‹ De la félicité publique; ou, Considerations sur le sort des hommes dans les différentes epoques de l'histoireChapitre 48 sur 49 · TOME II. K · texte numérisé non relu

TOME II. K

fui tr.Y.,ll„. 5iippo,on. do conaë à «m cullîrateurs le a de 900 personnes qu'il desU de jonissances de pnr agrém.

bommeriehe vient i„„i,„, •ms; s'il est obligé de lui dé 'ons <ri'i| «!,«, p Rien ^ p,„, il laissera les cuUirateara a 1.

ehoisira panni le, ,ui„, pe„ nn certain nombre d'homtnei fendre ses possessions, soit à a Tant que cette gnene durera,

■tr, de quelque jouissance in lenninA,, qu'il ,e trour.ra d, •nparavanti c'est-à-dire tout a t«e de se procurer des jouissant Supposons maintenant que n conduit toutautrement, et que faiblesse, è tous ses amnseme, boBbeur, ou à .on faste qu'il , "■»«, il ait prélM d'euTOjet

année il aura conservé ses chevaux de chasse , ses officiers de bouche, ses artistes, parce que Jes cinquante cultivateurs qui seront restés à leurs travaux, auront fait tous leurs efforts pour suffire à leur tache et à celle de leurs camarades qu'on leur a enlevés; la seconde année, ces efforts ne pouvant plus se ré])éler, et ayant même épuisé leurs forces , bien loin de pouvoir suffire à ce travail excessif, chaque homme ne sera niéine plus en état de faire ce qu'il faisait autrefois : la culture sera négli^'ée , les terres mal labourées, mal soignées ; de sorte que la troisième année les subsistances ne se trouvant plus les mêmes, le propriétaire n*aura plus de quoi entretenir les ministres de son luxe ou de ses plaisirs, lesquels ne tarderont pas à être mécontens et à s'éloigner : enfm, pour ])eu que la guerre dure encore , il ne lui restera plus ni richesses, ni jouissances, et les maux qu'elle aura entraînés seront irréparables.

Après avoir ainsi placé les choses sous le point de vue le plus clair et le plus sensible, que nous reste-t-il à faire désormais, sinon à étendre nos idées, en appliquant cette hypothèse à deux nations, de forces à peu près égales, qui se trouveraient engagées dans une guerre indispensable? Voici , nen doutons pas, le raisonnement que la plus éclairée des deux pourrait faire : « Les choses sont arrangées de n telle façon, qu'un petit nombre d'entre nous, un dixième « à peu près, suffit pour nourrir tout le reste. Les neuf « autres dixièmes n'ont guère de moyens d'obtenir leur part « de ces subsistances, qu'en offrant des objets d'échange, « qu'en provoquant les désirs du cultivateur et du proprié- «t taire. Ce sont donc les dépenses de cette classe qui nour- « rissent l'autre, il n'importe lesquelles : ce qui est très vrai « et très important , c'est que dans l'état où sont les choses, « il faut pour que tout le monde subsiste, qu'il y ait tou- « jours la même quantité de dépenses. Or, c'est ce qui arri-

% * 'MfcJTj^l ■ronlno»ann«,etc. Soyeid

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1 font plaisir à ceux qni les pi

pente qui ne fait plaisir à pet

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était momentanée, la circulât!

tAt ses premières routes, et

I n sans s'obérer. Mais il en arrii

'^ d'un bien-fonds, cette facnl'

le trarail de ceux qu'on fait

qui nous sont agréables , a n

I de propriété. Nous n'examini

( de propriété s'est formée ; noi

I néral , et surtout dans l'état p:

g très utile an genre humain. N<

que Tusage (/) de la propriété, est devenu propriété luimême, ou, pour mieux dire, une sorte de droit; de façon que lorsqu'il a fallu subvenir aux besoins de la guerre, on n'a pas osé déplacer les richesses en changeant les objets de travail. Il est arrivé de là qu'en même temps qu'on était obligé d'employer un grand nombre d'hommes à de nouvelles professions , les riches ont conservé le privilège d'acheter le travail du peuple concurremment avec l'état. Le luxe, la magnificence, le plaisir, ont également conservé la plus grande partie de leurs agcns , et le gouvernement ayant été obligé d'acheter le travail des petits, aux dépens des petits , ce travail a été reporté en surcharge sur les cultivateurs et sur tous les artisans qui concourent avec eux à la production ou à la préparation des subsistances. Ainsi les nations ont été écrasées , parce que le poids qui devait être partagé entre tous , n'a été supporté que par les classes de citoyens les plus utiles à l'état. Ainsi la guerre a augmenté le travail général , ce qui est déjà un mal ; et elle l'a augmenté d'une manière inégale et oppressive , ce qui est un plus grand mal encore. Peut-être cet inconvénient aurait-il toujours été difficile à prévenir; car il faut observer que dans toutes les sociétés industrieuses ou commerçantes, chaque homme n'a guère qu'une manière de subsister; c'est ce qu'on appelle son art , sa profession. Chaque métier fait une classe à part, une société particulière dans la société générale, un état dans l'état. Or, les hommes ne peuvent pas aisément changer de profession ; ce sont des chenilles attachées à une feuille; si l'arbre sèche, elles meurent avec lui. Voilà ce qui fait que dans les guerres malheureuses on voit souvent vingt mille manufacturiers mourir de faim , tandis que vingt mille soldats manquent au complet des armées, que les arsenaux sont déserts, et que les armemens

(/*) Usage de propriété , ou plutôt abus.

mtA

i, ^mv.

travail a toujours approché de forces de l'onTrierj de manière c n'a presque point de travail di peut lui en demander sans l'écr disproportion de* réiîslancei , ) crédit du riche , la disposition de férer les moyens faciles aux mexpliquerex bientôt comment lei les états qu'elles ne devraient sei Voyons maintenant comment peu cet inconvénient : je supposa quantité de travail représentée lion* ; je dis une quantité de ti pas perdre de vue qne tonte dé] imposé sur une nation, puisqi somme considérable ou d' exiger des vivre*, des armes et des on le service d'une armée; or, nou pareille somme ne peut pas étr gens riches, ni le travail qu'elle ment sur le* agen* du laie, sai sans causer les plus grande* et

unt SLimnir mnJiijiiC', ([ui ne reprùscnle que l'iiih-riH (l'une SDininc plus considiirable qu'nn empi'uiite. Mai» loul empruiir représente mie di'pensc ; si l'i-lat a emprunté 3oo millions, il a (lépenst- 3oo millîiins en lravaux(i)> ^t s'il a as^cz bien payé ses B^ens poui- que les autres classes aient reflué sur ci-llr-là, le désiirUro n'u pas t'Ié Irrs (jrand. La intime qiianlLli^ île li'iiv.lil a OislHIiué la iiiCme quantité da subsistance!!', tout le luomic a ït'cn. Le nifll est ilonc bien moins (.-oiisidérnble que si loul le [rnvail nécessaire au soutien de la guerre avait ('té rsiRé avetr ripueur, et réparti aver inégalité : ajoutez à ees considérations que l'emprunt dans le cas des grandes dépenses, a cet avantage sur Timposîtinn, qu'il n'attire à lui que les sommes dont cliaeun peut disposer, sans retrancher de ses dépenses liabiliiellcs ; au lieu que rira]msition s'empare souvent du néecssaire. Que dans un cas urgent on eilge un quart du revenu nel , ou si l'on veut , einij vingtièmes, que je suppose monter à 3O0 millions, il est sur que chaque propriétaire sera obligé de diminuer sa dépense d'un i|uart jet c'est autant de moyen de subsistance enlevé au peuple. Cette diminution excéderait même la priipiirtion avec les sommes exigées; car des impots si exorhitans ne manquent pas de jeter la consternation dans tons les esprits, et de resserrer l'argent dan» toutes les bourses. Il n'en est pas di>méme de l'emprunt , qui BC prenant rîen. ou du moins très peu de chose sur les dépenses Ijabilurlies, met encore en mouvement l'argent que les capitalistes tenaient en réserve.

Maintenant, biijiposons que la guerre s'élant iirolongée, le gouvernement se soit vu oblif,'é de multiplier ses ressources , et qu'enfin la paix n'ait été conclue qu'après qu'il aura emiiriinlé un milliard. Il s'agit d'appirtîcr quel est

Liiiirgc ni i>ius reeue ipi eue i

la biuique fait nae navette per celte? Mais, me direz-vous, :

l'arrénge de la dette, l'étal pi propriétaires, ce dixième ne qu'ils auraient pu payer avec •ittances,dont leurs mercenai] tour? Je répondrai que dans i de diminution i^elle, mais s revenu net : que s'il arrive que millions de revenu net, rooii laires qui possèdent encore di de revenu , plus dix ; que ceu; ▼aux qu'ils ne feraient s'ils n pier(/}, de même que les ai qu'ils ne feraient s'ils n'élaii dixième j enfin, que suivant c vail reste toujours la même, n'en réclament pas plus que f table raison pour laquelle les tent encore dans l'état te plus 1

(i) If on , tani doult. Le cullitaltm

sont encore riches cl puissans , ei continuent de dépenser ou <ic ciiiiMjininiT auiuiil iiii'ataut In guerre. ' (n)

Avant que d'i'tenilre plus loin l'application de ces principes, il ne faut pat se disjlinuter qu'il est des circonstances qui les rendent susceplililcs de quelque reslriclion. Mous avons supposé jusqu'ici que l'étal n'a emprunté que des sujets; mais quoique la plus grande partie des richesses se trouve chi't les nolions qui ont coutume de recourir à ces eipédiens.on ne peut disconvenir qu'au moment ou elles ouvrent des emprunts, il tie leur\icriiie des sommes considérables de la part de l'étninfjer. C'est encore pis si ces nations riches et puissantes ne sont pas toutes en guerre dans le même moment. Car celle qui aura couscrvé la neutralité aura certainemriit beaucoup de richesses, et manquera de dcboucliés pour en faire usage. Klie versera donc de grandes sommes dans li'S fonds des nations belllf-trantcs '. Or, comme nous avons déjà établi que tout argent monnayé est une créance sur le travail d'aulriii , <'t que toute dépense représente iiFi travail , il n'est pas douteux que l'argent e\porlé tous tes ans chex l'étranger pour le paiement de ces arrérages, représente tin travail annuel dans la nation qui emprunte, travail stérile et tributaire de sa part.

' Il faut nvoner qae dans le ca.'i au le renver.ieinenl des arrérages compcinerail la somme levée par l'imposition sur tous 1rs propriétaires d'un état, il en rësutterait encore qu'ils Duraient de moins l«s capitanx qu'ils avaient placés dani les fonds publici. Maïs qu'est-ce que cela prouverait, sinon qu'ils auraient fourni aux dépenses de l'état, ce qui est juste et nature!?

;e qui est arrivé aus Hollandais, qui possèdent 1 pi rande partie de nus meilleurs fonds, et surtout de il

mai» que pour les faire suh le superflu des riche», c'eit-i seraient pour des objets de serait encore plus simplifié taxe générale sur l'aisance. H.

à une pareille résolution ? L'i républiques que lorsque les p du gouvernement , le» magisi:

ennemis. A quels dangers ne renverse ainsi toutes les fortoi propriétés? Et puis ce luxe, c certaines classes d'artisans née petit état. Suspendre tout à priver de leur» profits habitue le» attachent à la patrie. D'un poids entre tous les sujets , a sera, à la vérité, moins de plaintes des foible» ne teron dernières classes que vous imi sistances disponibles ; et lorsqi gent, vous exigez qu'elles fassi vail ousurleur» •«*.."—-

PUBLIQUE. 2tjc)

le travail général , ce qui peut représenter la solde de dix mille hommes de troupes : mais il en faut le triple au moins.... Eh bien! la somme nécessaire à Tentretien de cet excédant, on l'empruntera de la ville de Brème, et soit qu'elle prête de l'argent qui représente des subsistances, ou des subsistances qui représentent un travail , les subsides n'ayant pas change de nature, les magistrats de Hambourg raisonneront ainsi : « Si nous pouvons faire la paix après la campagne, nous « conserverons encore trois ans l'état de gène où nous nous « sommes mis cette année-ci : nous continuerons d'épargner « le sixième du travail public, ou la solde de dix mille hom- « mes, pour nous acquitter envers nos voisins. Cette charge « sera plus longue; mais moins pesante , elle sera portée sans « murmure : nous aurons sauvé l'étal , le gouvernement et « nous-mêmes, ce qui est encore plus intéressant. »> * (o)

Je ne parle pas de l'avantage qu'on fait au préteur; avantage qui augmente ou prolonge encore un peu l'embarras du débiteur, mais qui est compensé par ceux que ce dernier a été à portée d'obtenir à la guerre; le lecteur a dû me prévenir sur cette circonstance : mais si les riches particuliers de la ville, voyant que leur fortune a été épargnée, et que l'état accorde un avantage considérable à ceux dont il emprunte les secours, se décident, par intérêt, à ce qu'ils auraient dû faire par esprit de patriotisme; s'ils économisent sur leurs jouissances actuelles, c'est-à-dire sur le travail qu'ils soudoyent , pour prêter eux-mêmes ce travail au gouvernement; si les sommes qui le représentent sont égales à la moitié de celles que nous avons supposé avoir été four-

' Une proposition à peu près pareille fut faite aux Athéniens par Xénophon. Voyez Discours sur P amélioration des revenus de la républifjue.

(o) Songez que vous parlez de villes qui subsistent uniquement par le commerce. Il y a ici peu de travail des mains.

3oo DE LA FÉLICITÉ

nies par la ville de Brème , Hambourg n'est plus redeyable à l'étranger que du trayail de dix mille hommes. Enfin , si les citoyens de cette ville ont fourni les quatre cinquièmes de la somme empruntée , l'état ne reste plus débiteur que du travail de quatre mille hommes. Quant à l'intérêt et aux remboursemens qu'il doit à ses propres sujets , on voit bien que cette charge n'est qu'idéale ; car il faut bien qu'il s'en procure la valeur d'une façon ou de l'autre. Or , il se trouve qu'il la reprend à peu près sur ceux même qui la reçoivent ; je dis a peu près , parce que tous les gens aisés n'ont pas prêté des fonds; mais 'cette petite inégalité est bien moins importante pour le public que le bonheur du peuple , lequel ne perdra rien toutes les fois qu'on n'augmentera pas son travail , et qu'on ne diminuera point ses subsistances. Que serait-ce si les plus riches Hambourgeois avaient dans leurs coffres une certaine quantité d'argent comptant , c'està-dire des créances sur le travail des étrangers * ? Alors ces citoyens , en portant leur argent au gouvernement , loi donneraient les moyens de soutenir la guerre, sans rien prendre sur le travail du peuple , soit qu'on employât cette somme à louer des soldats , soit qu'on s'en servit pour acheter des armes, des subsistances, etc. H est vrai que l'état aurait toujours fait des dépenses , mais il aurait fait un bon

' Je répéterai ici qu'on ne doit pas être surpris si j'emploie l'expression de travail, de préférence à celle de denrée ou d'argent. C'est le travail qui met seul le prix aux denrées. L'eau da ciel et des fleuves ne se vend pas, parce qu'elle ne représente aucun travail. Ainsi, toute chose vénale représente un travail, et n'a de valeur que celle du travail qu'elle a exigé. Il n'est pas besoin d'avertir que toutes les fois qu'il sera question du travail de mille hommes, du travail de dix mille hommes, c'est le travail annuel de mille hommes ou de dix mille hommes qu'il faut entendre, {p)

(/>} Non pa* dans le* pays où la principale richesse went du commerce.

PUBLIQUE. 3or

marché; et si toutes les fois que la république se serait cotisée pour payer une indemnité aux riches, c'est-à-dire rintérêt de leur argent, ceux-ci, en le recevant par petites sommes et successivement, devenaient plus enclins à le dépenser, IVtat aurait fait la guerre, sans que dans le fait il lui en eût rien coûté. Il est vrai qu'il aurait aussi une ressource de moins; mais que ne peut pas reproduire une longue paix, un commerce florissant et une bonne administration?

J'insiste sur ces réflexions, parce (ju'il me parait que cette matière n'a jamais été bien débrouillée, et qu'on a toujours confondu les effets de la dette avec ceux de la dépense. M. Hume ' , ce philosophe si inaccessible à tous les préjugés, cet auteur à qui j'offre avec tant de plaisir l'hommage de l'estime et de l'amitié , me paraît avoir condamné avec trop de sévérité les argumcns par lesquels on s'efforça de rassurer l'Angleterre, lorsque les Davenant et les Pulteney {q) attaquèrent le gouvernement des Whigs. Peut-être lin penchant naturel pour les Torys , cette espèce d'attrait qui trahit quelquefois le philosophe sceptique en décelant son opinion secrète , a-t-il altéré pour un moment l'exactitude de sa balance. Il se contente de réduire les choses à l'absurde, en supposant qu'il n'y a point de terme aux emprunts, et que l'état doit tout le revenu des particuliers; mais j'observerai d'abord qu'en Angleterre, le revenu des terres étant de plus de 400 millions (r), et cette puissance ne devant à présent que 120 millions d'arrérages, ii faudrait pour que pareille chose arrivât, qu'elle eût trois fois autant de guerre à soutenir qu'elle en a éprouvé depuis 1688.

' Voyez Es SU) s on crédit public , on taxes , etc. (^) Davcnaiit ni Pultcney n'étaient torys.

3oa DE LA FÉLICITÉ

Je demanderai ensuite contre quelles nations ces guerres auront lieu. Si c'est contre des états qui n'ont point de dettes, et qui ne sont pas obligés d'emprunter, je conviens que le cas sera très embarrassant. Mais si c'était contre la France et contre la Hollande , il me semble que les choses seraient pour le moins au pair , et je comparerais volontiers ces puissances à des joueurs de paume qui auraient une jambe attachée ; la partie serait moins vive , mais toujours égale. Si l'on m'objectait l'embarras réel où se trouvent les puissances obérées; sans repéter encore que cet embarras est dû en grande partie à la situation critique où ceux qui gouvernent se sont trouvés, relativement à ceni qui sont gouvernés, je répondrais seulement que toute nation qui fait la guerre avec de grandes armées , de grandes flottes 9 et , pour tout dire en un mot, avec de grandes dépenses, sera bientôt ruinée, si elle n'en est dédommagée par le pillage. Or , le pillage n'a plus lien depuis que tons les pays qu'on subjugue se soumettent par capitulation, depuis qu'on n'enlève plus les bestiaux, et qu'on ne réduit plus les peuples en captivité. («)

Loin donc d'attribuer la situation critique de plusieurs puissances aux dettes qu'elles ont contractées, je regarderai comme un problème l'état florissant où elles se trouvent encore après les guerres opiniâtres ou ridicules qu'elles soutiennent depuis long- temps. Et pourquoi s'en prendre à la dette de ce qu'on peut mettre sur le compte de la dépense {t) ? Ce jeune homme n'est point ruiné pour avoir emprunté cent mille écus , c'est pour les avoir dissipés. L'Angleterre , en 80 ans , a dépensé trois milliards au delà de ses revenus; ces trois milliards représentent un travail (u) qui

(x) Les prises de vaisseaux et les succès dans les Indes ont valmpbu que des pillages,

{t) Dites des pertes. (u) Et un commerce.

PUBLIQUE. 3o3

aurait pu être employé plus utilement au défrichement d'une grande quantité de landes, ou à Tencouragement de l'agriculture en Ecosse et en Irlande. J'avoue que je trouverai» difficilement d'autres objets que la guerre ait fait négliger j car cette heureuse contrée offre partout l'image de la prospérité : population , agriculture , manufactures , grands chemins , établissemens magnifiques , rien ne paraît y manquer, et c'est un argument terrible entre les mains des sceptiques en politique. Mais il faut observer: i°. Que la situation de ce pays est très favorable en tout point; 2°. que l'excellence de son gouvernement et la sagesse de son administration ont dû triompher de beaucoup d'obstacles : car telles sont nos erreurs en politique, telles sont les suites d'une mauvaise morale et d'une mauvaise législation, que toutes les nations du monde, si l'on excepte les Chinois, sont infiniment au dessous du degré de prospérité auquel elles peuvent atteindre ; 3^. que cette prospérité de nos voisins ne doit pas être regardée comme le partage de tout l'empire britannique, mais de la seule Angleterre, l'Ecosse étant encore, en grande partie, inculte ou déserte, et les Irlandais (.r) n'ayant guère été jusqu'ici que les ilotes des Anglais. Je sais que celte politique est mauvaise, de fonder ses richesses sur l'exclusion, et de prétendre soutenir un peuple aux dépens de l'autre ; mais elle peut offrir quelques avantages illusoires et momentanés. Enfin, puisqu'il faut trouver chez les Anglais les traces de leurs erreurs, et les suite» de leurs dépenses excessives , je pense que c'est en Ecosse et en Irlande qu'il faut les chercher. Si les taxes eussent été

■Ll*^ .' J- * 1»! i.^ê.1^.

3o4 DE LA FÉLICITÉ

douanes et les droits de consommation , on n'aurait eu aucune raison de redouter la concurrence de cette ile voisine. On eût aussi donné plus d'attention à l'Ecosse, et les ri^ chesses également répandues dans les trois royaumes anraient multiplié le commerce à Cork comme à Londres , à Edimbourg comme à Cork.... Mais , si pendant la dernière guerre l'Irlande a prospéré ; si son agriculture , son commerce, sa population y ont augmenté.... Alors il faudra répondre que les expéditions maritimes ont enrichi ce pajrs , qui fournit aux armemens des vaisseaux et au commerce de l'Amérique. Mais si l'Angleterre n'a pas souffert de cette préférence locale, si.... Hâtons-nous de revenir à nos principes, car nous nous sommes embarqués dans une discussion un peu ingrate, et répétons qu'une bonne admbistration répare bien des malheurs et couvre bien des inconvéniens.

Les faits sont toujours bien génans, bien incommodes pour les gens à système, pour les politiques métaphysiciens : eu voici qui peuvent former une nouvelle objectioa contre leurs principes. Un grand prince , nn héros coaronné , en commençant son règne glorieux a trouvé une économie tout établie, et ime épai^e considérable, qu'Ut encore augmentée depuis; ses nombreuse victoires n'ont jamais été achetées par des impositions exorbitantes ; il ni point emprunté; on assure même qu'il n'a pas dissipé dans la dernière guerre tout l'argent qu'il avait en réserve; It paix étant rétablie , il a rétabli aussi l'économie dans ses dépenses ; il s'est occupé à remplacer les sommes qu'il avait tirées de son épargne; il a complété son trésor, et cependant ses sujets sont tombés dans la misère (y); l'argent t disparu , le commerce a langui (?) , la circulation s'est ar-

(y) ^^ y ^^* toujours été,

{i) Il n'y a jamais tu de commerce.

PUBLIQUE. 3o5

rêtée, et la paix a été plus désastreuse que la guerre. Sans doute que le génie puissant qui préside à cet état , n'a besoin que de ses propres ressources pour remédier à ces inconvéniens passagers ; mais ne pouvons-nous pas profiter de cette occasion pour nous excuser de n*étre point de l'avis de M. Hume, qui parait pencher pour l'établissement d'un trésor public? Nous croyons qu'il n'est point de sommes disponibles pour l'état qui n'en augmentassent les richesses, si elles étaient dépensées utilement. Un canal , un port de mer, un grand chemin, un défrichement, valent cent fois mieux que lo millions dans un coffre (a^). Et puis, l'expérience nous apprend que les trésors amassés par une administration économe sont bientôt dissipés par une adminis— tration prodigue. Charles v avait un trésor considérable: il devint la proie du duc d'Anjou. Henri iv avait amassé plus de ao millions , qui entreraient plus de 5o de nos jours : ils ne servirent qu'à enrichir des Italiens et quelques seigneurs avares et factieux.

Or, si les trésors ne sont pas avantageux pour les nations , il faut donc qu'il arrive de deux choses l'une : ou qu'elles fassent la guerre sur une légère augmentation de leurs impositions , ou que les besoins devenant trop pressans, elles soient obligées d'emprunter. Mais dans le premier cas, la guerre n'est pas fort ruineuse; et dans le second , ce sont les besoins réels et l'importance de la guerre elle-même qu'il faut consulter. Ainsi il résulte de toutes ces réflexions que les guerres qui se font avec des dépenses modérées, sont beaucoup moins fâcheuses pour les peuples que celles dont les frais excèdent leurs moyens , ce qui se réduit encore à dire que la guerre est plus ruineuse quand on est battu , ou qu'on fait une partie inégale ; toutes choses

(aa) Mais si ces dix millions produisent, on pourra faire deux canaux. TOME II. îiO

3o6 DE LA FÉLICITÉ

qui n'ont rien de commun avec la question de la dette et des emprunts, {bb)

Maintenant que nous avons développé la nature de la dette et son influence sur la (ce) félicité des peuples , il est temps d'avertir le lecteur que nous avons placé les choses dans leur jour le plus favorable. Nous croyons, il est vrai, avoir prouvé <{ùe les inconvéniens de l'emprant sont les mêmes que ceux de la dépense {dd) ; mais nous ne devons pas dissimuler que la nécessité de suivre , sans interrnptioo, la chaîne de nos idées nous a fait omettre quelques particularités assez importantes. Par exemple , nous avons supposé que le gouvernement,, devant rendre annuellement à différens particuliers ce qu'il a levé pour payer les arrérages de la 'dette , la somme des revenus n'avait pas changé, et que par la même raison , la somme des dépenses, ainsi que celle du travail , étaient toujours restées les mêmes (ee). Nous ne désavouons pas cette assertion ; mais nous devons considérer que ce déplacement de revenus et de dépenses est sujet à plusieurs inconvéniens. i°. D suppose des recontvrcmens et des paycmens qui demandent toujours quelques frais, soit qu'il s'agisse de lever des contributions, soit qu'il faille remplir des caisses , les garder et les ouvrir. Or, tous ces frais sont une dépense qui représente an travail et un travail stérile, puisqu'il ne produit ni subsistance ni jouissance. a°. En admettant même que ces dépenses , étant imposées sur un revenu territorial et en particulier snr le revenu net des propriétaires , n'exigent que peu de £rais de perception , et ne portent aucun dommage à l'agricultue

(èè) Que sont donc le* dettes contractées dans une guerre maihemrtase? (ce) Avant le mot félicité est écrit in (inféitcité). {dd) Mais non pas que ceux de la perte, (ee) Et les pertes, les pertes!

PUBLIQUE. 3o7

et au commerce y il restera toujours un grand inconvénient : c'est la séparation du revenu et de la propriété foncière.

Je suppose que tous les préteurs ayant été propriétaires , les fonds publics, les contrats soient également partagés entre ces derniers, en sorte que quiconque payerait annuellement mille livres de plus pour Tarrérage de la dette, serait possesseur d*un contrat portant mille livres de rente (j(/*). Il en résulterait toujours un mal, parce que toute diminution sur le produit d'une propriété tend à diminuer, à son tour, l'affection du propriétaire, et à éloigner les entreprises dispendieuses, mais utiles, comme les bâtimens, les défrichcmens, etc. D'un autre côté , il arrive qu'on s'attache naturellement à la source de ses revenus , qu'on abandonne les campagnes pour la capitale , et qu'on se livre plus volontiers à une vie oiseuse et inutile. L'inégalité dans le partage des effets publics redouble tous ces inconvéniens : car tandis qu'un propriétaire de 20 mille livres de rente en fonds de terre , possède encore jusqu'à 5o mille livres de revenus en contrats, tel qui n'a que 10 mille livi^s de rentes également en biens-fonds, paie le cinquième de son revenu, et ne possède point de papiers. Je ne dirai pas que la facilité de placer son capital dans les fonds publics détourne l'argent du commerce , et l'éloigné de tous les emplois utiles : car ceux qui ont tant répété ce lieu commun, n'ont pas fait attention que lorsqu'un homme achète un contrat, il y en a un autre qui vend un contrat , et que si l'acheteur ne place pas son argent dans le commerce, le vendeur n'a peut-être aliéné son effet que pour en faire cet usage (gg). Si l'état ouvre un nouvel emprunt , le cas sera différent ; mais alors

(Jf) Au contraire , // aurait mille livres de moins.

{gg) Oui, mais c'est probablement pour pajrer ses dettes.

3o8 DE LA FÉLICITÉ

cet inconvénient est une suite de là dépense actuelle du gouvernement, et non pas une conséquence de la dette anciennement contractée. Ce que j'oserai assurer , c'est que le peuple , ou plutôt les propriétaires , qui dans les sociétés modernes doivent seuls représenter la nation ^ ne peiirent manquer de s'afToiblir considérablement toutes les fois qu'ils troqueront des propriétés foncières contre ces possessions incertaines, toujours dans la main du gouvernement (&A). Soit que ce gouvernement porte le nom de monarchie ou ai aristocratie y ils doivent tomber t6t ou tard dans la dépendance. Ce que je 'dirai encore, c'est que si malheureusement les efTets publics sont tellement multipliés, que connaitre leur valeur, suivre leurs cbangemens, gouverner soi-même ces variations , soit devenu un art obscur et di^ ficile , il s'établira une espèce de commerce stérile , appelé agiotage; commerce qui ne réussit jamais qu'aux dépens des propriétaires, toujours dupes des gens à argent; mais j'observerai aussi que tous ces nouveaux inconvéniens dotvent être plutôt imputés aux fautes du gouvernement qu'à la dette en elle-m^e , et je répéterai encore que si on veut remonter à leur source, on les attribuera encore moins à l'ignorance qu'à la foiblesse des ministres , de façon qu'en dernière analyse on trouvera, au lieu des vices inbérens aux emprunts, ceux qui naissent des guerres entreprises contre le vœu des peuples , ou qui sont la suite nécessaire de toute prévarication dans l'exercice de rautorilé

publique.

Entraînés dans ces longues discussions, peut-être trop sèches et trop ennuyeuses pour la plupart de nos lecteurs , nous ne devons pas oublier que notre objet principal est d'examiner quelle est l'influence d'une dette publique sur le

(hh) FraL

PUBLIQUE. 3oî)

bonheur (u) des peuples. Nous avons essayé de diminuer l'opinion effrayante qu'on en conçoit assez généralement : voici une nouvelle façon de l'apprécier. Si la dette est essentiellement un mal comme dette, et non pas seulement comme représentant une dépense, le premier soin de tout gouvernement doit être de la rembourser le plus tôt qu'il pourra. Tâchons donc de nous assurer si une pareille opération est toujours la plus avantageuse ; et, pour y parvenir plus tôt , imaginons un état qui ait emprunté précédemment une somme égale au travail de cent mille hommes, pour l'arrérage de laquelle il rend annuellement celui de cinq mille hommes : supposons encore qu'une sage économie, soit dans l'entretien des troupes, soit dans les dépenses de la cour, lui permette d'épargner annuellement une somme représentant le travail de dix mille individus : quel usage fcral-il de cette épargne? S'en servira-t-il pour diminuer le fardeau général du peuple , en remettant annuellement sur les impositions une somme correspondante à cette épargne, ou bien l'emploiera-t-il an remboursement progressif de la dette publique? D'un côté, la dette, en diminuant peu à peu, finira par s'éteindre entièrement, et le peuple se trouvera à la fin libéré de toute la contribution qui fournissait aux arrérages de cette dette. De l'autre il peut se faire que les taxes étant excessives ou mal réparties , la nation ait un besoin plus pressant d'un prompt soulagement : il peut se faire encore que les frais de certaines impositions étant beaucoup trop considérables , l'anéantissement de ces impositions soit l'opération la plus nécessaire ; ce qui réduit le problème à ces deux questions : Le peuple a-t-il besoin d'un allégement immédiat ? Le remboursement ne sera-t-il pas plus onéreux que la dette ?

Première question. Le peuple a-t-il besoin d'un allège-

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ment immédiat? e'ett ce qnll est important de considérer: car en tapposaot qn'nn état cliai^é d'une dette de deux cents millions (hk)^ poor laquelle il paie cinq pour cent d*arrfrages , TCnille remlxmrser annuellement le dixième de cette somme ^ il est clair que dans la première année il n'allégerait le fardean poblic que d'an million ; diminution bien légère , et qni serait à peine aperçue. Mais si la contribution est trop forte pour le peuple , si elle excède ses moyens , si elle le détourne des travaux d'amélioration; si elle le prive du repos qui lui est nécessaire , etc. etc. ne vaut -il pas mieux lui remettre annuellement la somme entière de vingt millions, que de se contenter d'en remettre seulement l'arrérage, qui n'en Êiit que la vingtième partie? Vons me direz que les sommes remboursées cessant de représenter un travail stérile , comme celui qui sert à l'entretien des années ou au faste des cours , elles passent bientôt des propriétaires des fonds â la classe laborieuse qui pourra augmenter le prix de son travail , ou diminuer quelques heures de ses journées : mais ces retours sont-ils assez rapides et assez immédiats , surtout lorsqu'ils doivent avoir pour véhicules l'argent monnayé ou les papiers - monnaies qui prêtent à tant de spéculations et de manœuvres différentes ? D'ailleurs, si en allégeant le fardeau du peuple, en facilitant le commerce, en perfectionnant l'agricnlture , vous parvenez à donner aux denrées la plus grande valeur possible, vous diminuerez véritablement le capital de votre dette; car alors l'argent n'aura plus le même prix qu'il avait auparavant : cent millions que vous devrez encore dans un temps de prospérité, ne représenteront plus la même somme que vous aurez empruntée dans un temps de détresse. Nouvelle manière d'envisager cet objet dont il résulte également que

Çkk) Dans Ut première édition le calcul était tout autre , et Faltairt avait écrit en marge : Le calcul me parait faux.

PUBLlQUh. 3it

si te peuple est surcharge, il faut mieux remettre àei imposilions (jue rembourser la lipllc.

Seconde 'jlii'Slioii. Le rcinhoiirsemenl ne (era-l-i! pat plus oncreiix que la dette? Cet examen ciL très iiili*reîsant; car si pour rembourser annuellrmeiit utte somme lie dix millions vous lie» oblige d'en lever une de douze sur le peuple , TOUS ferez cerlainemciil un très mauvais martlié. Prenons un exemple à portée de nous. On lève en France un iinpàl »ur les boissons (piî porte li- nom d'aiiies. Cet iiii]iôt coûte ao pour cent de perceptif)!), el rapport au roi autour de 'Jo millions. Or, je demande si lorsqu'en 1 76/1 on forma un fonds d'amortissement de ao millions , il ii'aurnil pas mieux valu diminuer les droits d'aides, ou, pour mieux dire, les changer en un sijnplr impiJf territorial, qui, produisant encore un certain revenu, aurait facilite la conversion de la gabelle (//) dans une luxe ri^parlie an marc la livre de la taille ou du vingtième? Je sais qu'on peut diffieileuieut raisonner d'après ce remboursement illusoire qui exigeait d'autres ressources; mais ces rcisotirees ne les aurait-on pas trouvées jiius aisément en améliorant le sort des campagnes, qu'en se bornant a un simple virement de parties, plus dif>ne d'un agioteur que d'un minisire? Knfm , j'ajoulerai à ces différentes considérations, que dans la supposition niénie qui' les iniposilioiis sont réparties avec sagesse cl perçues avec économie, il faudrait encore, avant de son-

jjas d'emploi d'argent plus pressé. Quand la France aurait aboli les droits d'aides el de gabelle, je regarderais eneorr les canaux dt communicaliou entre la Somme et l'Escaut ^ entre ta Moselle, la Meuse et la Marne, entre In Saône ci la Seine , comme des opérations plus utiles qu'un rembniii^

[ll)A,„hU,«.oir,.,pprm

riMl-tu.

3ia DE LA FÉLICITÉ

sèment de 60 millions (mm). J'en dirais autant de la perfection des grands chemins, de la construction des ponts, du dessèchement des marais^ du défrichement des landes, etc. U ne faut pas oublier non plus que le remboursement des dettes dispose tous Iqs gouvernemens à la guerre , tandis que les dépenses utiles rendent la paix avantageuse , sans en abréger la durée.

Après avoir envisagé l'objet par tant de faces différentes, tout lecteur impartial doit convenir avec nous qu'à quelques inconvéniens près , que nous avons énoncés, la dette publique n'est pas une plaie si grande qu'on se l'imagine ; qu'elle n'est un mal réel qu'autant qu'elle représente des dépenses excessives; enfin, que son remboursement n'est pas d'une nécessité absolue , ni même l'objet le plus important d'une bonne administration. Peut-être n'aura-t-il pas regret à l'application qu'il aura été obligé de nous donner, s'il peut se convaincre que les malheurs de ses concitovens, je dis plus , ceux de ses semblables ( car l'humanité ne connaît pas les limites des empires), ne sont pas proportionnels à ces dettes énormes dont la masse parait si accablante au premier coup d'œil. L'emploi de panégyriste des rois a été justement avili; mais celui de consolateur des peuples doit être chéri et estimé , surtout si en leur montrant leurs espérances, on ne leur dissimule pas leurs dangers; si Ton ne cherche point à leur inspirer une fausse sécurité, et si toutes les fois qu'on veut diminuer l'opinion qu'ils ont de leurs maux, on a soin de leur prouver en même temps qu'ils peuvent être beaucoup mieux. Une telle persuasion , une pareille disposition des esprits me parait la plus favorable à toutes sortes de progrès. £lle est également éloignée du mécontentement chagrin qui désespère de tout, et de la

(mm) Oui; mais ces canaiu: produiront à coi^ sûr des dettes noupelUs, et seront abandonnés.

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vaine confiance qui ne doute de rien. Laissons à ceux qui sont appelés aux soins pénibles du gouvernement à calculer toutes les circonstances morales qui doivent modifier les principes généraux; mais puisque dans notre loisir nous avons cru pouvoir développer ces principes , essayons du moins de fournir toute noire carrière en montrant leurs conséquences ; et soit qu^on veuille nous réfuter ou nous applaudir y épargnons à nos censeurs et à nos approbateurs la peine de chercher le résultat de nos opinions.

Ce n'est pas inutilement que nous avons apprécié en travail public toutes les contributions des peuples, toutes les dépenses du gouvernement. Il en résulte, que dans la forme actuelle des sociétés , tout travail représente des subsistances pour une partie des citoyens , et des jouissances pour l'autre; que toute disposition qui trouble ce commerce , attaque directement le bonheur des nations ; que toute dépense publique est absolument dans ce cas-là, et que, par conséquent, elle doit toujours être regardée comme un minimum (lin) , c'est-à-dire qu'elle doit toujours être la plus petite qu'il est possible. Nous avons dit plus haut que la sûreté et la conservation servaient de limites naturelles à cette économie : c'est donc à ceux qui gouvernent à bien connaître ces limites , et à prendre toutes leurs précautions pour n'être jamais en-dccà ni au-delà. Le nombre des soldats et des forteresses est de toutes les dépenses celle qui frappe (oo) le plus les habitans des capitales. Cependant s'ils pensaient que les puissances ne peuvent guère désarmer que de concert, et s'ils se rappelaient les conséquences terribles qui ont suivi quelquefois la perte d'une bataille ou la prise d'une ville, ils seraient plus modérés dans leur

(/ï«) Elle peut être de plusieurs millions ; cela n'est pas minime.

frtrtS jéttii

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censure y et ils ne Tondraient pas qu'un père du famille ^ obligé de faire quelques retranchemehs dans sa maison , commença t par renvoyer son portier. Ces erreurs , si communes parmi nous , ne peuvent venir que de l'habitude que nous avons prise de distinguer le souverain d'avec l'état. C'est le souverain qui paie les troupes : on en conclut que cette dépense vient de lui , et c'est celle-là qu'on veut attaquer la première. Mais je demande si 3o mille moines sont moins à charge ou plus utiles à l'état que 3o mille soldats '. Arrangez-vous comme vous voudrez , il faut pour entretenir les uns et les autres , ou qu'il y ait une augmentation de travail dans laî classe cultivatrice et industrieuse , ou une diminution de jouissances dans celle qui fournit les subsistances. Sans entrer dans aucune discussion théologique, on peut assurer qu'il est des peuples chez lesquels le clergé se trouve réduit aux évéques , aux curés et aux vicaires. Il en est même qui n'ont d'autres ecclésiastiques que des pasteurs. Ces peuples peuvent errer sur le dogme ; mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a parmi eux autant de foi et plus de mœurs que chez quelques nations inondées de prêtres et de moines. Si dans quelqu'une de ces nations le nombre de ces hommes inutiles teontait encore à 3o mille personnes , je dis que la réforme de 3o mille moines, ou celle de 3o mille soldats soulagerait également le peuple relativement aux contributions, c'est-à-dire aux épargnes à faire sur les jouissances et sur les subsistances. Je laisse maintenant à décider quelle est la plus utile : mais je crois pouvoir , à tout hasard, rassurer les militaires.

Je ne répéterai pas ici ce qui a été dit si souvent sur le

' On a vu plus haut que le nombre des moines ne monte pas à présent à 3o mille; mais les religieuses qui ne sont ni hospitalières ni chargées de réducation sont un fardeau public comme les moines.

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célibat des ecclésiastiques , et surtout sur celui des moines. J'écris pour des lecteurs instruits, et plus instruits que moi. J'offre mes idées à la plupart d'entre eux, comme je le ferais en conversant avec des gens d'esprit ; et je ne me sers de la voie de l'impression que pour étendre un commerce qui a toujours fait le bonheur de ma vie : dans ce commerce, chacun ne doit offrir que celles de ses idées qui doivent être neuves pour les autres. En voici une qui me parait être de ce genre. Je crois que de tous les religieux , les moins onéreux à l'état, ce sont ceux contre lesquels on a le plus crié, c'est-â-dire les plus riches d'entre eux. Les Bénédictins (/>;>), les Prémonlrés, les Bernardins sont en bien plus petit nombre que les Franciscains et tous les mendians. On peut les regarder comme une société de propriétaires qui, usant modérément de leur revenu net, en reversent une partie en avances et en améliorations. Un auteur célèbre a déjà fait l'éloge de la culture des moines ; mais nous différons beaucoup dans nos résultats , parce qu'il a regardé comme une justification de tous les moines ce qui n'était que l'excuse de quelques-uns. M. Hume a pensé aussi qu'on avait peut-être trop exagéré le déficit que ces religieux avaient causé dans la population. A la place des grosses abbayes , il suppose des châteaux habités par des seigneurs riches et fastueux , et il voit ces propriétaires prodigues dépenser leurs revenus en chiens, en chevaux, en valets inutiles. Mais qui pourra comparer le faste des châteaux a celui des abbayes {qq) ? D'ailleurs , c'est bien plus par leur nombre que par leurs richesses que les moines nuisent à la société. On connaît et l'on méprise assez ces mendians qui n'ont pour ressources que leur impudence, et pour capital

i^pp) Les Chartreux. i

(qq) Le faste (f es châteaux est bien plus solide. Tout i^rand conient a un trésor; les grands seigneurs empruntent.

pernicieuse qui ne leur d CO«ctive, mais qui leur lai simple et l'igDoranl, éqni faible , et de respecter le fo Maintenant revenons sn; mérite des riches abbayes a nicieuses i l'état qne cette i est infecté. On a dit que Ici priéiaires que les gentilihom hommes sont-ils pauvres? C se sont emparés de toutes li dire que les financiers sont [ tenanciers, car leurs terres :

vées. On fait beaucoup de br que les religieux emploient à mais a-t>on bien calculé si ti le fruit de leurs épargnes?

ces oblations, de tous ces dépooillaient la succession d ainsi leurs propriétés , pour faire des murs, des fn«^ -

Voici une objection qui n*a pas de rc^plique. Voulez-vous opposer les abus aux abus, mettez en parallèle avec les dépenses de quelques particuliers dissipateurs, les capitaux immenses que les abbayes ont employés en bâtimens , et qu'elles dépensent encore journellement dans l'entretien de ces édifices. Que de fermes n'aurait-on pas bâties autrefois avec les sommes qu'ont coûté et qu'exigent encore les bâtimens de Citeaux , de Clairvaux , de Prémontré , et de Saint- Berlin, de Saint-Éloi , de Saint-Denis, etc. ! Vous êtes éton-» nés de la pauvreté que vos ancêtres vous ont transmise : esclaves plus abjects que les Egyptiens, vous avez employé votre labeur à construire des pyramides , tandis que le Nil ne fertilisait pas vos terres : vous vous êtes fabriqué de pauvres cabanes , vous avez dormi sous le chaume , tandis que vous éleviez jusqu'aux nues les asiles d'un Dieu qui voulut naître dans une étable, et que vous logiez sous des voûtes dorées les successeurs d'un pêcheur et d'un changeur, ou plutôt ceux de quelques solitaires qui vivaient dans des antres sauvages, et habitaient le creux des rochers....

On allègue en faveur des moines la volonté du fondateur, la longue possession , la prescription : mais qui d'entre nous ne peut pas se regarder comme un héritier spolié par les ecclésiastiques? Vous parlez de prescription : il y en a, sans doute, de particulier à particulier; mais peut-il y en avoir d'une classe de citoyens à une autre ? peut-il en exister contre le bien public?

Dans le développement de nos principes abstraits , nous avons vu que nulle épargne ne peut être vraiment avantageuse à l'état, que celle qui diminue le nombre des hommes inutiles entretenus aux dépens des hommes productifs et industrieux. Si nous faisons l'application de ces principes à quelques nations modernes , à la France , par exemple ,

état, et qui, comptan ei éleva des enfan* sur être déçue? Je suppose <:lésiastiques puisse être mais toute imposition < lie des revenus, qui avil elle pas une banqucrou piers, ce» contrats ga ■ont-ils pas aussi des pn 1er. Vous craignes d'atti lerez-Tou»? Des homme, se» (rr) qu'ils s'efforceui préfèrent la liberté à c.

peuvent disposer, et qu'i en un faste inutile. («)

N'en douions point, n.

P'us contre un courant q conduit au port. Ce ne si politique qui ouvrira les , qui pro6tera de leur, déj leicttltivaiears.lesariiiai * la ruine des préjugés, I

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les vrais ministres de la morale et de la Tertu reprendront le rang et la considération qui leur sont dus. Tous les fanatiques , qui soutiennent d'anciennes superstitions , tous les hypocrites y qui cherchent la considération en défendant de vieilles maximes, se dévouent donc inutilement à l'exécration des gens de bien , en s'efforçant de retarder une révolution qui arrivera malgré leurs efforts. Amen,

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