‹ De la félicité publique; ou, Considerations sur le sort des hommes dans les différentes epoques de l'histoireChapitre 40 sur 49 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Continuation du même sujet. La population est-elle un indice

certain de la force d'un état?

Je ne cloute pas que bien des gens ne se décident pour l'afTirmative , et cette opinion paraît dériver naturellement des principes que nous avons établis jusqu'ici; mais il en est un important, qui est plus connu que suivi dans ce siècle disert, c'est «qu'on « ne connaît bien les vérités qu'en connaissant leurs « limites. » Il est généralement vrai que la population est la preuve de la prospérité et de la force d'une nation, parce qu'il est généralement vrai que l'agriculture, le commerce et la bonne législation multiplient le nombre des hommes. Mais la population n'a-t-elle pas quelquefois des causes physiques qui peuvent prévaloir sur les causes morales? N'existe-t-il pas des pays plus favorables à la propagation de Tespèce; et la proportion du nombre des hommes a la félicité dont ils jouissent est-elle toujours égale ? Les faits suffisent seuls pour nous décider; car si , dans cette supposition, il paraîtrait encore fort difficile de trouver des contrées toutes couvertes d'habitans , il ne le serait pas du moins d'en trouver qui fussent totalement désertes. Les côtes d'Afrique, l'empire Ottoman, et même celui

le plus souvent ne devant so dignité ecclésiastique , se hâte priété précaire qu'il ne peut fà rite. Eh bien! dans ces petits multiplient ; tes maringes ne so ils sont communs : les ménage!

mais ils sont féconds , et l'esp»

tient toujours. (<>)

On ne peut se dissimuler qu des provinces très misérables. I paraissent avoir été constammen nement , excepté dans la répari a quelques années que le Bcrry el ni chemins, ni commerce, et | sous le poids de leurs impositioi reuses, que dans ces pays d'éle bitraire. L'état recueillait où il J'avoue que ces prorinces ne si plécs du rovaume: mnin pIIm •-

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aiaance; c'est que nous ne coiinaissons pas toutes les ressources de la nature; c'est qu'elle est capable d'eflbits que nous ne pouvons pas apprécier ; et voilà la raison par laquelle on se trompe Loujnuis clans les principes trop généraux, ou plutôt dans les conséquences qu'on en tire.

a Les subsistances sont la mesure de la popula- •c tion '. Si la quantité de subsistance diminue, le K nombre des liotnmes doit diminuer en même proo portion. )i II doit diminuer, sans doute. En m^me proportion? C'est une autre afTaire, ou du moins ce n'est qu'au bout d'un très long temps que cette proportion se trouve juste. Les dégradations dans l'ordre politique ressemblent assez à ia récession des marées; le flof en fuyant revleul toujours sur ses pas; il faut le bien observer pour juger qu'il rétrograde. Avant que la \ie des Jiommes s'abrège, que les sources mêmes de la vie s'altèrent, il faut que la misère ait abattu les furces et multiplié les ma-

' On pEuI voir dan; les calcula {niblir; par M. ilc Mi?^sence, qu'après les ravages causes par la peste (11- Marseilli-, les mariages fiirenl plus (ëronds en Pravenri; qu'ils ne l'avaient iti auparavant. Il en est de même aprè& lous les fléaux qui diminuent la proportion des hommes aux subsistances , sans di-truire le» moyens de faire renaître ees subsista ne es. Cette seule eonsidiïration doit Faire juger d'un coup-d'œil que la dépopulation qui ae répare le plus aisément, est celle qui est la suite d'une contagion. Le contraire arrive, si elle vieut d'une guc mauvaise administration.

eux , la destruction ne suit p^ et la nature , plus économe que mieux à combien peu de frds subsister W. Ils pourront enc mais ils seront faibles et malhc qu'une année de travail ne four qu'une subsistance pénible po mille , ou que Texaction lui en le petit excédant dont il pouri pital , un moyen de perfectioni méliorer son sort ; c'est alors q enlève beaucoup. Je dis donc qi peut être peuplée sans être for dis qu'en cas de guerre , on a en atterfdre, et qu'elle pourrai ment par un peuple moins non Au contraire , s'il existe une très nombreuse , possède une terres bien cultivées; si cette m

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nourrir plus d'habitans, je dis; «Il faut que cette « nation consomme spécifiquement plus que les au- « très; il faut que le tarif de la vie humaine y soit « plus haut," et c'est là findice le plus certain de la « félicité des hommes. » Tel est le cas oîi se U'ouve l'Angleterre * : comparez état à état , classe h classe,

' On ne parle ici que de TAngleterre proprement dite; car il n*est point de nation dont TEcosse et l'Irlande doivent exciter Tenvie. On compte communément sept à huit millions d'habitans en Angleterre. Comme elle n'est guère plus étendue que le tiers de la France, si ce calcul était juste, elle se trouverait peuplée précisément dans la même proportion; mais il faut observer que l'Angleterre a plusieurs avantages dont la France est privée. Son terrain est presque partout uni, et par conséquent propre à la culture des blés et au ])âturage ; d'ailleurs, elle est environnée de la raer, et la nature de son sol rend les chemins très faciles. D'un autre côté, sa position entre l'Europe et l'Amérique la rend très propre au commerce , tandis que sa situation insulaire assure sa tranquillité. Il serait donc juste de ne comparer l'Angleterre qu'aux provinces les plus riches de la France, et de n'opposer le Limousin, l'Auvergne, la Provence et quelques parties de la Champagne qu'à l'Ecosse et à l'Irlande. Sous ce point de vue l'Angleterre serait spécifiquement moins peuplée que la France; car l'Ecosse et l'Irlande réunies ne contiennent pas quatre millions d'habitans. Mais je suis très porté à croire que les Anglais ont aussi la manie de dénigrer leur population. Ils n'ont d'autre dénombrement que celui des maisons (c); on en compte douze cent mille , et les spéculateurs ne supposent que 5 ou 6 personnes par maison. Or, nous voyons par les cal-

(c) Et les listes des morts et des naissances.

pèce de luxe, telles que la bu

culs de M. de Me^sence que dans a 4 personnes par maison. Il est vr hautes qu'yen Angleterre; mais dans ford, Birmingham, on peut bien €• sonnes par maison. Les mêmes cale les provinces 5 personnes par feu , i jours beaucoup plus d^ feux que de r à prouver que douze cent mille mt beaucoup plus de sept millions d*hal

* C'est ce qui rend là taxe des ] Angleterre. Il en aurait même résuli nient ; car les propriétaires , craigna cette charge, commençaient à décou plus qu'ils pouvaient, en éloignant et surtout ces manufactures qui ne d précaire, et dont les vicissitudes es penple à la mendicité. On vient de re: temps à cet inconvénient ; la plupart d réunis pour former des établissemei

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blanc, etc. Aussi ce peuple est-il plus robuste, plus actif, et surtout meilleur ouvrier que les autres; car il faut bien se rappeler cette vérité démontrée par l'expérience, c'est que le haut prix des salaires n'est pas si contraire au commerce que bien des gens se le figurent ; la raison en est que l'homme qui consomme le plus est celui qui travaille le mieux. Un officier anglais, chargé de la construction de quelques retranchemens, avait partagé l'ouvrage entre des Anglais et des Écossais ; il payait la journée des premiers le double de celle des autres. Les Écossais se plaignirent; il mit les ouvriers à la tâche, en égalisant (</) les prix, et ceux-ci y perdirent encore plus. Je ne parle pas ici de quelques salaires ex.travagans qu'on paye dans la ville de Londres , parce que toute vdle trop considérable renverse toujours les lois de la raison et de la pohtique; parce que dans une capitale oii toutes les classes font corps.

Ces faits, qui sont peu connus en France, peuvent t^tre de quelque importance, en ce qu'ils font voir que les ëtablissemens de charité, qui tendent au soutien et à la multiplication du peuple, peuvent quelquefois aller directement contre leur objet, et qu'ils nous prouvent en même temps que toutes les manufactures qui ne s*allient pas avec Tagriculture , sont la source la plus commune de la mendicité. IjCS ouvrages vraiment utiles, ce sont les filatures, les petits métiers , etc. ; parce que le cultivateur et sa famille peuvent y employer les jours d'hiver, les longues soirées, et tout le temps qu'ils ne doivent pas au soin de leurs terres.

(é?) Égalant,

qu ailleurs.

Ce que j'ai dit des consommai de toutes les commodités de l les journaliers sont tous bien \l pas là Tusage d'acheter des vie comme dans certains pays, où, le dimanche dans une église , v< lieu d'une assemblée de paysans

f« mestiques mal entretenus. Le k

à la vérité , beaucoup moins che

^ fait avec le bois ; mais le feu est

terre comme de première nécei maisons sont échauffées avec soin tout des portes et des fenêtres bien entretenues , qui défende] l'air.

ii Tels sont les véritables avants

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-l ' Consultez un livre intitulé : A s

{ vous y verrez au« !«»•' îrkw""*-^— -•

lesquels, réunis à la sûreté de ses propriétés et au privilège inestimable de ne dépendre que de la loi , le rendraient le plus heureux de la terre, si son climat, ses anciennes mœurs et ses fréquentes révolutions ne l'avaient pas tourné au mécontentement et à la mélancolie ; mais ces considérations ne sont point de notre sujet. Nous venons de voir qu'une nation peut augmenter son commerce et sa culture dans une beaucoup plus grande proportion que sa population ; il nous reste à examiner si c'est un inconvénient pour elle , et si elle en sera moins puissante pour cela.

Tâchons de simplifier la question, et supposons, comme nous l'avons fait au commencement de cet ouvrage, que le travail d'une nation est partagé entre tous les individus : imaginons encore deux cités ; supposons dans Tune six mille habitans , et dans l'autre quatre mille : je soutiens que si les premiers sont dans une telle situation qu'ils soient obligés de travailler toute l'année pour se procurer une subsistance modique , et que les autres puissent produire avec le même travail une quantité de subsistances spécifiquement plus considérable, ou bien avec un travail beaucoup moins pénible une subsistance suffisante, ceux-ci seront les plus forts, comme les plus heureux; de façon que dans le cas où la guerre s'élèverait entre les deux cités, ils seraient nécessairement victorieux.

Allons plus loin , et voyons comment les choses

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doivent se passer. Le peuple le moins nombreux, mais le plus riche ', se résout à mettre des troupes en campagne. Je suppose qu'il anne mille hommes. Voilà le quart du peuple qui ne travaille plus : il faut donc qu'il arrive de deux choses l'une, ou que te pays, fournissant le quart moins de subsistances, les cultivateurs se privent journellement d'une partie de leurs consommations pour faire vivre leurs soldats, ou qu'ils augmentent leur travail pour suppléer à celui que ces derniers ont été contraints d'abandonner. Mais chez un pareil peuple, ces deux ressources sont également possibles. Nous observerons seulement que cette alternative n'existe guère , les deux efforts se faisant conjointement, de façon que la partie laborieuse travaille un peu plus, et consomme un peu moins , et c'est là ce qui soutient tous les états pendant la guerre.

Examinons maintenant ce qui se passe chez l'autre peuple. Il mettra aussi mille hommes sur pied ; car dans les premières campagnes les armées sont ordinairement égales, et de part et d'autre on calcule plus ses espérances que ses moyens. L'embarras est de savoir comment on soutiendra cette petite armée. Les cinq mille hommes qui resteront travailleront-ils davantage ? mais à peine leur travail excessif suffisait-il à leur consommation ; consomme-

' Cctterichesse doit toujours s'enlenrlre des subsistance»; «ar'jnsqu'ici nous avons éloigné tonte idée de comnierce et d'argent monnayé.

ront-ils moins? mais à peine leur consommation suffisait-elle à leur subsistance : dans cet état de crise et de souffiance , comment entretenir une armée , l'approvisionner, la recruter ? Il paraît donc démontré , qu'outre le désavantage qu'auront toujours mille soldats faibles et languissans contre un pareil nombre d'iiommes forts et vigoureux , la seule différence des moyens et des efforts décidera la ruine de ce peuple plus nombreux, mais aussi plus misérable que l'autre.

On m'objectera peut-être que ceci n'est qu'une hypothèse , et que je me donne la liberté d'y pousser les choses à Textrême. J'en conviendrai : oui, j'ai pris les choses à la rigueur , et je les ai poussées à l'extrême ; mais c'est pour mettre la question dans tout son jour. Maintenant ajoutez, diminuez, marquez les nuances intermédiaires, mais avouez du moins que le principe est vrai , et que tous les événeinens que l'histoire nous présente s'y rapportent plus ou moins. Que serait-ce si la nation la moins peuplée avait un plus grand capital en argent monnayé ? Que serait-ce si , en supposant toutes les choses vénales, comme les hommes même le sont de nos jours, tous les efforts de la guerre consistaient en dépenses ? Certainement mon principe , loin de perdre dans l'application , en recevrait un nouveau jour, et paraîtrait sans réplique.

Je prévois cependant une objection , et je vais ine hâter d'y répondre avant de terminer ce clia-

telle guerre a ruiné un pays qui le quart de son numéraire. Je | ne répondre à cette objection d'une théorie que je crois au simple.

Toutes les denrées étant vén intérieur, qui n'est c[u'un troc se faire par échange , ou avec p gnes représentatifs, il serait nati l'argent monnayé qui existe da une créance sur un surplus de duction à prendre sur l'étrange nation qui aurait une reproduci cents millions, et qui posséderait d'argent comptant , pourrait se fi huit cents millions de subsistanc mais comme il est arrivé très tous les échanges se sont faits pa argent les déplacemens de fonds

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général du commerce. Dans le corps humain une saignée dégage également tous les vaisseaux ; il n'en est pas de même dans le corps politique : tout s'y fait par convulsion , et vous ne pouvez en changer l'économie , sans y jeter le désordre et la confusion. C'est ainsi que les impôts attaquent les propriétés , et ruinent les provinces ; c'est ainsi que les emprunts et les affaires extraordinaires bouleversent les fortunes, et interrompent le commerce. Telle est encore la raison pour laquelle les nations se ruinent bien plus par la mauvaise administration que par la guerre. De tout cela il résulte que dans l'état présent des sociétés politiques , l'argent monnayé peut bien vXre regardé comme un capital qui représente des denrées ou des mains-d'œuvres étrangères ; mais qu'en même temps c'est un capital qui n'est point disponible ; qu'il ne peut être rassemblé et employé cju'en très petite partie : enfin, qu'une nation vraiment puissante est celle qui consommant spécifiquement plus, ou travaillant spécifiquement moins qu'une autre, peut dans un temps de crise trouver une épargne dans ses subsistances , ou une augmentation dans son travail. *

* Il est pour les états des capitaux beaucoup plus avantageux que l'or et Targent. Ce sont les ports de mer, les places de guerre, les arsenaux, les chemins, les canaux, les magasins, les fermes, les manufactures, et tous les édifices utiles à Tagri culture et au commerce. C'est, pour ainsi «lire, la première mise, les avances d'une nation, sans les-

vec le temps et à l'aide des lois f comme l'eiportatioa des grains l'encouragement des chemins vici tion de l'arbitraire dans la taille.

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