CHAPITRE VL de l’épiderme
De tous les tissus de la feuille, l’épiderme a été tout d’abord le mieux étudié; cependant son histoire ne fut bien connue qu’à la suite des recherches de M. Ad. Brongniart. Ce savant observateur établit que bien loin de former une membrane simple et sans structure appréciable, l’épiderme consiste en une ou plusieurs couches de cellules fortement serrées les unes contre les autres, n’adhérant au contraire que légèrement aux utricules qui composent le parenchyme et différant totalement de ces utricules par leur forme et leur nature; aucun vaisseau ne se montre dans l’épaisseur de la zone épidermique. Lorsqu’on fait macérer dans l’eau des feuilles de Chou, on isole de la surface épidermique une membrane continue qui est la cuticule (Ad. Brongniart).
L’épiderme foliaire consiste généralement, sur les deux, faces de la feuille, en une assise de cellules tabuliformes, et le plus souvent vides; dans les feuilles coriaces il y a parfois deux, trois ou même quatre assises de cellules épidermiques. Dans les feuilles des Monocotylédons, les cellules épidermiques ont la forme de rectangles allongés dans le sens de l’organe; chez les Dicotylédons, au contraire, ces éléments ont un contour ou régulier ou sinueux, au moins dans les parties qui recouvrent le parenchyme, car au-dessus des nervures, on trouve un épiderme à cellules simplement allongées. C’est dans ces mêmes organes qu’on trouve des stomates interposés aux cellules épidermiques. Quant aux poils, ils peuvent être portés par l’épiderme supérieur et par l’épiderme inférieur ; cependant c’est principalement à la surface de ce dernier qu’on les trouve en plus grand nombre.
Je viens de dire que les cellules de l’épiderme foliaire étaient gé-
néralement vides, mais il ne faut pas généraliser ce fait d’une façon absolue : M. Ad. Brongniart a montré en effet que les plantes aquatiques manquant de stomates, renferment de la matière verte dans les cellules superficielles du parenchyme tenant lieu d’épiderme, et l’on sait que la coexistence de stomates et de matière verte sur un môme épiderme s’observe chez le Neptunia , le Limosella, le Littorella , le Liparis Læselii, dans la plupart des Alismacées, des Butoraées, des Juncaginées, etc. (1).
A mesure que les recherches anatomiques se sont multipliées et ont fourni des notions nouvelles et précises sur la structure des diverses parties de la feuille, on a pu se convaincre qu’il existait entre leurs épidermes et leur parenchyme des relations telles qu’étant donné l’un des deux termes du rapport, on peut assez exactement connaître le second en se basant sur les lois suivantes :
1° Si les deux épidermes (celui de la face supérieure et celui de la face inférieure) sont identiques, le parenchyme est ou homogène ou symétrique (Monocotylédons surtout).
2° Si les deux épidermes son t dissemblables, le parenchyme est à la fois hétérogène et asymétrique (la plupart des Dicotylédons arborescents).
3° Lorsqu’un seul des deux épidermes est formé de cellules sinueuses, il occupe la face inférieure des feuilles placées tout entières dans l’air, et la face supérieure de celles qui flottent, appuyant sur l’eau leur face inférieure, comme c’est le cas pour les Nymphæa, les Hydrocliaris, etc. (Ad. Chatin).
Or, comme il est généralement aisé de reconnaître, par leur coloration surtout, si les épidermes d’une feuille sont identiques ou dissemblables, on voit qu’à cette première notion s’en rattache immédiatement une seconde relative à la structure du parenchyme; un coup d’œil jeté sur une feuille suffira donc souvent pour faire connaître la nature symétrique ou asymétrique de son parenchyme (2).
(1) Ad. Chatin, Note sur la présence de matière verte dans l'épiderme des feuilles de VHippuris vulgaris , etc. {Bulletin de la Société Botanique de France, t. II, p. 674, séance du 23 novembre 1855).
(2) Ad. Chatin, De l'existence de rapports entre la nature de l'épiderme et celle
Ces relations entre la nature des épidermes et celle du parenchyme pourront fournir encore, dans certains cas, d’excellents caractères anatomiques capables de grouper ou de séparer les espèces d’un même genre, ce qui a été fait pour les Santalacées, les Valérianées, etc.
Les poils émanant de l’épiderme, leur histoire devrait trouver place à la suite de la sienne, mais elle se réduirait à une énumération aride de leurs diverses formes, du nombre de leurs cellules, etc.; souvent utiles à considérer au point de vue descriptif, ces organes n’offriraient ici aucun intérêt. Je préfère donc m’attacher à l’étude des stomates et des glandes, dont les premiers sont de véritables dépendances de l’épiderme, et dont les secondes, généralement en rapport avec ce dernier, offrent au point de vue pharmaceutique un réel intérêt, puisque c’est grâce à leurs produits de sécrétion qu’un grand nombre de feuilles méritent de compter dans la matière médicale.