SUR
Il y a déjà près d'un siècle que la France, l'Angleterre et la Hollande s'étant opiniàtrécs à des guerres dispendieuses, ceux qui gouvernaient ces nations ont été obligés de recourir à des emprunts considérables. Je dis ceux qui les gouvernaient, parce que si elles avaient discuté elles-mêmes leurs intérêts, elles n'auraient eu aucune raison de contracter des dettes. En effet , comme elles possédaient presque toutes les richesses de l'Europe , elles jouaient en même temps les rôles de prêteurs et d'emprunteurs; de sorte que tout ce mouvement d'argent n'était qu'un mouvement intestin. 11 leur eût donc été facile de s'imposer sur ellesmêmes une contribution égale aux sommes qu'elles ne levaient que par emprunt. Mais, d'un côté, Guillaume m aurait eu trop de peine à persuader aux Anglais (et surtout aux Torys ) de sacrifier la plus grande partie de leur fortune à l'abaissement de Louis xiv ; et de l'autre, Louis xiv , tout absolu qu'il était , n'aurait jamais pu disposer arbitrairement du bien de ses sujets pour soutenir des guerres que son ambition seule lui avait attirées (^}. Pour les Hollandais, quoiqu'une vengeance particulière, un intérêt plus immédiat les animât, il était encore difficile d'en obtenir
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s*opère-t-elle ? Les emprunts sonl-iJs onéreux , seulement en ce qu'ils représentent une dépense excessive, ou sont-ils pernicieux par eux-mêmes en ce qu'ils perpétuent les charges de l'état? C'est ce que nous ne pouvons approfondir qu'en remontant à un principe général, que nous avons énoncé au commencement de cet ouvrage.
Toutes les richesses , celles des états comme celles des particuliers , ne sont fondées que sur un bienfait de la nature, qui a permis à l'homme d'obtenir, par un travail modique, une quantité de productions fort au dessus de ses besoins personnels. Un seul homme, en labourant un champ , peut se procurer assez de blé pour nourrir dix de ses semblables; un seul homme, en cultivant une vigne peut en tirer dix muids de vin , et ainsi du reste : de sorte que si la terre avait été abandonnée à l'industrie humaine , il serait arrivé que chaque individu, après s'être assuré sa propre subsistance, aurait encore cherché dans l'agriculture des commodités et des jouissances; soit qu'il eût ajouté à la culture des blés celle du chanvre, des légumes, des arbre» fruitiers , etc. ; soit que , ne consultant que la nature du sol et la facilité des échanges, il se fût efforcé d'obtenir la plus grande production possible d'une seule denrée, dans l'espérance de s'en ])rocurer d'autres par le dé]>it de son superflu. Dans ce cas, les jouissances des hommes n'auraient trouvé de limites que dans l'accroissement de la population. Mais l'étendue du drc^it de propriété a bientôt interverti cet ordre naturel : celui qui a pu réunir de vastes posassions s'est trouvé, il est vrai , dans l'obligation d'alnnenter les ouvriers qu'il employait à y faire naître différentes productions; mais tout ce que ce travail a produit d'excédant est resté à sa disposition ; de Aiçon que ses efforts réunis ont servi à la subsistance do tous et à la jouissance d'un seul. Cependant celte jouissance ne peut encore s'obtenir qu'à la faveur du