TOUE I
t64 DE LA FÉLICITÉ
circonstances dans lesquelles une nation s'est formée, du caractère, des intérêts qu'avaient les hommes au moment oîi ils se sont réunis en société, et se sont donné des lois. En effet, les peuples ont existé avant les lois , et il est très difficile que les fondateurs des républiques ou des empires se soient tous trouvés dans la même position , lorsqu'ils ont établi des gouvernemens. Or, il y a lieu de croire que ces premiers momens ont influé prodigieusement sur l'avenir ; de sorte qu'on pourrait proposer ce problème politique : Les circonstances de l'établissement d'un peuple étant données , en déterminer l'esprit et le caractère '. C'est ainsi qu'on pourrait se convaincre, par exemple, que quelque modification qu'on eût voulu introduire dans les gouvernemens de Tyr , de Sparte et d'Athènes , l'esprit de commerce aurait dû régner dans la première , celui d'égalité dans la seconde , et celui d'indépendance dans la troisième \
' Soit que cette observation ait été négligée par les auteurs politiques, soit qu'elle ne m'ait pas frappé dans leurs ouvrages , je me fais un plaisir d'en rendre hommage à l'auteur de V Histoire politique du gouvernement romain, à qui j'en ai l'obligation.
* Je ne puis me dispenser d'observer ici que cette vue pourrait bien être contraire a une maxime que Machiavel a avancée dans son discours sur Tite-Live , où il assure que , pour qu'un état subsiste long-temps , il est nécessaire de le rappeler souvent aux principes de sa constitution. Il me semble que presque tous les états ayant été établis dans des circonstances tout opposées à celles où ils se trouvent
PUBLIQUE. CH. VII. iiS5
Cette manière d'envisagei- notre objet , semble y prendre une clarté toute nouvelle ; mais parmi le« diflërentes applications que nous en pourrions faire, nous nous bornerons aux Romains , et nous examinerons en quelles circonstances leur premier législa- Itur essaya de donner une forme à son état.
Rappelons-nous ce que nous avons dit dans le diapitre précédent, et nous verrons que, suivant toute apparence , Romulus ne fut qu'un aventurier
nnule par le laps de tempa , il serait inutile , et même nuisible, de recourir à an pareil rtraéde. C'est que tout chauïntDt dans un état n'est pas une marque certaine de la Mnuption du peuple; c'est que louies les variations qu'cfOBtent les circonstances peuïeni et doivent même influer Kuconp sur le gouvememeni. Une nation barbare et féroce 'ttitdeveatr commerçante et agricole , tandis qu'une nation iiniDerçante deviendra guerrière. Il faut donc bien diïtin- Itr dans les changemens de gouvernement ce qui appar- 'tii à la nature des choses , cl ce qui appartient à la corplion des hommes. La paresse, l'orgueil, la désobiïissance, Ht des marques certaines de eorruplion ; maii les changeas de fortune, les nouvelles prétentions, les altérations Bs les rangs et les dignités ne découlent pas du même incipe, A Home, par eiemplc , un plébéien pouvait bien étendre au consulat , sans que la république fût corrom- .e; el de même à Londres un négociant peut s'.isseou' dans chambre des communes au-dessus (6) du fils d'un lord, J>s que la nnlion soit détériorée pour cela, C'est qu'à Rome k perpétuité des. familles, les honneurs rceus à la guerre, es itrtvt , les moeurs , parvinrent bientôt à donner du relief'
{i]yim-deuut, ni eu-dessou.':.
i66 DE LA FÉLICITÉ
dont Numitor se servit pour se venger d*Amulius , et qui, bientôt après, lui devint suspect à son tour; de façon que ce prince n'eut rien de plus pressé que de s'en défaire en lui donnant les nioyens d'établir une colonie. Romulus assembla donc quelques jeunes gens de la ville d'Âlbe , auxquels il joignit les aventuriers qui voulurent se présenter. Parmi ces derniers , il y en eut qui par leur naissance ou par leurs richesses méritèrent d'être distingués des autres; ils
aux plébéiens ; c'est qu'à Londres l'esprit de commerce a rendu le négociant aussi important que le baron. Ainsi le plébéien du temps de Canuléius ne pouvait être assimilé au plébéien du temps de Vatérius ; et de nos jours ^ un négociant de Londres ne peut pas être comparé à un marchand du temps d'Edouard m. Or, prétendre dans un temps de crise rappeler l'état à ses premiers principes , c'eût été à Rome ramener un peuple puissant et estimable à son premier état de misère et d'avilissement ; et Ce serait en Angleterre rétablir le gouvernement féodal à la place de celui de propriété et de représentation. Il faut donc examiner, x°. quel a été le caractère d^ine nation lors de son établissement ; a^. quelle influence ce caractère national a eue dans la constitution de l'état; 3°. si les premières habitudes et les premières lois sont bonnes à conserver, ou si les changemens dans les circonstances en ont entraîné dans la législation. (Test dans ce dernier cas que le caractère originaire et primitif d'une nation peut se trouver en opposition avec ses intérêts ; et alors il faut bien se garder de la rame^ ner à ses premiers principes : il est même nécessaire de les laisser s'oblitérer le plus qu'il est possible , de crainte qu'nn peuple y en voulant toujours redevenir ce qu'il a été ^ ne soit jamais ce qu'il doit être.
iireDt séparés du commun du peuple, et réunis avec es prÏDcipaux d'entre les Albains ; ils formèrent le orps des patriciens. Tout souverain qui n'établit <as son pouvoir par les armes ou par une révolution uelconque, ne peut jamais être despote. Romulus ut donc avoir beaucoup d'égards pour les premiers e sa colonie. De là l'esprit d'aristocratie et le caracirede fierté qu'elle conserva toujours («}. Une coloie qui s'établit sans objet de commerce et d'iniistrie, doit être portée au brlyniidage. Le briuulage amène les représailles, et les ri'présaiiles ^ndent l'état de guerre nécessaire et liabituel. De
le premier arrangement intérieur de !a ville de unie. De là la forme de légion donnée au peuple tmain, et d'autant mieux adiipléc à la situation où se trouvait pour tors, que les femmes étaient en petit nombre dans la nouvelle colonie , qu'on pou- Jtla regarder comme une pelite armée.
Dans une colonie guerrière, le premier besoin i se fait sentir est celui de la populatiuii. Comme y a plus de brigandage que de culture, plus rie erre que de commerce, on a plus besoin (le solts que d'esclaves. De là le principe rie ne jamais issacrer ni réduire en captivité l'ennemi qui rend
armes; principe digne de \a plus grande alten- >n, puisqu'on peut le regarder comme la source de us les succès des Romains.
Une colonie exposée aux dangers de la guerre
(c) frai et beau.
i6d DE LÀ FÉLICITÉ
doit toujours être prête à combattre, et ne peut se dispenser de tenir ses membres rassembles le plus qu'il est possible. De là les limites des héritages et la nécessité pour les chefs de famille de ne cultiver qu'une petite portion de terre. De cette nécessité naît la frugalité, et de la frugalité Taustérité des mœurs, etc.
Une colonie oîi les femmes étaient en très petit nombre lors de son établissement , où elles furent même conquises Fépée («Q àla main, dut avoir des» lois très dures à leur égard et à celui de leurs enfans '. De là l'autorité atroce des maris sur leurs femmes, et même celle des pères sur leurs enfans: car le pouvoir des pères est toujours plus dur et plus absolu que celui des mères ^ qu'on peut regarder comme les premières modératrices du despotisme paternel.
Telles sont les observations que nous offre le
{d) Tarare f
^ On sait que les femmes étaient punies de mort pour la moindres fautes , comme, par exemple, pour avoir bu di vin. Les pères avaient le pouvoir de vie et de mort sur leur enfans , et ce pouvoir barbare s^'étendaît jusqu'au droit d les vendre comme esclaves. Denys d'Halicamasse dit à c sujet que tous les législateurs avaient cru devoir fixer l temps pendant lequel les enfans resteraient sous l'autorit paternelle ; que les uns les en avaient affranchis dès l'âge d* puberté; les autres , au moment de leur mariage; mais qu< les Romains, plus sages que tous les autres peuples di monde , n'avaient donné aucun terme à cette autorité.
PUBLIQUE. CH. VIL i6y
peuple romain dans son berceau ; et quoiqu'elles soient en petit nombre , c'en est encore assez pour nousannoncerqu'il sera toujours ambitieux dans ses projets^ fier dans son gouvernement, et féroce dans ses mœurs.
Que l'admission des Sabins dans la ville de Rome ; que le règne paisible d'un législateur étranger ' qui voulut, à l'aide des lois et de la religion, adoucir un peuple barbare; que le règne plus brillant encore d'un autre étranger * qui tira les Romains de la fange et sut pourvoir avec magnificence à leurs premiers besoins, aient apporté quelque modification à ce caractère originel , nous sommes sûrs de le retrouver partout depuis l'assassinat de Camille jusqu'aux proscriptions de Sylla.
Mais quand il serait vrai que les vertus de Rome naissante eussent assez prévalu sur ses vices , pour que le bonheur ait pu habiter dans ses premières cabanes, quelle conséquence en pourrait-on tirer pour le bien de l'humanité ? S'ensuivrait - il qu'on serait communément plus heureux dans un état naissant ? Mais les commencemens des empires ne sont que des momens dans la suite des siècles, et l'objet d'un bon gouvernement est de donner de la peniianence à la félicité publique. D'ailleurs Rome combattant sans cesse pour se procurer quelques gerbes de blé, Rome qui ne connaît ni la tranquillité de la vie sociale , ni l'activité de l'industrie ; Rome ' liuma Ponipilius. * Tarquin 1 ancien
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plus de grandeur que de félicite, plus de vertus que
de consolation. A peine les rois sont-ils chassés qu'une
guerre cruelle s'allume pour les rétablir. Malgré les
Yictoires du lac Régille, Rome voit ses ennemis
camper sur le Janicule, et ne doit qu'au courage d'un
seul le salut de tous '. La mort de Tarquin dissipe
les alarmes de la nouvelle république ; mais pour un
tyran qu'il a perdu , le peuple en trouve mille dans
les patriciens* Si je voulais faire juger de la félicité
des Romains dans cette époque, je ne demanderais
que la seule inspection des notes marginales de
Tite-Live : on n'y verrait que guerres extérieures ou
troubles intérieurs; et ces derniers étaient encore
plus terribles que les combats, puisque la guerre
était regardée comme un remède , ou du moins
comme un soulagement aux malheurs publics. Quel
état que cçlui oii ce fléau devient désirable , oîi les
' On devine aisément que c'est Horatius Coclès que j'ai eiiTue. Quant à l'histoire de Mutins Scévola^ je n'en parlerai dans cette note que pour remarquer combien le goût do merreilleux domine encore parmi nous. Denys d'Hali-^ ramasse ne fait ancune mention de cette action singulière de Mutins , qui se brûle la main pour attester un mensonge. Mais ce fait est extraordinaire , et l'on aime mieux suivre Tite-Iiye qne Denys, sans se donner la peine même d'observer la différence qui se trouve entre le narré des deux auteurs. M. de Pouilly , dans sa savante dissertation sur Vincertitude de Vhistoire des quatre premiers siècles de Rome , fait voir que celle de Scévola a été imitée d'un pareil fait tiré d'un Historien grec.
pleurs ne tarissent que lorsque le sang commence*
à couler !
Au milieu de ces maux habituels, que de plaies étrangères ! la ville prise par des ennemis inconnus jusque-là; des disettes, des contagions, des malheurs de toute espèce *"
Mais, me dira-t-on, voilà une énumération terrible des maux que le peuple romain a soufferts, et vous en tirez avantage avec d'autant plus de facilité que les désastres étant le partage de l'humanité, l'idée n'en est que trop présente à tous les hommes: mais l'amour de la patrie, l'attachement aux lois, l'enthousiasme de la gloire , sont des passions factices qu'il faut avoir éprouvées pour les pouvoir con*
' On sera peut-être surpris de me voir mettre en ligne de compte les disettes et surtout tes contagions , et l'on aurait raison, si elles étaient l'effet du Hasard. Mais dans les états bien gouvernés, dans les états heureux, ces fléaux ne sont point à craindre. On sait assez que la culture prévient lesdisettes ; mais il n'est pas moins vrai qu'elle prévient les maladies : z®. parce que les disettes sont les sources ordi-" naires des épidémies; a^. parce que l'air est d'autant plus sain , que la terre est mieux cultivée f 3^. parce que la paiic et l'abondance fournissent l'es moyens de conserver la santé par deê établissemens utiles , tels que les aqueducs , les égouts , la propreté dans les maisons et les vétemens , le choix dans tes alimens , les boissons salutaires , le jardinage , etc. M. Corbin Morris a remarqué que , depuis que les Anglais se sont adonnés au jardinage , Londres a beaucoup moins souffert de ces épidémies fréquentes, qu'on quMr lifiait de pestes. Voyez Remarques sur les nécrologes , etc.
naître. Ainsi , lorsque vous vous livrez à ces spécublions, il arrive que vous êtes plus sensible au malheur des Romains qu'au bien dont ils ont pu jouir: «I tandis que votre esprit compare, votre imagination trop partiale &it pencher la balance. Ne négligeons pas cette objection , et entrons dans quelques détails.
lâpius forte passion qu'on attribue aux Komains, cesl l'amour de la gloire. Adoptons un moment celte opinion générale, et essayons d'en faire l'ap- [iliealion au bonheur du peuple. Sans doute que nous 'larrons une milice cxerci-e aux combats dem.inder perpétuellement qu'on la mène à la victoioe. Les Wioindres citoyens, en se promenant dans ta place publique, traceront le plan des opérations, et lixc- "ont l'époque des conquêtes. Les épouses les plus endrcs, les mères les plus timides partageront l'en- ■lousiasme commun, et le peuple enivré de succès tjbliera aisément ses Iravaux.
Quelle différence de ce tableau avec la réalité! déjugeons plus Rome par les clioses que les his- CNÎens nous disent, mais par celles qu'ils nous ap- •«ennent W. Transportons-nous en idée dans le sein t« cette ville, et voyons une populace triste et misérable frémir autour du sénat. Entendons-la dc- *Tander, tantôt en gémissant , tantôt en menaçant , (u'on lui daigne accorder quelques arpens de terre *our sa subsistance. Ecoutons les cris de ces brave:^ (e) Ett-ce qu'on apprenil sans cl'ie?
174 DE l'A FÉLICITÉ soldats qui montrent, parmi leurs nobles cicatrices 9 les traces honteuses du fouet et des chaînes ; mal* heureux confondus parmi les plus vils esclaves^ parce qu'ils n'ont pu payer les armes dont ils ont percé les ennemis, et le pain qu'ils ont mangé le jour du combat Les portes s'ouvrent , les sénateurs paraissent , leurs regards féroces annoncent leurs projets^ une joie cruelle brille sur leur visage : que vont-ils annoncer au peuple ? Le soulagement de ses peines , la tranquillité , l'abondance?
Non; mais l'ennemi attiré, soit par leurs intrigues secrètes , soit par la confiance que de longues dissensions ne pouvaient manquer de lui inspirer, s'avance à grands pas , et bientôt on le veira aux portes de la ville. Déjà les consuls assis dans leur chaire curule citent les jeunes gens à leur tribunal; demain on combattra l'ennemi. Peut*etre achètera-» t-on par le sang de trois mille citoyens l'honneur de le repousser; peut-être aussi viendra-t-il porter le fer et le feu jusque dans le Capitole. Mais n'importe, pour cette fois la loi agraire ne sera pas publiée.
C'est ainsi que les guerres s'allument; c'est ainsi que l'amour de la gloire enivre les Romains , et qu'ils marchent à la conquête du monde. '
' « Di modo che volendo Roma levare le cagioni de' tu-» « muUi levaya ancora la cagion' dell' ampllare. » Mackut» velli Discorsi sopra Tito Livio, 1. 11.
Saint Augustin f^de Civiiate Dei^ lib. m, cap. x) retrace les guerres continuelles dont les Romains ont été agi-
publique; CH. VII. .175
Mais quelle sera l'issue de cette guerre ? Quelques succès équivoques ; Tennemi sera repoussé , ou se retirera de lui-même; mais quoi qu'il arrive, on oonaginera pas de profiter de l'avantage qu'on aura pa remporter sur lui; on se gardera bien de l'aller chercher dans ses foyers , et on retournera bientôt à Rome demander du pain au sénat.
Autre objection. Les Romains, dira-t-on, étaient pauvres , il est vrai ; mais cette pauvreté , loin d être un malheur , était un trésor pour eux. La frugalité leur tenait lieu de richesse, et comme ils navaient pas de besoins , ils ne connaissaient pas le
prii de l'opulence Ils n'en connaissaient pas le
prix? Et d'où vient donc que les patriciens s'étaient emparés de toutes les terres du peuple par l'usure , et de toutes celles de la république par la fraude ? Pourquoi ces hommes superbes avaient-ils de vastes possessions , peuplées d'esclaves faits à la guerre, et achetés à vil prix des mains des soldats nécessiteux?
t^s, et se propose pour objection une réflexion à peu près ^mbltble à celle de Machiavel. Ces guerres continuelles , dit -il, étaient presque nécessaires à Tagrandissement des Romains; mais quel individu voudrait acquérir une taille gigantesque aux dépens de sa santé ? Idonea vero caussa ut "^ognum esset imperium cur esse deberet inquietum ? Nonne ^ corporibus hominum satius est modicam staturam cum fonitate habere, quant ad molem aliquam giganteam perpe- ^""^ offlictionibus pervenire, (/)
(/) Déclamation de rhéteur.
Pourquoi ont-ils cent fois préféré de mettre la république à deux doigts de sa perte , plutôt que de céder un pouce de leurs terres? Pourquoi ont-ils mieux eàmé faire au peuple le sacrifice des rangs, de la magistrature , de la religion même ' , que celui de leurs richesses *? Inutilement voudrions-nous le dissimuler : à Rome , le peuple était pauvre et mécontent, les grands , riches et avares. Ainsi , au milieu des troubles et des révolutions , après la tyrannie des décemvirs, les ravages des Gaulois et l'invasion de Pyrrhus, après cent cinquante années de guerres contre les Éques , les Y olsques , les Étrusques, et quarante années de combats perpétuels contre les Samnites, Rome ^toujours divisée, toujours pauvre, parvint à la troisième époque que nous avons indiquée; c'est-à-dire à la conquête de ritalie et au commencement de la première guerre Punique,
' La noblesse avait seule le droit de prendre des auspices. De là vient que Tesprit aristocratique fut toujours joint à l'esprit superstitieux. Nous aurons occasion dans la suite de développer comment la ruine de l'aristocratie détruisit toute religion chez les Romains, ouvrit une entrée aux sectes stoïcienne et épicurienne , et fut une des voies cachées qui préparèrent rétablissement du christianisme.
* Ce n'a jamais été que pour éviter la loi agraire que les patriciens ont laissé passer les lois Licinia et Sicinia , par lesquelles les mariages des plébéiens avec les patriciens et le partage des magistratures furent permis pour la première fois.
J'avoue que cette époque a quelque chose d'attrayant. U semble qu'on ne voie plus le même sombre dominer dans le tableau de l'histoire romaine. Les discordes civiles s'apaisent ; des conquêtes brillantes deviennent le prix des travaux militaires; et Rome commence à se faire respecter hors des limites de ritalie. Si on consulte les auteurs, on trouvera que ce moment est celui où les succès de la république n'avaient point encore altéré ses vertus, Rome, s'il faut s'en rapporter à eux, était déjà puissante, et n'avait pas encore été corrompue ; mais nous sommes loin d'adopter une pareille opinion , et nous allons au contraire essayer de donner une idée plus exacte de la morale et de la félicité duv peuple romain.
Un peuple heureux n'est pas celui qui vit de peu;
'es Goths et les Vandales vivaient de peu , et ils ont
^técJiercher l'abondance dans les autres climats. Un
peuple heureux n'est pas celui qui est endurci à la
peine et aux travaux ; les Goths et les Vandales
étaient endurcis aux travaux, et ils ont été chercher
ailleurs la mollesse et le repos. Un peuple heureux
•^^est pas celui qui est le plus fort dans les combats;
*i ne livre des combats que pour obtenir la paix et
*^s commodités de la vie. Un peuple heureux est
^elui qui jouit de l'aisance et de la liberté qui est
attachée à ses propriétés, et surtout qui ne désire
pî^s de changer d'état. Or, une preuve que les llo-
^riains n'ont jamais éprouvé un pareil bonheur, c'est
qu'à peine ont-ils connu les richesses, qu'ils les ont désirées avec fui*eur, et qu'ils leur ont sacrifié leurs principes et leurs habitudes.
Ce fut Tan 4^3 de sa fondation que Rome acquit la souveraineté de Capoue. Mais à peine l'armée eutelle pris des quartiers dans ce pays célèbre par ses délices, que l'esprit de révolte s'en empara. Elle méconnut ses chefs, et forma le projet de s'établir dans cette ville. Que de trahisons à la fois! désertion, manquemens aux sermens, abus de la force militaire (g) ! Rien n'arrête cependant ces hommes avides de richesses. On sépare l'armée , mais inutilement ; la plus grande partie persiste dans la rébellion , et marche droit à Rome.
Peu de temps après , la ville de Rhège demande des secours aux Romains : on lui accorde une légion. Que font ces honunes vertueux ? Sans respect pour la foi des traités , sans égard pour l'hospitalité , ils égorgent tous les citoyens, ils forcent les veuves à les prendre pour maris (A), et s'emparent- ainsi de cette ville malheureuse : tant l'appât d'une vie commode et oisive eut d'empire sur ces cœurs féroces 1 Ces deux traits suffisent pour mettre le lecteur en état de juger si les Romains étaient heureux à Rome, et s'ils préféraient leur sort à celui des autres peuples.
La première guerre Punique replongea la repu-
(^) La légion coupable fut punie^ (A) Punis aussi.
PnflLIQUE. CH. VII. 179
bhqtie dans de nouveaux malheurs. En effet ^ quoi- (juependnnt le cours de cette guerre elle eût eu plus de succès que de désastres , ces avantages ne dédomma^i-ent pas le peuple de la défaite de Régulus et de trois flottes battues ou submergées (O- Une victoire fait souvent regagner le terrain perdu par une défaite, niais elle ne rend pas des maris aux veuves e[ des pères aux orphelins. Quanta la seconde guerre Punique, il est difficile de se peindre un état plus
(cruel que cehii oii s'est trouvée lu république depuis In quinze premières années de cette guerre. Sans ' larler des humiliations continuelles qu'elle a épraÉ- T«s, le cens de ses citoyens, diminués presque de moitié , prouve assez quelles sensibles pertes elle »vait faites.
Carthage humiliée, ce ne fut plus qu'une suite de succès tous plus brillans les uns que les autres; 3insi la fin de notre troisième période peut en ^«mpenser le commencement- Ce fut alors que la fiuerre parut utile, parce qu'on apporta successive- **ent à Rome les dépouilles de toutes les nations '. ■^(ais qui est-ce qui profila de ce butin? Première- ^Tient le fisc; tout ayant d'abord été apporté dans
(i) //r «" ^-f victoirei aussi.
' On a reproché à Métellus d'avoir étalé à son triomphe *» slataet et autres productions det arts qu'il avait appor- "<éti de Syracuse. Mais rieu n'csl si frivole que celle Tourqnoi les Bomaini coinbaltaient-ils? pour être ^n monde, direc-voiu. Et pourquoi M)iil.iitiii-i['> •
ne répandirent i
-cessiteu.. On en v j
aes Gracques (*). TiJb,
«««^"er à la tribut
«^"vages ont des cav.
7« '•«^"•er, tandis ^,
" ^°"^«nt pas un ^oit
« mettre à couvert de l'in « séjour fixe „: i .•
« malheureux proscrits d P^|. On vous appelle i
M«« Ion n'a pas laissé « J«P ^ui pût au n,oins , Q eJ<iue exagération ,u'o
««emtlance, et gu'eJJe pu
très An ^
ciloyens pour remuer le peuple aulant qu'elle Ta fait. D'ailleurs on sait assez que les richesses acquises sans peine, et partagées entre un très petit nombre de fierts, entraînent avec elles le luxe et la corruption '; 011 plutôt , tout est di'jà corrompu lorsque le lux arrive; car le luxe n'est qu'un effet qu'on a (-i igé e priacipe. Il ne vient que lorsque toute règle est déj dïlniite, et soit qu'il naisse de l'inégalité des foitunes, soit qu'il prenne sa source dans l'abu richesses , il suppose toujours qu'il est des m Htiles et rapides d'acquérir de l'argent, et qu'il > des passions contraires ;i la convenance et à nêleté.
V'fipinion de tous les liommes , le jugen loiis les siècles , nous dispensent d'exer wnsure sur la quatrième époque que nous sommes Rx.ee. Il n'est personne qui au récit des révolutions arrivées du Gracques, des Marius et des Sjlla. Nous Jonr (le porter nos regards sur ce fune pour nous liâter de conclure que dnns époques que nous avons annoncées, Ro
En l'année 678, c'est-à-dire long-teinps ai
"ïe r,^h,^^ Cbïus Hoeniii!, pnileur, fui cli
de» inforintitions sur les cinpoi»
se trouver à Rouk? ou à dix milles bu
iiovt de peu de jours , ce magisirat éc
'i>nvé trots mille, et <[uc le nombre
qu'il faillit des recherrljrt.
Va*
plus granas reprocnes qi ron , son défenseur , se ré lion , assurant qu'on ne pc dansé, sans supposer qu'i guérie et à toutes sortes de J'ajouterai à ces observa fîit toujours féroce comme de Cannes , ils s'avisèrent y ] rer tout vifs un Gaulois et Grecque. Cette abominable affaire d'usage. D'ailleurs la dans l'ancienne Rome que d conde guerre Punique, le s'était introduit dans la ville cultes étrangers, il fut ord( seraient apportées au préteui faire usage par la suite. A en joignirent une littéraire.
Rome , tous les rhéteurs fore des rhéteurs latins ayant vo) currence avec les grecs , ils i les derniers furent conserv«^
PIULIQL'E. eu. VIII.