CHAPITRE IV
De GNMtantSn.
Le quatrième siècle de TÉglise avait commencé sous les plus mauvais auspices. L'empire divisé entre des chefs barbares, désolé par des guerres continuelles , et ravagé par une soldatesque étrangère ; la religion tantôt persécutée par le printe, tantôt déchirant ses propres entrailles; timide ou ardente, bible ou fanatique , condamnée au silence ou abandonnée à rhérésie , suivant les caprices des souverains et les révolutions de l'empire ; les moeurs publiques détruites; la licence ou le despotisme mis à la placé du gouvernement ; l'avarice et la déprédation assises sur tous les tribunaux : tel est le tableau qu'offre maintenant l'empire romain , ou plutôt le monde entier. Dans ce chaos épouvantable, dans ce renversement total du pouvoir et de l'opinion , les hommes attendaient un maître : ils demandaient qu'un de ces guerriers féroces, toujours trop puissans contre le peuple, le fût assez contre ses rivaux : ils ne désiraient plus la liberté , mais ils voulaient la paix ; les esprits étaient plies, les courages épuisés, et quelle qu'eût été la volonté d'un despote , la flatterie était toute prête à l'adopter. Dioclétien , fatigué de combats et de gloire, dégoûté du métier de gé-
craignit les dangers. JHalb prévu d'assez loin le pa prendre ; et , semblable à u donne sa place qu'après t'i le poste qu'il quittait imp pire était divisé en quatr mens. Un équilibre illusoi les chefs qui , sous le nom gouvernaient les départem n'étaient liés ensemble que traires aux lois , ou par de:
pouvaient manquer de devei qui savait triompher de son parvenir bientAt à la mon.
dans ces circonstances que < son âge, et comblé des do d'un pouvoir que Constar aimer. Régner , c'était corn ploits furent contre lesFran du Rhin , souverain paisible bientôt ses remn^- — "-
persécution , en commençaient une plus cruelle les uns contre les autres , et se reprochaient mutuellement la désertion ou la trahison '. Ailleurs des zéla- Uurs moins ambitigux , mais plus fanatiques , avaient tubstitué la cruauté à Toulrage : on ne peut se rappeler sans horreur ces hérétiques appelés Circonctllions, espèce de maninqiK's qui , prfrnnl loiia/if^e a Dieu pour cri de ralliement, et n'osant transgresser le précepte de Tlivangile , qui défend de tirer l'épée , assommaient à coups de bâton tous ceux qui nadoptaientpas leurs dogmes, et portaient quelquefois la fureur jusqu'à se précipiter eux-mêmes dnns lî mer; comme s'il était des contagions pour les «prits comme pour les corps, et si la cruauté cn- *«rs les autres et soi-même était une maladie de Inomme ignorant et superstitieux, de même que a lèpre est celle de l'homme pauvre et malpropre. Nulle église n'était tranquille, nul asile ne restait i la paix et à la charité ; car si les disputes qui agilaient l'Asie n'avaient pas des effets si cruels que celles de l'Orient , de l'Europe et de l'Afrique, elles étaient aussi plus vaines et plus frivoles. J'aime la naïveté avec laquelle en parle Eusèbc, lorsqu'il raconte les querelles qui s'étaient élevées sur le temps ''u Ton (levait célébrer la Pâque, u Tous les peuples , " dit-il , étaient divisés d'opinions, et ne s'accor- " daient sur aucun des rites de la religion ; de façon ° <jue personne ne pouvait y apporter remède : car ' Voyes Hàt. eccl. de FIcurj-. Ttom. u.
Malgré les haines récij
' • Itaqne cùm omnes a
■ dîsaiderent , «t sacri relif
• Inr, mortalium quidem i
■ dium pot>et adhibere , cùi
■ velnt «eqnata tance contra
Je ne puis m'empêcher d( passage d'Amobe , qui me [
• est ( dit-il, Liv. ii , ) l'opîi
■ sible , que l'esprit de cou i Et au coDtraire , qu'y a-t-il
• soutenir par des argomens
• t'est une fois persuadé qu'i
• il s'attache a sa propre idi
■ et bientôt il ne cherche pi
■ saire par l'esprit et par la :
■ quelque question obscure,
■ loppée de ténèbres. ■ C'est endroits cet auteur estimable, qui ont écrit comme lui en fa' conduits par le mém« csprii Uurdi et pressant lorsqu'il ré Sophie ancienne; mod*"- —
ions, la faveui- des souverains et l'extinction du «ganisme fut un point de ralliement auquel toutes es sectes tendirent également. Jamais on n'a refusé l'tutorité ecclésiastique aux princes qui ont voulu &ïoriser les ecclésiastiques. Constantin à peine ca- ' téchumène, et encore demi-barbare, souillé de plusieurs parricides, et entouré de concubines et de bâtards, fut bientôt regardé comme un oracle en matière de doctrine. Sa médiation fut invoquée dans les controverses , et sa présence désirée dans les conciles. On alla même jusqu'à lui demander des scr mons, des instructions pastomli^'s. Le prix de tai d'adulations fut la proscription prononcée bientc contre les dieux, leurs templis et leurs niiiiiï U christianisme opprimé avait rn^eignél.'i tolér.i l« christianisme devenu religinn domiiiiinte fii tolérant à son tour; elles évèqiies, oublianl . « les préceptes de l'Évangile et leurs \rais i: «nièrent contre leurs ennemis ce pouvo contre lequel ils avaient si lorg-teiups récla «lï plus loin , et ceux-ci même ijui en en Jésus-Christ , qui suivaient !a nièni ^[pratiquaient les mêmes rites, mais qi sur quelque opinion abstraite et spéculi renl pas profiter de cette tol(-rance accordée aux païens quelques nui leoiême empereur qui, dans son làïeur des chrétiens, avait dit en • Nous voulons que ceux qu i;i
« il lui plaît, et que a fausse religion, aien « culte ; D le même Ce temps, donne un édit leur défend d'avoir dt s'assembler, sous qu^ envoie des soldats dam pire renverser les temp sonner leurs prêtres, ei et tandis qu'il établit aii le feu, il en change si perpétuellement d'un p seigne des choses contra son zèle, il oid>lie de se rétique.
Il est toujours afîlige lequel la faible humanit cacher; mais cet emploi noble et utile dans les effet, si le cours ordir
rURl.IQUE. en. IV. a33
^neti l'histoire, placée d'abord entre le flatteur et \e zolle, et livrée ensuite à l'aveugle compilateur, a'est-elle pas en droit de réclamer contre la sentence ia siècles passés ! Constantin , en renvers<-int les idoles, s'était souvent applaudi d'avoir convaincu la peuples que ces brillans simulacres , loin de servir d'asile à la divinité, ne contcnaienl qu'une cendre ili)ecte ou des ossemens infects; il ne s'apercevait pu qu'il insultait ainsi à sa propre destinée. On a OK,dans ce siècle éclairé, pénétrer dnns son âme. L'idole renversée et la riche enveloppe détruite , que tate-t-il? L'intérêt, les passions, l'hypocrisie et tout le squelette de l'humiinité, Conslantin est de tons les princes celui qui a le plus influé sur les àècies suivans. Renverser le culte des faux dieux pour y substituer celui de Jésus-Clirist, et transporter la capitale du monde de l'ancien théâtre de M gloire sur une rive inculte et barbare ; tels furent les objets auxquels il consacra son règne. Le dernier n'a point trouvé d'apologistes; mais le premier, en rendant sa mémoire chère au monde chrétien, a peut-être trop fait rejaillir sur l'auteur le mérite de I ouvrage. Pour nous, également éloignés, et du fiel de Zosime , et de l'enthousiasme d'Eusèbe, nous "emprunterons de ces auteurs que des faits et noTi tîïs opinions. Kous nous contenterons même de ■nettre notre lecteur en état de juger ; et pour suivre une marche plus sûre dans nos observations, nous f'iaiiiiDerons Constantin sous trois points de vue
!i84 DE LA FÉLICITÉ
différens : comme homme, comme prince, et comme
chrétien.
Si la religion du Christ avait besoin d'emprunter quelque éclat de ses sectateurs , nous n'avouerions qu'à regret la différence extrême que nous sommes obligés de reconnaître entre les âmes grandes et su^ blimes des Trajan et des Antonin,et le caractère encore barbare de Constantin : mais la foi enseignée par les ministres de l'Évangile n'a rien de commun avec les vices personnels à ce prince ; vices si frappans et si odieux, que nous ne pouvons ni les justifier , ni les dissimuler. Peut-être , il est vrai , devonsnous le plaindre d'avoir été entraîné par les mœurs de son temps, lorsqu'il traita avec tant de cruauté les peuples d'Allemagne qu'il avait vaincus : mais comment pardonner à des écrivains recommandables d'ailleurs, lorsqu'au lieu de gémir de ces horreurs, ils s'efforcent de les pallier, et pom* ainsi dire d'en escamoter l'atrocité («) ? Je ne puis me dispenser de rapporter ici tout un passage de M. Crevier ; il ser-* vira à faire voir comment l'histoire est écrite de nos jours, a Constantin, dit-il, passa le Rhin et entra «c dans le pays des Bructères, qu'il mit à feu et à <c sang. Rien ne fut épargné. Les villages furent bruce lés, les bestiaux pris ou égorgés; les hommes et a les femmes massacrés ; et ceux qui échappèrent c( à l'épée , et qu'il fit prisonniers , eurent encore un et sort plus cruel. Comme il les jugeait incapables de
(e) Bravo !
PUBLIQUE. CH. IV. a85
B rendre jamais aucun service utile , à cause de
« \eur fierté intraitable et de leur perfidie, îis fiirent
■ condamnés aux bêtes dont ils imitaient la féro-
< cité. ' »
Quel artifice , quels efTorts pour pallier des crimes abominables! et tout cela, parce que Constantin a été le premier empereur chrétien. Cette partialité des historiens , lorsqu'elle ne se manifeste pas sur desobjets aussi révoltans, devient quelquefois amu- »Dte. Parmi tant de crimes, un sitii|jlc liuuiiuîde, iUvérité ti'ès gratuit, très inutile, peut être girdé comme une bagatelle; mais je n'ai pu in'i pécher de prendre sous ma protection un malh reux eunuque pour lequel M. Le Beau cl M. Cr n'oQteu aucune commisération. Constantin av forles raisons pour soupçonner son beati-pcn niitin;mais il ne voulut s'en venger qu'aprè pris sur le fait. Étant donc averti un jour fetnme Fausta que Maximien devait exé pnijetla nuit suivante, et li? poignarder 'it,il y fit placer un eunuque, être sans méprisable, mais qui était en nu-inc focent, et qui n'avait que faire là trompe et tue l'eunuque, croyant li Alors Constantin se fait voir tout ]< couverte, et fait mouinr son beai contentement de sa femme et de tous
' Euwbe rapporte ce fait svei la iiiiïme Jiidi * fila Cc-it. lib. r, cap. xxï.
tandis que ces mêmes cune aux Césars Val talent coupables d'aut au premier rang parlii qui, loDg-temps l'égal mis à son pouvcûr sou bientôt condamné à me supplice d'un Auguste, publique violée, les trai cela n'est rien pour un évêques, et qui a fait d< Quels crimes pouvaitn'est la mort d'une épous circonstance encore ? < phant du concile de Nie donné à dîner à plus de voir baisé les cicatrices i simples soupçons , sur h le plus dilBcUe A "■—--
[^conséquent, tout occupé qu'il étaitdes progrès du :bnstianisme , avait fait venir à sa cour Sopatre , philosophe platonicien , de l'école de Jamblique. Il lui montra bientôt tant de coniiance et d'intimité , que le malheureux savant dépaysé , ne put échapper à la jalousie des chrétiens. Quelques accusations sourdes de prestige et de magie avaient déjà mis le peuple en mouvement , lorsque des vents con- [ritires retardèrent la flotte qui apportait les blés ii"Ég]rptfi. Le peuple , toujours furieux , touj""-' insensé, lorsque des hommes fattieux et intér( lui font craindre la famine ' , ne manqua pa: l'en prendre à Sopatre; et Constanliii , prince f ttami perfide, livra à ta mort \c philosophe i «nt. Ajoutez à ce caractère cruel et inconslar Wour effréné pour le faste, et un désir i Je toute espèce de gloire, et vous ne rec <{IK trop aisément dans Gonstanlin riiomn *1 méprisa ble , que l'éclat de la pourpre , le lie la victoire et l'adulation des siècles se s ifmps efforcés de cacher. Voyons à pré; prince a plus, de droit à notre eslime.
ki lei faits semblent parler d'eux>m
lUiitin , né dans les dangers , livré àhs s<
Wus le titre d'otage, à toute la linlne de s
de leurs mains au péril d<f
à la tête d'une armée, qi
dit quelque part : fulffm