‹ De la feuilleChapitre 24 sur 32 · OU · texte numérisé non relu

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le nombre considérable des stomates, des méats, des lacunes intercellulaires qu’on trouve dans la feuille augmente encore la transpiration dont elle est le siège. Les nervures se ramifient et s’anastomosent à l’infini autour de ces petites cavités, y amenant constamment une sève aqueuse qui fournit les éléments de la transpiration, soit que les actions osmotiques agissent seules, soit peut-être aussi grâce à un transport direct à travers les parois des cellules, opinion que J. Sachs semble porté à admettre en considérant la. rapidité avec laquelle les phénomènes s’exécutent.

Je simplifie à dessein l’exposé de ces conditions générales de la transpiration, mais, dans la crainte de faire naître ainsi quelque supposition erronée, je me hâte d’ajouter que ce phénomène n’est pas absolument comparable à une simple évaporation ; une quantité appréciable de matière organique sort en effet de la plante par suite de cette action (1), et Hugo von Mohl a montré que la cellule dont on altère les conditions biologiques générales transpire dès lors d’une façon moins active qu’auparavant.

On admet qu’une feuille transpire d’autant plus vite qu’elle est plus étendue et que la surface, le poids et le volume de différentes feuilles étant sensiblement égaux, la transpiration pourra varier très-notablement dans deux espèces d’un même genre. — Ce que j’ai dit plus haut des conditions anatomiques explique comment une feuille membraneuse et croissant rapidement aura une transpiration plus active qu’une feuille coriace, etc. — Les feuilles incomplètement développées et celles qui sont trop vieilles semblent moins actives que les feuilles prises à l’âge adulte, si je puis m’exprimer ainsi ; néanmoins les différents observateurs ne sont pas d’accord sur ce point.

Bonnet (2) a montré que l’énergie de la respiration est très-différente aux deux faces de la feuille ou, d’une manière plus précise, qu’elle varie selon l’abondance des stomates; Unger et M. Gar-

(1) Duchartre, Éléments de Botanique, p. 736.

(2) Bonnet, loc. cit., p. 334.

reau (l)ont prouvé en partie la justesse des conclusions de Bonnet, et établi que le nombre, laforme et la grandeur de ces orifices exerçaient une grande influence sur l’acte dont il s’agit, sans qu’ils soient pourtant indispensables à son accomplissement. Ainsi, par exemple, dans le Canna æthiopica , la face supérieure, étant dépourvue de stomates, transpire cependant \ de la quantité exhalée par la face inférieure et stomatifère ; dans le Tilia europæa, la différence est même beaucoup moins prononcée, la face supérieure et privée de stomates exhalant une quantité d’eau égale aux f de celle qui se trouve rejetée par la face inférieure (Garreau).

Lorsque les deux faces de la feuille possèdent desstomates, on constate même assez généralement qu’il n’y a pas concordance absolue entre le nombre des stomates et l’intensité de la transpiration ; j’emprunte au mémoire de M. Garreau quelques exemples capables de bien montrer cette relation :

Nombre Quantité

proportionnel de stomates proportionnelle

par face. d f eau transpirée.

Atropa Belladona. . . . j^ce supérieure ! — inferieure.

Nicotiana rustica. . . . | “ ? u P érieure '

( — inférieure.

Dahlia variabilis. . . . / ~ prieure.

( — inférieure.

Ainsi le Dahlia, bien que possédant beaucoup moins de stomates que la Belladone, a cependant une transpiration bien plus active, etc.

Influence des conditions extérieures . — L’état hygroscopique de l’air est une puissante cause de variation dans la quantité d’eau émise par la plante, celle-ci diminuant à mesure qu’on s’approche du point de saturation et augmentant dès que l’atmosphère se dessèche. Sachs a relevé un certain nombre de cas dans lesquels la plante transpirait dans une atmosphère saturée, sa chaleur interne étant supérieure à (1) Unger, toc. cit., p. 334.

Garreau, Recherches sur l'absorption et l'exhalation des surfaces aériennes des plantes [Ann. dessc. nat., 3 e série, t. XIII, 1850).

celle de l’air ambiant (1). — Cette question de la transpiration dans les milieux humides a, d’ailleurs, été reprise par M. Duchartre ( loc. rit.), dont je résume ici les conclusions :

1° Une atmosphère fortement chargée, saturée même d’humidité,' n’arrête pas la transpiration des plantes.

2° L’accomplissement de ce phénomène peut également avoir lieu malgré leur immersion dans l’eau.

3° Dans l’un et l’autre cas, la transpiration présente une différence marquée sous le rapport des diminutions de poids qu’elle amène pendant le jour et pendant la nuit.

4° En général, elle paraît ressentir, à un certain degré, daps ces conditions exceptionnelles, les principales influences qui déterminent ses plus grandes variations dans les circonstances normales.

5° Dans le cas d’immersion dans l’eau, les plantes vivantes, entières, ayant leurs racines dans la terre, se comportent d’une manière opposée à ce qu’on observe pour des branches, rameaux ou feuilles détachés : les plantes vivantes transpirent, et par suite diminuent de poids ; leurs portions coupées absorbent du liquide, et par suite augmentent de poids.

La transpiration augmente lorsque la température s’élève, et diminue au contraire lorsqu’elle s’abaisse.

L’influence de la lumière est considérable, mais aucune des observations acquises à la science ne nous permet de dire exactement si elle agit par elle-même ou par une élévation concomitante de température : néanmoins on admet, depuis .Guettard , que l’obscurité amoindrit considérablement la transpiration, tandis qu’une vive lumière augmente beaucoup son intensité.

Haies pensait que la transpiration était très-minime pendant la nuit (2), Treviranus et de Candolle niaient qu’elle s’exerçât dans ces conditions (3) ; M. Duchartre {loc. rit.) a repris l’étude de cette phase

(1) Sachs, Eive Méthode die Quantitaten der vegetab. Eigenwarme zur bestimmen {Sitzungsber. der Kais Akad. der Wiss. Wien, 1857, t. XXVI, p. 326).

(2) Haies, Statique des végétaux, p. 4 (traduction de Buflon).

(3) Treviranus, Physiologie der Gewœchse, 1.1, p. 488.

De Candolle, Physiologie végétale, t. I, p. 112.

de la transpiration, a montré qu’elle persistait alors malgré le dépôt de rosée sur les feuilles, tout en diminuant d’ailleurs d’autant plus notablement que celle-ci se dépose en plus grande quantité.

Enfin, d’après plusieurs auteurs, l’émission de vapeur d’eau serait d’autant plus active que l’atmosphère ambiante est elle-même plus agitée.

Quantité d'eau transpirée. — Mariotte (toc. cit .) paraît être le premier qui ait cherché à apprécier la quantité d’eau ainsi émise par les feuilles : il plaça une branche chargée de ses feuilles dans un ballon de verre, et rassemblant l’eau qui s’était condensée sur les parois du récipient, il constata qu’il y en avait deux cuillerées. Les expériences de Guettard ayant été entreprises selon cette même méthode, trop peu rigoureuse, je les laisse de côté pour arriver immédiatement à celles de Haies.

Cet observateur plaça un Soleil ( Helianthus annuus ) de 3 pieds de hauteur dans un vase qu’il recouvrit d’une lame de plomb, puis il cimenta toutes les jointures, ne laissant d’autre ouverture qu’un tube étroit et long de 9 pouces ; il pesa la plante matin et soir durant quinze jours, et constata que l’évaporation moyenne représentait 20 onces par jour. Un Chou de moyenne grosseur perdit, dans les mêmes circonstances, 19 onces. « Des calculs assez compliqués con- « duisirent Haies à admettre que cette exhalation du Soleil ou du Chou « est, à surface égale, dix-sept fois plus grande que celle que le corps « de l’Homme éprouve par la transpiration insensible (1). » Ces chiffres montrent avec quelle intensité s’exercent les phénomènes de transpiration et quelle énorme quantité d’eau ils jettent dans l’atmosphère ambiante.

Différences quantitatives entre la transpiration et l'évaporation dune masse deau. — On doit à Unger d’intéressantes expériences capables de permettre la comparaison de la quantité de vapeur émise par une surface donnée de feuille, avec celle que produirait l’évaporation d’une massé d’eau sur une étendue égale. Selon cet observateur (2),

(1) De Candolle, Physiologie végétale, t. I, p. 108.

(2) Uuger, Anat. und Phys, der Pflanz ., p. 332-333.

la couche d’eau qui, pendant l’unité de temps, s’évapore à l’air libre, est plus épaisse que celle qui s’échappe d’une feuille et souvent cinq ou six fois plus considérable. Julius Sachs est arrivé à des conclusions analogues.

Effet des conditions générales de la circulation sur l'intensité de la transpiration. — Les racines, le corps ligneux et les feuilles concourant à la fois aux apports de sèves destinés à fournir les éléments de la transpiration, trois cas peuvent se présenter :

1° Les racines tirent du sol autant d’eau que les feuilles en expulsent. Si les feuilles et les racines fonctionnent énergiquement, un volume d’eau considérable traversera le corps ligneux ; si, au contraire, la transpiration est peu active, la circulation ne sera que médiocrement rapide.

2“ Les racines absorbent plus d’eau qu’il ne s’en échappe par lçs surfaces foliaires. Ce fait est très-général. On l’observe surtout au printemps chez les plantes ligneuses dont les feuilles ne sont pas encore développées. Sous l’influence de cette grande activité des racines, les tissus se gorgeront d’eau, et si quelque point de la surface foliaire est incapable de résister plus longtemps à cette tension, la sève s’en échappera et les racines agiront de nouveau. On se trouvera dans le cas d’une tige coupée. Si le volume du corps ligneux est faible, il se trouvera bientôt saturé, et la sève pourra sortir goutte à goutte comme on le voit dans beaucoup d’herbes sur lesquelles, lorsque vers le soir l’air se rafraîchit, on vôit apparaître de petites gouttelettes d’eau sur le bord des feuilles ; c’est, en effet, le moment où la transpiration a atteint son minimum, tandis que le sol, encore chaud, favorise l’absorption de l’eau par les racines. Pendant le jour, ces gouttelettes disparaissent, la transpiration atteint son maximum et consomme souvent plus d’eau que n’en peuvent fournir les racines ; le corps ligneux s’épuise, et finalement les cellules du parenchyme qui transpire se vident en partie et les feuilles se fanent (Sachs).

3° Les racines fournissent une quantité d’eau inférieure à celle qui est rejetée par les feuilles : le bois d’abord, puis les feuilles, perdent leur turgescence et celles-ci se fanent ; ceci ne s’observe guère que

chez les espèces herbacées, car lorsque le corps ligneux est suffisamment développé, il peut être considéré comme un réservoir dont le débit compense ces différences entre l’apport des racines et la dépense des feuilles.

Feuilles fanées. — D’après M. Duchartre (1), la feuille pourra se trouver fanée sous l’influence des deux causes suivantes :

l 0 Les racines se trouvent dans les conditions les plus favorables à l’absorption, mais la transpiration est si forte que l’eau du sol, quelque rapidement qu’elle arrive, n’y suffit pas.

2° La transpiration est normale ou même plutôt faible, mais ce sont les racines qui ne trouvent pas, dans le sol desséché, une humidité suffisante. Ce dernier mode de fanaison, conséquence de la sécheresse de la terre, est de beaucoup le plus fréquent.

. — Phénomènes de respiration.

Le rôle physiologique de la feuille ne consiste pas seulement dans l’exhalation de vapeur d’eau dont je viens de retracer les principales particularités ; c’est encore à cet organe qu’est dévolu le soin d’assurer les échanges gazeux qui s’établissent entre la plante et le milieu extérieur, échanges dont on regarde l’ensemble comme constituant les phénomènes de la respiration végétale. J’aurai bientôt à dire ce qu’il faut penser de cette définition et, la conservant ici pour plus de simplicité, je résumerai successivement les phénomènes suivants :

1° Respiration des feuilles pendant le jour j ^ponffirè 2° Respiration des feuilles à l’obscurité.

' (1) Duchartre, Observations sur la fanaison des plantes et sur les causes qui la déterminent {Bull. Soc. Bot. de France , t. IV, p. 112, séânçe du 13 février 1857).

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