CHAPITRE IL
Du lorl de rhumanité dam les commenceiDeni de U monarchie française et miu le goavernenieat féodal.
Ce chapitre sera court : ce serait faire injure à nos lecteurs que de se croire obligé d'éclairer leur jugement sur un objet si frappant et si facile à saisir. En effet, il ne s'agit pas ici de réclamer contre l'admiration et Tentliousiasme des siècles passés. Il a fallu se fonder en raisons pour avancer que Lycurgue, Solon et Numa n'avaient pas trouvé le meilleur système possible sur la législation; mais faut-il une longue discussion pour nous faire , à nous autres Wclches (■) à peine civilisés , déplorer notre enfance, aimer notre puberté, et espérer de notre maturité?
La monarchie française, établie par la guerre, semble avoir été vouée à une guerre perpétuelle. Les partages des états, ces tcstamens ridicules par lesquels les princes lèguent leurs royaumes comme leurs bijoux, sont une source de querelles interminables , oii les liens du sang sont souillés par le sang , où les oncles égorgent les neveux, où les frères s'entre-déchirent, où les assassinats et les batailles rangées se disputent tour à tour le droit de décider du trône. A peine ces membres sanglans et divisés (a) Foilà le premier qui se ioit ten'i du mot de ftclches-
sont -ils réunis sous un mêmie chef, que ce chef s'avilit; et, comme en Pologne, après que Tordre équestre a terminé ses débats , les valets des magnats se livrent entre eux des combats subalternes, de même en France , après s'être battu pour les rois , on s'égorge pour leurs domestiqués. Ce n'est pas tout : tandis qu'une nation épuisée et des maires ambitieux se disputent encore le pouvoir, des brigands viennent des contrées hyperboréennes enlever les richesses qui en font tout le prix. Les moines, les prêtres, toujours d'autant plus fins que les peuples sont plus grossiers , avaient eu le temps d'amasser toutes les richesses , tandis que les soldats se battaient* Cette facilité de' trouver de gros trésors ras-* semblés, et de faire d'heureux coups de main, provoqua l'invasion , et causa la ruine de la France, toujours destinée à être la victime de la religion. C'est en vain qu'un grand prince s'élève : la gloire de Charlemagne qui embellit les fastes de la nation, sans rendre les peuples plus heureux, est cruellement payée par les règnes suivans. Bientôt la monarchie , divisée en mille morceaux , reproduit la guerre et le désastre sous mille formes différentes. L'anarchie se modère enfin , et semble sous les premiers Capetiens prendre une sorte de système. On commence à reconnaître un état, une nation; mais la manie des croisades vient arrêter tout progrès , et rejeter l'humanité dans des malheurs nouveaux. L'élite des peuples occidentaux va porter ses richesses et cher-
cher la mort dans la Palestine. Cette fureur devient épidémique; elle embrase jusqu'à cet âge timide, dont la douceur et la faiblesse sont le partage. Des armt'cs d'enfans abandonnent leni" paliie, cl vonl aussi cbeicher en Orient une Hn prématun'c , à peu près comme ces armées de langoustes qu'un vent propice aux laboureurs entraîne au milieu des flots. Mais les esprits une fois enllammés , n'ont plus besoin du tombeau du Clirist pour alimenter leur zèle (A). Faut-il rappeler l'affreuse expédition de Simon de Montfort contre les Albigeois ; dans une seule ville soixante mille hommes égorgés ', dont sept mille dans une église, et cette suite abominable de cruautés, qui surpasse la fureur des autres croisades, comme toute guerre civile est plus cruelle qu'une guerre extérieure?..., Dan.<; cette alternative de désastres éloignés et de plaies intérieures, le seul espoir de ta Frcincc , le seul roi liumain et bienfaisant , attaquéàson tour de la maladie générale, s'empresse d'ensevelir en Egypte et sa famille et ses trésors. Revenu dans ses foyers, il se dégoûte d'Être législateur, veut se faire jacobin, etvamourirsur laccndre
(é) Bon! bon ! bon! On ne saurait trop .souvent peindre ces abominations , que tous tes jnoines voudraient recoin-
' Béliers. Lori(]iie les croiié^ montèrent à l'assaut, ils demandèrent au légat comment iU feraient pour diatinguei les catholiques d'avec les hérétiques : -Tuez-les tous, dit-il, < Dieu rcconuailra ceux qui sont à lui. u
dans les sables de l'Afrique. Des guerres avec TEmpire et les Flamands, ainsi que les guerres intestines dés grands vassaux , continuent d'ensanglanter la scène , jusqu'à ce qu'un plus grand théâtre de carnage et de deuil s'ouvre à l'avènement de Philippe et d'Edouard. Les Français gouvernes, tantôt par un roi téméraire , tantôt par un fourbe politique , sont à peine parvenus à se débarrasser des étrangers , que la fureur des conquêtes leur reprend. L'Italie est pour eux une nouvelle Palestine. Une grande querelle s'élève entre les rois de France et la maison d'Autriche, querelle qui n'a proprement fini qu'au traité d'Utrecht, ou si l'on veut, à celui de VersaUles. Les guerres de religion se jtMgnent aux guerres d'ambition, et la France à peine échappée aux Anglais, est dévastée par les Allemands , les Suisses et les Espagnols. Enfin, depuis Clovis jusqu'à Louis xiv, , je ne vois que l'espace entre le traité de Vervins et ta mort de Henri iv qu'on puisse regarder commeune véritable paix, (t)
Aux malheurs que cause la fureur, se joignent tous ceux qui prennent leur source dans l'ignorance. La médecine, la physique, négligées, laissent l'humanité en proie à tous lés maux qui sont son héritage '. Une maladie affreuse , née de la misère et de
(c) Je l'ai dit, ttj'en tuis bien aise.
' ffnùch {d)flesh is heir to. ShalLetpeare, dans Jtamtel.
(d) Hua. »
* On T<ût qoa Toluire limait $.-mi rtuctitode duu les citatim».
PUBLIQUE. CH. II. r.7
1.1 malpropreté, la lèpre, devient en France un mal épidémique. Nous voyons que Louis viii légua cent sous à chacune des deux, mille maladreries qui étaient dans son royaume. Supposez vingt malades par hôpital, voilà quarante mille pauvres i^preiis dans un ctat qui n'avait pas !e tiers de l'étendue de la Fiance , telle qu'elle est de nos jours. Le commerce , que l'intérêt précède , mais que la raison suit toujours, n'ose se montrer aux Français, ou, sil paraît un moment, il est persécuté par le fnisatisme , ou dépouillé par l'avarice. Si Jacques Cœur en fait entrevoir les avantages , ce n'est pas pour inspirer l'amour de cette profession utile, c'est pour éveiller l'envie cruelle. Il est contrain^de fuir la nation qu'il a enrichie, et il laisseaux Lombards et aux: Juifs le soin dele venger '.
' Jean-sans-Trrrr , mi d'Anglplcrrc, aynnt demandé une somme d'argent à un Juif t[ni pri'tendail ne pouvoir la fournir, le fil j'eler dans une prison, on on lui arrarhait Ions les jours un certain nombre de dents , afin de le résoudre à tout donner. Celle barbarie élait commune alors, el c'est on exemple des nitcurs du bon vieux temps. Il parait , au reste, que les Anglais ont connu plus anciennement qtie nous les avantages du commerec et de l'agricullure. On en peut juger par une loi d'AtheUlan, prince de la dynastie sa:(oniic , qui portait que tout négociant qui aurait fait il ses dépens trois voyages de long cours, et tout laboureur qui aurait gagne de quoi s'acbeter un domaine de cinq <^pls acres , serait élevé à la dignité de thane ; ce qui revient à peu près à celle de baron. Voy. Hume, Hûtory nf Kiiglaml , append. t.