquefois amusante. Parmi tant de crimes, un simple homicide, à la vérité très gratuit , très inutile , peut être re-* gardé comme une bagatelle; mais je n*ai pu m'empêcher de prendre sous ma protection un malheureux eunuque pour lequel M. Le Beau et M. Crevier n'ont eu aucune commisération. Constantin avait de fortes raisons pour soupçonner son beau-père Maxi* mien ; mais il ne voulut s'en venger qu'après l'avoir pris sur le fait. Étant donc averti un jour par sa fenune Fausta que Maximien devait exécuter son projet la nuit suivante , et le poignarder dans sdn lit , il y fit placer un eunuque , être sans doute très méprisable, mais qui était en même temps très in*" nocent, et qui n'avait que faire là. Maximien se trompe et tue l'eunuque , croyant tuer son gendi*e. Alors Constantin se fait voir tout joyeux de sa découverte , et fait mourir son beau-père , au grand contentement de sa femme et de tous les assistans.
' Eusèbe rapporte ce fait aveo la même indulgence. Voyez fie Fita Co/tst» iib. i , xmp. solv.
!i86 DE LA FÉLICITÉ
Est-il possible qu'aucun historien -ne se soit avisé de remarquer qu'il aurait été mieux de ne pas faire périr un innocent , et d'épargner à son beau-père un crime de plus , et à soi-même un parricide ? Mais j'ai tort de demander quelque pitié pour un pauvre eunuque, tandis que ces mêmes historiens n'en ont accordé au^ cune aux Césars Valence et Martinianus^ qui n'étaient coupables d'autre crime que d'avoir été élevés au premier rang par Licinius , ni à Licinius lui-même, qui, long-temps l'égal de Constantin, et enfin soumis à son pouvoir sous la sanction des traités, fut bientôt condamné à mort sur de vains prétextes. Le supplice d'un Auguste, celui de deux Césars, la foi publique violée, les traités oubliés ou rompus; tout cela n'est rien pour un empereur qui a protégé les évêques , et qui a fait des homélies.
Quels crimes pouvait-on ajouter à ceux-là, si ce n'est la mort d'une épouse et d'un fils ? Et dans quelle circonstance encore ? Constantin revenait triomphant du concile de Nicée; il s'applaudissait d'avoir donné à dîner à plus de trois cents évêques , et d'à* voir baisé les cicatrices des martyrs, lorsque sur de simples soupçons , sur la seule imputation du crime le plus difficile à croire , il fait mourir Grispus , son fils , jeune homme de la plus gi*ande espérance. Et bientôt , tournant sa fureur de l'accusé à l'accusateur , il fait étouffer l'impératrice Fausta. Les liens de l'amitié ne furent pas près de lui une sauve-garde plus sûre que ceux du sang. Ce prince féroce et
inconséquent, tout occupé qu'il était des progrès du christianisme , avait fait venir à sa cour Sopatre , philosophe platonicien , de l'école de Jamblique. Il lui montra bientôt tant de confiance et d'intimité , que le malheureux savant dépaysé , ne put échapper à la jalousie des chrétiens. Quelques accusations sourdes de prestige et de magie avaient déjà mis le peuple en mouvement, lorsque des vents contraires retardèrent la flotte qui apportait les blés d'Egypte. Le peuple, toujours fuineux, toujours insensé, lorsque des hommes factieux et intéressés lui font craindre la famine ', ne manqua pas de s'en prendre à Sopatre; et Constantin , prince faible et ami perfide , livra à la mort le philosophe innocent. Ajoutez à ce caractère cruel et inconstant un amom* effréné pour le faste , et un désir immodéré de toute espèce de gloire, et vous ne reconnaîtrez f{ue trop aisément dans Constantin l'homme odieux «t méprisable , que l'éclat de la pourpre , les lauriers de la victoire et l'adulation des siècles se sont longtemps efforcés de cacher. Voyons à présent si le prince a plus de droit à notre estime.
Ici les faits semblent parler d'eux-mêmes. Constantin , né dans les dangers , livré dès son enfance , sous le titre d'otage , à toute la haine de ses ennemis , échappé de leurs mains au péril de sa vie , se trouve à peine à la tête d'une armée, que, maître absolu
' Tacite dit quelque part : Vulgus cui una ex republica annonce cura. {Hisi, L. xv, c. 38.)
a88 DE LA FÉLICITÉ
d'une vaste partie de Tempire , il entreprend de con* ' quérir l'autre , et de s'asseoir sur le trône du monde. Quels succès plus brillans ! quel sujet pour un panégyrique ! Mais le philosophe que l'éclat n'éblouit jamais , retire bientôt son admiration , lorsque, re« montant à l'origine des succès, il ne voit que des batailles gagnées. Il sait que dès que les hommes ont confié leurs intérêts à des armées , il faut nécessairement que le sort des combats décide pour l'un ou pour l'autre ; que les avantages à la guerre peuvent avoir une grande valeur relative , et Ime très petite valeur positive , et que les grands succès ne font pas toujours les grands généraux. Un joueur d'échecs en peut gagner un autre moins fort que lui , quoiqu'il soit très faible lui-même. C'est ainsi qu'on voit dan$ les Indes des empires entiers renversés par des armées, qui auraient été mises en fuite par six bataillons de troupes européennes. Ce n'est pas pour avoir battu le duc de Bournonville , c'est pour avoir em* barrasse Condé et MontécucuUi , que Turenne est regardé comme un grand général. De même dans la politique, le citoyen qui, à force de fermeté et de courage, parvient à ajouter quelque chose à la liberté publique, est plus estimable que le prince qui, à la ' tête de cinquante satellites , fait changer de maître à un peuple d'esclaves.
Ainsi ^ que Constantin ait b*attu Licinius et triomphé de quelques peuples barbares, c'est quelque chose, sans doute; mais c'est peu poiu* sa gloire^
aussi long-temps qu'on ignorera le choix de ses moyens et la sagacité de ses vues. Mais cet empereur a malheureusement donné sa. mesure , en se laissant apprécier sur des objets plus intéressans. U a été législateur , et le lecteur jugera^sans peine si notre sévérité est déplacée , lorsqu'il se rappellera que c'est à ce prince que nous devons ce mélange vicieux des deux puissances civile et ecclésiastique , qui , depuis quinze siècles^ a répandu le trouble dans, le monde chrétien.
La première trace de Tintervention du pouvoir ecclésiastique dans les affaires civiles se trouve dans une loi de Constantin sur l'affranchissement des esclaves. A la place des formalités dont ces affranchissemens étaient accompagnés , il veut qu'on puisse se contenter désormais de l'attestation d'un évêque; comme si les procès étaient des cas de conscience, et les juge* mens des pénitences '. Il n'est personne qui ne sache de quels rapides progrès ce premier pas fut suivi. Dès lors toutes les voies furent préparées : des privilèges sans nombre furent accordés au clergé ; comme per-
' On pourrait soap^onner Constantin d'avoir eu des vues cachées lorsqu'il fit ce règlement. Un grand nombre d'esclaves y attirés par l'esprit d'égalité qui régnait parmi les chrétiens , venident journellement embrasser leur religion , et se dérobaient ainsi au pouvoir de leurs maîtres. Il fallait pourtant rendre ces transfuges lorsqu'ils étaient réclamés ; mais pour peu qu'il j eût quelque prétexte d'afiiranchisse* ment, la faveur qu'on accordait aux nouveaux convertis laisait décider contre les maîtres. Or , c'est peut-être pour
TOMK I. 19
mission de recevoir des legs, exemption de toutes charges onéreuses , telles que collection de deniers , offices municipaux y magistratures y tutelles y etc.; faveurs si excessives, que Tintérêt corrigeant bientôt l'enthousiasme, on fut obligé de les révoquer. En effet, presque tous les citoyens, pour mettre leurs biens à couvert , s'étaient faits ecclésiastiques , et Dieu était si bien servi, que Tétat n'avait plus ni sujets ' ni magistrats. Les intérêts du fisc ont été chez tous les princes les limites de leur foi : mais si Constantin ne voulut pas céder au clergé sur un point si important, il ne craignit pas de lui sacrifier les principes les plus anciens du gouvernement romain , en révoquant la loi Papia Poppea. Par cette loi, ceux
douier plus d'étendue i cette faveur, qu'on cherclia à dérober les procès de ce genre à l'ordre civU, et qu'on voulut que le témoignage d'un évéque , chose sur laquelle on pouvait toujours compter , fût regardé comme suffisant.
' Sous Constantin , le nombre 4^s citoyens était fort diminué , tandis que celui des esclaves et des étrangers était considérablement augmenté. Il n'est donc pas étonnant que le poids des impositient et de toutes les charges publiques fftt devettv, tMS lourd pour cbaque particulier. Les emplois municipaux étaietit surtout une charge si onéreuse , que , dans le ffait , il ne restait plus ni propriété territoriale ni pro» priélé personnelle. On nommait cunaleM tous ceux qui par état étaient obligés de remplir quelque oflioe public. Or, c'est cet état de Gurùi/Sîxqui , suivant les principe! de l'Église, ne pouvait sViccorder avec l'état ecclésiastique. Vojes Bingham, Jntiq, oftAe ckurck. liv. v, ch. iii.
PUBLIQUE. CH. IV. %gi
d'entre les citoyens qui ne s'étaient pas mariés , étaient privés de toute succession collatérale, et ceux qui étant mariés n'avaient pas eu d'enfans , ne pouvaient prétendre qu'à la moitié des successions de cette espèce qui viendraient à leur échoir, non plus qu'à la dixième partie du bien de leurs femmes, en cas de décès. Constantin ne se contenta pas d'effacer ces restes respectables de la sagesse romaine ; il encouragea le célibat par toutes sortes de voies , et particulièrement en accordant à ceux qui embras» Baient cet état, le privilège de pouvoir disposer de leur bien avant l'âge requis par les lois.
Mais tandis que les exemptions se multipliaient en faveur du clergé, des impôts .exorbitans, et d'un genre tout nouveau, semaient la désolation parmi le peuple. Tous les quatre ans, des officiers de l'empe* reur venaient, armés de fouets et de bâtons, exiger une capitation nommée Ckrjrsargjrre , parce qu'elle se payait indifféremment en or et en argent. Cette taxe était imposée avec une rigueur inouïe. On faisait contribuer jusqu'aux mendians et aux femmes prostituées: mais tandis qu'elle excitait les gémisse» mens des pauvres qu'on poursuivait de tous côtés à coups de fouet, comme de vils bestiaux, elle ne répandait pas moins de consternation parmi les riches; car les dénonciations de toute espèce, les trahisons domestiques , et les calomnies publiques étaient le tarif sur lequel on avait coutumfe de la percevoir.
)9A DE tA FÉLICITÉ
Zosyme accuse aussi Constantin de n'avoir fait la guerre aux dieux du paganisme que pour trouver un prétexte de piller leurs temples; mais il ne serait pas juste de s'en rapporter à un auteur dont la pré<» vention s'est manifestée en plusieurs endroits, et particulièrement lorsqu'il attribue la conversion de Constantin aux remords que lui inspira le meurtre de sa femme et de son fils. Selon lui , ce prince ayant cherché inutilement des expiations parmi les prêtres du paganisme , se tourna du coté des chrétiens qui avaient, dit-on , une manière de laver tous les péchés dans une eau mystérieuse. Mais si c'est un anachronisme que de rapporter la conversion de Constantin à un événement qui est arrivé long-temps après , il n'en est pas moins vrai que les crimes dont il venait de se souiller, joints à son acharnement contre des idées généralement reçues, et contre un culte établi depuis si long-temps, Pavaient rendu tellement odieux à ses peuples, qu'il fut obligé de quitter Rome , et de chercher un autre asile , oii la voix de l'adulation pûft seule se flaire entendre : sur quoi je remarquerai que les idées relatives au culte extérieur doivent avoir une terrible influence sur la morale , puisque d'un côté les chrétiens ont porté aux nues un empereur coupable des crimes les plus atroces , et que de l'autre , les Romains qui avaient applaudi Néron , lorsqu'il rentra dans Rome après avoir fait mourir sa mère, ne purent supporter la vue de Constantin , qui avait fait mourir sa femme et son
fils. C'est ainsi que rattachement à des rites, à de vaines cérémonies y prévaut perpétueilement sur cette loi que la nature a gravée dans tous les cœurs, mais malheureusement ea caractères trop superficiels et trop aisés à effacer. .
Nous ne nous étendrons pas sur la Csiute grossière que fix Constantin en changeant le siège de l'empire. C'est une chose trop connue et trop avouée par tous les auteurs, même par ceux qui ont le plus loué cet empereur. Nous avons dit les raisons qui le portèrent à cette &usse démarche ; mais nous de^ vous ajouter qu'il était impossible de mettre plus d'orgueil dans le projet, et plus d'injusticQ dans Texé^ cution. Tandis que ce prince fastueux est si pressé de jouir de ses édifices , qu'il ne laisse pas aux ar<^ chiteçtes le temps de leur donner la solidité^ et qu'il voit des murs déjà caducs tomber sur ceux qu'on élève encore; il force par des édits rigoureux tous les habitans de l'Asie Mineure à se construire des demeures dispendieuses dans la nouvelle capitale. Une Iqi tyrannique déclare que tous ceux qui n'au-^ ront ps^un domicile à Constantinople , ne pourront transmettre à leurs héritiers aucune possession en fonçls de terres ;. et c'est par de pareils moyens qu'il se h^te d'élever cette ville célèbre ,.doRt il veut a voie l'horoscope , et à qui l'on promet une durée de six cent quatre-vingt-seize années* ^ Peut-être le lecteur sera-rt-il un peu surpris de voiv qu'un aussi bon. théologien que Constantin s'avise
a94 BE LA FÉLICITÉ
de consulter des astrologues : mais le caractère de ce prince ne paraît nulle part plus inconséquent que dans tout ce qui a rapport à la religion. Également faible et vain , aussi prompt à se décider qu^à changer d'avis , les défauts de son esprit ont justifié ceux de son cœur. Car c'est une question qui s'est élevée souvent, si ce prince était enthousiaste ou hypocrite. Les uns , fi*appés de l'attention souvent minutieuse qu'il porta dans les affaires ecclésiastiques , de la haine qu'il eut poUr le paganisme , et surtout de la dévotion qu*il montra 'dans les derniers momens de sa vie , ont pensé qu'il était plus persuadé qu'éclairé , et que si la grâce de Dieu n'avait pas jugé à propos de le soutenir contre l'hérésie et le pamcide , elle lui avait du moins révélé les principaux dogmes de la foi. Les autres , plus attentifs à sa conduite politique , aux prétendus miracles dont il appuya ses expéditions , et surtout au profit qu'il en tira , sont tentés de croire que sa foi ne fut jamais bien vive , et que sa religion fut toujours subordonnée à son ambition. Pour moi , je ne sais si è'est que l'hypocrisie est celui de tous les vices pour lequel j'ai le plus d'antipathie; mais j'ai toujours de la répugnance à supposer qu'elle puisse être portée k un certain degré : le rôle d'un hypocrite me paraît à la fois si pénible et si difficile, que je ne puis comprendre comment on a assez de patience et d'artifice pour le jouer long-temps avec succès. Craignons de trop donner à l'esprit des hommes en ôtant trop à leur
cœur. Si nous avons quelques talens. poiu* tromper les autres , combien n'en avons-nous pas davantage pour nous tromper nous-mêmes? C'est peut-être Êiute d'avoir assez refléchi sur le cœur humain qu'on croit si volontiers à l'hypocrisie. Tous ceux qui ont observé l'empire que notre intérêt exerce sur nos opinions, ont dû se persuader que ses prôpt*es succès parviennent bientôt à le rendre inutile. On débute par affecter de mauvaise foi certaines pratiques et certaines opinions , et quand cette fausseté nous a mis à portée de jouer un grand rôle , de comn^ander aux hommes , et d'obtenir d'eux des richesses et de la considération, nous commençons à y ajouter plus de croyance ; et il arrive que peu à peu notre intérêt parvient à consolider dans notre esprit le fon. dément de notre autorité. Il y a lông^tetnps qu'on a dît <|ue les joueurs commençaient par être dupes , et qu'ils finissaient par être fripons : le contt*aire arrive en matière d'opinion : on commetice par être fripon, et l'on finit par être dupe. On voit ^ouveiit un magistrat, en passant d'une cour dans une autre , changer de principes comme de tribunal. D'abord sa probité , ou plutôt l'opinion qu'il s'est faite de lui-même, est inquiète et mal à son aise; aloi^ elle appelle à son secours le sophisme et la subtilité; mais bientôt dupe de son propre artifice, elle n'a plus à combsLttre , et Thomme redevient vertueuit par sa sottise. C'est ainsi que dans le clergé il est arrivé quelquefois que des ecclésiastiques purement
7cfi DE LA FÉLICITÉ
mondains et parvenus aux dignités par intrigue ou par faveur, devenus ensuite chefs de parti , et contraints à faire de fréquens sacrifices de leui*s plaisirs à leur ambition , ont Uni par croire eux-mêmes une partie de ce qu'ils voulaient persuader aux auti*es. Constantin peut avoir été dans le n]tême cas. Nous le disons à l'honneur du christianisme ; jamais sa morale n'a pu s'allier avec les crimes atroces que cet empereur a commis ; et si Dieu l'eût éclairé lui-même , s'il eût voulu s'en servir autrement que comme des Tibère et des Néron^ qui tous ont sans doute concouru à ses vues, il ne l'auraît pas exposé à déshonorer sans cesse sa foi par ses œuvres , comme il
, la trahissait par ses erreurs.
Constantin , selon toute apparence , fut induit à favoriser le christianisme par les raisons que nous avons exposées plus haut. Mais bientôt encouragé par le succès , et enorgueilli par les adulations des évéques , jaloux sui*tout de changer le siège de l'empire , il prit un véritable zèle pour les dogmes qu'il avait d'abord épousés par intérêt. Cette marche est même aisée à suivre dans la manière dont il procéda à la réfoime générale. D'abord il crut assez faire que de tolérer le christianisme , et bientôt il en fit une religion dominante et exclusive. Humble et soumis aux évêques dans le principe , il ne tarda pas à leur faire la leçon. On voit chaque jour son zèle augmenter avec son influence dans les matièi^es ec-
< clésiastiques ; nulle méthode , nulle règle dans ses
jugemens (/); tantôt modérateur, tantôt persécu* teur, il veut d'abord imposer silence à Alexandre et à Ârius ; puis il condamne Arius , puis il l'absout , puis il le condainne encore , et finit par adopter ses principes. Je rapporterai ici le commencement de la lettre qu'il écrivit à la fois à Alexandre, évêque d'Alexandrie , et à Arius qui était en dispute avec lui \ a Depuis que vous , Alexandre , vous avez de- <K mandé à votre clergé ce que chacun pensait sur « quelques passages de l'Écriture , ou plutôt sur quel-* « ques opinions ^vaines et yhiifales, et que vous , a Arius , vous avez élevé des questions auxquelles il a ne fallait jamais penser, ou qu'il ne fallait point a agiter , après y avoir pensé , la discorde s'est mise <E parmi vous, etc.... Abandonnez donc des subtilités a sur lesquelles il ne fallait ni interroger ni répon- « dre. » Or , ces subtilités , ces questions vaines et frivoles, n'étaient rien moins que la consubstantialité du Yerbe, pour laquelle on assembla bientôt après le concile de Nicée. Constantin ne fiit pas plus heureux lorsqu'il traita
(y) Très vmi»
' « Cùm enim tu, Alexander, a presbyterîs tuîs reqiii- « reres quid unusquîsquc eonim de quodam legis loco sen> « tiret , seu potins de quadam inani quvstione eos interro- « gares ; cùmque tu , Ari , id quod nunquam cogitatum , ve^ < sane cogitatum silentio premere deberes , imprudenter
« ejLcitata inter T09 di^ordi^ , etc quidnam vero illud
« est? nec interrogare de hujusmodi rébus, nec ioterroga* « tum respondere^ etc. 9
sgS DE LA FÉLICITÉ
de la religion chrétienne en elle-même. Ceux qui sont curieux de voir le comble de l'extravagance et de l'absurdité , n'ont qu'à lire les chapitres xviii , XIX et XX de son discours à l'assemblée des saints ( Orutio ad sanctorum cœtum ) (r). Après avoir cité comme authentique un acrostiche de la prétendue sibylle Erythrée , dont les initiales forment ces mots : Jésus Christusy Deifilias^ servatory comme si Dieu révélait l'avenir par des jeux d'esprit , dignes touA au plus du Mercure ; il s'empai^e de Virgile comme d'un trésor immense de prophéties très claires en faveur de la religion chrétienne. Il cite entre autres l'églogue : Sicelides Musœ^ pautb majora canamus.,,. Paulo majora , s'écrie-t-il , dit déjà beau-» coup de choses ; mais Virgile ajoute ensuite :
Ultima Cumœi venitjam earminis œtas.
Qui ne sait que la sibylle de Cumes a cessé de prophétiser quand la vérité même est venue dans ce monde ? mais que répondre à ces vers-ci :
Magnus ah iniegro sœclorum nascitur ordo, Jam redit et Virgo , rtdeunt Satumia régna P
Quelle est cette Vierge qui revient , si ce n'est la mère de Dieu? Le poète n'ajoute-t-il pas lui-même :
Ta modo naseenHfmero , ^uo ferrea prmum Dêsinet, ae toto sutgtt getu aurea mando, Costa fave Lucina , etc. ?
N'est-ce pas mot pour mot le Messie ? Docte igt-
[g) Réflexion très juste et très utile»
tur hœc dicta sunty o Maroy poetarum sapientis" sime!.... etc. etc. (*)
Constantin ne faisait aucun doute que Virgile eût été chrétien (i) ; mais il croyait que ce poète célèbre avait été obligé de déguiser sa foi, et d'envelopper ses productions des voiles de rallégorie. Il paraît qu'Eusèbe, qui rapporte ce discours en entier et sans observations, était du même avis. Quelle était donc la logique des premiers savans de l'Église, puisqu'elle leur faisait envisager , sous le même point de vue , Moïse et les sibylles , Isaie et Virgile ? Mais ces réflexions n'étant pas de mon sujet, je me hâterai de conclure que Constantin ayant vécu dans le crime, et étant mort dans i'héré^e , n'a mérité nos éloges ni comme homme, ni comme prince, ni comme chrétien.
(A) J'ai bienpemr que ce fripon d'Eusèbe n'ait prêté ce discours à Constantin.
{}) Ah ! il n'était pas si sot ; mais Eusèhe t'était.
3oo DE LA FÉLICITÉ