‹ De la félicité publique; ou, Considerations sur le sort des hommes dans les différentes epoques de l'histoireChapitre 19 sur 49 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De Tempire romain sons le règne d'Auguste et de se» soccflMeitrs.

Je n'ai fait qu'indiquer ces horribles tragédies , ces temps de meurtres et de carnage, où Rome agitée par les discordes civiles vengeait elle-même les nations abattues, mais les opprimait encore. Cette république victorieuse et expirante ressemblait à un malade dont les entrailles sont dévorées par une fièvre ardente , mais dont les bras encore robustes reçoivent, des crises de la douleur, une force plus énergique et plus dangereuse. Tandis que Cinna et Marius faisaient couler le sang des citoyens, Sylla exterminait les habitans du Pont et de la Cappadoce ; et pendant qu^Octave et Lépide sous la sanction des traités s^immolaient réciproquement leurs parens et leurs amis ^ , Antoine fatiguait de ses armes les Parthes et les Égyptiens. Dans cette époque désastreuse l'univers retentissait partout des cris de la fureur et

' « Ne qnld alli sanctomTelinqueretur, velut ip dotem in- < Titamentmnqne sceleris , Antonius L. Caesarem ayuncttlum , « Lepidos Paulum fratrem proscripserant. Nec Planco gratia « defiiit ad impetrandiim, ut frater ejus Plancus Plautius « proscriberetur. Eoque inter jocos militares qui currum « Leptdi Planciqne secutî erant, inter exsecrationem civiam « usnrpabant faune versnm : De Germanisa non de Gallis « tluo trùunphani honsidest » Y xll. Patb&c.

Itl- ,

nous n insisterons poil ment de tous les siècle postérité. Ce n'est point vile qu'il est nécessaire mais de ce vain enthoi cet esprit guerrier et et aiguiser pendant quelqui citoyens doivent un jou Puissions-nous avoir rem pitres précédens , et ne j vront que la sagesse de la • convaincre, et la naïveté peut persuader !

Une nouvelle questior Nous avons vu que tous 1 cupés plutôt à rendre les 1 dre heureux, tous les pe esclaves ou usurpateurs, s félicité permanente. Mais des intérêts , des mœurs e stacle înc»««— -

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don devenue absurde depuis que la géographie ayant reculé les bornes du monde , nous- a fait connaître un seul royaume plus étendu et plus peuplé que tout Tempire romain ; cette question , dis-je , n'était pas destituée de quelque apparence du temps d'Auguste et ie Tibère ; et si Ton veut bien ne pas la prendre dans toute son étendue , on trouvera qu'elle peut avo'u'été agitée avec fondement dans des temps plus modernes. Il est sûr que Philippe ii n'avait pas besoin de faire entrer l'empire de la Chine et celui de la Russie dans ses calculs ambitieux* Une fois établi sur le trône d'Angleterre par son mariage avec Marie , il ne lui manquait plus que d'asservir la France pour rendre la maison d'Autriche maîtresse de tout le monde chrétien ; souveraineté qui paraissait devoir entraîner celle de l'univers entier. Mais Auguste se trouvait placé tout naturellement où Philippe voulait atteindre. Si l'on excepte quelques nations barbares que les Romains n'avaient pas trouvées dignes d'être conquises , tous les peuples connus alors étaient leurs tributaires , et Rome , devenue pacifique , avait banni la guerre de dessus la surface de la terre. Le bon ordre fut rétabli dans l'administration , la justice reprit ses droits , et les beaux-arts , plus attachés à la tranquillité et à l'abondance qu'à la vertu et à la liberté , quittèrent bientôt les portiques de la Grèce pour habiter la cour d'un despote magnifique et éclairé. Sans doute le règne de ce prince aurait été répoque la plus heureuse pour les Romains , si les

sur le bonheur des seu.

de l'autre , la pix>8titutî citoyens étaient tombés I des offenses pour les lii la plus basse adulation, qui avaient un père à pk se trouvaient assez dédo prince, ou par quelque ' Ainsi les provinces se réj« des affaires , tandis que Rc gémir.

Tibère, également siib) de son prédécesseur dans i sut pourtant mettre en usj les principes qu'Auguste I heur public ne commença ministère de Séjan, et je si longue bonace parmi le

ait nfl"»"*-* — '*

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qu'une paix si constante avait assez dédommagé les Romains de la cruauté des Claude y des Caligula et des Néron ; parce que dans le temps même où ces monstres s'assouvissaient du sang des sénateurs, le peuple était du moins heureux et tranquille. Il serait »sé de leur répondre qu'à moins qu'ils n'entendent par le mot peuple ce que l'on nomme communément la lie du peuple , c'est-à-dire un^ vil ramas d'hommes sans fortune et sans talens , il est très sûr que le peuple romain eut beaucoup à souffrir sous les tyrans qui remplirent l'intervalle d'Auguste à Vespasien. Mais sans mous arrêter à cette question particulière qui sans doute n'a jamais été agitée de bonne foi , nous allons essayer de mieux apprécier la prétendue félicité dont les Romains ont joui sous les empereurs.

Pour bien remplir notre objet , il faut se former une idée de ce qu'était la nation romaine , lorsque , après la bataille d'Actium , Auguste resta seul maître de tout. Rome n'était plus comme autrefois le berceau des rois du monde. Ces familles illustres par le désastre des nations , avaient déjà expié leur antique et coupable splendeur , et les héritiers des noms les plus célèbres avaient tendu le cou aux bourreaux. Des aifiranchis , ou des bourgeois * sortis de toutes

' Tous les peuples de Tltalie ëudent devenus citoyens romains. Ce privilège s'étendit sous le règne de Claude aux babitans de la Gaule Transalpine , et bientôt après à toutes les provinces de l'empire. II faut lire le discours (pie Tacite

vivres et d'argent , e^ pandues par le souvei magnifiques spectacles misère. S'il existait enc ce n'étaient point de .C( pectables dans tous les des préteurs, desquestc des provinces , et surtov

met dans la bouche de cet en raisons plausibles, Claude a!

et des Lacédémoniens , dont jalousie ridicule qui les envpi au nombre de Veurs concito * Il y avait chez les Rom.

sortes de noblesse : l'une d'o] cienneté et de l'illustration d* râbles , des couronnes milit très y etc. * ; et l'autre qui tei celle qui donnait un véritabl triciens et les sén»*"*^—

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ijuif sVtant emparés de toutes les affaires de finance , se formèrent bientôt de ces vastes fortunes d'argent , symptômes manifestes d'un état dans sa décadence. On sait quel fut l'embarras d'Auguste lorsqu'il entreprit la réforme du sénat. La plupart des rejetons des âmilles les plus illustres manquaient de la fortune nécessaire pour y entrer , et ce prince fut obligé d'y

le tronrer par laps de temps en contradiction avec les principes du gouyemement , puisqu'elles égalaient l'homme panrenuy et souvent içéme le prévaricateur, au citoyen né de ptrens les plus illustres et élevé dans les meilleurs principes. Je m'étonne que tous les auteurs , et M. de Montesquieu le premier y aient fait si peu d'attention au grand rapport qui existe entre le sort de la noblesse parmi les Romains et celui qu'elle éprouve parmi nous. Il aurait pu remarquer comment dans tous les gonvememens , dans tous les états , la considération («) suit toujours l'argent , et comment il est impossible à la fortune de se passer de considération. En effet y malgré les nombreuses satires où tantôt la justice , tantôt la malignité et la jalousie du public se sont exercées sur les financiers , ils sont devenus chez nous ce qu'étaient à Rome les chevaliers romains, une classe à part, ayant une considération attachée à son opulence; et cette considération serait sans doute devenue plus considérable et plus marquée , si les mariages des filles riches n'avaient pas détourné l'argent de ses premiers canaux pour le répandre et le dissiper. Les financiers en voulant jouir d'un éclat em« prunté ont diminué de celui qui leur était propre. Malgré cela non-seulement ils forment une classe a part , comme je l'ai déjà dit , mais ils recrutent l'ancienne noblesse , qui s'éteint peu à peu, et fait place à la nouvelle. Une question («) £t iet places surtout.

du souverain. Tels éti ou plutôt tels étaient guste : sans biens, san la Calabre dans la Tosc Lombardie, suivant qu'i

assez curieuse a proposer , commerce n'ont pas établi comme celles de la finance (4 résoudre. Je me contenterai 1 ment dans les états démocra davantage ; a*, que s*il occasi dans quelques états monarc trop loin des grands pour ch merçant fuit l'éclat, le finaz tenir.

^ César avait fait entrer da d'étrangers et d'hommes nou d'afficher un édit où l'on ava fenses sont faites à qui que un sénateur le chemin du •-«-

<««nes. Ajouter A ^ i ^ ' ^^ '^afeitaîpnf •»'='«^M. B fot . ? ^•^«"'du, fut .,. "* '•" pourront

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Mais ce bonheur n',

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en noas racontant (Liy , "aignit un moment qu'ils «o„, apprends ^,^„^ dans Home :o*^«,^^^^

T. que Tibère éerit au s ^2""^^' -'.'re le luxe,

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nombre rf'».„i H Juste r'^" '*»■*'■'*'«

" 1«'q«es Romain. .

traire qui leur était conBé. Dion nous apprend qu'un certain Licinius eut l'impudence de faire payer aux Gaulois, dans une année , quatorze mois de tribut au lieu de douze ; mais cette action , qui ne serait pu sans exemple comme concussion , devient plus iffreuse à mes yeux, comme rapine esercée par le gouvernement. En effet, Licinius ayant eu la préwnce d'esprit d 'oftVir à Auguste l'argent qu'il s'était procuré par ses exactions, parvint aisément à lui pei-suader que t'était fiùre une chose doublement utile que de dépouiller les Gaulois de leur argent, ei de Je faire passer dans les coffres de l'empereur. Ce fait , qui est parvenu à la postérité , doit en faire supposer bien d'autres tombés dans l'oubli ; car tes plaintes des malheureux ne se conservent pas si longtemps que les panégyriques des rhéteurs. D'ailleurs, ijiiel sort que celui d'un peuple gouverné par deux «Irangers, qui, sous le nom de proconsul et de questeur* espions réciproques ou complices des mêmes crimes, ne peuvent être d'intelligence sans ruiner une province , ni divisés sans y jeter le trouble et la coofusion! '

Mais, quelle qu'eût été l'intégrité de ces magis-

' TkCITK ( fie d'jtgricola ) a prii soin de nouj traoïmettre les griefs des Bretons contre le gouvernement ronuin : Slngulos sihi olim reges fuisse , nuitc birios imponi , r quitus legatui in sanguinem , procurator in bona seei'irel: ceque discordiam preepositorum , œque concordiam sab/ecti'i rxîtiiuam, etc. c. ïv.

Tl>«t I. '4

tions, fléaux de nos c siastes de l'antiquité (c) découvertes attribuées anciens, pourraient ajo sont appuyés l'art invet sf ailler uneproifince en^ vailler un peuple par k Tandis que les front

(r) La première édition p\ V, Elle savant auteur* qui

' L'abbë Dubos a fait voii leurs sujets, et particulière pots dé toutes les espèces ; < les terres conquises et aliéné un cinquième sur toutes les p bois y TÎgnes , prés , etc. ; u fonds , ou , si l'on veut , une ratio; une capitation ou ta homme libre; enfin des dro d'importation y de quarantiè dus , etc. etc. Voyez V Histoire chie française . rha»^ — -

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' tributs et Fatiguées par la présence des années , elles avaient de plus le malheur d'î-tre souvent exposées luï courses de l'ennemi. En effet, quoique Auguste n'ait pas soutenu des guerres bien fêcheuses, et que le centre de l'empire soit resté paisible , les Germains, les Rhétiens, les Dalmatcs, les Pannoniens, lesCantabres ne laissèrent pas que de commettre de grands désordres et de grandes cruautés, tant sur fe Romains que sur leurs alliés; car telles éta l'clendue et ta fortune de cet empire, que tou ijiii n'était ni allié, ni tributaire des Romains, ■ 'in peuple barbare, sans lois et sans culture.

Ceci nous contluit encore à étendre plus loin t réflexions, et nous met à portée de Juger que' alors l'état du monde connu : en effet, no voyons plus sur cette vaste scène qu'un peuple ; oisif et frivole ' , des royaumes tliangés en pi opprimées et languissantes; et plus loin, des baiteres qui, n'ayant ni commerce ni agri ne connaissaient d'autre état que la gucri est le philosophe qui pourra Jamais p t ceux dont la destinée a placé l'exister la

' Les Romains, depuis ks giirrrps civile; ai OWnt négligé l'agriculluri? , qu'Auguste fut te pi

tablir, de retrancher au peuple ces dïslribu' d

lui épai^naient la nécessiti: de cultiver la t tend qu'il en fut di'tourné par la cr nent de cet usage iic fûl un cli ., et un moyen rn.p facile du

iiî

am's, ses enfans, pre

«™ées; et lui-même, n de goût pour Jes armes, d entreprendre de long, portée de diriger les or voltes des Germains, d peuples que nous avons rentoiles pas les armées cemens du règne de Tib Wes par le bruit des am cela n'approchait pas de Rome dans l'univers? D même dans le sein de la fo,

^ "" fi'Mui périt miserai

étrangères, croira-t-on q

«'«"t été plus heureux 1

t-on que la défaite de Va

g;»ntes d'Agrippa, de Dr

«aient pas souvent répandt 'es plus illustres Pline faut

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bonbeur qu'ils célébraient , semblable aux rayons :: du soleil après l'orage, devait la plus grande partie I ie son prix aux momens affreux qui l'avaient précédé. Et quel fonds pouvait-on faire sur cette félicité, qui n'avait pour toute base, pour tout appui «jue les jours d'un vieillard ? Quel est Fhomme sensé ^i n'ait pas dû trembler en voyant Tibère pt Agrippa Posthume les plus proches héritiers du trône? .-Vprcs l« sacrifices qu'on avait feits à Auguste, quelle ressource restait-il contre ses successeurs ? Malheur Su peuple que l'enthousiasme n subjugué! Fahricateur de ses propres chaînes, il a tellement su se les adapter, qu'il lui devient pre^ique impossible de les rompre; comme s'il était né<essaiie de donner le pouvoir en échange des bienfaits, et que pour i"écompenser un bon prince, il fallût préparer un tyran. La monarchie, comme la noblesse cjiii en est le soutien, a besoin d'être vieilli? pour être respectable. D'une heureuse expérienre de raulorité et de l'habitude d'obéir, se corapos(> une sorte de constitution qui devient à la fin presque inaltérable, parce qu'il est un terme, pnssé le'|iicl la matière d'une république n'existe plus dans une monarchie, au lieu que la matière d'une monarchie existe toujours dans une république.

Il n'y a pas lieu de douter que les Romains n'aient fait une partie de ces réflexions, et quoique la plupart d'entre eux se soient laissé séduire, tant par les dignités qu'Auguste leur prodigua, que par le

forent si bien enti^emé ies Romains restèrent d plus de place aux doul

dace et à la résolution.

règne d'Auguste, parc.

!'«'«, CaliguJa, Claude

toute âme sensible. H „

pour ne pas déplorer la c

ont vécu sous ces règne

ce sont ceux qui nous on

!f ^"f '"'•« •• « quel<p,efo

Grande-Bretagne ou ver i empu^ en eut à peine o

sanglante dont il jouissait vent les horreurs des coli »^ena le trouble et la c<

se'nderitalie;et les bâta:

«rmees d'Othon et de Vite, ^alba, ensanglantèrent en depuis la bataille de Manto

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Tempire; mais c'est précisément ce règne qui nous offre le tableau de tout ce que Tambition d'un côté, et le fanatisme de l'autre, ont jamais produit de plus affreux. On comprend aisément que je veux parler de la guerr^ des Juifs , guerre qui- dans l'espace de deux ans fit périr plus de treize cent mille hommes, et qui, rallumée sous Trajan et sous Adrien ' , causa la ruine totale de cinquante villes fortifiées et de neuf cent cpiatre-vingt-oinq bourgs ou villages. Cette horrible plaie de l'humanité ne compensa que trop les avantages qu'elle retira du règne de Vespasien. Titus ne fit que s'asseoir sur le trône. Il semble que la destinée qui l'avait fait le modèle des rois se soit contentée de le montrer comme un exemple étemel pour les siècles à venir. Je ne parlerai point de Domitien , ti*op connu passes cruautés ; mais je remarquerai que Trajan , dont les vertus et la bonté devaient faire les délices du peuple romain , troubla lui-même, par son goût pour la guerre, la Sférénité des beaux jours qu'il avait fait naître. Cette oliservation est d'autant plus importante qu'elle nous sert à apprécier la morale de cet âge. Je le répète , et j'aurai encore plus d'une occasion de le faire : l'amour de la patrie, la popularité, la générosité, ont été des

' Si l'on en croit Xyphilin, abrériateur de Dion, cette révolte des Juifs fit périr à Cyrène deux cent mille hommes et deux cent cinquante mille dans Vile de Chypre. Les cruautés que cet historien impute aux Juifs font dresser les cheveux à la tête, et sont à peine croyables.

fance à voir des mifi geaient aux applaudiss prisonniers de gueire traînait publiquement décret, et pour comp Avouons-le, la vertu i qu'est encore la beauté non pas ce que la natur mais la plus grande pei imprimés à chaque nat et de même que les visag antiques conservent un« répond pas, à nos yeux , les autres formes; de nu participaient toujours de

* J*ai négligé jusqu'à prés étaient d'une telle rigueur d le nombre des coupables ne de pardonner. Séuèque race fait trancher la tête à trois c s'en apDla»^***-*^

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Si Trajan et Marc Aurèle peuvent avoir encouru le reproche d'avoir trop fait la guerre , il faut avouer aussi qu'il y avait bien des raisons à alléguer en leur faveur; en effet, si nous examinons la constitution de Tempire des Césars et le peu de base qu'avait leur autorité , on se convaincra aisément qu'il était presque impossible de conserver la paix au dedans , sans faire la guerre au dehors. La guerre est malheureusèment un grand moyen de gouvernement. Elle oc* cupe tous les esprits ; elle simplifie toutes les formules; elle éloigne toutes les discussions. Aussi suis* je très porté à croire que les rois qui ont toujours le plus fait la guerre , ne sont pas ceux qui ont eu le plus besoin de génie ; et que les princes poli-

tcur raconte que tous ces malheureux , en passant devant l'empereur, lui crièrent : J^ hnperator; moriturite salu^ tant; et que Claude leur répondit par distraction : Avete vas; ce qu'ils prirent pour un pardon : de sorte qu'ils ne ▼oulurent plus combattre, et qu'il fallut les y forcer par menaces et par prières. M. Crevier (Hist, des Emp,) remarque à ce sujet , « qu'il est bien étonnant qu'il se trouvât alors « dans Tempire romain dix-neuf mille criminels qui méri- « tassent la mort , à moins y ajoute-t-il , qu'on ne les eût « ramassés depuis long-temps dans toutes les provinces de « l'empire. » Mais nous savons que les Romains n'avaient que trop de ressources pour fournir à leurs amusemens sanguinaires. Les prisonniers faits à la guerre , les étrangers condamnés pour différens crimes y et surtout les esclaves, servaient d'aliment à leur cruaulé. On sait quel empire barbare ils exerçaient sur ces derniers , et Ton se rappelle le trait affreux de Yedius Pollio , qui , pour un

trop supérieurs aux au de l'empire trop reculée intimidées ; il fallait ail guerre , et alors Tabseno cessairement son pouvoii heur attaché aux nations le cas où la guen*e est ass térieur n'en ressente point

Terre, cassé , Toulut en préseï esclaye à des monstres marins c pent se faire que ces exemples communs ; mais il parait au ] ment établi Toulait que les esc aux bétes.

Parmi tant d'atrocités dont coupables y le plus grand rej selon moi, c'est de n'avoir jai néraly comme leur semblable, punitions serait peut-être exci motif l'amour de l'prdre et nn

1 PUBI.iqUE. CH. IX. ïit,

-J case d'être intéressante, do façon que les succès S ilniennent indifférens , et les pertes plus amères. Le soldat lui-même se lasse de travailler sans objet; il se mutine, il se révolte. S'il y a deux armées, il se Wtne deux partis. La valeur des oITiciers et la confiance des troupes deviennent elles-mêmes un nouveau danger : on ne peut plus être attaché n son chef sans le faire monter au premier rang, et l'aïuour des soldats ne larde pas à faire des généraux infidèles. Ainsi , de trois choses l'une : ou la pierre est désavantageuse , et alors elle cause la ruine •l'une nation; ou elle se maintient égale, et idors (Ile la fatigue et j'épuise; ou elle est avanLigcuse, fl dans ce cas, elle amène la dissolution des armées ei du gouvernement. Je n'ai point parlé jusqu'ici du danger des corps particuliers, tels que les gardes prétoriennes, les janissaires, les strélitz , etc. , parce ^ue tous mes lecteurs savent assez qu'il n'est point de despote sans snlelliles, ni de satellites qui ne deviennent à leur tour les tyrans du despote. Sur ►ingt-trois empereurs, seize égorgés; l'empire ro- Oinin mis à l'encan et vendu à un homme mépri- ^ble; les révolutions de Russie, celles de l'empire ottoman et du Mogol, prouvent assez que le deslotisme militaire est le plus mauvais de tous les jouvememens, pour les princes comme pour les peuples.

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CHAPIT

J>A^s J'oWlçation que de retracer les «alVeu 70ns qu'à .^gret la c « Wi nous occupe.

f/fm sous uu„e foL

re a ete sans contr ">'«•« assorti. Nous aJ^ ""onde. A la place ^.

™"e de. éu„, „„ d.t« nanwne a„» «. , . s*^

maîtres du monde que parce qu'ils mouraient de faim.

D'où sortaient ces peuples qui ne furent connus que par leurs invasions ? Comment est-il arrivé que tout incultes et divisés qu'ils étaient, ils parvinrent à renverser ce colosse épouvantable de l'empire romain? Questions importantes, dont l'une appartient à l'érudition, et l'autre à la politique. Ce serait donc une grande témérité de notre part que de les agiter , si l'expérience ne nous apprenait qu'un peu de philosophie peut souvent éclaircir les recherches les plus épineuses, et nous épargner bien de la science et du travail. Que d'autres étalent l'appareil fastueux et superflu de leur savoir; pour nous, il nous suffira de dire ce que nous ignorons, c'est-à-dire l'histoire de cette vaste partie du monde qui contient la Suède , la Russie, la Pologne, la Tartarie , la Chine et rindoustan. Or, qui pourra nous apprendre si les émigrations dans l'Occident n'ont pas eu leur origine dans le Nord et dans l'Orient? Parmi les peuples qui ont habité l'Allemagne , la Bohême , la Hongrie, la Pologne, il y en a très peu qui soient regardés comme indigènes \ La plus grande partie venait de plus loin ; nuiis on ne les connaissait que depuis leur dernier établissement. Ces peuples fu-

* Il y a de fortes preuves que tous ces peuples viennent de la Scythie. Le fameux Odin avait conquis toutes les contrées septentrionales. Voyez V Introduction à l'Histoire du Danemarck.

que le inonde ne s'étai

les contrées voisines

d^abord dans une plus

qui s'en trouvaient pi

que l'équilibre n'aura

elles , les progrès des ù

à la décadence des autf

Multiplier les questit

tes. i*^. Dans la supposi

res auraient été repouss

guerres malheureuses di

bien étonnant qu'elles n'

tradition. 2**. Quoiqu'on

ment que les femmes si

magne qu'ailleurs , nous

s'étende plus au nord, n

puissent se vanter de cet

gne pas moins d'admettre

ait été encore progressive

et que l'effet d'une lon{ manifocfo •* — *^

PUBLIQUE. CH. I. sàftS

fois que je lis dans leurs ouvrages : Cet empereur a attaqué les Barbares , et leur a tué cent mille hommes; tel autre a défait deux cent mille Goths, tel autre trois cent mille Sarmates ; je traduis toujours ce langage dans celui-ci : Tel empereur a attaqué les Barbaresy et leur a tué beaucoup de monde. Quoi ! tandis que de nos jours où l'état militaire de chaque nation est publié et imprimé , nous ne pouvons jamais savoir au juste ni les forces de nos ennemis, ni même celles de nos alliés, nous prétendrions compter celles des Barbares qui n'avaient ni dénombrement, ni distributions de troupes, ni d'au* tre méthode que de marcher par multitude? En vérité, je ne puis m'empéchei* d'admirer la confiance de tous les historiens dans les détails qu'ils nous transmettent. Quand même ils ne seraient pas obligés la plupart du temps de s'en rapporter à des rhéteurs et des panégyriste^, comment voudraientils que les Romains eux-mêmes eussent été instruits du nombre de leurs ennemis ? Ne sait-on pas que la terreur ou la vanité grossissent tous les objets ; qu'avant le combat on a coutume d'amplifier ses forces pour semer l'épouvante, et qu'après la défaite on exagère celles de l'ennemi pour diminuer la honte d'avoir été vaincu? D'ailleurs il n'est province si pauvre , tant en Allemagne qu'en France ou en Espagne, qui ne pût épouvanter ses voisins, si tous ses habitans prenaient les armes à la fois; et cette terreur devait être encore plus forte dans un temps

Ti '

Une chose plus étc

c'est l'usage où étaie

porter en entier d'un

dant, si nous y réflécj

plus surpris de lire d

nemens qui sont arri>

voisins de nous. Û n'y

connaissons l'intérieur

vons que les nations m pareilles révolutions, fl voir des sauvages s'établ <le leur ancienne demeu

«>rtdesTartares,etteU

des peuples qui n'auron

donc à cette grande spé

«ous attacher; et si nou

« général le sort des h;

mons-nous seulement si 1<

vees augmente ou diniinu.

Quelque simple que soit

notre ohjet, no.j« «c„„.

PUBLIQUE. CH.I* aa5

Fun par l'autre , et dont rhumanité fut toujours la victime.

Nous avons observé plus haut comment les arts, le commerce et l'agriculture étaient, pour ainsi dire , partis de l'Egypte, de la Phénicie, et ensuite de la Grèce, pour se répandre, toujours en suivant les côtes, dans l'Italie, dans la Sicile , sur les côtes de TAfrique , dans l'Espagne et même dans les Gaules ; cette considération peut servir maintenant à nous expliquer la raison de cet avantage marqué que les nations voisines de la mer ont toujours eu sur celles qui ont habité l'intérieur des terres. En effet, tandis <[ue Lycurgue , Solon, Komulus, etc. , se creusaient la tête pour ti'ouver l'art de bien battre leurs voisins, la nature conduisait lentement ses rebelles enftns vers le but où elle ne cesse de tendre d'une Manière aussi secrète qu'imperturbable. L'agriculture augmentait les productions de la terre, le commerce apprenait à les échanger^ et comme un fleuve en Sortant de son lit commence par inonder ses rives, et répand ensuite son onde en divers canaux , suivant la pente qu'elle éprouve ; de même les connaissances utiles se propagèrent des bords de la mer dans les endroits les plus à portée du commerce , et de là dans l'intérieur des terres. Ainsi l'on peut dire que la richesse et l'industrie ont fait les premières avances , et qu'elles ont été chercher les barbares , avant

pAr la guerre ; car lort

Tun est phis civilisé q

orgueil, ou une fauss

cher le vainqueur de p

ou de lui donner les si

losophes anciens avaien

d'héroïsme , les peuples

mis en combustion sur 1

la perfection du genre

loin. Un peuple d'igndft

ture, triompha bientôt d

de Platon et de Lycurgu

empire plus loin que les

vaient pu étabhr le leui

divisé , affaibli , il ne cons

deur que les principes al

quise , et il continua de

qu'il ne fat plus en état

barbares se trouvèrent a

gulière. Devenues voisin< sées par mrM» rw^i**- — ^

clen apc^hthegme de Caton , Delenda est Carihago , il fallut substituer Delenda est Rama ; et dans le (ait, Rome était déjà détruite; des étrangers remplissaient le sénat ; des Barbares cmmnandaient les années , presque toutes composées de Barbares. Les prétoriens , tyrans indomptables dans la capitale , citoyens timides dajis les camps, après avoir orée et assassiné des empereurs, avaient été obligés de céder le pas aux Germains et aux autres étrangers dont les Césars avaient formé leur garde : ces Barbares admis aux premières places , établirent avec leurs nations une correspondance qui devint pernicieuse pour les Romains : ils portèrent leur attention sur ce peuple, dégradé , à mesure qu'il s oubliait luimême ; l'ambition des particuliers précéda celle des peuples ; les premiers emplois furent envahis , le trône même usurpé ; de.^orte que les Barbares avaient déjà conquis Tempire avant de l'avoir attaqué.

U suit de là que c'est dans l'atrocité des anciens principes de la r^ubKque , dans les vices du gou<vernement des empereurs, et surtout dans l'étendue excessive de leur d(xnination , qu'il faut chercher les sources de ces invasions de Barbares qu'on a eu tant de peine à expliquer jusqu'ici. Mais quel qu'en fût le principe , il resterait toujours incontestable qu'elles doivent être regardées comme un des plus grands fléaux qui aient affligé rhumamté. Les nonvbreux et sanglans combats qu'elles ont occasionnés peuvent être rapportés aux premiers principes de

5onL les pius crueues € qu'elles ne se font poin de nation à nation ; et < de reculer ; de l'autre , subsistance , rendent la suite nécessaire de la vie et de plus lugubre que l dant les temps qui ont pi pire romain ? Des nationt politique ; d'autres inont trées entières ; d'auti*es , faisant le métier de voleu réurs transplantant des Germanie en Angleterre , que en Europe. L'unive champ de bataille où les ployés à combattre sont continuelles, et cbangeni

' Ces fréquentes émîgratio dans rétablissement des nati un des t\1«» —-

PUBLIQUE. CH. n. d29

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