‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Continuation du roéme mjel , et particalièreinent det pragrt* de la popnlition chez lc« nationi modernu.

Maintenant que nous avons mis le lecteur en état de décider sur la question précédente , il s'en présente une encore plus importante, et peut-être plus difficile à résoudre. La population a-t-elle augmenté ou diminué depuis quelques siècles ? Est-elle parmi nous , surtout , dans un état d'accroissement ou de dépérissement ? Cette question, qui depuis longtemps aurait dâ être décidée par des dénombremens, n'a guère été jugée que par l'humeur et la flatterie. En efTet , suivant qu'on a voulu louer ou blâmer le .gouvernement , abroger d'anciennes lois ou en préconiser de nouvelles , on a dit : la diminution sensible dans la population , l'augmentation marquée dans la population , prouvent, etc. Et comme la satire et la louange ne sont guère plus exactes l'une que rautre,rexagération s'est trouvée égalementdes deux côtés.

M. de Voltaire, supérieur à tout préjugé comme à toute critique, décide en faveur de notre âge dans l'immortel ouvrage qu'il a écrit pour l'instruction et la consolation de l'humanité '. Cet historien philo-

' Yojez le dernier chapitre de VEisai sur l'histoire géné~

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sophe ne s'est point dissimulé le détriment que nos législations superstitieuses, que le gouvernement des prêtres, leur intolérance, leur multitude, leur célibat, ont dû causer à la population. Mais il a pensé que ces inconvéniens avaient été compensés par l'augmentation du commerce et de l'industrie ; et il a observé qu une seule différence dans l'exercice du droit de la guerre avait suffi pour faire pencher la balance en faveur des modernes : c'est que dans les guerres innombrables qu'ils ont essuyées, on n'a ja* mais transporté les nations vaincues. « Les guerres (X civiles, dit-il, ont long-temps dévasté l'Allemagne, a l'Angleterre et la France ; mais ces malheurs furent (c bientôt réparés, et l'état florissarrt de ces contrées a prouve que l'industrie des hommes a été encore tt plus loin que leur fureur. Quand une nation connaît a les arts, quand elle n'est point subjuguée, trans- (c portée par les étrangers , elle sort aisément de ses (c ruines, et se rétablit toujours. »

L'Europe renferme du moins quelques nations auxquelles personne ne refuse une population nombreuse; parce que les faits se trouvant confoi*mes

raie. C'est dans cet ouvrage immortel qu'il faut chercher le germe de toutes les Tentés que nous ne faisons que développer. Un homme de lettres , fait pour en apprécier et le style et les pensées , a dit que c'était-ie plus beau tableau que l'éloquence eût offert à la raison. Mais l'esprit léger et superficiel de la plupart des lecteurs jouit un moment de l'éloquence f et néglige bientôt la raison.

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auK principes les plus généralement avoués , on n'a eu aucun intérêt à les nier. Telles sont la Suisse et la Hollande. Il est sâr que depuis les deux fameuses révolutions qui les affranchirent de ta domination autrichienne, elles ont considérablement augmenté en population comme en prospérité. L'Allemagne , où les femmes sont si fécondes , doit profiter de plus en plus de cet avantage particulier , parce que les paix y deviennent plus fréquentes , et que Ilntérêt des souverains a été jusqu'ici conforme à celui des paysans, qui commencent à sortir de l'oppression dan? laquelle leurs seigneurs les tenaient depuis long-temps. Le Danemarck, affranchi de la tyrannie des grands , et heureux jusqu'à présent sous les maîtres qu'il s'est donnés, a vu fleurir dans te sein de la paix son commerce et sa navigation; il est plus riche , plus tranquille ; il est donc plus peuplé. 11 n'en est pas de même de la Suède , qui , semblable à une terre livrée pendant long-temps aux braconniers, ne s'est pas encore relevée des pertes qu'elle a essuyées sous le gouvernement d'un héros. Ce n'est pas dans cette contrée que la liberté a paru sous les meilleurs auspices. Cette succession de démocralie dans les diètes, d'aristocratie dans le gouvernement intermédiaire du sénat , de monarchie dans la médiation royale , a plutôt alterné que compensé les efforts , et , l'on regrettera toujours qu'une nation noble et courageuse ne s'assemble guère que pour faire des lois absurdes sur le change et sur le commerce; comme

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si les héros du Nord et les libérateurs de rAliemagne , transformés en agioteurs et en banquiers , avaient pris pour modèle les Law au lieu des Gustave. *

On a exagéré la population de la Russie ; mais quoique le travail immense de Pierre-le-Grand ne se laisse plus apercevoir qu'à Pétersbourg et à Cronstadt , on peut assurer que ce vaste empire est plus peuplé qu'il ne l'était du temps de ses premiers ducs. La Pologne s'était maintenue jusqu'ici dans sa périlleuse liberté '; elle est dans le même cas que la Russie , plus riche , plus peuplée qu'elle ne l'était sous les Jagellons.

Le beau climat de l'Italie , la fécondité de son sol

' Ceci a été écrit avant la réyolation. On sait que depuis cette époque la Suède a éprouvé une amélioration continuelle. C'est au temps présent à jouir de ces avantages , et à la postérité d'en apprécier les sources, en assignant ce que la nation doit à sa nouvelle constitution , et ce qu'elle tient plus immédiatement du monarque bienfaisant et éclairé qui en est l'auteur.

* Un Polonais à qui on objectait les troubles de sa patrie , répondit : J'mme mieux une liberté périlleuse qu *un esclavage tranquille, ( Voyez V Histoire de Sobieski ou la Foix libre du citoyen, )

Je me suis souvent demandé pourquoi la Pologne avait conservé si long- temps un si mauvais gouvernement; j'ai pensé que c'est à cause du voisinage des Turcs et des Russes. En effet , il n'y ▲ point de liberté difforme ▲

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