TOME I
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1 d «ne justice exercée twr I
PUBLIQUE, CH. VIIL 195
parti des raincus était traité de faction rebelle. Les Romains suivirent un autre principe. Ils supposèrent apparemment qu'ils étaient nés maîtres du monde , et en conséquence , ils traitèrent les autres nations, non comme des ennemis vaincus , mais comme des sujets révoltés. Ce fut surtout après la victoire de hul Emile que ce principe affreux se montra dans toute son atrocité : Rhodes y république florissante par son commerce et sa navigation ; Rliodes , reste précieux de l'ancienne Grèce , pour avoir cessé un moment d'être favorable aux Romains , se voit soumise à l'inquisition de leurs ambassadeurs , et me* nacée d'une ruine totale. Elle ne l'évite qu'en faisant mourir tous ceux de ses citoyens qui s'étaient déchrés contre Rome. Quelque temps après, Bœbius, lieutenant de Paul Emile , se prêtant à des haines particulières , fait massacrer cinq cent cinquante des principaux parmi les Étoliens. Mais ces abominations ne furent encore que le prélude des cruautés exercées par le peuple romain. Bientôt l'avarice et l'iniquité des particuliers se joignirent aux barbares Maximes du gouvernement : on ne peut lire sans frémir l'histoire de la guerre d'Espagne. Je ne parle P^s seulement d'un Lucullus qui , s'introduisant dans ^Ue ville par capitulation , abuse de la foi des traités pour en faire égorger les habitans au nombre de ^iiigt mille ; ni d'un Galba qui , trompant une nation ^^tière par une paix simulée, parvient à la rassembler dans une enceinte oîi il la fait massacrer comme
un rainas de bêtes fauves ; ni d'un Aquîléius qui , pour détruire plus facilement les ennemis qu'il n'osait combattre , eut la lâcheté d'empoisonner toutes les sources d'une province. Mais des laimes plus amères coulent de mes yeux , lorsque je vois l'illustre , le sage Scipion faire couper les mains à quatre cents jeunes gens de la petite ville de Lutia , dont le seul crime était d'avoir secouru les Numantins leurs alliés. Non , c'est en vain qu'on voudrait le nier ; de pareils forfaits ne sont les crimes ni d'un général , ni de quelques soldats : il faut que toute une nation soit féroce pour que de si grands scélérats trouvent des ministres de leurs cruautés. Et qui ne serait attendri en voyant presque au même instant deux villes superbes, deux merveilles du monde, Carthage et Corinthe , réduites en cendres ? En vain les siècles passés , en vain le monde entier s'est efforcé d'embellir ces magnifiques témoignages de l'antique félicité ; la majesté du peuple romain exige qu'ils soient réduits en poudre. *
Cependant des proconsuls, des préteurs avides vont enlever les trésors que le fer et le feu ont épargnés. C'est peu pour les peuples d'avoir vu périr leurs guerriers dans les combats , d'avoir perdu leur gouvernement et leur liberté , le poids de l'imposition vient se joindre à celui de l'esclavage. Une usure cruelle est exercée par les exacteurs mêmes ;
* V Ecce quam féliciter Roma vincit , tam infeliciter quid- « quid ettra Romam vincitur. Paul. Oaos. liv. v.
PUBLIQUE. CH. VIII. i
les gouverneurs et les traitanssont devenus autai de corbeaux qui se disputent des cadavres. Du moir si Tunivers opprimé ne peut recouvrer son anciemi prospérité, qu'il se console par l'espoir de la ver geance : hâtez-vous donc de paraître , ô Mithridat 6 Viriate ! l'Asie et l'Europe vous appellent. N'at dez pas que ces cruels vainqueurs se fassent ju eux-mêmes ; car bientôt de vils esclaves , d'inf gladiateurs, unTryphon, un Spartacus, seroni slitués à Cartilage et à Numance ; et s'ils disf sent ensuite , ce ne sera que pour faire plac Marius, auxSylla , aux Octave.... Je m'arrê sens qu'ayant pour objet d'observer quel sort de l'iiumanité dans cette funeste époqi puis porter, dans une pareille matière, le c cessaire à la discussion \ Mais enfin faut froidement dans le détail de tant d'atrocité suffirait -il pas pour exciter l'indignation 'acteur sensible, de lui rappeler que dar Court espace de temps , Carthage , Corii 'ïîance et Athènes furent détruites? sp
^es millions d'hommes égorgés en Es| ^Ue et en Asie * ; dans l'Italie et la Sici
n excedere propositi formam operi o ac pectore indignatio. » Velleius Pati
cents villes, suDjugue trois cen trois millions d'hommes, donl sur le champ de bataille , et i tombé en captivité. Rappelez-v< de Numidie , le supplice de Ju duits à rétat de simples cliens , lui des plus vils esclaves , et vo mots une idée de l'influence du le bonheur de la terre. *
cruauté , tout affreuse qu'elle parait ^ r. représaille des injures qu'il avait reçu
' « Raptores orbis^ postquam cunct « terrae y et mare scrutantur : si locuph « pauper y ambitiosi ; qoos non Oriens « Terit ; soli omnium opes atque inopi « cupiscunt. Auffefre , trucidare y ra( «( imperium y atque ubi solitudinem h « lant. » Tacite , Fie d'AgricolOy c. x