‹ De la Félicité publique, ou, Considérations sur les sort des hommes dans les différentes époques de l'histoireChapitre 26 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l'<nj>lin«m«nt du chrittiaaùme.

Nous ne saurions trop répéter ce que nous avons dit plus haut , c'est que nous nous sommes fait une loi de n'examiner dans les progrès du christianisme que les moyens humains ou naturels; moyens dont les théologiens même ne peuvent nier l'importance; en effet, si la Providence avait voulu établir son eulte sur les miracles ' , il lui aurait suffi d'opérer à Rome une petite partie de ceux dont les Juifs furent seuls témoins (*) ; ou même de donner à ceuxlà une telle authenticité , qu'il eût été impossible de

1 Origène, dans sa défense conte* Oise, accorde k 1* philosophie païenne que plusieurs mincies 4>nt pei être opérés par magie ; et la seule règle qu'il dpnne pour distinguer ceux qui Tiennent du ciel , l'est la morale , la doctrine et les mœurs de ceux qui les opèrent. Personne n'ignore les prodiges enfantés par les magiciens de Pharaon ; et l'on sait aussi que lorsque les païens -voulurent opposer les miracles d'Apollonius de Tyane k peux de Jésus-Christ , les chrétiens , pour répondre à cette objection , se «ouftentèrent de faine» la critique de la vie et du caractère de.ee philosophe, parce qu'il importait peu, selon eux, quels jniracle* il pouvait opérer, s'il était certain que sa doctrine et sa conduite ne méritaient ni respect ni confiance.

(a) Cela êsi adroit.

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les révoquer en doute , ou de les passer sous silence , comme Font fait les deux plus savans hommes de la Judée '.Mais nocis voyons , au contraire , que les premiers progrès du christianisme furent lents et labotfùtix, surtout lorsque nous Fenvîsageons sous les rapports politiques et par son influence sur l'état social, conyne c'est particulièrement notre objet.

Ici nous avons encore à nous défendre de la paresse de l'esprit humain , de cet esprit curieux et inappliqué , qui craint plutôt le doute qu'il n'aime l'instruction , et qui se contenté le plus souvent de quelques points principaux sur lesquels il puisse appuyer son opinion vacillante. Nous ressemblons à des voyageurs, qui, du haut d'une montagne , jetant les yeux sur une vaste plaine, remarquent quelques tours , quelques clochers , et s'en retournent croyant avoir connu le pays. Nous savons que Jésus-Christ a donné son nom à la religion que professent aujourd'hui tous ceux qu'on nomme chrétiens , et nous croyons qu'aussitôt après Jésus-Christ., \\ y eut une religion chrétienne. En même temps l'extrême aversion qui règne entre les chrétiens de nos jours et les Juifs, nous fait supposer que dès le commence- .jnent il y eut une scission très marquée, une guerre très déclarée entre les deux religions (*). Toutes ces opinions ne s'accordent pas avec les faits. Plusieurs monumens historiques font foi que les Romains con-

1 Josèphe.et Philon. (b) Bien*

fondirent long-temps les Juifs avec les chrétiens (<?). Je n'en citerai pour exemple que le1 passage de Sué* tone , où cet auteur , racontant les choses louables que Claudius avait faites au commencement de son règne , dit qu'il chassa de Rome les Juifs qui se révoltaient continuellement , animés par Christ \ Or, Suétone écrivait sous* Trajan, c'est-à-dire plus de cent ans après Jésus-Christ. Il est vrai que Tacite, qui vivait dans le même temps, se sert du mot de chrétiens , loraqu'il nous apprend que Néron (<0 voulut faire tomber sur eux le soupçon généralement répandu qu'il avait lui-même mis le feu à la ville de Rome ; mais il n'en parle que comme d'une s#» " ciété de sectaires sortie de la Judée : repressaque in prcesens exitiabUis superstitio rursus erumpebat , non modo per Judœam , originem ejus mali, etc. Les chrétiens eux-mêmes ne se donnèrent pas d'abord ce nom respectable * ; ils s'intitulaient les uns Jes-

(c) Oui, mais les Juifs distinguaient très bien les partisans de Jésu, et les détestaient.

* l Judafos assidue rebellantes incitante Chresto ab urbe expuUt Dion parle d'un Acilius Glabrio , qui , sous le règne de Domitien , fut aeeusé d'athéisme pour s'être fait juiâ Bingham prétend que c'est chrétien qu'il faut entendre. Voyez Antlquities ofthe church , liv. i, chap. i 1.

(d)Ce/ut le peuple, et non pas Néron ? qui accusa les chrétiens de l'incendie de Rome , comme les protestons accu* sèrent les papistes de celui de Londres.

* Suivant les Actes des apôtres, les jS^fe*,. c'est-à-dire les

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séensy de Jessé%\>ère de David , ou plutôt de Jésus leur maître; les autres Thérapeutes; les autres, Fidèles y Croyons y Élus l, Contemplatifs* etc.; quelques-uns, Pisciculi, petits poissons, soit parce qu'ils, étaient engendrés ou régénérés par les eaux du baptême , sok à cause des lettres initiales de ces. mots, Jirw Xfurlif 9f« Tior £»7»f» fesus-Christus * Dei JUius y Servalor, qui forment en grec le mot. IKerS, qui veut dire poisson. Quelques-uns même consentaient à passer pour une secte«de philosophes r comme on peut le voir par ces paroles de Meliton > dans son traité dePascha iHœc erum philosophiez * meta quam pvofitemur apud Barbares viguit \ D ailleurs comme ils n'avaient point de temple , ni de culte public , il était naturel qu'on les regardât plutôt comme de simples sectaires que comme les. apôtres d'une nouvelle religion. M. Crevier remar^ que avec raison 3 qu'avant la persécution de Maximien, c'est-à-dire environ deux cent quarante ans après Jésus-Christ , l'histoire ne fait aucune mention

nouveaux converti*, prirent le nom de chrétiens. à Antioche dès le temps des. apôtre*. Mai* il parait que cette appellation n'a passé en usage que long-temps après.

1 *■/#>}, f«Atx7éi, yfa^ttuù. Voyez Bùtgkatn, Antiquities qf tke church.

• Cette secte de philosophie que noua suivons a commencé à s'accréditerchet les Barbares. Voyez Ensèbe , Hitt. eccl. liv. iv.

* ns** des Mmp.Xomt v, page m.

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que les chrétiens eussent des égjises. Arnobe, auteur du troisième siècle , dit positivement : « Nous n éle- « vous point d'autels, nous n'offrons point d'en- « cens ■ ; » et un peu plus bas , « Geux-tii ne croient « point aux dieux qui croient qu'ils habitent dans « les temples , qu'on doit leur offrir de l'encens, et « honorer leurs .images. » J'ajouterai que si un empereur aussi instruit , aussi occupé de ses devoirs que l'était Trayon , n'avait aucune connaissance dé* taillée des opinions chrétiennes , et si les historiens n'en font presque aucune mention jusqu'au règne de Constantin , U en faut conclure, ou qu'elles ont été très peu répandues dans leur principe , ou qu'on ne leur donna point alors l'importance qu'elles méritaient. M

D'un autre coté, si nous examinons avec attention les ouvrages des pères de l'Église , ou des auteurs consacrés par elle , tels qu'Qrigène , Eusèbe, Arnobe , Tertullien , Minucius Félix , etc. nous verrons que la séparation des chrétiens et des Juifs ne s'est pas faite aussi promptement que quelques personnes se le sont figuré. Il paraît , à la vérité , par les Actes des Apôtres , que la prédication de saint Paul et la conversion des Gentils donna naissance à un christianisme plus pur et plus dégagé des observations

1 « Non alUria faferioamns , non cataoriun sangninem ani- « mantinm damas, non thura , etc. » Lib. vi , adversus Genter

(e) II eût été difficile de connaître ta religion ^retienne) elle n'était pas faite.

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judaïque» ; mais .saint Pierre y resta long-temps attaché , et l'Eglise de Jérusalem les conserva avec tant d'obstination , qu'Eusèbe dit positivement qu'A y eut dans cette ville une succession de quinze évêquea circoncis ' if). L'Église ou la congrégation * de Jérusalem n'avait donc pas renoncé à la loi de Moïse , quoiqu'elle eût admis la prédication de Jésus-Christ : il y a même toute apparence que les Juifs étant établis depuis long-temps à Rome conservèrent beaucoup d'influence sur te christianisme naissant. C'est ce qu'on peut voir par la lettre attribuée à saint Clément , pape , que quelques auteurs supposent écrite avant la prise de Jérusalem. Cette lettre ne traite en aucune manière des dogmes enseignés par Jésus*- Christ, excepté celui de la résurrection qui était connu antérieurement chez les Juifs (g) : encore l'appuie -t- elle de l'exemple du phénix, qui semblé appartenir de plus près à la fable , qu'à l'Évangile (*). L'objet principal de saint Clément est la discipline

1 Voyez Hist. eccL Liv. nr, chap. v..

[f) Ces évéques. étaient oomme l'évéque d'Utrecht, comme les évéques latins en Turquie, obscurs > cachés , pauvres sectaires,

* Église vient du mot grec 'E**A**V#, qui veut dire assemblée, congrégation,

(g) Très vrai. Les Pharisiens en disputaient contre les Sadducéens,

(A) CUment dit qu'il doutait beaucoup de l'immortalité de l'âme.

ecclésiastique , laquelle avait été troublée à Corinthç par une sédition parmi les fidèles : il y enseigne avec beaucoup de force et beaucoup d'étendue la subordination hiérarchique; mais il se fonde toujours sur celle qui est établie à Jérusalem : Le grand-prétre, dit-il , les sacrificateurs , les lévites ont leurs Jonctions ; le laïque est obligé de suivre les préceptes qui lui conviennent, etc. On n'ojfre pas partout le sacrifice perpétuel , ni celui pour les vœux et les péchés, mais à Jérusalem seulement.1 (»)

Ces passages prouvent manifestement l'union des premiers chrétiens d'Italie avec la métropole du judaïsme et le temple de Jérusalem ( ). Plus d'un siècle

1 On trouve aussi dans cette lettre les Danaîdes et Dircé citées comme des victimes des soupçons et de la jalousie. Il est vrai qu'il est difficile d'entendre ce passage , et que ce n'est pas sans raison que Junius Ta soupçonné d'interpellation. Selon lui , ce passage a été transporté des Stromatcs de saint Clément d'Alexandrie. Quoi qu'il en soit , il faut toujours qu'un des deux saint Clément ait donné aux fables les plus absurdes la même foi qu'aux dogmes de la religion chrétienne, erreur qui doit paraître assez surprenante, de quelque part qu'elle -vienne. Voyez Patres apost. édit. de Leclerc, Tom. i. pag. i5i.

L'exemple du phénix allégué en faveur de la résurrection , se trouve aussi dans les Constitutions apostoliques. Liv. y, éhap. vu.

(i) Cela est fort ; mais cela prouve seulement que le judaïsme subsistait.

(fi) Simon avait autant de disciples que les apôtres.

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après , saint Justin déclare qu'on peut être sauvé en observant le sabbath ; mais il ajoute que la destruction du temple de Jérusalem a rendu les sacrifices impossibles * . Origène , dans sa défense contre Gelse *, repousse avec force le reproche de désertion qu'on faisait à ceux qui avaient abandonné la loi de Moïse; il répond que ceux qui ont embrassé la foi de Jésus* Christ n'ont jamais quitté l'ancienne loi ; qu'ils s'appelaient seulement Ébionitesy c'est- à -dire gueux, mendions 3 ; que saint Pierre fut toujours attaché à

I Voyez son dialogue avec Tryphon.

* Voyez Lib. n y advenus Celsum,

3 L'esprit de charité et d'aumône qui s'est manifesté dès le commencement du christianisme, n'a pas peu contribué à ses progrès. Sous un gouvernement despotique de fait , comme celui des empereurs > il devait y avoir beaucoup de pauvres et de mendians ; sous un gouvernement qui conservait encore des traces d'aristocratie, les étrangers et le» hommes nouveaux ne pouvaient manquer d'éprouver beaucoup d'humiliations. Les premiers trouvaient des secours dans le partage des offrandes ; les autres de la consolation dans les idées d'égalité et de fraternité qui régnaient parmi les chrétiens. (f)

II parait que les païens étaient peu touchés de cette charité chrétienne qui admettait tous les états, tous les Ages, et surtout les deux sexes indifféremment ; on voit , au contraire , qu'ils s'en prévalaient pour reprocher aux chrétiens, de ne répandre leurs dogmes que parmi des enfans et des femmelettes , mulierculas, pu parmi les artisans les plus vils,

(/) // en était de même chez les comités , esséniens , thérapeutes. Tous les Genevois s'assistent j le tiers de la ville vit de charités.

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l'ancienne loi ; qu'il refusa même de communiquer avec les Gentils , de crainte d'alarmer les Juifs ; que saint Paul dit lui-même qu'il s'est fait Juif pour le bien des Juifs : enfin il paraît que ce savant homme pensait que la loi devait subsister jusqu'à ce que les yeux des hommes fussent assez dessillés pour entendre le sens mystique de l'Éfcriture , et reconnaître les figures cachées sous les expressions vulgaires. C'est dans cet esprit qu'il cite un passage de l'Évangile où Jésustels que des savetier», des teinturiers, etc. Voyez dans Origène, Liv. ni, avec quelle confiance il réfute#cette objection , en faisant voir que si ces assemblées paraissaient méprisables par la manière dont elles étaient composées, leur objet était saint et sublime ; et qu'après tout ce n'était pas un grand mil , si les enfans qu'on y voyait accourir s'échappaient des mains de leurs frivoles précepteurs qui ne leur enseignaient que des fables, etc. Ceux qui voudront plus de détails sur les premiers chrétiens doivent consulter la savante dissertation de M. Lami , De eruditione Apostolorum, où il fait voir que les apôtres et les disciples étaient, non-seulement des gens simples et grossiers (m), mais qu'il se trouvait parmi eux des criminels. Il prouve encore d'une manière invincible que les Évangiles sont remplis de fautes de langage , etc. D'autres savans ont observé que si la Vidgaie était écrite en si mauvais latin , cela venait surtout de ce que cette traduction était faite pour des gens qui n'auraient pas entendu un latin plus élégant.

(m) Mais Lue était médecin ; Paul, sapant et enthousiaste. L'auteur de l'Évangile attribué a Jean était platonicien ; un Marc fonda une école eé#bre toute platonicienne dans Alexandrie; Platon fonda le christianisme.

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Christ dit à ses disciples : Adhuc multa habeo vobis dicere, sed non potes tis portare modo. Cum autem venerit spiritus veritatisy docet vos omnem veri\ tatem. « J'aurais encore; bien des choses à vous dire, « mais elles passent votre intelligence : lorsque l'esa prit de vérité viendra , il vous instruira dans toute ce vérité. » Origène ne fait pas difficulté d'avancer que toute la doctrine chrétienne n'est pas comprise dans l'Évangile, Jésus -Christ ayant trouvé ses disciples trop grossiers pour leur expliquer les figures et le sens mystique de l'Écriture. l

9 ' Il serait à désirer que le goût pouf l'interprétation des figures et des prophéties n'eût pas mené trop loin les auteurs les plus estimés. Je pourrais citer nombre d'exemples des abus qui en ont résulté , mais je me contenterai d'en rapporter quelques-uns , et dans cette seule intention de prouver combien il est nécessaire de faire toujours usage de sa raison, lors même qu'on a le plus de droit de se croire inspiré. Saint Justin rapporte dans sa première apologie ce passage de la Genèse : Non deficiet princeps ex Judd, nec dux à femore ejus , donec ventât qui repositus est, ou plutôt qui statutus est, ou même tout ce qu'on voudra ( car Leclerc a fait voir, dans sa Bibliothèque choisie , que ce passage était soupçonné d'interpolation) , etipsé erit expectatio gentium y ligans ad vitem pallum suum , et lavons in sanguine uvœ stolam suam. « II ne manquera pas de « princes de la race de Juda , ni de chefs sortis de sa cuisse « (ou de ses cuisses) jusqu'à ce que celui-là vienne qui « est désigné , et il sera l'attente des nations, liant son pou- <x lain à la vigne , et lavant sa robe dans le sang du raisin, » Or, selon saint Justin, ces mots liant son poulain à la

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(«) Cependant le temps était déjà arrivé où les chrétiens devaient se séparçr tout-à-fait des Juifs. Depuis la destruction du temple de Jérusalem , il n'y avait plus de point de réunion pour ceux qui restèrent

vigne annonce Jésus-Christ qui, avant d'entrer dans Jérusalem , délia un âne attaché à nn cep de vigne ; laçons in ■sanguine uvœ , le sang du raisin signifie le sang de Jésus- Christ, qui n'étant pas du sang humain, est mieux caractéV risé par le sang du raisin ; et stolam ejus , sa tunique, sa robe , désigne les fidèles qui sont le vêtement 4e Jésus- Christ. Saint Justin ne s'en tient pas encore à ce commentaire singulier, Il ajoute que les démens pour tromper les hommes ont imité toutes ces figures dans la fable qui est leur ouvrage. C'est ainsi qu'ils ont imaginé Bacchus pour répondre à ce passage , ligans ad vitempullum suum, et lavons ' in sanguine uvœ, liant à la vigne, etc. En effet, dit-il y comme ils ne savaient pas si pulhim signifiait un poulain ou un ànon , ils ont fait entrer un âne dans les mystères de Bacchus ( apparemment celui de Silène ) : puis pour n'être pas pris en défaut, en cas que pulhim voulût dire un poulain , ils. ont imaginé le cheval Pégase. C'est dans cette même ▼ne qu'ils ont composé l'histoire d'Hercule , pour répondre à ce passage de David, forus utgigas. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'ils n'ont pas parlé de la croix ; mais au défaut des prophéties et de la fable , Dieu a voulu que ce signe de rédemption se trouvât représenté partout; comme dans les vaisseaux , dont les mâts font use croix avec les vergues ; dans les instrumens d'agriculture, tels qu'un râteau; et même* dans la structure de l'homme , qui est destiné à être droit comme une potence , et dont le nez fait une espèce de croix avec le reste du corps. Le même auteur , toujours occupé

(/t) Tout ce chapitre est savant } profond et très fin, tomk u 17

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Tertullien s'est encore servi après lui. Le christianisme dut alors tirer un double avantage de cet événement ; car tandis qu'il portait un coup mortel aux Juifs en détruisant leur empire politique et religieux , il préparait en même temps de nouvelles armes contre le polythéisme , en répandant dan* toutes les provinces de l'empire une multitude d'hommes dont la religion avait pour base le déisiqe , et dont les opinions se rapprochaient bien plus de la doctrine des chrétiens que des fables du paganisme.

Plusieurs auteurs , étonnés du silence de tous les historiens sur la nation juive , se sont crus fondés à ne la regarder que comme une horde pauvre et méprisée ; mais ils doivent convenir que si elle fut obscure dans son origine*, elle s'en dédommagea amplement par la suite. Si nous en croyons Josèphe (/>), la population de la Judée était immense , eu égard au peu d'étendue de cette province; mais plusieurs écrivains moins suspects de partialité , attestent que , sous les premiers empereurs fa) , les Juifs s'étaient répandus dans la Palestine , la Syrie , la Cilicie , une grande partie de l'Archipel et presque toute l'Asie Mineure. Ils avaient formé des établissemens dans la plupart des grandes villes, particulièrement à Césarée, à Alexandrie et à Rome même. Mais après les guerres sanglantes de Titus et de Vespasien , il en reflua en-

(/>) Josèphe est un romancier exagérateur, copiste infidèle de l'ancien Testament, (q) Et bien auparavant.

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core une pins grande quantité dans toutes les provinces de l'empire. Le plus grand nombre de ces Juifs , ou dispersés et fugitifs , ou établis depuis longtemps dans les villes de commerce, n'avaient eu aucune part à la mort de Jésùs*Christ, dont ils ignoraient même le nom ; et comme jusque-là ils n'avaient tenu à leur religion que par les relations qu'ils avaient conservées avec Jérusalem , et par l'habitude d'aller ou d'envoyer quelquefois sacrifier au temple, il leur fut facile de s'accommoder à la loi nouvelle, qui montrait l'inutilité de ces sacrifices , et qui paraissait si bien justifiée par l'événement. Mais soit qu'ils consentissent à embrasser la loi chrétienne , soit qu'ils persistassent dans leurs rites et dans leurs dogmes , le mépris pour les dieux du paganisme , et l'aversion pour le culte qu'on leur rendait servaient de point de ralliement pour les deux religions.. De là vient que les auteurs profanes oot souvent confondu les Juifs jet les chrétiens dans les reproches d'athéisme qu'ils leur ont faits en plusieurs occasions; mais ces imputations odieuses, destinées de tout temps à irriter le peuple et à animer les magistrats , valurent aux chrétiens de nouveaux prosélytes. *

1 II y aurait bien îles choses à dire sur la manière dont la destruction du temple de Jérusalem influa sur la religion chrétienne. Un auteur moderne a remarqué très finement que le clergé en profita pour ajouter à sa, considération; car les évéques ou surveilians , episcopoî, les anciens ou vénérables , presbyteroi, et ks officians ou servans,, dia~

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Plusieurs philosophes , indignés des fables dont on amusait le vulgaire , et fatigués des vaines disputes de l'école , se sentirent plus d'attrait pour une religion dont le fondement était le dogme d'un Dieu unique et tout -puissant. Ils cherchèrent bientôt à se lier avec les chrétiens , et ils ne furent pas moins frappés de la simplicité de leur doctrine que de la douceur de leur morale. Nulle superstition , nul sacrifice , nul culte extérieur (r) ; car alors les fidèles se contentaient de s'assembler de temps en temps dans quelque grande salle, le plus souvent chez des particuliers : là l'ancien (presbus) faisait une in- . struction familière , laquelle était précédée ou suivie de quelque lecture tirée de l'Évangile ou de la Bible; et le tout était terminé par un repas commun, qui était composé des offrandes que" les fidèles appor-

conoiy qui n'étaient que les ministres d'une société dont l'égalité était le fondement , ne tardèrent pas à s'assimiler à la hiérarchie juive , les premiers se comparant aux grandspontifes (*), les seconds aux prêtres , sacerdotes, et les derniers aux lévites. Ciim post urbem Hitrosolymam denuo eversam spes otnnis Judœis adempta etset rempublicam suam instaurandi ; Episcopi similes tum videri voltbant Ponttficis inaximi Judœorum, Presbytes eodem quo Sacerdotes ioco versari dicebantur , Diaconi cum Levais comparabantur. < (Moshemu InsU HisL eccLy sect. il, pag. ft. )

(r) Les premiers chrétiens étaient de fait, et à la lettre, ee que sont les quakers, à la Trinité près.

(s) Il n'y avait qu'un grand-pontife juif ; mais il y eut partout des évéquts chrétiens.

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taient, chacun selon ses moyens, et où le pauvre et le riche mangeaient ensemble. Le pain et le vin étaient toujours bénits par l'ancien, et le plus souyent le repas était suivi ou accompagné de quelques cantiques à la louange de Dieu \ L'égalité entre les hommes, la charité., la bienfaisance , l'aumône, étaient à la fois recommandées et pratiquées dans ces pieuses assemblées : quoi de plus respectable aux yeux de l'humanité même et de la vraie philosophie !

Cependant le christianisme commençait à n'être plus renfermé dans une société d'hommes simples

1 La forme des assemblées chrétiennes changea par la suite. Les persécutions que les fidèles éprouvèrent les obli-

gèrent souvent de se rassembler avant le jour, de crainte d'être découverts. Alors ils se contentèrent de faire leurs oblations et de bénir le pain et le vin. Pour le repas , il fut négligé, on indiqué pour le soir, dans quelque endroit où l'on convenait de se retrouver. Il y avait deux raisons qui rendaient cet arrangement nécessaire : la première, c'est qu'il était extraordinaire de manger dès le grand matin , • surtout quand c'était en commémoration de la cène ou du souper de Jésus-Christ; la seconde, parce que les chrétiens craignaient qu'on ne s'aperçût qu'ils avaient bu du vin avant l'heure du repas , ce qui, n'étant point d'usage» ne pouvait manquer de les déceler. Depuis, lorsqu'ils commencèrent à jouir de quelque tranquillité , ils continuèrent de s'assembler le matin , et de partager le pain et le vin après l'oblation et les prières. Alors le service divin était partagé en deux parties : les catéchumènes , les étrangers , audientesy les pénitems , lugentes ou gementes^ étaient admis aux lectures et à quelques prières qui avaient pour la plu-

et obscurs. L'esprit de discussion, si opposé à l'esprit de charité , avait trouvé moyen de s'y introduire ; et, soit que les persécutions eussent obligé les fidèles à examiner davantage leurs dogmes , soit que leurs premiers succès les eussent encouragés et invités à la controverse, il est toujours certain qu'on les vit bientôt se produire en public et se familiariser avec les écoles. Le platonisme était alors la doctrine la plus répandue parmi les philosophes dogmatistes : il est vrai qu'il commençait à se corrompre , et qu'il était mêlé avec des idées théurgiques ou magiques, qui en avaient fait une espèce de superstition ; mais

part la forme de 'nos litanies, puis on les congédiait, ce qni s'appelait Missa catechumenorum , renvoi des catéchumènes. Alors commençaient les prières, qui étaient suivies d'une longue action de grâces ou eucharistie, ii%*firt* iirt 7« x*\Xv, et de la communion, après laquelle on renvoyait les fidèles, ce qui s'appelait Missa Jldelium.

Nous ne pouvons dissimuler , au reste , qu'il ne se soit glissé quelques abus dans ces premières assemblées chrétiennes , toutes saintes et respectables qu'elles nous paraissent .Les évoques reprochaient souvent aux riches de porter au repas , comme à la communion , des mets délicats qu'ils gardaient pour eux seuls j tandis que les pauvres avaient à peine de quoi satisfaire leur appétit. Le contraire se voyait aussi quelquefois , et les pauvres profitaient si bien des offrandes, qu'il leur arrivait souvent de s'enivrer au point qu'on était obligé de les emporter.

Voyez sur toute la note ci- dessus, Y Apologie àe saint Justin; la Lettre de Pline ; Binghamy jinttquiùes qf die church. Liv. xv, etc.

le fondement de cette philosophie était toujours le dogme d'un seul Dieu éternel , qui avait agi sur la matière et donné une forme au chaos. Platon supposait que Dieu, qui renfermait en lui l'idée universelle de toutes les choses possibles , n'avait pu se manifester qu'au moment d'une pensée , d'une raison active , qu'il appelait le fils de Dieu , son premier-né , son verbe [Ao^or], C'était par le verbe que Dieu avait placé dans le monde un esprit vivifiant, une âme active ; c'était par lui que l'homme avait été créé , et qu'il avait eu une âme en partage : c'était encore par lui que le monde avait été peuplé de génies et de démon9»[Aai/£oroj] qui remplissent l'espace entre Dieu qui habite la haute région , et l'homme attaché à la surface de la terre. Ces idées , prises en grande partie des gymnosophistes1, s'accordaient bien plus aisément avec le christianisme qu'avec le matérialisme d'Aristote et les atomes d'Épicure. De là l'empressement avec lequel on se hâta d'en faire usage ; de là le respect , l'enthousiasme même , que la plus grande partie des pères de l'Église ont montrés pour le divin Platon * ; les uns assurant que Dieu lui avait révélé ses mystères, les autres qu'il avait été en Judée et qu'il y avait puisé sa doctrine ; mais cette dernière opinion n'a pu être admise par saint Augustin , malgré sa grande vénération pour ce philosophe ; il a même pris la peine de rassembler des

1 Voyez Hyde , Holwell , etc.

• Voyez de Civùate Dei, Lib. viu, cap. u.

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autorités par lesquelles il est prouvé que Platon mourut long-temps avant que la traduction des Septante eût mis les Grecs en état d'entendre les' livres de Moïse. '

1 Tous les ouvrages des premiers pères de l'Église respirent le platonisme <#). Saint Justin dit expressément que s'il a quitté les écoles où l'on enseigne la doctrine de Platon , ce n'est pas qu'elle fut contraire i celle des chrétiens , mais c'est qu'elle ne lui est pas tout-à-fait semblable. Non equidem quod alienœ sunt à Christo Platon is doctrinœ, sed quodnon suntcx omni parte similes, (Apolog. i.) Il faut voir surtout la profession de foi d'Athénagore sur le Verbe. ( Leg. pro tkr. cap. x. ) Si l'on demande , dit-il , ce que nous entendons par le fils de Dieu , je l'expliquerai en ya de mots ; c'est le premier-né du Père , non qu'il ait été fait , engendré ( i* mç ytrïptfr); car Dieu a été de tout temps raisonnable (XoyfKéf ); mais comme la matière était encore sans ordre et sans organisation, le verbe, ou la raison (A«V*r)> est venu pour lui donner la forme , l'arrangement. Cette philosophie platonicienne, si identifiée avec le christianisme ^ influa jusque dans les opinions sur le culte, ou, pour mieux dire , dans les rapports entre la créature et le Créateur. U parait que c'est à elle que le quiétisme doit son origine, puisque saint Augustin nous dit formellement que, suivant le système de Platon , le philosophe doit aimer Dieu 9 à* amour, et que celui-là seul qui l'aura aimé ainsi, aura le droit d'en jouir : Ipsum autem verum ac summum bonum Plato dicit Deum; unde vuii esse philosophum amatorem Dei, ut quoniam phUosophia ad beatam viam tendit, fruens Deo sit beatus qui Deum amaverit. ( De Civ. Deit Lib. vm , cap. vm.)

Pour Origène, dont le caractère était d'outrer tous les (/) Très vrai; sans U platonisme, point Je christianisme.

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Gomme l'enthousiasme et la subtilité n'ont jamais de bornes, il ne laissa pas dé résulter quelque inconvénient de cette union de la philosophie et de la reli-

principes , il est un des auteurs ecclésiastiques qui ont le plus abusé de la philosophie platonicienne. Je n'en citerai qu'un exemple entre mille : il est tiré de son Apologie ( liv. vu.) , où rappelant ces paroles très obscures de Platon: In rébus omnibus quas ad scientiam adhiberi necesse est, tria sunt y quartum autem ipsamet scientia : horum primum est nomen , alterum sermo , tertium idolum , quartum scientia : « Trois choses sont nécessaires pour parvenir à la science « qui n'est que la quatrième : d'abord le nom , ensuite le « discours ou la parole, puis Y image ou Ï8l figure, enfin la « science. » Il dit que les chrétiens ont précisément le même principe, puisque saint Jean-Baptiste est le nom, la voix , vox clamantis in deserto , Jésus -Christ le discours ou la parole ; que s*, forme sensible (forma quœ in anima impressa manet, postquam in illa Christus suum verbum , sua vaincra impressit) répond à Y image ou à la figure; enfin que le même est encore la science (»). C'est toujours ce délire platonique qui fait croire à Origène que les anges ont eu en partage une partie de la Divinité. « Car , dit-il , la « raison qui fait que je ne les adore pas , c'est que j'ai pensé « que , de même que les hommes sont souvent trompés tant « par leurs propres idées que par les erreurs d'autrui , de « même parmi les âmes sorties des corps qu'elles habitaient , « parmi les anges même et les démons , il peut s'en trouver « qui , séduits par quelques probabilités, ou égarés par quel- « que sophisme, soient capables de se donner pour des « dieux. Or, comme il est difficile aux hommes de démêler « tout cela , il est plus simple de ne rendre aucun culte à « tous les êtres de cette espèce. »

(«) Ah ! fou d* Origène !

gion. En effet , si le dépôt de la foi fut gardé par un petit nombre d'âmes simples et droites, le monde fut rempli de chrétiens platonisans et de platoniciens christianisans. La passion de la métaphysique se joignit bientôt (?) à celle de la magie, et ce ne fut plus partout que controverses et prodiges. De là les schismes et les hérésies qui dans les temps les plus prospères ont divisé l'Église et armé ses enfans les uns contre les autres. Bientôt l'acharnement dans les disputes théologiques fît disparaître toute bonne foi. L'embarras où Ton se trouvait pour étayer des opinions frivoles et obscures obligea de recourir à l'artifice ; et comme la simplicité de la véritable doctrine chrétienne se refusait à toutes ces arguties, on supposa des livres , on forgea des oracles de sibylle. Malheureusement ces mensonges ne furent pas seulement accrédités par le faux zèle ; il arriva trop fréquemment que des auteurs , estimables d'ailleurs , donnèrent dans le piège et compromirent ainsi les vérités qu'ils voulaient enseigner. On est fâché de voir un homme comme Lactance (j) ' citer avec confiance les ouvrages de Mercure Trismégiste et les livres de la sibylle Erythrée, ouvrages reconnus pour être supposés, et dont l'imposture se décèle particulièrement par la maladresse qu'ont eue leurs auteurs de s'exprimer plus clairement que tous les anciens prophètes.

(x) La magie bien antérieure, (jr) Qui? cet avocat bavard ? 1 Voyez Instit. Ltb. iv.

PUBLIQUE. CH. IIL 269

Le malheur qu'éprouvèrent la plupart des auteurs des trois premiers siècles de l'Église de tomber dan? quelque hérésie , peut être regardé comme une pu* nition d'avoir abandonné la simplicité de l'évangile pour les subtilités de l'école. En effet , sans parler de l'opinion des millénaires , qui fut presque généralement répandue parmi eux, on les voit tantôt soutenir la métempsycose , ou la transmigration des âmes dans les corps des animaux, comme saint Justin * , tantôt enseigner que l'âme et Dieu même sont matériels, comme Tertullien*, tantôt nier la création des hommes et infirmer le témoignage de la Genèse sur celle du monde, comme Arnobe 3, etc. Sur quoi j'observerai que tel a toujours été le sort des écrivans livrés à leurs propres lumières , et que si le même malheur n'est pas arrivé aux Pères de

1 « Qui autem videndi (Deum) facttltate indigni judicati « sunt, quidnam (inquit Tiyphon), patiuntar? in aliquo « ferarum corpore velut in carcere yinciuntur , atque id « supplicium eorum est. » Il dit plus bas , que les âmes étant créées comme le monde , sont périssables comme lui : Qua de causa et moriuntur et puniuntur. (Dialog.)

• « Nos autem animam corporalem et hic profitemur et « in suo volumine probamus habentem proprium genus sub- « stantise et soliditatis per quam quid et sentire et pati possit. « Et ailleurs : Quis negabit Deum esse corpus ? » etc. (<)

3 Voyez , Liv. n , adversus genres, où il dit qu'il y a peutêtre une infinité de siècles que le monde est créé, qu'il est impossible de connaître les desseins de Dieu, mais que

(*) Tous les Pères ont cru Vdme corporelle.

a7o DE LA FÉLICITÉ

l'Église, dans les siècles postérieurs, ils l'ont dû en grande partie à l'avantage qu'ils avaient de connaître les décisions. de l'Église œcuménique, et à l'heureuse nécessité où ils se trouvaient de soumettre leur raison aux décrets canoniques. '

Mais si ces contradictions perpétuelles compromettaient un peu le crédit des écoles chrétiennes, il faut convenir qu'elles leur rendaient d'un autre côté des services très essentiels; car les avantages

c'est un sacrilège de croire qu'il ait créé les hommes , puisque l'expérience prouve qu'ils sont très méchans et très portés an mal. Il est singulier qu'Arnobe , auteur très instruit , et qui écrivait à la fin du troisième siècle , n'eût aucune connaissance du péché originel,

1 Avant que la protection des empereurs eût permis aux évéques de s'assembler et de former des conciles oecuméniques , il n'y avait rien qui pût servir de règle en matière de doctrine. L'Église n'avait point encore de chef visible , dont l'autorité fût reconnue ou constatée : car mettant à part les droits que les évéques de Rome pouvaient réclamer comme successeurs de saint Pierre , il est certain que dans le fait ils ne tiraient leur crédit que de leur position, c'està-dire de l'avantage qu'ils avaient de siéger dans la capitale. Mais avant que les empereurs eussent embrassé la foi , et surtout lorsqu'ils la persécutaient , cette prééminence ne pouvait pas être très marquée. En effet, nous voyons qu'au commencement du quatrième siècle, lors da la famense querelle de Donat, évéque des Cazes-noires, contre Céc il ien, évéque de Carthage, Miltiade, évéque ou pape de Rome ( car ces deux mots étaient synonymes ) , ayant assemblé un concile à Rome , les décrets de ce concile

que la nouvelle doctrine perdait ainsi comme positive , elle les regagnait amplement comme négative* Saint Justin , Tatien , Minucius Félix , Origène , Lactance, avaient scruté avec le plus grand soin tous les dogmes du paganisme; ils avaient osé lever le yoile qui couvrait cette fausse religion ; et comme il arrive souvent que des idées répandues sourdement parmi les gens sensés, n'attendent qu'un moment de liberté, ou seulement l'audace de quelque

ne furent pas observés : de sorte que Constantin lut obligé d'en indiquer un autre à Arles, où le pape Sylvestre n'assista, ni en personne ni par députés, et dont il n'apprit les décrets que par une simple lettre d'avis , sans qu'on lui demandât ni son accession ni son approbation.... Eusèbe, qui rapporte fort au long l'histoire du concile de Nicée , ne parait faire aucune attention à l'évéque de Rome, et se contente de dire : rnç M yt /9«#vAi 0*0-9 r wêXtêtçi ptr w{4trr*ç wTri^tt Ji« ??£** : l'évéque de la ville royale ne s'y trouva pas , à cause de son grand âge. Sozomène s'explique à peu prés de même : l'évéque de Rome {'Tmftulmt %*lr%êwç), retenu par son grand âge , ne put s'y rendre. Si quelquefois il arrivait qu'on s'en rapportât aux églises métropolitaines sur quelques points de doctrine, c'était un avantage que Rome partageait avec les autres. Parmi nombre d'autorités qui le démontrent clairement, je ne citerai qu'un passage de Tertullien ( de Prœscriptione) , où cet auteur enseignant à distinguer les hérésies, de la doctrine orthodoxe, dit qu'il fout s'en rapporter aux traditions des églises ; si l'on est en Achaïe, consulter Corinthe ; en Macédoine, Philippes et Thessalonique ; en Asie, Éphèse , et en Italie, Rome.

écrivain pour éclater de tous côtés , et venger les droits de la raison opprimée ; de même tout ce qu'il y avait de gens instruits alors, lut avec avidité ces controverses intéressantes. Il est même probable que l'obligation qu'on leur avait de détruire des préjugés si absurdes et si enracinés, donna quelque faveur aux opinions qui cherchaient à s'établir à leur place : on aima dans les chrétiens les ennemis des prêtres , et on leur sut gré de détruire une ancienne charlatanerie. Quel dommage si une police sévère nous eût alors privés de ces savans ouvrages auxquels parmi tant d'autres obligations nous avons surtout celle de nous avoir transmis les lumières les plus précieuses sur l'antiquité et sur le long empire de la superstition! Heureusement que la proscription contre les livres ne fut exercée qu'à la fin du troisième siècle ; car si les empereurs philosophes , tels que Trajan et les Antonin , ont pu rechercher avec trop de rigueur une secte qu'ils devaient tolérer, du moins n'ont-ils jamais étendu la persécution jus* ques aux ouvrages qui en étaient émanés («•). Us crurent devoir respecter ces muets et tranquilles dépositaires des pensées des hommes , et ils les regardèrent comme des asiles sacrés ouverts à tous les systèmes , à Terreur comme à la vérité. Aussi les chrétiens se sont-ils récriés particulièrement contre cette nouvelle tyrannie exercée contre les livres : aussi ont-ils opposé la constance la plus inébranlable aux re-

(aa) Ils étaient alors inconnus.

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cherches des inquisiteurs, comprenant dans leurs ana thèmes tous les traditeurs, c'est-à-dire ceux qui avaient eu la faiblesse de sacrifier leurs livres aux magistrats.

Au reste, ces persécutions ne servirent qu'à donner plus de crédit aux chrétiens. Sous un gouvernement despotique, tout acte de rigueur est aisément taxé d'injustice : et comment n'être pas attendri sur le sort de ces malheureux qu'on traînait journellement au tribunal de quelque affranchi ou de quelque autre parvenu , qui , sous le titre de préteur ou de proconsul , se croyait en droit de commander à l'opinion et déjuger les consciences? Les chrétiens furent donc plaints et encouragés partout où les prêtres n'avaient pas trouvé le moyen de rendre le peuple fanatique. Intéressés. par leur situation à prêcher la tolérance qui leur avait été enseignée par Jésus- Christ , ils la recommandaient dans tous leurs écrits. Ils fuyaient surtout la présence des magistrats tyranniques, et ils allaient dans les provinces de l'empire les plus reculées révéler leurs dogmes à des âmes simples et grossières. Ils enseignaient un Dieu de paix, un Dieu qui regardait tous les hommes comme ses enfans , et qui ne mettait point de différence entre eux, soit qu'ils fussent nobles ou plébéiens, Romains ou Barbares, libres ou esclaves (**). Ainsi le christianisme se répandit dans les provinces, et surtout dans les Espagnes et dans les Gaules ,

(bb) lis ont bien changé depuis*

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