CHAPITRE VIII
De la guerre , et des causes qui peuvent la rendre plus ou moins
fréqueute de nos jours.
Si les spéculateurs ne sont pas encore d'accord sur les véritables symptômes de la félicité des peuples, personne ne disputera du moins que la paix n'en soit généralement le principe. La paix entraîne avec elle les idées de tranquillité , d'ordre et de bonheur. Pourquoi donc le calme qui doit la suivre est-il troublé si souvent chez les peuples libres, par des factions; chez les autres, par des murmures ? C'est qu'on estàla fois et beaucoup plus heureux et beaucoup moins occupé. Ce n'est jamais qu'au moment oii Ton commence à être mieux (a) qu'on s'efforce d'être bien (*). Un moribond , accablé sous le poids de la maladie , ne sent rien , n'espère rien , ne craint rien : la crise favorable est-elle arrivée, la douleur l'avertit bientôt de son existence ; il s'agite , il se plaint , il commence à craindre la mort , et il est déjà guéri. Il en est de même des corps politiques. Ceux-là ne connaissent ni les hommes ni les gouvcrnemens , qui entendant parler d'opposition , de remontrances , de murmures , etc. s'empressent de conclure qu'une na-
(a) Bien.
(b) Mieux. Faux en tout sens.