‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 49 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

GmtmuatioB du même ftujet. La popnlatioii est-elle wi indice

certain de la force d'un état?

Je ne doute pas que bien des gens ne se décident pour l'affirmative , et cette opinion paraît dériver naturellement des principes que nous avons établis jusqu'ici; mais il en est un important, qui est plus connu que suivi dans ce siècle disert, c'est «qu'on <c ne connaît bien les vérités qu'en connaissant leurs « limites. » Il est généralement vrai que la population est la preuve de la prospérité et de la force d'une nation, parce qu'il est généralement vrai que l'agriculture, le commerce et la bonne législation multiplient le nombre des hommes. Mais la population n'a-t-elle pas quelquefois des causes physiques qui peuvent prévaloir sur les causes morales ? N'existe-t-il pas des pays plus favorables à la propagation de l'espèce; et la proportion du nombre des hommes à la félicité dont ils jouissent est-elle toujours égale ? Les faits suffisent seuls pour nous décider ; car si , dans cette supposition, il paraîtrait encore fort difficile de trouver des contrées toutes couvertes d'habitans, il ne le serait pas du moins d'en trouver qui fussent totalement désertes. Les côtes d'Afrique , l'empire Ottoman , et même celui

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des Czars ne nous en offraient que trop d'exemples. Mais pour nous dispenser de les aller chercher si loin , nous pouvons citer plusieurs petits états d'Allemagne, sans commerce et sans industrie, gouvernés assez tyranniquement, et perpétuellement opprimés par la présence d'un petit souverain, qui le plus souvent ne devant son domaine qu*à une dignité ecclésiastique , se hâte de dévorer une propriété précaire qu'il ne peut faire passer à sa postérité. Eh bien! dans ces petits états, les peuples se multiplient; les mariages ne sont pas heureux, mais ils sont communs : leà ménages ne sont pas riches , mais ils sont féconds , et l'espèce humaine se soutient toujours, (a)

On ne peut se dissimuler qu'il existe en France des provinces très misérables. Il en est qui jusqu'ici paraissent avoir été constamment oubliées du gouvernement , excepté dans la répartition des impôts. Il j a quelques années que le Berry et le Limosin n'avaient ni chemins, ni commerce, et gémissaient pourtant sous le poids de leurs impositions, d'autant plus onéreuses , que dans ces pays d'élection la taille est ar* bitraire. L'état recueillait oîi il n'avait point semé. J'avoue que ces provinces ne sont pas les plus peuplées du royaume ; mais elles sont loin d'être désertes , et certainement les hommes s'y trouvent dans une proportion qui excède de beaucoup celle de leur

(«) Ils fournissent des émigrans à l'Europe*

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aisance; c'e$t que nous ne connaissons pas toutes les ressources de la nature ; c'est qu'elle est capable d'efForts que nous ne pouvons pas apprécier; et voilà la raison par laquelle on se trompe toujours dans les principes trop généraux, ou plutôt dans les conséquences qu'on en tire.

a Les subsistances sont la mesure de la populace tion \ Si la quantité de subsistance diminue, le ce nombre des hommes doit diminuer en même profit portion. » Il doit diminuer , sans doute. En même proportion? C'est une autre affaii'C, ou du moins ce n'est qu'au bout d'un très long temps que cette proportion se trouve juste. Les dégradations dans l'ordre politique ressemblent assez à la récession des marées ; le flot en fuyant revient toujours sur ses pas; il faut le bien observer pom* juger qu'il rétrograde. Avant que la vie des hommes s'abrège , que les sources mêmes de la vie s'<iltèrent , il faut que la misère ait abattu les forces et multipUé les ma-

* On peut voir dans les calculs publiés par M. de Messence, qu'après les ravages causés par la peste de Marseille, les mariages furent plus féconds en Provence qu'ils ne l'a- Taient été auparavant. Il en est de même après tous les fléaux qui diminuent la proportion des hommes aux subsistances, sans détruire les moyens de faire renaître ces subsistances. Cette seule considération doit faire juger d'un coup-d'œil que la dépopulation qui se répare le plus aisé^ ment, est celle qui est la suite d'une contagion. Le con« traire arrive, si elle vient d'une guerre ruineuse ou d'une mauvaise administration.

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ladies. Lorsqu'elle s'empare d'une contrée, lorsque les subsistances diminuent d'une certaine quantité , d'un sixième, par exemple, il n'arrive pas qu'un sixième des habitans meure de faim ou s'exile ; mais ces infortunés consomment, en général, un sixième de moins , et ainsi de suite. Malheureusement pour eux, la destruction ne suit pas toujours la misère; et la nature , plus économe que les tyrans, sait encore mieux à combien peu de frais les hommes peuvent subsister (3). Ils pourront encore être nombreux, mais ils seront faibles et malheureux toutes les fois qu'une année de travail ne fournira à chaque homme qu'une subsistance pénible pour lui et pour sa farfiille , ou que l'exaction lui enlèvera journellement le petit excédant dont il pourrait se former un capital , un moyen de perfectionner sa culture et d'améliorer son sort ; c'est alors qu'en prenant peu on enlève beaucoup. Je dis donc qu'une pareille contrée peut être peuplée sans être forte ni redoutable : je dis qu'en cas de guerre , on a peu de ressources à en attendre, et qu'elle pourrait être soumise aisément par un peuple moins nombreux.

Au contraire , s'il existe une nation qui , sans être très nombreuse , possède une grande quantité de terres bien cultivées; si cette nation augmente journellement son agriculture et son commerce , sans que sa population augmente en pareille proportion ; enlSn, si elle fait naître plus de subsistances , sans

{b) Bravol

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nourrir plus d'habitans, je dis : ce II faut que cette ce nation consomme spécifiquement plus que les autf très ; il faut que le tarif de la vie humaine y soit (c plus haut, et c'est là Findice le plus certain de la a félicité des hommes. » Tel est le cas oii se trouve l'Angleterre ' : comparez état à état , classe à classe,

' On ne parle ici qne de l'Angle terre proprement dite ; car il n'est point de nation dont l'Ecosse et l'Irlande doivent eïtiter l'envie. On compte communément sept à huit millions dliabitans en Angleterre. Comme elle n'est guère plus étendue que le tiers de la France, si ce calcnf était juste, elle se trouverait^ peuplée précisément dans la même proportion; mais il faut observer que l'Angleterre a plusieurs avantages dont la France est privée. Son terrain est presque partout uni , et par conséquent propre; à la culture des blés et au pâturage ; d'ailleurs , elle est environnée de la mer, et la nature de son sol rend les chemins très faciles. D'un autre c6té, sa position entre l'Europe et l'Amérique la rend très propre au commerce , tandis que sa situation insulaire assure sa tranquillité. Il serait donc juste de ne comparer l'Angleterre qu'aux provinces les plus riches de la France, et de n'opposer le Limousin, l'Auvergne, la Provence et quelques parties de la Champagne qu'à l'Ecosse et à l'Irlande. Sous ce point de vue l'Angleterre serait spécifiquement moins peuplée que la France; car l'Ecosse et l'Irlande réunies ne contiennent pas quatre millions d'habitans. Mais je suis très porté à croire que les Anglais ont aussi la manie de dénigrer leur population. Ils n'ont d'autre dénombrement que celui des maisons (c) ; on en compte douze cent mille , et les spéculateurs ne supposent que 5 ou 6 personnes par maison. Or , nous voyons par les cal-

(c) £t les listes des morts et des naissances.

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profession à profession , vous trouverez que Fa sub* sistance de l'Anglais est toujours évaluéç à un taux plus haut que celle d'un Français ou d'un Allemand. Je n'en excepte pas même les pauvres , auxquels on ne refuse dans les hôpitaux aucune de ces consommations que nous regarderions comme une espèce de luxe, telles que la bière, le thé, ' le pain

culs de M. de Messence que dans Paris il faut compter :i4 personnes par maison. Il est vrai qu'elles y sont plus hautes qu'en Angleterre ; mais dan« Londres , Bristol , Oxford, Birmingham, on peut bien compter i5 ou i8 personnes par maison. Les mêmes calculs nous donnent dans les provinces 5 personnes par feu , et comme il existe toujours beaucoup plus de feux que de maisons , tout concourt à prouver que douze cent mille maisons doivent donner beaucoup plus de sept millions d'habitans.

' Cest ce qui rend la taxe des pauvres si onéreuse en Angleterre. Il en aurait même résulté un grand inconvénient ; car les propriétaires , craignant de voir augmenter cette charge, commençaient à décourager la population le plus qu'ils pouvaient, en éloignant les petits tenanciers, et surtout ces manufactures qui ne donnent qu'une aisance précaire, et dont les vicissitudes exposent quelquefois le peuple à la mendicité. On vient de remédier depuis quelque temps à cet inconvénient; la plupart des propriétaires s'étant réunis pour former des établissemens auxquels ils contribuent en raison de leur propriété, et où ils font travailler les pauvres. De cette façon , personne n*a plus un intérêt imn^édiat à les éloigner de chez soi : chacun doit même désirer d'j attirer une population dont tout le produit sera pour lui, tandis que les charges en seront partagées par ses voisins.

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blanc, etc.* Aussi ce peuple est*il plus robuste, plus actif, et surtout meilleur ouvrier que les autres; car il faut bien se rappeler cette vérité démontrée par Texpérience, c'est que le haut prix des salaires n'est pas si contraire au commerce que bien des gens se le figurent; la raison en est que l'homme qui consomme le plus est celui qui travaille le mieux. Un officier anglais, chargé de la construction de l[uelques retranchemens , avait partagé l'ouvrage entre des Anglais et des Écossais ; il payait la journée des premiers le double de celle des autres. Les Écossais se plaignirent; il mit les ouvriers à la tâche, en égalisant (f) les prix, et ceux-ci y perdirent encore plus. Je ne parle pas ici de quelques salaires extravagans qu'on paye dans la ville de Londres , parce que toute ville trop considérable renverse toujours les lois de la raison et de la politique ; parce que dans une capitale où toutes les classes font corps,

Ces faits y qui sont peu connus en France , peuvent être de quelque importance y en ce qu'ils font voir que les établissemens de charité , qui tendent au soutien et à la multiplication du peuple, peuvent quelquefois aller directement contre leur objet, et qu'ils nous prouvent en même temps que toutes les manufactures qui ne s'allient pas avec l'agriculture , sont la source la plus commune de la mendicité. Les ouvrages vraiment utiles , ce sont les filatures , les petits métiers , etc. ; parce que le cultivateur et sa famille peuvent y employer les jours d'hiver , les longues soirées , et tout le temps qu'ils ne doivent pas au soin de leurs terres.

(</) Égalant

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et où tous les corps peuvent se faire craindre , le commerce , la police et le sens commun sont également exposés. Mais je me suis assuré par moimême que dans les campagnes de TAngleterre les salaires sont dans une juste proportion entre eux, et que généralement les hommes y consomment plus qu^ailleurs. *

Ce que j'ai dit des consommations doit s'entendre de toutes les commodités de la vie. Les paysans, les journaliers sont tous bien vêtus. On ne connaît pas là Tusage d'acheter des vieux habits de livrée , comme dans certains pays, oîi, lorsque vous entrez le dimanche dans une église, vous croyez voir, au lieu d'une assemblée de paysans , un ramas de domestiques mal entretenus. Le feu de charbon est , à la vérité , beaucoup moins cher que celui que l'on fait avec le bois ; mais le feu est regardé en Angleterre comme de première nécessité, et toutes les maisons sont échauffées avec soin quoiqu'il y ait partout des portes et des fenêtres bien fermantes et bien entretenues, qui défendent des injures de l'air.

TeU sont les véritables avantages de ce peuple,

' Consultez nn livre intitulé : A six t^eks's tour^ etc., TOUS y verrez que les journées des moissonneurs , des faucheurs , sont communément de trente à quarante jsous, dans des pays où le prix du pain est de deux sons («) la liTre, celui de la yiande de six , et celui du beurre de douze.

(«) Ces Jeux tous en font quatre des nôtres.

lesquels, réunis h la sûreté de ses propriétés et au privilège inestimable de ne dépendre que de la loi , le rendraient le plus heureux de la terre, si son climat, ses anciennes mœurs et ses fréquentes révolutions ne l'avaient pas tourné au mécontentement et à la mélancolie ; mais ces considérations • ne sont point de notre sujet. Nous venons de voir qu'une nation peut augmenter son commerce et sa culture dans une beaucoup plus grande proportion que sa population ; il nous reste à examiner si c'est un inconvénient pour elle , et si elle en sera moins puissante pour cela.

Tâchons de simplifier la question , et supposons , comme nous l'avons fait au commencement de cet ouvrage, que le travail d'une nation est partagé entre tous les individus : imaginons encore deux cités ; supposons dans l'une six mille habitans , et dans l'autre quatre mille : je soutiens que si les premiers sont dans une telle situation qu'ils soient obligés de travailler toute l'année pour se procurer une subsistance modique , et que les autres puissent produire avec le même travail une quantité de subsistances spécifiquement plus consid^jT^bl^ 9 ^u bien avec un travail beaucoup moins pénible une subsistance suffisante, ceux-ci seront lés plus forts, comme les plus heureux ; de façon que dans le cas où la guerre s'élèverait entre les deux cités, ils seraient nécessairement victorieux.

Allons plus loin , et voyons comment les choses

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doivent se passer. Le peuple le moins nombreux , mais le plus riche \ se résout à mettre des troupes en campagne. Je suppose qu'il arme mille hommes. Voilà le quart du peuple qui ne travaille plus : il faut donc qu'il arrive de deux choses l'une , ou que le pays, fournissant le quart moins de subsistances ^ les cultivateurs se privent journellement d'une partie de leurs consommations pour faire vivre leurs soldats, ou qu'ils augmentent leur travail pour suppléer à celui que ces derniers ont été contraints d'aban^ donner. Mais chez un pareil peuple, ces deux ressources sont également possibles. Nous observerons seulement que cette alternative n'existe guère, les deux efforts se faisant conjointement, de façon que la partie laborieuse ti*availle un peu plus, et consomme un peu moins , et c'est là ce qui soutient tous les états pendant la guerre.

Examinons maintenant ce qui se passe chez l'autre peuple. Il mettra aussi mille hommes sur pied ; car dans les premières campagnes les armées sont ordinairement égales, et de part et d'autre on calcule plus ses espérances que ses moyens. L'embarras est de savoir comment on soutiendra cette petite armée. Les cinq mille hommes qui resteront travailleront-ils davantage ? mais à peine leur travail excessif suffisait-il à leur consommation; consomme-

' Cette richesse doit toujours s'entendre des subsistances; car jusqu'ici nous avons éloigné toute idée de coBimerce et d'ai^ent monnayé.

ront*ils moins? mais à peine leur consommation sufiBsait-elle à leur subsistance : dans cet état de crise et de souffi*ance, comment entretenir une armée, l'approvisionner, la recruter ? Il parait donc démontré , qu'outre le désavantage qu'auront toujours mille soldats faibles et languissans contre un pareil nombre d'hommes forts et vigoureux , la seule différence des moyens et des efforts décidera la ruine de ce peuple plus nombreux, mais aussi plus misérable que l'autre.

On m'objectera peut-être que ceci n'est qu'une hypothèse , et que je me donne la liberté d'y pousser les choses à l'extrême. J'en conviendrai : oui , j'ai pris les choses à la rigueur, et je les ai poussées à l'extrême ; mai$ c'est pour mettre la question dans tout son jour. Maintenant ajoutez, diminuez, mar^ quez les nuances intermédiaires, mais avouez du moins que le principe est vrai, et que tous les événemens que Thistoire nous présente s'y rapportent plus ou moins. Que serait-ce si la nation la moins peuplée avait un plus grand capital en argent monnayé ? Que serait-ce si , en supposant toutes les choses vénales , comme les hommes même le sont de nos jours, tous les efforts de la guerre consistaient en dépenses ? Certainement mon principe , loin de perdre dans l'application , en recevrait un nouveau jour^ et paraîtrait sans réplique.

Je prévois cependant une objection , et je vais me hâter d'y répondre avant de terminer ce cha-

jgo DE LA FÉLICITÉ

pitre. Vous parlez, dira- 1- on, de l'argent monnayé comme d'une ressource , comme d'un capital , et cependant il paraît que dans les guerres les plus dispendieuses, le dépérissement du ti*avail, de la population et de l'agriculture précède toujours l'exportation ou l'aliénation entière de ce capital : telle guerre a ruiné un pays qui n'en a pas fait sortit* le quart de son numéraire. Je prendrai la liberté de ne répondre à cette objection que par l'exposition d'une théorie que je crois aussi vraie qu'elle est simple.

Toutes les denrées étant vénales , et le commerce intérieur, qui n'est qu'un troc perpétuel, pouvant se faire par échange , ou avec plus ou moins de sirgnes représentatifs, il serait naturel ^e regarder tout l'argent monnayé qui existe dans un état , comme une créance sur un surplus de travail ou de pro* duotion à prendre sur l'étranger; de façon qu'une nation qui aurait une reproduction annuelle de six cents millions , et qui posséderait deux cents millions d'argent comptant, pourrait se figurer qu'elle a pour huit cents millions de subsistances à sa disposition : mais comme il est an*ivé très antérieurement que tous les échanges se sont faits par l'argent ; que sans argent les déplacemens de fonds , les transports , les trocs, les payemens ne pourraient avoir lieu; il s'ensuit qu'il est devenu impossible de disposer de l'argent comme capital , sans le détourner , dans une bien plus grande proportion, de ses fonctions d'agent

général du commerce. Dans le corps humain une saignée dégage également tous les vaisseaux ; il n'en est pas de même dans le corps politique : tout s'y fait par convulsion , et vous ne pouvez en changer l'économie , sans y jeter le désordre et la confusion. C'est ainsi que les impôts attaquent les propriétés , et ruinent les provinces ; c'est ainsi que les emprunts et les affaires extraordinaires bouleversent les fortunes, et interrompent le commerce. Telle est encore la raison pour laquelle les nations se ruinent bien plus par la mauvaise administration que par la guerre. De tout cela il résulte que dans l'état présent des sociétés politiques , l'argent monnayé peut bien être regardé comme un capital qui représente des denrées ou des mains-d'œuvres étrangères ; mais qu'en même temps c'est un capital qui n'est point disponible ; qu'il ne peut être rassemblé et employé qu'en très petite partie : enfin , qu'une nation vraiment puissante est celle qui consommant spécifiquement plus, ou travaillant spécifiquement moins qu'une autre, peut dans un temps de crise trouver une épargne dans ses subsistances , ou une augmentation dans son ti*avail. ^

' Il est pour les états des capitaux beaucoup plus avan* tageux que Tor et l'argent. Ce sont les ports de mer, les places de guerre ^ les arsenaux , les chemins , les canaux, les magasins , les fermes , les manufactures , et tous les édifices utiles à l'agriculture et au commerce. C'est, pour ainsi dire 9 la première mise, les avances d'une nation, sans les-

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quelles il n'y a nul profil à attendre. Au reste, je n'ai pas besoin d'ayertir que si j'ai comparé dans le courant de ce chapitre la France à l'Angleterre , tout ce qui a été dit depuis sur deux peuples , dont l'un est pauvre et l'autre riche « n'a plus aucun rapport à ces deux nations. La plupart des provinces de la France sont aussi riches et aussi bien cultivées que l'Angleterre. Le peuple , à la vérité , n'y est pas si à son aise : mais c'est un bien qpi ne peut s'opérer qu'a^ vec le temps et à l'aide des lois favorables à l'agriculture , comme l'exportation des grains, le rachat des corvées, l'encouragement des chemins vicinaux , et surtout l'abolition de l'arbitraire dans la taille.

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