‹ De la Félicité publique, ou, Considérations sur les sort des hommes dans les différentes époques de l'histoireChapitre 25 sur 63 · TOME i. t IO · texte numérisé non relu

TOME i. t IO

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de leurs dieux , purent souvent recoure à ceux des Grecs ; comment ils ont consulté leurs oracles, lorsqu'ils ont cru pouvoir en fabriquer les réponses , et pomment ils allèrent chercher le dieu d'Épidaure, qu'ils eurent l'adresse de laisser échapper , de crainte qu'on ne réconnût la triste couleuvre qui représentait Esculape. Mais oe qu'il est très important d'observer , c'est qu'à Rome la religion , quelle qu'elle fût , resta toujours entre les mains des grands , et leur servit d'égide contre les. entreprises tumultuaires du peuple qu'ils opprimaient.

Nous avons déjà vu plus haut que, dans les premiers siècles de la république , le droit de prendre les auspices marquait la différence essentielle qui existait entre la noblesse et le peuple ; toute l'histoire romaine dépose de la nécessité dont il était pour toua ceux qui devaient remplir les premières magistratures ; et je pourrais citer plusieurs exemples de consuls qui ont abandonné les armées , parce qu'il avait manqué quelque formalité à leur inauguration. Tout le monde connaît aussi ces belles harangues rapportées par Tite-Live et Denys dUalicarnasse, où ces auteurs ont si bien développé les principes sur lesquels les patriciens se fondaient pour exclure * les plébéiens du consulat. Quoi ! disaient les Appius et leurs sectateurs , nous verrions à la tête des armées des consuls qui n'auraient pas pris les auspices , inauspicati consules ! Enfin , rien n'est mieux prouvé que l'union intime qui régnait

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ches les Romains entre le gouvernement et la religion , et surtout entre la religion et l'aristocratie. Aussi ne craignonMtous'pfts d'avancer que les efforts du peuple frappèreni également sur Tune et sur l'autre, et que de même que Jacques Ier avait coutume de dîrq, : JPami ttévéques, point de nuf on pouvait dire à Renne : IHus de nobles i plus de religion* x (*)

La démocratie, ébranlée un moment par SyUa,

acquit toujours de nouvelles forées, jusqu'à ce qu'étant dégénérée en anarchie, la licence de tous

1 Lorsque le peuple eut commencé à secouer les chaînes que les patriciens lui avaient imposées , ceux-ci se servirent avantageusement de la religion pour conserver leur crédit, lie moyen qu'ils employaient Iç. plus fréquemment était de rompre les assemblées , lorsqu'ils prévoyaient qu'elles leur seraient contraires; et pour y parvenir, il leur suffisait do publier que ce jour-là était un jour consacré (Nefastus, de nef as, suivant Varron) : ce qu'ils pouvaient faire d'autant plus aisément , que le peuple étant dans la plus profonde ignorance , eux seuls avaient quelque connaissance du calendrier. Aussi furent-ils frès affligés lorsque Cnéius Flavius, fils d'un affranchi, publia^cerai qu'il avait trouvé. dans les papiers d'Appius Cscus, dont il était secrétaire; ce qui lui valut l'édilité. Voyez Pline, L. xxxm; Macrobe , Soi. L. x, C. xv ; et Valère- Maxime , L. 11, qui se sert d* ces expressions remarquables : Jus civile per multa sœcula, inter sacra ceremoniasque Deorum immortalium abditum, soUsque pon? tzficibus notwn, etc.

{g) Subtil et faux. C'était le peuple qui était religieux; et on le menait par, le licou qu'il s' était formé.

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fit le despotisme d'un seul. Mats il ne faut pas perdre de vue une vérité très importante; c'est que le peuple ne fait jamais de despfttè qu'en haine des grands qui le tyrannisent. Nous en avon&même un exemple très récent en Danemarck ', où le peuple s'est donné un despote avec le même eathousiasipe qui animait les Romains lors de l'expulsion des rois : aussi , pour peu qu'on étudie l'histoire romaine , il est aisé de s'apercevoir que les empereurs les plus décriés, tels que les Caligula , les Néron , les Commode , avaient conservé quelque faveur parmi le peuple , par cela seul qu'ils méprisaient le sénat et maltraitaient la noblesse. Mais il ne fallait être ni Caligula , ni Néron , mais seulement un prince politique , pour sentir que le peuple, devenu plus vil de jour en jour, pouvait être aisément gagné par des distributions et des Spectacles ; au lieu que les dernières traces du gouvernement subsistaient encore dans le sénat et dans le petit nombre de nobles qui restait de ces familles illustres , antiques objets de la vénération publique. Or, nous avons fait voir l'union intime qui régnait depuis long-temps entre l'aristocratie et la religion. D'ailleurs, tout ce qui est ancien, tout ce qui obtient une considération particulière et indépendante , porte aux yeux des despotes un caractère de pédanterie qui les importune (*). Ce fut donc

1 En 1660.

[h) Quelle idée! Les empereurs méprisaient la religion

par goût, autant que par politique, que lés empereurs laissèrent tomber en discrédit toutes les opinions religieuses * ; et, malheureusement pour elles, parmi le petit nombre de bons princes qui régnèrent depuis Auguste, il ne se trouva que des philosophes trop vertueux pour être exposés à la crainte et au repentir, aKmens ordinaires de la superstition , et trop éclairés poqr prêter à des sottises l'éclat qui rejaillit du trône. Ce fut bien pis , lorsqu'à des princes, à peine citoyens romains , et par conséquent très indifférons sur la noblesse, on vit succéder des étrangers, lorsque les principaux emplois, civils et militaires , furent livrés à des Barbares qui n'avaient pas lu Homère, et qui n'avaient jamais entendu parler ni de Mercure ni d'Apollon. Ces hommes féroces qui étaient accoutumés à adorer leur dieu sous la forme d'un loup, et qui ne révéraient que l'Esprit de la montagne ou le Génie des tempêtes , se trouvaient précisément dans le cas des sauvages de l'Amérique, que le plus ignorant de nos missionnaires convertit par milliers. Pleins de mépris pour les Romains , ils rejetaient leurs, dieux dont ils ne corn-

comme Varron, Cicéron, Hortensius, Lucrèce, Memmius, César, Antoine, Crassus , Pompée, etc. la méprisaient*

1 Tibère , qui, par sa politique, porta les .plu* terrible* coups à l'autorité du sénat, parait avoir été surtout fort dégagé des superstitions de son pays qu'il trouvait opposées à son despotisme.

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prenaient pas l'histoire, et dont* ils bravaient la

puissance»

C'était le temps où la religion chrétienne commençait à s'étendre. Ses membres plus dispersés et plus zélés, toujours animés par l'esprit de prosélytisme, et souvent irrités par la persécution, enseignant d'ailleurs une doctrine très opposée au mépris que les Romains et tes Grecs montraient pour les Barbares ; tes chrétiens , difrje , durent se présenter à ceux-ci sous un aspect plus favorable ; et la simplicité de leurs dogmes (car nous verrons plus bas que rien n'était plus simple que ceux qui forent enseignés par les apôtres et leurs successeurs) se trouva bien plus à la portée de ces âmes simples et droites, qui n'avaient encore été ni infectées de superstitions , ni subtilisées par une vaine dialectique.

Résumons donc , et concluons que la Grèce fut la patrie 4u paganisme; que toutes les idées religieuses établies dans ce pays, et liées à la politique, furent renversées par les conquêtes des Romains ; que le gouvernement de ceux-ci étant devenu d'aristocratique démocratique, et de démocratique monarchique , la religion, qui était le soutien de l'aristocratie, dut tomber avec elle; enfin que les invasions des Barbares achevèrent de détruire ce qui restait des opinions anciennes.

MP

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