‹ De la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la GuyaneChapitre 11 sur 57 · ET · texte numérisé non relu

ET

Bien que, pendant ces deux années-là, on observât à plusieurs reprises des atteintes, qui ne nous paraissent avoir été que de la fièvre dont nous nous occupons, nous voyons que l'état sanitaire de la colonie ne fut pas mauvais. Les pyrexies furent moins nombreuses et moins intenses que d'ordinaire.

Cet état sanitaire favorable signalé pendant les années précédentes et qui s'était prolongé pendant presque toute l'année 1872, ne devait pas durer longtemps; et, en effet, en décembre, la goélette la Topaze, venant de Surinam et en dernier lieu des îles et du Kourou, apporta la fièvre jaune à Cayenne, et fut, sinon l'origine, au moins marqua le commencement d'une épidémie qui devait faire d'assez nombreuses victimes. Yoici quelques détails afférents à cette épidémie, puisés dans les lettres du chef du service de sauté. Ils présentent d'autant plus d'intérêt que nous entrons daus une période où les faits se sont pressés

kl

et sont venus à ma connaissance, plus précis et en plus grand nombre à cause de la proximité de leur date.

Cayenne. — 47 décembre 4872. — « Avant que la goélette la Topaze ne commence son déchargement, j'ai l'honneur de vous demander de vouloir bien envoyer à Larivot, un médecin pour examiner ce qui a été fait pour désinfecter la cale de ce navire.

« Les cas de fièvre jaune qui ont été fournis par l'équipage de celte goélette et par le militaire mort à l'hôpital et qui a contracté le germe de sa maladie pendant les quinze heures passées à bord de ce bâtiment exigent, en effet, que nous prenions toutes les précautions possibles pour détruire entièrement à bord de ce navire les germes de cette fièvre jaune. »

Nous avons eu à Cayenne, 45 cas de fièvre jaune, fournis tous par les matelots de la Topaze et par un militaire qui avait fait une traversée des lies à Cayenne à bord de ce navire.

Il est mort aussi un homme d'Infanterie de marine à Kourou, peu après son arrivée de Cayenne.

27 décembre 1872. — M. Granger m'informe qu'il a eu trois militaires atteints de fièvre infectieuse à forme typhique, entrés à l'hôpital des Iles, les 4" et 14 décembre et qui sont aujourd'hui complètement guéris; qu'un soldai de la 7e compagnie qui n'avait pas voyagé à bord de la Topaze est entré à l'hôpital le Ier décembre et est mort le 21 de ce mois ; il a présenté des symptômes identiques à ceux observés chez deux des premiers malades dont il vient d'être question. Son autopsie a été faile. M. Granger dit qu'elle n'a rien présenté qui puisse permettre de caractériser sa maladie de fièvre jaune ou de typhus; pour lui, c'est encore une fièvre infectieuse se rapprochant plus sensiblement de la forme typhique que d'une autre forme épidémique. Pour M. Granger, ce militaire très-disposé par son état de santé a contracter une maladie infectieuse a été contaminé par le court séjour qu'il a fait au milieu de ses camarades de la 22e compagnie.

M. Granger me signale encore la présence à l'hôpital des I!es-du-Salut de trois militaires entrés les 18, 21 et 22 décembre qui sont gravement malades, mais sur la maladie desquels il ne peut se prononcer. Le personnel de la transportation n'a présenté aucun malade suspect.

Les soldats gravement malades sont dans une salle à part; les convalescents sont dans une autre salle ; les précautions sanitaires sont mises en pratique d'une manière rigoureuse.

Aussi je vous propose de mettre les Iles-du-Salut en quarantaine, ainsi qu'il a été fait pour Kourou. Ces deux points mêmes ne doivent pas communiquer ensemble, puisque M. Granger n'est pas encore fixé sur la nature de la fièvre infectieuse qui règne aux lles-du-Salut; les Iles devront s'abslenir de faire tout envoi de personnel et de matériel n'importe où; la

HISTORIQUE

correspondance devra être fumigée, avant de partir. On devra avertir tout navire venant au mouillage en passant sur la rade, de l'état sanitaire des Jles-du-Salut, de celui de Kourou, de Cayenne et de toute la colonie.

Je recommanderai aussi à M. Granger des précautions d'assainissement et de désinfection pour les effets des hommes du détachement et les localités habitées par eux. Ces opérations de désinfection seront faites dans le but de diminuer, autant que possible, le nombre des cas de cette fièvre.

31 décembre 1872. — L'état sanitaire de la Guyane n'est pas satisfaisant et peut donner des inquiétudes pour l'avenir.

11 y a eu à l'hôpital de Cayenne depuis le 27 novembre jusqu'au -10 décembre, 15 cas de fièvre jaune provenant tous de la goélette la Topaze. 14 de ces cas ont été fournis par des matelots de ce navire et un cas par un militaire qui avait fait la traversée des Iles-du-Salut à Cayenne par cette goélette.

Ces 1o cas de fièvre jaune ont donné trois décès, deux matelots et un soldat d'infanterie de marine; le dernier décès a eu lieu le 7 décembre et la dernière entrée à l'hôpital pour celte maladie date du 10 de ce mois.

Depuis le 30 décembre, deux militaires n'ayant pas voyagé à bord de la Topaze, n'ayant eu aucun rapport avec ce navire, et en traitement à l'hôpital, l'un depuis le 17 décembre, l'autre depuis le 25 décembre pour fièvre intermittente, présentent des symptômes qui, en tout autre temps, n'inspireraient pas d'inquiétude, mais qui, dans les circonslances présentes, me paraissent, depuis ce soir, devoir être rapportés à la fièvre jaune ; un troisième militaire nouvellement arrivé de France et en traitement à l'hôpital depuis près de deux mois pour luxation du pied, présente depuis ce soir des symptômes non douteux de fièvre jaune ; ce qui porte à 18 le nombre total des cas de cette maladie observés à l'hôpital de Cayenne ; quinze, par contamination directe, trois de seconde main, c'est-à-dire chez des hommes n'ayant eu aucun rapport direct avec la Topaze.

Roches. — Sur le pénilencier des Roches (Kourou), il y a 2 décès, le dernier le 22 décembre, sur le détachement d'Infanterie de marine se composant de 1 o hommes et qui avaient fait le voyage de Cayenne à l'Ile royale sur la goélette la Topaze. L'aide-médecin auxiliaire chargé du service de santé sur ce pénitencier altribue le premier décès à la fièvre typhoïde et le second à la fièvre jaune. De plus, 8 ou 9 hommes de ce détachement ont été ou sont encore malades.

Un médecin de 2e classe envoyé sur ce pénilencier pour étudier la maladie, m'écrit à la date du 28 décembre : a II m'est impossible, vu l'extrême réserve qui nous est imposée par les circonstances, de me prononcer, sans avoir longuement et consciencieusement examiné les malades. Tout ce que je puis vous dire, c'est que la maladie dont ils sont atteints n'est pas une

bQ CHAPITRE II,

des formes de la fièvre paludéenne que l'on a si souvent l'occasion d'observer à Cayenne. Est-ce la fièvre jaune? J'en doute très-sérieusement. ».

Pour moi, d'après la lettre de M. l'aide-médecin, chargé du service, écrite le 22, le second décès doit être attribué à la fièvre jaune. Jusqu'au 28,' date des dernières nouvelles recrues, les soldats ont été les seuls à souffrir de cette espèce d'épidémie localisée dans la caserne; le reste du personnel libre et les transportés n'ont présenté que les fièvres ordinaires.

Iles-du-Salut. — Le médecin de 4" classe, chargé du service de santé auxIles-du-Salut, m'annonce à la date du 23 décembre qu'il y a eu depuis le commencement du mois, 7 militaires atteints de fièvre infectieuse à forme lyphique. Sur ces malades, 6 avaient fait la traversée de Cayenne aux IIes-du-Salut,à bord de la goélette la Topaze; 3 étaient guéris à la date de sa lettre; 3 autres étaient encore gravement malades.

Le septième, qui n'avait pas voyagé à bord de ce navire, a succombé le 21 décembre.

Les cas observés à Cayenne n'ayant présenté aucun doute sur la réalité de la fièvre jaune, je suis porté à penser que les cas de Kourou et ceux des Iles-du-Salut doivent être rapportés à cette même maladie.

Tous les nommes atteints, à l'exception de 4, avaient passé à bord de la Topaze.

Toutes les précautions ont été prises contre la Topaze,q\ii a été envoyée au lazaret de Larivot, aussitôt la nature de la maladie reconnue, pour y subir une désinfection complète et autant que possible dans les Établissements de la Colonie, pour y circonscrire la maladie.

L'interruption de communication avec la Topaze, et son éloignement de Cayenne ne m'ont pas permis de rechercher quelle est l'origine réelle de cette épidémie. Dr Senelle.

Pour nous rendre compte de l'état sanitaire de la colonie pendant cette année, nous allons encore fournir quelques extraits des lettres et des rapports de M. le Dr Senelle, qui a rempli les fonctions de chef du service de santé jusqu'au mois d'avril, moment où il fut remplacé par M. le médecin en chef Gourrier.

2 janvier 1873. — M. Granger annonce que la fièvre jaune règne aux Iles-du-Salut, mais il ne fait remonter l'apparition de cette maladie qu'au 29 décembre. Je ne puis admettre celte manière de voir, les cas des premiers jours de décembre étant aussi de la fièvre jaune.

HISTORIQUE

M. Oranger me cite comme malades ayant eu la fièvre : 2 marins, du Casablanca (quarticr-maîlre, mort le 31 décembre de l'aprèsmidi).

1 Matelot, très-mal en ce moment.

1 Infirmier de salle des militaires (transporté), entré à l'hôpital, le 30 décembre.

1 militaire de la 22e compagnie, entré à l'hôpital, le 30 décembre.

Mais pour moi, le nombre des cas est plus considérable.

A Cayenne, un malade en traitement à l'hôpital, depuis près de deux mois, a été pris de fièvre, dans la nuit du 30 décembre, et le lendemain lous les symptômes de la fièvre jaune ont été reconnus. Ce cas nous montre que le germe de la maladie se trouve dans l'hôpital.

20 janvier 1873. — A la date du 15 janvier, M. Granger me dit que l'état sanitaire va s'aggravant tous les jours et que la maladie prend des caractèresdf gravité elde rapidité de marche inquiétante pour l'avenir et, depuis le 7 janvier, dans la journée, jusqu'au 13 janvier inclusivement, la compagnie d'Infanterie de marine a fourni onze entrées à l'hôpital. Sur ces onze malades, il y a eu 7 cas de fièvre jaune et quatre autres maladies diverses sans gravité. 11 y a eu 3 décès.

23 janvier 1873. — A la date du 22 janvier, l'état sanitaire des Iles-du- Salut ne s'est nullement amélioré; au contraire, depuis le 18, date de la dernière lettre dont je vous ai fait l'analyse, les mouvements suivants ont eu lieu :

4 militaires décédés, 2 — entrés,

2 — sortis,

3 — en traitement, le tout pour fièvre jaune.

28 janvier 1873. — L'état sanitaire des Ues-du-Salut, loin de s'améliorer, s'est au contraire aggravé; les entrées à l'hôpital se succèdent constamment ; les décès se suivent et il est impossible de pouvoir prévoir quand et comment cette épidémie se terminera.

Résumé des mouvements à l'hôpital militaire en ce qui concerne la fièvre jaune et les compagnies d'infanterie de marine, depuis le 22 janvier jusqu'au 26 :

Existans. . . 3 plus le lieutenant.

Sorti 1

Décédés. . . 2 Entrés. ... 10.

M. le capitaine Lestrade a été Dris, dans la nuit du 24 au 25, d'un fort

accès de fièvre. Le 27, il est mieux, mais il lui reste une grande faiblesse.

13 février 1873. — Il y a eu 3 nouveaux décès aux lles-du-Salul, mais du 28 janvier jusqu'au 8 février, il n'y a eu que 2 entrées à l'hôpital, pour fièvre jaune.

Tous les officiers, eux aussi, ont été plus ou moins malades. M. Roumieu est entré à l'hôpital pour une fièvre rémittente bilieuse ; il a repris son service le 8 février. M. Le Pivain est resté également à l'hôpital deux jours, pour fièvre rémittente légère.

Du côté de la transportation, rien à signaler relativement à la fièvre jaune; seulement, par suite des grands vents du nord, la mortalité est nombreuse sur les Arabes provenant du dernier convoi arrivé par la Gérés. (Phthisie pulmonaire et diarrhée chronique.)

A la date du 10 février, M. Granger m'écrit : « L'état sanitaire paraît s'améliorer; je n'ai plus à l'hôpital qu'un seul soldat, entré le 24 janvier et qui est tout à fait convalescent d'une fièvre jaune très-grave et complète. Pas de malades à la caserne, ni dans le reste du personnel libre. »

Rien à la transportation, relativement à la fièvre jaune.

A Cayenne, il y a eu 2 nouveaux cas de fièvre jaune sur 2 militaires d'infanterie de marine, terminés par la mort, tous les deux le 13 février.

M. Riche, médecin du lazaret de Larivot, a été indisposé par une diarrhée bilieuse et des nausées.

28 février. — L'état sanitaire de la Guyane, après avoir été mauvais pendant près de trois mois, s'améliore depuis quelques jours. La fièvre jaune, dont les premiers cas avaient été constatés le 27 novembre à Cayenne, sur des marins de la goélette de l'État la Topaze, et sur des militaires de l'infanterie de marine qui avaient voyagé à bord de cette goélette, avait pris la forme épidémique dès les premiers jours de décembre à Cayenne et dans le courant du môme mois au pénitencier des Roches (Kourou) et des Iles-du-Salut.

Cayenne. — A Cayenne, la maladie atteignit de suite son summum d'intensité. Ainsi, du 27 novembre au 10 décembre, 15 cas ont été observés : 1 4 sur des marins de la Topaze et 1 sur un militaire d'infanterie de marine qui avait fait la traversée des lles-du-Salut à Cayenne, à bord de cette tfoëlctle. 15 cas ont donné lieu à 3 décès, 2 matelots et 1 soldat. Du 10 au 30 décembre, aucun nouveau cas.

Le 30 décembre. — 2 cas se déclarent à l'hôpital; le 31, nouveau cas sur des militaires. Ces deux hommes n'avaient pas voyagé à bord de la Topaze.

Ces 3 cas se sont terminés par la guérison. Un matelot du Casablanca annexe, sorti de l'hôpital le 10 janvier et qui avait été embarqué à bord de la Topaze, entre à l'hôpital le 13, atteint de fièvre jaune et meurt le 17 du même mois.

HISTORIQUE

Le 18 janvier, je constatais 2 cas en ville, datant déjà de plusieurs jours, sur des personnes nouvellement arrivées de France. L'un de ces cas, assez léger, s'est terminé par la guérison le 23 janvier. L'autre, beaucoup plus grave, s'est terminé aussi par la guérison, mais beaucoup plus tardivement.

Le 2i, nouveau cas constaté à l'hôpital sur un militaire d'infanterie de marine entré le 22 janvier; cas insidieux dans son début, qui a été trèsgrave, mais qui s'est terminé par la guérison. Le malade a pu éLre considéré, le 20 février, comme n'étant plus atteint de maladie contagieuse, et il a été remis dans la salle commune le 21 au matin.

Le 7 février, cas constaté sur un Arabe de la transportation, entré à l'hôpital le 24 janvier pour fièvre rémittente bilieuse, terminé par la guérison, le 20 février, le malade a été remis dans la salle commune.

9 février, nouveau cas observé sur un militaire sorti de l'hôpital le 27 janvier, cas des plus graves, terminé par la mort le 13 février.

1 1 février, nouveau cas observé sur un militaire qui n'était pas à l'hôpital depuis sept ou huit mois, terminé par la mort le 13 du même mois.

Ainsi, en résumé, du 27 novembre 1872 à ce jour, il a été observé à l'hôpital de Cayenne et dans la ville, 25 cas de fièvre jaune.

U sur des marins de la Topaze.

4 — Casablanca annexe.

7 sur des militaires d'infanterie de marine.

1 sur un Arabe transporté.

2 en ville.

Ces 25 cas ont donné lieu à 6 décès, de là une proportion de 24 p. 400 des atteints. Le dernier décès date du 13 février, et la convalescence confirmée du dernier cas guéri, du 20 février.

La Topaze, envoyée au lazaret de Larivot, aussitôt après constatation des premiers cas, y a subi une désinfection aussi complète que possible ; elle a été désarmée, entièrement déchargée de tout son matériel excepté la quantité de lest strictement nécessaire pour assurer la stabilité du navire, a été lavée à plusieurs reprises avec une solution de chlorure de chaux au 7e, etc.

Cette goélette a quitté le lazaret le 2 janvier et a été admise à la libre pratique le 9 janvier. Depuis ce jour, elle n'a pas fourni de nouveaux cas de fièvre jaune, car le matelot du Casablanca annexe qui a été pris de cette malad.e, après vingt-quatre heures d'embarquement à bord de cette goélette, provenait de l'hôpital, et il est plus naturel de supposer qu'il a Pn* le germe de la maladie à l'hôpital plutôt qu'à bord de la Topaze

Casahanca. - L'aviso à vapeur le Casablanca n'a eu que quatre cas

au Z VZ i T ' 7 16 31 déCCmbrC 61 16 2 i-vicr; et deux

autres ma nns morts au lazaret de Larivot, l'un le 1 3 février et l'autre le 18 '

GUYANA. ^

CHAPJTM II,

Gel aviso a subi au lazaret une purification aussi complète que possible ; il a quitté le lazaret le 15 février et a été admis à la libre pralique avec la ville, le A8 février.

Depuis cette époque, il n'y a pas eu de nouveau cas.

Lazaret de Larivot. — Il ne reste au lazaret de Larivot que 3 marins du Caiabianca atteints de maladies autres que la fièvre jaune. Le dernier cas de cette affection observé dans ce lieu, s'est terminé par la mort le 18 février.

Pénitencier des Roches (fiourou). — Sur un petit détachement de 15 hommes d'infanterie de marine, 41 ont été atteints de fièvre jaune. Les premiers cas ont été insidieux ; ainsi le premier décès a été attribué à la fièvre typhoïde, ce qui me paraît difficilement admissible, car la maladie n'a duré que cinq jours. Je n'ai pas hésité dès le premier moment à rapporter tous ces cas à la fièvre jaune. Le premier décès a eu lieu le 7 décembre 1872., le deuxième le 22 et les deux derniers le 31 décembre.

Depuis celte époque, aucun symptôme de fièvre jaune n'a été observé sur ce pénitencier.

Proportion des décès : 36,35 p. 100 des atteints.

Iles-du-Salut. — C'est sur ce pénitencier que la maladie a sévi avec le plus d'intensité. Les débuis ont été insidieux, au point que le médecin de première classe chargé du service de santé sur ce pénitencier, attribue les 2 premiers décès, l'un à une fièvre infectieuse à forme typhique et l'autre

une fièvre pernicieuse à forme ataxique, et il caractérise les 5 premiers cas <le fièvre infectieuse à forme typhique. M. le chef du service de santé ne fait dater le premier cas que du 29 décembre, el il .le constate chez un transporté arrivé dans la colonie depuis trois mois, et employé comme infirmier dans riiôpital militaire où étaient couchés des soldat6 atteints de celte fièvre.

Je n'ai jamais admis cette manière d'interpréter le6 faits. Si l'infirmier chargé de faire le service dans la salle des militaires a contracté la fièvre jaune, c'est que ces militaires l'avaient.

Je fais remonter le premier cas au 1er décembre. Depuis cette époque, jusqu'au 2S février, il a été observé aux lles-du-Salut, 44 cas de fièvre jaune : 42 en décembre 1872, 30 en janvier 1873 et 2 en février, répartis de la manière suivante:

Militaires d'infanterie de marine.

"Marins du Casabianca

Surveillant

Sœur de Soint-l'aul de Chartres. Transportés -

Ces U .cas ont donné 20 décès, ainsi répartis :

HISTORIQUE

Militaires d'infanterie de marine. . . . 15 V

Marins du Casablanca 2 j

Sœur de Saint-Paul de Chartres. ... I VÎ

Surveillant. . M

Transporté ' )

Proportion : 45,45 p. 100 des atteints.

Depuis les premiers jours du mois de février, l'état sanitaire des Iles-du- Salut s'est amélioré sensiblement. Aussi M. le chef du service de santé m'annonce, à la date du 25 février, que depuis hier l'hôpital militaire est complètement évacué ; le dernier soldat qu'il y avait conservé, à été envoyé hier à Saint-Joseph pour terminer sa convalescence.

M. le chef du service de santé des Iles, fait compter du 5 février le moment où cet homme pouvait être considéré comme n'étant plus un agent de contamination, c'est-à-dire vingt-quatre heures seulement après la cessalion de l'hémorrhagie passive de la bouche: je n'admets pas cette opinion. Je pense qu'il faut retarder de quinze jours au moins ce moment, et ne considérer ce soldat comme guéri de la fièvre jaune, qu'à la date du 20 février. M. Granger continue : « Le dernier cas de fièvre jnune que nous avons eu aux Iles-du-Salut a porté sur un caporal d'infanterie de marine, entré à l'hôpital le 3 février à 3 heures du soir et décédé le 7 février à 4 heures de l'après-midi. L'état sanitaire général est aussi satisfaisant que possible ; plus un malade dans la compagnie d'infanterie de marine. Dans le reste du personnel libre, la santé de tous est très-bonne. Enfin, dans le personnel de la transporlalion, il y a le mouvement ordinaire de l'hôpital ; mais rien à signaler relativement à la fièvre jaune. » (Dr Senelle.)

11 Mars 1873. — Un fait peut modifier l'état sanitaire. Un sous-officier d'infanterie de marine en traitement à l'hôpital depuis le 20 janvier, pour otite double, a été pris le 27 février, à dix heures du soir, d'une fièvre compliquée de céphalalgie, de douleurs lombaires, d'injection des conjonctives et du tégument, laquelle fièvre dure encore. Craignant l'existence de la fièvre jaune, chez ce sous-officier, je l'ai fait examiner par le Conseil de santé.

Le Conseil de santé appelé à statuer, après l'examen du malade, déclare qu'il y a lieu de le signaler comme suspect de fièvre jaune, sans pouvoir cependant établir aucune certitude sur la nature de la fièvre continue dont il est atteint depuis trente-six heures.

Dans les derniers jours de mars, M. le médecin en chef Courrier prenait la direction du service de santé de la Guyane, et, après avoir examiné la situation, il adressait, à la date du 31 du mois, le rapport sommaire ci-après.

L'état sanitaire de la Guyane française, qui semblait s'améliorer à la date du dernier rapport qui a été adressé à l'administration le 6 mars, s'est aggravé d'une manière sensible, depuis celle époque, jusques aujourd'hui. 4 4 nouveaux cas de fièvre jaune ont été observés, 1 le 7 mars, mort le 9 à une heure trois-quarts dn matin, 2 le 4 0 mars (un caporal d'infanterie de marine, mort le 12 à onze heures du matin), 4 transporté, en traitement à l'hôpital depuis le 46 février, mort le 10 mars, onze heures du soir, 1 sur un frère, coadjuteur de la Compagnie de Jésus, entré à l'hôpital le 11 mars, considéré comme en convalescence confirmée le 20 du même mois; 1 sur un matelot, planton à l'hôtel du Gouvernement; entré à l'hôpital le 20 à neuf heures du soir, mort le 24 à trois heures du soir; 1 le 11 mars, sur un militaire d'infanterie de marine, encore en traitement ; 1 le 23 mars, sur un soldat d'infanterie de marine, encore en traitement; 2 le 24 mars, 1 sur un soldat d'infanterie de marine, encore en traitement, et 1 sur un artilleur, encore en traitement; 1 le 25 mars, sur un surveillant, encore en traitement (cas léger se bornant à la première période); 4 le 28 mars, sur un artilleur, eneore en traitement (cas très-grave, probablement mortel).

Ainsi, en résumé, au 31 mars 4873, il a été observé à l'hôpital de Cayenne, 44 cas de fièvre jaune, sur lesquels 4 décès, 4 guéri et 6 en traitement.

Le dernier décès date du 24 mars 4 873, trois heures du soir; la dernière entrée à l'hôpital, du 28 mars, deux heures du soir.

11 y a aujourd'hui 6 malades en traitement, 4 très-mal, 4 mal, 3 assez bien, 4 bien.

Aucun nouveau cas n'a été signalé d'aucun autre point de la colonie.

(Dr Gourrier).

Rapport sommaire du mois 'd'avril. (34 avril.)

Du 28 mars au 30 avril, il y a eu 6 cas de fièvre jaune, dont 2 décès; 4bommes sont encore en traitement, mais 3 sont en voie de guérison ; 4 est encore gravement malade.

Le dernier décès date du 23 avril.

La dernière entrée à l'hôpital, du 29.

Aucun cas n'a été signalé ni en ville, ni dans les environs, ni sur aucun autre point de la colonie. . (Gourrier.)

HISTORIQUE

Rapport sommaire de la marche de la fièvre jaune à la Guyane, pendant le mois de mai.

Le 30 avril, il y avait à l'hôpital de Cayenne, 4 malades altcints de fièvre jaune; c'étaient 3 soldats et 1 sergent d'infanterie de marine, ils avaient été admis à l'hôpital à la date des 24, 25 et 29 avril. Tous ces hommes ont guéri et ont repris leur service, un le 4 2, un le 1 3, un le 20 et un le 9 mai. Pendant le mois de mai, 7 nouveaux cas de fièvre jaune ont été observés. 4 le 42 mai, sur un artilleur, mort le 13. Cet homme n'a pas succombé a la fièvre jaune, il pouvait être considéré comme guéri de celte affection, lorsque s'élant imprudemment endormi dans un grand courant d'air, il a contracté une pneumonie qui a rapidement déterminé la mort.

1 le 3 mai, sur un soldat d'infanterie de marine, mort le 8 mai.

4 le 4 0, sur un soldat d'infanterie, mort le 24.

1 le 22, sur un soldat, mort le 26.

Cet homme était depuis dix jours à l'hôpital pour une plaie non pénétrante de la poitrine, qu'il s'était faite volontairement avec un sabre-baïonnette, lorsqu'il a présenté les premiers symptômes de l'affection à laquelle il a succombé.

Un fait analogue s'était produit, pendant le mois d'avril, sur un artilleur qui était à l'hôpital, pour des accidents syphilitiques, depuis huit jours, lorsqu'il fut atteint de fièvre jaune.

4 le 22 mai, sur une sœur de l'hôpital de Cayenne, morte le 26 mai. Cette sœur ne faisait pas de service dans les salles et n'était à Cayenne que depuis peu de temps. Atteinte de bronchite chronique et profondément anémiée, elle avait été proposée pour un congé de convalescence et devait prochainement partir pour la France.

I le 22 mai, sur un soldat d'infanterie de marine, il est encore en traitement, mais peut être considéré comme hors de danger.

4 le 28 mai, sur un soldat d'infanterie de marine malade, dont l'état est très-grave.

En résumé, du 29 avril au,30 mai, il a été observé à l'hôpital de Cayenne 7 cas de fièvre jaune.

II y a eu 5 décès. Deux malades sont encore en traitement. Un en voie de guérison, un dont l'état est très-grave.

Tous ces cas, à l'exception de celui de la sœur, ont été constatés sur des hommes appartenant à l'artillerie et à l'infanterie de marine qui habitent la même caserne.

Les deux derniers décès datent du 26 mai.

La dernière entrée est du 28 mai. Aucun cas n'a été signalé ni en ville, ni dans les environs, ni dans les établissements pénitentiaires.

(D' Courrier.)

Rapport du mois de juin.

Le 30 mai, il y avait à l'hôpital deux malades atteints de fièvre jaune, l'un est mort le 31 mai, l'autre est sorti guéri le 7 juin.

Dans le mois de juin, 43 cas de fièvre jaune ont été constatés à Cayenne, dont 42 à l'hôpital militaire et 4 en ville.

Les cas observés à l'hôpital militaire ont en lieu :

4 le 2 juin, sur un caporal d'infanterie, sorti guéri le 26. 4 le 7 — sur un soldat d'infanterie, sorti guéri le 26. 4 le 44 — sur caporal, mort le 45. 4 le 45 — sur un soldai, mort le 4 9. 4 le 4 6 — sur un soldat, mort le 21 .

I le 4 8 — sur un caporal, mort le 4 9.

4 le 4 9 — sur un matelot de l'Étoile, mais embarqué en subsistance sur YÉconome, descendant très-fréquemment à terre et sans doute en relation habituelle avec les soldats d'infanterie de marine, peut être considéré comme guéri.

4 le 49 — sur un soldat, convalescent.

4 le 20 — sur un soldat, convalescent.

4 le 24 — sur un soldat, mort le 26 juin.

4 le 27 — sur un soldat en traitement, état très-grave.

4 le 29 — sur un soldat en traitement, état très-grave.

En résumé, depuis le 30 mai, 43 cas de fièvre jaune ont été observés à Cayenne.

II y a eu 7 décès, dont 1 le 31 mai. Le dernier décès est du 26 juin.

La dernière entrée à l'hôpital est du 29 juin. Il y a en ce moment cinq hommes en traitement à l'hôpital pour cette affection, dont trois convalescents et deux très-gravement malades. (Gourrier.)'

28 juillet 4873. — Le 29 juin, il y avait à l'hôpital de Cayenne 5 malades atteints de fièvre jaune.

Du 29 juin au 28 juillet exclusivement, 18 cas de fièvre jaune ont été constatés à Cayenne. 1 sur un soldat d'artillerie, 45 sur des soldats d'infanterie et 2 sur des transportés.

Ces 18 cas ont donné heu à 7 décès, dont 5 sur des soldats d'infanterie de marine et 2 sur des transportés Arabes.

Deux malades seulement sont encore en traitement. Deux autres, quoique n'étant pas encore sortis de l'hôpital, sont complètement guéris.

Le dernier décès est du 25 juillet,

La dernière entrée est du 27.

HISTOHIQDK.

Dans le but d'évacuer la caserne de l'infanterie de marine,' une compagnie a été envoyée, le 10 juillet, sur une des Iles-du-Salut (l'Ile Saint- Joseph). Deux cas de fièvre jaune ont été constatés sur les hommes de celle eompagnie, le 42 juillet. Un est mort le 18, l'autre est guéri.

C'est aussi à Saint-Joseph qu'on envoie tous les soldats convalescents de lièvre jaune, en sortant de l'hôpital, pour empêcher la contamination de la caserne de Cayenne..

Gn apprend que M. d'Uubertr chargé du service médical à Saint-Joseph, est malade depuis hier et quatre soldats sont atteints de fièvre jaune.

28 uoùt 4873. — Le 28 juillet, il y avaiL à l'hôpital, 4 hommes, atteints de fièvre jaune. Un seul est mort le 29 ; les trois autres ont été évacués à Saint-Joseph.

Du 28 juillet au 28 août, 32 cas de fièvre jaune ont été constatés à Cayenne et observés :

♦8 sur les soldats d'infanterie de marine.

4 brigadier d'artillerie.

1 gendarme.

4 surveillant.

4 0 transportés, dont 5 Arabes et 5 Européens.

■1 aide-méd. auxiliaire, M. Cauvct, arrivé à la Guyane au mois de juillet. Il y a eu 49 décès, dont :

Infanterie de marine. . 42

Artillerie 4

Gendarmerie jj

Transportés 5

4 i malades sont encore en traitement à l'hôpital. Le dernier décès est du 27 août, et la dernière entrée du 27. A l'Ile Saini-Joseph, 5 cas de fièvre jaune ont été constatés sur les soldats ; un mort.

A partir de cette époque, nous manquons de renseignements précis. Nous savons seulement que la maladie est allée en s'affaiblissant pour faire Place, à la fin de l'année, à des cas atténués, sous forme de tvphoïde bilieuse.

La fièvre jaune qui régnait en 1873, diminua d'intensité en 1874, et bientôt fit place, disaient les médecins employés à Cayenne daDs ce moment, à la fièvre typhoïde bilieuse qui commença à se montrer au commencement de l'année, sévissant presque exclusivement, sur les troupes arrivées de France. On me permettra de prendre acte de cette déclaration, car on sait par ailleurs que souvent la fièvre jaune passe par l'aspect typhoïde lorsqu'elle diminue d'intensité, et que la phase épidémique s'améliore. Ces faits, signalés par le Br Bertulus, par M. l'inspecteur Walther, depuis longues années, sont assez connus pour n'avoir plus besoin d'être discutés, et je pourrai m'appuyer sur eux pour montrer la parenté étroite qui existait entre la maladie de 1873 et celle de 1874 sur la garnison de la Guyane.

Voici la description de la dernière forme, donnée par M. le Dr Dupont, chargé du poste du Maroni, au moment qui nous occupe.

Une compagnie de 95 hommes débarque sur le pénitencier de Saint-Laureut, du Maroni, le 23 mai 1874, venant des Iles-du-Salut, où elle a tenu garnison pendant trois mois et où l'état sanitaire est satisfaisant.

Du 24 mai au 0 juin, il n'y eut pas un seul malade. A celte date, deux soldats entrent à l'hôpital, atteints de fièvre continue: le lendemain, six autres, offrant les mêmes symptômes que les premiers, sont dirigés sur l'hôpital. Le 10 juin, trente-trois soldats ou sous-ofiiciers ; le 2!, trentesept autres étaient entrés à leur tour, présentantdes symptômes identiques, et nous comptions un décès.

Début brusque au milieu d'une santé parfaite, avec céphalalgie sus-orbitaire et temporale, s'irradiant quelquefois dans tout le crâne ; face fortement colorée, comme dans l'insolation, injection allant parfois jusqu'au rouge-violet, quelquefois le tégument participait presque en entier à celte coloration. Yeux toujours brillants, pupilles largement dilatées, conjonctives d'un rouge vif, simulant dans quelques cas l'inflammation aiguë de celle muqueuse, mais pas de pholophobie. Rachialgie et douleurs lombaires Irès-intenses, accusées par les malades comme plus vive encore que la céphalalgie; douleur à l'épigastre, exaspérée par la pression, crampe dans les mollets, démarche titubante. Langue large, humide, trôs-sale, haleine fétide, rappelant parfois celle de la viande altérée. Nausées et vomis-

HISTORIQUE

semenls bilieux, variant du jaune gommc-gutle au vert-foncé. Peau toujours chaude, brûlante et sèche. Pouls plein, dur, vibrant, oscillant entre -f 00 et 120.

Cet appareil fébrile, d'une durée variable de 60 à 80 heures, j'ai observé un cas où la fièvre a duré 102 heures (4 jours et 6 heures), n'était amendé ni par les évacuants mal tolérés, ni par les vomitifs, ni par les sédatifs.

La quinine seule ou associée aux opiacés et donnée aussitôt après que l'on croyait saisir un peu de rémission, n'a pu empêcher la marche continue de la fièvre.

Pendant cette première période, des malades ont eu du délire bruyant, d'autres sont tombés dans le coma, deux ont présenté des taches ardoisées sur le thorax et les membres ; un enfin, a eu des épistaxis difficiles à arrêter. Après un temps variable, la fièvre cédait lentement avec des sueurs abondantes, souvent d'une odeur nauséeuse, parfois môme fétide, laissant le malade dans un état de faiblesse extrême. Après la chute de la fièvre, les symptômes principaux étaient : inappétence absolue, dégoût pour toutes sortes d'aliments, soif presque nulle, décoloration de la peau, qui est devenue fréquemment d'un blanc mat; faiblesse musculaire extrême, tendance à la syncope pour le moindre déplacement, et c'est notamment chez les nommes les plus vigoureux que nous avons noté ce phénomène. Pouls ralenti et tombé presque invariablement au-dessous de G0 (chez un malade, a baissé jusqu'à 48), se maintenant pendant plusieurs jours à ce rhythme et ne remontant qu'avec une extrême lenteur. La plupart de ces malades se sont relevés avec peine, la durée de la convalescence a été en raison directe de l'intensité de la maladie ; chez tous, la guérison a été lente à obtenir, et même chez les moins malades, l'organisme a été fortement ébranlé. Quelques-uns, en petit nombre, ont pu reprendre assez rapidement leur service, d'autres, après un temps variable, mais ordinairement fort court, ont eu des accès intermittents franchement dessinés, enrayés par le sulfate de quinine, mais reparaissant avec opiniâtreté, dès qu'on cessait l'emploi de l'anlipériodique.

Un fait à signaler, c'est qu'un détachement de neuf hommes en service à Saint-Pierre, poste situé à 7 kilomètres du pénitencier, a été épargné de la façon la plus absolue, et les militaires qui le composaient, ne sont tombés malades qu'à leur retour à Saint-Laurent, après avoir passé un mois tout entier sans indisposition sur le premier point.

Chez une quinzaine qui nous ont offert les symptômes typhoïdes, la marche de la maladie a été différente. Après la période du début, vers le quatrième ou cinquième jour de la maladie, il y a eu quelques rémissions dans les symptômes, mais la lièvre n'a pas cédé. Le masque a pâli et la face a pris alors une expression de stupeur et d'hébétude caractéristiques. La langue est devenue sèche, rôtie, quelquefois fendillée ; des douleurs abdomi-

w CHAPITRE N.

nales, d'abord vagues et générales, se sont plus nettement localisées surtout, dans la fosse iliaque droite et sur le trajet du côlon ascendant. Les unsont présenté la forme adynamique, le pouls est alors tombé à 54-50, et s'est maintenu parfois à ce chiffre pendant tout le cours de la maladie; chez d'autres,, qui ont, offert la forme ataxique, la maladie a été plus longue et plus grave, nous avons observé du délire intermittent ou continu, et le pouls a été noté au-dessus de 1 50.

On verra plus loin combien cette description ressemble à celle que nous donnerons de la maladie qui nous occupe.

M. Dupont dit qu'une seule cause reste patente,, irrécusable,, l'intoxication maremmatique, favorisée par des perturbations atmosphériques. Je suis surpris que des hommes, habitant Saint-Pierre, à i kilomètres de Saint-Laurent, pays tout au moins aussi marécageux, où les conditions atmosphériques- sont les mêmes, soient épargnés et qu'ils soient obligés de revenir habiter Saint-Laurent pour contracter la maladie.

La même observation fait remarquer que cette compagnie n'avait que huit mois de colonie lorsqu'elle arriva sur l'Établissement, et que ces hommes n'avaient eu antérieurement, à trois ou quatre exceptions près, aucune entrée dans les hôpitaux de la colonie, pour fièvre intermittente.

A Cayenne, la fièvre jaune n'avait pas été signalée, mais au Maroni, après avoir fait place à la rémittente typhoïde, elle reparaît avec intensité.

Nous n'avons pas de documents précis, mais nous en voyons la preuve dans les décès,

Au mois d'août 1875, on signale sur les statistiques :

8 décès par fièvre jaune.

2 par rémittente bilieuse, a forme typhoïde.

Au mois de septembre :

1 décès par fièvre jaune.

2 par rémittente bilieuse, à forme typhoïde. 7 par rémittente bilieuse.

Au mois d'octobre :

HISTORIQUE. 50

On ne signale pas de décès par fièvre jaune, mais 4 par fièvre bilieuse.

Au mois de novembre :

1 lièvre rémittente bilieuse..

I fièvre bilieuse..

II est mort cette année au Maroni 1 5 soldats.

Cayenne. — Au mois de mars 1876, l'aviso Casablanca, venant du Maroni où il avait communiqué et où on ne signalait pas la fièvre jaune, mais une fièvre spéciale, fièvre à rechutes et. typhoïde bilieuse, est arrivé à Cayenne présentant quelques malades, avec un décès. Le médecin du bord appelait l'attention sur cette fièvre ; iL ne savait pas comment l'appeler, disait-il, mais elle lui paraissait grave.

Cet aviso est parti pour un voyage de quelques semaines au Para, il est revenu présentant des cas semblables à ceux qu'il avait en partant, mais plus accusés. Quelques jours après, la fièvre jaune fut déclarée à bord.

Tout porte à croire que c'est bien au Maroni que cette maladie avait été contractée, et non au Para, car les soldats d'infanterie de marine qui accompagnaient le Gouverneur, avaient séjourné à terre au Brésil et aucun d'eux n'a été malade ; l'équipage seul a été cruellement frappé. La maladie qui existait déjà à bord, avant le départ pour le Para, n'avait fait que se développer à bord.

Cette épidémie fut localisée au Casablanca, et bien que 3 ouj 4 hommes soient morts à l'hôpital de Cayenne, avant que la maladie ne fût reconnue, elle ne prit aucune extension, ni en ville, ni à l'hôpital.

Ceci se passait vers le mois d'avril, et on ne signale rien dans l'état sanitaire de Cayenne jusqu'au mois de novembre. C'est à ce moment qu'on vit un jeune médecin de la marine enlevé par une maladie qui avait été appelée alternativement : insolation, rémittente bilieuse et,, enfin, fièvre jaune. Dans le courant du troisième trimestre, une maladie régnait au Maroni, qui faisait de grands ravages. Aussi deux industriels, ayant pris passage

ou CHAPITRE IL

récemment sur le vapeur Maroni, la sœur supérieure du couvent de Saint-Joseph, qui venait de recevoir des sœurs du couvent du Maroni, où le fléau faisait des ravages, furent pris et succombèrent à la véritable fièvre jaune. A peu de temps de là, l'infanterie de marine fut prise et l'épidémie déclarée.

Maroni. — La fièvre jaune avait diminué d'intensité et pendant tout le premier trimestre de cette année, M. Maurel, alors chef du service de santé au Maroni, crut reconnaître la fièvre à rechutes et la typhoïde bilieuse. Quelques décès de fièvre jaune figurent cependant sur les statistiques ; et il est probable que l'épidémie du Casablanca, qui était bien la fièvre jaune, avait été contractée au Maroni.

Dans le deuxième trimestre 1876, nous trouvons 2 décès par fièvre bilieuse grave, 1 par rémittente bilieuse grave.

Fièvre bilieuse grave. — Lagrange, transporté Européen , entré le 20 avril, à 11 heures du matin, sans renseignements. Ictère très-prononcé, parole difficile, respiration entrecoupée, pouls irrégulier, petit, entre 80 et 100. Le malade se plaint de céphalalgie, douleurs lombaires, épigastralgie, vomissements de matière noire, ayant l'aspect de marc de café. Cette matière noire, au microscope, présente des globules sanguins en quantité considérable. La langue est rouge sur les bords, noire au milieu. Mort ilans le coma à quatre heures.

A l'autopsie, foie gorgé de sang, volume accru, consistance diminuée, le doigt y pénèirc facilement; rate volumineuse, esiomac rempli de la matière noire des vomissements.

Au mois de juin, M. Infernet remplace M. Maurel, et il constate une maladie qu'il appelle alternativement fièvre à rechutes, fièvre typhoïde bilieuse, rémittente bilieuse et enfin typhus amaril. Voici quelques-unes des lettres du chef de service :

25 juin. — « Une femme, nouvellement arrivée, entrée à l'hôpital le 2 juin, a succombé le 22 des suites de fièvre typhoïde bilieuse. Au début de la maladie, elle a présenté les symptômes de catarrhe gastro-duodénal et une vive sensibilité au niveau de fépigastre, du foie et de la rate. Dans le courant de la première semaine, la fièvre a présenté des rémissions et des exacerbalions irrégulières, mais il n'y a eu aucune tendance à l'amélioration. Huit jours après son entrée à l'hôpital, un état typhoïde s'est montré avec des phénomènes d'une extrême gravité : suffusion ictérique, adynamie profonde, hémorrhagies par les gencives, par les muqueuses

HISTORIQUE

gastriques et intestinales. La suppression urinairc a eu lieu la veille de a mort. Le thermomètre a été constamment à 39 et à 40, mais n'a pu arrêter la marche de celte maladie.

Sept sont actuellement à l'hôpital ; elles sont atteintes de fièvres rémittentes, avec symptômes gastriques au début et présentant une vive sensibilité au niveau de l'épigaslre, de la rate et du foie.

4 0 juillet. — L'épidémie de fièvre typhoïde bilieuse qui sévissait sur les femmes nouvellement arrivées dans la colonie depuis deux mois, semble avoir cessé depuis quelque temps. Cependant une femme, entrée le '17 juin, est morte le 30, de suite de fièvre à rechute. Une autre femme de ce convoi, entrée le 42 juin, est atteinte de fièvre typhoïde bilieuse et est encore dans un état très-grave.

Chez les blessés, de violents accès de fièvre font que les plaies qui étaient en voie de cicatrisation, prennent un aspect gangréneux et envahissent les parties voisines.

Chez les enfants, on remarque de nombreux cas de conjonctivite.

40 août. — A l'infanterie de marine, les malades sont toujours nombreux. 2o militaires à l'hôpital. 42 ont été atteints de fièvre à rechutes, à la transporlation, du 24 juillet au 30 inclus, 3 femmes ont succombé à la typhoïde bilieuse.

Sur 34 femmes nouvellement arrivées au Maroni, 8 sont mortes des suites de fièvre typhoïde bilieuse ou de fièvres à rechutes.

Dans les fièvres à rechutes et typhoïde bilieuse, l'estomac ne peut rien supporter. Le thermomètre dans la 2e période a toujours accusé 40 et 44 et quelquefois 42.

40 septembre. — Les fièvres typhoïde bilieuse et à rechute et les fièvres bilieuses hématuriques ont sévi sur l'infanterie de marine.

Les fièvres typhoïdes bilieuses continuent à enlever les nouveaux arrivés; les accès pernicieux enlèvent les anciens.

45 soldats sont actuellement à l'hôpital, 42 sont atteints d'embarras gastriques, 2 présentent jjusqu'ici des fièvres inflammatoires et laissent un pronostic douteux.

M. Le Doucher, instituteur, âgé de 30 ans, entré à l'hôpital le 7 à 4 heures du soir, est décédé le 9 à 3 heures du matin, des suites de fièvre rémittente bilieuse (coup de barre, ictère et vomissements).

Deux femmes, nouvellement arrivées, sont actuellement à l'hôpital atteintes de fièvre 'rémittente bilieuse. L'une d'elles présente les symptômes suivants : douleur à la région lombaire, à l'épigaslre, vomissements noirs, ictère, hémorrhngics passives.

25 septembre. — Depuis ma dernière letlrc, il est mort 4 soldats, et tous de la fièvre rémittente bilieuse, maladie qui règne ici à l'état endémique : on note de la céphalalgie, douleurs lombaires, état saburral, d'abord dou-

leurs vives à l'épigastre, puis vomissements, leinte ictérique et selles fétides; la douleur à l'épigastre a toujours été constante. Cette maladie a affecté, dans la 2e période, tantôt la forme adynamique et tantôt la forme cérébrale. La suppression urinaire a eu lieu aussi. Le thermomètre a été constamment entre 40 et 41..

Nous avons perdu deux femmes, nouvellement arrivées, de fièvre rémittente bilieuse. Deux autres qui ont été aussi atteintes sont en voie de guérison.

La Topaze, à son départ, avait un matelot présentant des symptômes d'embarras gastrique fébrile.

La fièvre rémittente bilieuse ne sévit que sur les nouveaux arrivés et surtout sur ceux qui n'ont fait aucun séjour aux colonies.

Extrait du rapport du troisième trimestre.

L'état sanitaire du troisième trimestre a été bien mauvais, la saison sèche ne s'est pas établie, les vents du nord-ouest et du sud-ouest ont presque constamment régné; ces venls passent sur des terrains marécageux; l'atmosphère était" lourd et chargé d'électricité.

Saint-Laurent du Maruni est devenu très-malsain ; les bras manquent, des défrichements trop considérables ont eu lieu et les terrains abandonnés se 60nt transformés eu véritables marais, dont les miasmes empoisonnent l'atmosphère ; aussi la fièvre rémittente bilieuse grave, compliquée souvent d'état typhoïde, de typhus amaril, règne à l'état endémique sur ce pénitencier et fait de nombreuses victimes. Le typhu6 amaril frappe indistinctement à l'infanterie de marine, au couvent des femmes, au camp et à Saint-Maurice ; les nouveaux arrivés sont surtout frappés par cette maladie.

Sur 56 transportés européens, élèves concessionnaires, arrivés par le Finistère au mois de février, < 1 sont morts de cette maladie, et sur 94 femmes, arrivées au mois de mars par le Petit-Poucet, 7 ont succombé. Nous avons eu en tout, pendant le trimestre, 20 morts des suites de cette maladie.

L'accès paludéen a fait souvent tous les frai6 de lasymptomalologie; une rémission s'est montrée, mais un autre accès a lieu, qui est débordé par le typhus amaril. Cette évolution parallèle de la fièvre paludéenne et du typhus amaril est une chose très-remarquable et qu'il ne faut pas perdre de vue. Nous avons eu un cas, chez un 6oldat, où la fièvre bilieuse hémalurique, une, expression grave de la fièvre paludéenne, s'est montrée aver la fièvre jaune ; dans quelques cas, l'accè6 pernicieux est venu primer la scèue.

Les trois formes de la maladie (forme cérébrale, forme adynamique et

UISTORIQUE.

forme gastrique adynamique) ont été les plus fréquentes. Cette maladie a sévi indistinctement sur les malades lrès-anémié6 et sur les individus d'un tempérament sanguin ; la mort est arrivée après deux jours de maladie.

Nous avons eu dans Le trimestre 71 décès sur un effectif moyen de 1500. — Dans le personnel libre, il y a eu 21 décès et dans la transportalion, 50.

■157 soldats sont entrés à l'hôpital, pendant le trimestre, atteints surtout de fièvre intermittente, d'embarras gastrique fébrile et de fièvre rémittente bilieuse.

Les arabes, les coolies, les chinois et les annamites ne sont pas plus à l'abri que les européens de la rémittente bilieuse grave.

Les malades succombaient après dix jours de maladie maximum ou entraient en convalescence. Une rémission avait presque toujours lieu le troisième jour, mais le lendemain des symptômes d'une extrême gravité reparaissaient (vomissements noirs, douleurs à l'épigastre ou à la région lombaire, teinte ictérique des sclérotiques, surtout l'hcmorrhagie passive par les gencives et l'intestin, suppression urinaire). Tin mauvais signe existe, quand les vomissements ne sont pas franchement bilieux après un ipéca au début. Un symptôme fâcheux est une fausse sensation de faim après 3 ou 4 jours de maladie.

A l'autopsie, le foie, le pancréas, la rate et les reins avaient leur poids normal ; l'ouverture de l'estomac nous a montré constamment un liquide noirâtre, d'une odeur fétide et nauséabonde ; le linge blanc était taché de brun, la muqueuse stomacale avait un piqueté rouge de nature hémorrhagique et de petites ecchymoses sous-muqueuses; le foie était dur au toucher, sa couleur intérieure ressemblait à la farine de moutarde; tous les tissus, même ceux de l'intérieur, offraient une coloration jaunâtre.

La vésicule biliaire contenaient un peu de bile. Aux reins, légère congestionna vessie rétractée et contenant peu d'urine. Les urines contenaient l'albumine; elles étaient fétides et alcalines, à cause de la présence d'une grande quantité de carbonate d'amoniaque.

9 novembre. — L'étal sanitaire a été meilleur; il n'y a eu que 15 décès dans le mois d'octobre.

Cette mortalité moindre est due surtout à la brise de l'Est-Nord-Est qui a presque constamment régné pendant ce mois, pourtant nous avons eu le 5. le 8 et le 2î> des bTrscs du Sud-Ouest cl aussitôt des cas presque foudroyants de fièvre rémittente bilieuse grave se sont montrés.

Ces brises malsaines ont aussi soufflé le M octobre et aussitôt nous avons eu 3 décès du 1er au 15 novembre.

37 soldats sont entrés à l'hôpital pendant le mois d'octobre; 2 ont succombé à la rémittente bilieuse.

Les 3 femmes arabes nouvellement arrivées ont été atteintes vingt jours

après leur arrivée, de fièvre rémittente bilieuse ; une d'elles est morte après trois jours de maladie (vomissements noirs, teinte ictérique, hémorrhagies passives), 16 autres femmes sont entrées à l'hôpital.

A la transportation, j'ai constaté pour la première fois sur un ancien la fièvre rémittente bilieuse ou typhus amaril avec les symptômes les plus caractéristiques; il a été enlevé en 48 heures.

30 novembre. — Considérations générales sur le mois de novembre.

L'état sanitaire du mois de novembre avait été meilleur que celui du mois précédent, mais à la suite d'une influence météorologique et des orages qui ont eu lieu vers le 24 novembre et des vents du Sud, Sud-Ouest, l'état sanitaire est devenu mauvais à la fin du mois.

Nous avons eu à l'hôpital 16 décès dont 7 pour rémittente bilieuse.

Nous avons perdu le 27 novembre M. Prêcheur, surveillant nouvellement arrivé de France, entré à l'hôpital le 24 novembre et le 29, Mme Prêcheur, sa femme, entrée le 20 novembre des suites de rémittente bilieuse grave. Nous avons constaté les symptômes les plus caractéristiques des typhus amaril.

Depuis le 1er novembre, l'état sanitaire semble meilleur. La température est moins élevée; les pluies ont lieu tous les jours et d'une manière régulière; pourtant, nous avons perdu, le 40, un soldat entré le 27 novembre (140 mois de service, 48 mois de colonie) de rémittente bilieuse. Ce soldat a aussi présenté les symptômes les plus caralérisliques des typhus amaril : douleur à l'épigastre, coup de barre, vomissements noirs, selles noirâtres et fétides, hémorrhagies par les différentes muqueuses et surtout par les gencives, les muqueuses nasales et les conjonctives. Urines rares contenant de l'albumine et des sels biliaires, devenant mousseuses par l'acide nitrique. Nous avons constaté aussi la présence du sang dans les urines.

M. le Dr Infernet a pu hésiter au début sur le diagnostic, mais, à la fie, il parait bien être fixé pour la fièvre jaune.

Vers la fin du mois de décembre, il fut remplacé par le Dr Maurel qui signale encore 2 ou 3 cas de fièvre jaune, observés surtout dans le service du médecin en sous-ordre et qui ensuite diagnostique la fièvre à rechute et la typhoïde bilieuse.

Mon collègue et ami, M. le Dr Maurel avait succédé à M. le Dr Internet, dans la direction du service de santé au Maroni où il était arrivé le 20 décembre.

HlbTORiylE.

Une lettre de lui, à la date du 9 janvier 1877, rend compte au médecin en chef de la colonie, de ce qu'il observe de la façon suivante :

« Les rapports mensuels de mon prédécesseur ont dû vous mettre au courant de la situation sanitaire. Je vois dans ses statistiques et dans ses rapports, qu'après avoir constaté des fièvres à rechutes et des fièvres typhoïdes bilieuses pendant le troisième trimestre de l'année 4 876, le quatrième a été marqué par des cas de fièvre jaune assez nombreux. Depuis mon arrivée, M. Vieuille, chargé du service des transportés (hommes de couleur) m'a dit avoir constaté un nouveau cas. De mon côté, je n'ai observé que deux cas de fièvre typhoïde bilieuse terminés par la mort : l'une chez M. Brè, instituteur et l'autre chez le père Finot. Le premier est mort le 29 décembre et le second le lendemain.

Quoique depuis une dizaine de jours, nous n'ayons pas de malades atteints d'affection épidémique, les deux cas précédents et les rapports du Dr Infernet ne me laissent aucun doute sur la persistance du génie épidémique. Aussi si quelques cas de fièvre jaune se présentaient à mon observation, je n'hésiterais pas à donner des patentes brutes de fièvre jaune. Si, au contraire, j'observais des eas de fièvre typhoïde bilieuse, je me contenterais de les consigner sur les patentes, ainsi que je l'ai toujours fait, pendant mon premier séjour au Maroni.

C'est peut-être à la lin de ce mois que se fera le changement des troupes. C'est une bonne compagnie qui a supporté onze décès sans se plaindre; mais je ne crois pas que l'on soit autorisé à prolonger son séjour ici, dJ moins pour un temps un peu loiig.

Je pense qu'il y aurait danger à faire coucher les militaires qui arrivent sur les matelas qui ont servi à la compagnie qui doit partir, et dont la plupart des hommes ont été alleinls. »

Le 2-J, juillet 1877, une seconde lettre rendait compte de l'état sanitaire. Je continuerai à reproduire ici l'ensemble des lettres et des rapports du D' Maurel, pendant toute sa période de détachement au Maroni, c'est-à-dire jusqu'au 10 juillet de la même année.

Lu seconde lettre était ainsi conçue :

« Depuis ma dernière lettre, nous avons perdu de fièvre typhoïde bilieuse le surveillant Rotzer, décédé le 15 janvier. De plus, le capitaine ™iard, tombé malade le jour même du départ du vapeur « Maroni » m'a donné pendant quelques jours de sérieuses inquiétudes ; je le crois hors de

ranger en co moment. Son sous-lieut^ant, M. RetOltt, a été pris après lui

mais plus légèrement. Enfin 3 militaires sont en ce moment à l'hôpital pour la môme maladie et la vie de l'un d'eux est menacée.

VAlecton, sur ces renseignements, a refusé de communiquer ; je crois qu'il a agi prudemment.

Le caractère épidémique et contagieux de cette affection ne laisse aucun doute dans mon esprit, et il paraît difficile qu'il en reste dans l'esprit de tout médecin qui a observé ici. Du reste, la fièvre typhoïde bilieuse se montre ici ce qu'elle a été partout; on ne l'a constatée, que je sache, qu'à l'état épidémique et son caractère contagieux paraît également établi.

Quant à la fièvre jaune, j'observe tous les cas qui offrent des doutes, avec d'autant plus de soin, que mon prédécesseur en a constaté. Je vous en informerai dès qu'un seul cas se présentera. »

Cayenne. — Depuis le 22 novembre, des cas bien caractérisés de lièvre jaune existaient à Cayenne. Le premier cas qui avait éveillé l'attention avait porté sur un de nos collègues, le docteur Racord. Les deux cas suivants avaient eu lieu sur deux industriels qui allaient quelquefois au Maroni, et l'un d'eux y avait fait une tournée toute récente.

Le 31 décembre un nouveau cas s'est présenté sur la sœursupérieure du couvent de Saint-Joseph, arrivée depuis peu de France et qui venait de recevoir, du Maroni, des sœurs fortement éprouvées. Dans le mois de janvier, des soldats d'infanterie de marine lurent atteints et l'épidémie était constituée. Elle sévit jusqu'au mois de septembre, principalement sur les militaires et les officiers du corps de santé.

Je n'ai point à faire l'histoire de cette épidémie; elle a besoin seulement d'être signalée au lecteur. Je ne m'appesantirai pas non plus sur sou origine, qui pourtant n'est pas douteuse, étant admis la contagion. Des cas nombreux de fièvre jaune existaient au Maroni, pendant les mois de septembre, octobre et novembre; ils se sont propagés à Cayenne, parce que les communications n'étaient pas interrompues. Nous avons eu un autre exem- I pie, et terrible, de cette propagation dans l'épidémie des Iles- | du-Salut, qui éclata au mois d'avril sur une compagnie qui venait d'arriver de France: Si le terrain était préparé pour cette compagnie, le coup de fouet a été certainement donné par le cas de ce jeune officier contractant la maladie à Cayenne et allant mourir aux lies, quelques jours plus tard.

Cette digression était nécessaire pour apprécier les faits.

HISTORIQUE

Saint-Laurent-Maroni, le 8 février 4 877.

« Depuis ma lettre du mois de janvier, nous avons perdu deux malades, par suite de fièvre typhoïde bilieuse : un enfant du pays, âgé de 42 ans, le fils de M. Charlier, surveillant chef de première classe, et un Arabe, dont j'ai fait l'autopsie hier.

M. d'Hérisson, mort à l'hôpital le 5 de ce mois, a succombé à une rémittence bilieuse, contractée dans le haut Maroni. (M. d'Hérisson arrivait do Fiance depuis quelques mois seulement et était parti de Caycnne pour le Maroni, dans le mois de décembre; il avait séjourné à Saint-Laurent.)

En ce moment, quatre militaires sont à l'hôpital, atteints de fièvre typhoïde bilieuse, mais tous ont franchi la première période.

Un transporté, ayant déjà eu une fièvre à rechute bien caractérisée et très-grave pendant mon premier voyage, est de nouveau atteint, il était sérieusement en danger hier, je le trouve mieux aujourd'hui.

En dehors de cette épidémie, l'état sanitaire n'est pas mauvais; les lièvres intermittentes ne sont pas trop fréquentes et surtout ne présentent aucune complication grave. »

Signé: Dr Maurel.

10 mars 1877.

« ..... Je n'indique que la fièvre typhoïde bilieuse dans la colonne observation des statistiques trimestrielles. On voit cependant que j'ai eu quelques cas de fièvre à rechute. Ces deux affections sévissent sur le même personnel, offrent les mêmes lésions et, sauf la rémission qui est plus longue et plus complète dans la fièvre récurrente que dans l'autre, il serait porfois difficile de les différencier.

H y a plus, c'est que la longueur de la rémission variant, on se demande quelquefois à laquelle des deux formes épidémiques on doit rattacher le cas que l'on observe.

Depuis un mois environ, l'intensité des symptômes bilieux a beaucoup diminué et toute préoccupation de fièvre jaune a disparu.

En ce moment, il y a cinq convalescents de fièvre à rechute ou de fièvre typhoïde bilieuse, trois militaires et deux transportés ; je les considère tous comme hors de danger. Le seul malade atteint de fièvre typhoïde bilieuse grave est un contre-maître des travaux, libéré depuis longtemps et ayant au moins 20 ans de Guyane, dont 1 0 de Maroni . En somme, l'épidémie semble nous laisser un peu de répit U goélette la Topaze est arrivée avec une patente annonçant quelques ■ .«dés de fièvre jaune à Cayenne; nous lui avons offert cependant la °re pratique, mais le capitaine a cru devoir ne pas communiquer. WWSdécê* ayant en lieu dans l'établissement de l'élal-major, dan. un

G8 CHAIMTKE lit

court espace de temps, j'ai demandé à faire un nettoyage complet, ce qui a été accordé.

M. Balcam, aide-médecin, vient d'y mourir de fièvre typhoïde bilieuse. »

Signé : Dr Maurel.

Le 12 avril 1877, le Dr Maurel adressait au médecin ehei ua rapport détaillé sur la phase épidémique qu'il venait de traverser. Je ne prendrai de ce rapport que ce qui a trait à la maladie régnante. Il peut se résumer ainsi :

Maladies endémiques.

Les maladies endémiques ont été assez fréquentes, mais peu graves ; elles ont fourni, à elles seules, 3,742 journées d'hôpital el ont occasionné 20 décès ainsi répartis :

Anémie

Fièvre rémittente. .

Accès pernicieux. .

Cachexie paludéenne Dysentérie

Ce chiffre de 3,742 journées d'hôpital donne une moyenne de 40 malades par jour pour ces affections ; mais je dois en plus faire remarquer que beaucoup de malades entrés à l'hôpital pour des maladies sporadiques sont en môme temps auémiés ou sujets à des fièvres intermittentes, de sorte que les chiffres sont réellement au-dessous de la vérité. J'ajoute que ce n'est que lorsque les hommes sont gravement atteints qu'ils sont admis à l'hôpital, qu'enfin beaucoup sont en traitement dans les ambulances et que d'autres sont soignés chez eux.

Maladies épidémiques.

Depuis vingt-cinq jours, l'épidémie de fièvre typhoïde bilieuse et de fièvre récurrente, qui régnait sur le péuitencier, n'a présenté aucun cas. Ce loug répit pouvant faire espérer sa fin prochaine, il ne sera peut-être pas sans intérêt de jeter sur elle un regard rétrospectif et, l'embrassant dans tout son ensemble, de la décrire à grands traits.

Née spontanément sur le pénitencier dans le mois de janvier 1876, j'ai pu la suivre jusqu'au mois de juin, époque à laquelle je fus appelé à Cayenne. Pendant mon séjour, elle avait sévi successivement sur les troupes d'infanterie de marine et les deux convois de transportés, hommes et femmes, qui, à court intervalle, étaient venus s'exposer à ses coups. C'est: bui ce même personnel que l'observa mon successeur pendant les trois •

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mois qui suivirent mon dépari; puis elle diminua de fréquence et disparut pendant les mois de novembre et décembre, pour laisser la place à des cas de rémittence bilieuse et detypbus amaril.

Ces affections étaient elles-mêmes devenues moins nombreuses, à mon retour au Maroni, le "20 décembre.

Quelques jours après mon arrivée, j'eus à constater, sur le personnel officier, plusieurs cas d'une gravité extrême et dont quelques caractères me jetèrent dans le doute; mais peu à peu l'intensité des symptômes diminua, l'affection s'accentua et je pus affirmer que je me trouvais en présence de la même affection que pendant mon précédent séjour. Dans le mois de février, les cas ont diminué, et depuis le 20 mars, date du dernier décès, je n'ai rien observé qui puisse se rattacher à cette maladie.

Quoique l'épidémie que j'ai observée se soit présentée sous deux formes bien tranchées, la fièvre à rechute et la fièvre typhoïde bilieuse, je pense pouvoir les confondre dans une seule et même description, mécontentant de signaler, au fur et à mesure que l'occasion s'en présentera, les particularités qui les distinguent.

La physionomie générale de ces deux affections a présenté un aspect tout spécial, unique dans la pathologie. Leur caractère le plus saillant est de procéder en deux temps. Sauf pour quelques cas légers et pour ceux d'une gravité extrême qui, rapidement terminés par la mort, n'ont eu qu'une évolution incomplète, celte marche a été constante.

Chaque cas complet a été constaté par deux périodes fébriles bien marquées, ayant une durée moyenne de 5 à 7 jours et séparées, l'une de l'autre, par une période franchement apyrétique dans la fièvre à rechute et d'une apyrexie incomplète, le thermomètre oscillant entre 38 et 38,5, dans la fièvre typhoïde bilieuse. Quant à la durée de cette période intermédiaire, quoique variable, elle peut être fixée à 5 et 7 jours pour la première forme, et à 2 ou 4 jours pour la seconde.

Cette marche toute spéciale, et qui est le propre des affections que j'ai observées, est rendue saisissante par les courbes de température.

Chaque période fébrile est caractérisée par des phénomènes gastriques d'intensité variable, épigastralgie, dysphagie, nausées, vomissements de nature différente, ne contenant du sang que pendant la seconde période, alors que des ulcérations hémorrhagiques étendues existaient dans l'estomac et dans l'œsophage. En outre de ces symptômes, on trouve d'abord ceux qui constituent le cortège habituel de tout mouvement fébrile : céphalalgie, constipation, peau sèche, etc,; ensuite quelques symptômes bilieux qui n'ont jamais dépassé la teinte subictérique et qui fréquemment ont été assez peu marqués pour être douteux. L'hépatalgie n'a jamais été bien intense et toujours effacée par d'autres symptômes douloureux, parmi lesquels, et comme fréquence et comme intensité, l'épigastralgie a occupé le

premier rang, et la splénopathie le second. Quant aux douleurs lombaires, je ne les ai que rarement observées et ne lésai jamais vues bien tenaces. De plus, je dois ajouter que, surtout dans la forme typhoïde bilieuse, la maladie peut, dès les premiers jours, se présenter avec un aspect typhoïde bien caractérisé : faciès pâle, terreux, affaissement, stupeur, etc. Aspect typhoïde qu'il est encore bien plus fréquent d'observer à la fin.

Ces deux fièvres, qui à un examen superficiel paraissent identiques, peuvent cependant être distinguées l'une de l'autre par une série de symptômes, dont les principaux sont : l'intensité plus grande des phénomènes bilieux dans la seconde que dans la première; la nature des vomissements et l'intolérance plus grande de l'estomac pendant la seconde période ; enfin la courbe thermique qui a pour caractère constant pendant la première période d'être interrompue par une descente brusque, est moins régulière dans la seconde et se rapproche d'une forme continue.

Quant à la forme intermédiaire, dans la forme typhoïde bilieuse, elle est parfois de trop courte durée pour se prêter à une description propre et, dans ce cas, ne se révèle que par l'abaissement de température et l'affaissement des symptômes graves.

Dans la fièvre à rechute, au contraire, elle est bien marquée et se trouve caractérisée par une diarrhée constante, la rareté du pouls et l'affaissement du malade.

La convalescence est facile dans les cas légers; lente au coutraire, et quelquefois traversée par des accès fébriles de courte durée, lorsque la maladie a suivi son évolution complète.

Tels sont les principaux symptômes de celte affection, qui s'est présentée a moi, avec des phénomènes groupés sous un type constant et avec une marche dont la singularité suffirait pour la caractériser.

Les deux lésions dominantes sont le volume exagéré de la rate et l'inflammation de la partie du tube digestif, comprise entre le pylore et la cavité buccale.

La rate présente un volume 2, 3 et 4 fois supérieur à la normale. Elle est souvent molle, peu résistante, quelquefois se déchirant à la moindre traction.

Les traces d'inflammation ont été constantes; elles se sont révélées, dans les cas promptement suivis de mort, par des arborisations très-riches, et lorsque la mort a été plus tardive, par des ulcérations profondes, étendues, occupant, chez un noir, toute la superficie de la muqueuse gastrique et une partie de celle de l'œsophage, donnant à toute celle surface l'aspect d'une vaste plaie en suppuration.

De ces lésions, les plus marquées ont été celles de l'estomac. En les observant avec soin, il semblait que le processus se fût d'abord montré sur

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cet organe et que ce ne fût que successivement qu'il envahit les parties sus-diaphragmatiques des voies digestives.

En outre, de ces doux lésions, je dois en signaler quelques autres.

Le foie n'a présenté qu'exceptionnellement des altérations et même, dans ce cas, je l'ai toujours trouvé assez riche en sang et avec une couleur s'écartant peu de La normale ; son volume a souvent été un peu exagéré.

Dans la grande majorité des autopsies, j'ai trouvé le poumon pâle, décoloré, exsangue ; la vessie a toujours contenu une quantité notable d'urine. Enfin, pour être complet, je dois mentionner des adhérences récentes et très-étendues, occupant la plupart des cavités séreuses, et les effaçant quelquefois ; leur siège de prédilection a été la cavité pleurale. Dans une autopsie où j'ai vu cette lésion aussi prononcée que possible, les deuxplè- Yres étaient effacées, le foie était adhérent au diaphragme, la rate aux organes environnants, les anses intestinales entre elles; enfin, particularité plus surprenante, le grand épiploon était réuni à la paroi abdominale dans toute son étendue, et ce ne fut pas sans peine qu'il en fut détaché. Ces adhérences m'ont toujours d'autant plus étonné que l'intégrité des organes qu'elles fixaient, a toujours été constatée.

Je n'ai pu encore compléter les études histologiques et je ne puis les donner qu'avec quelques réserves. Cependant je crois pouvoir certifier les détails suivants :

A. Liquides. Vomissements. Contiennent :

4. Des leucocytes en quantité considérable, le plus souvent bien conservés.

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