‹ De la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la GuyaneChapitre 12 sur 57 · Des sarcines · texte numérisé non relu

Des sarcines

Urines. — Dans certaines périodes de la maladie, elles contiennent des sédiments de carbonate de chaux qui, par l'acide azotique, les rendent effervescentes.

B. Organes. Estomac. — La muqueuse est le siège d'un processus inflammatoire manifeste; sur de nombreux points, elle est à nu et offre les caractères d'une membrane pyogénique,.

Foie. — Les deux foies que j'ai examinés au microscope, n'ont présenté aucune modification des cellules hépatiques. Elles n'ont en outre présenté aucune infiltration graisseuse, altération facile à observer ; mais, je le répète, je n'ai vu encore que deux foies et je ne saurai m'engager pour l'avenir.

Le rein, normal à l'œil nu, offre des concrétions qui semblent accumulées sur certains points des tubes et qui ne doivent pas être étrangères à la

diminution de la sécrétion urinaire, que j'ai observée d'une manière constante.

Traitement. — Après quelques tâtonnements, je me suis arrêté à une méthode mixte. La nature franchement inflammatoire de l'affection, ainsi que le prouvent les autopsies, m'a conduit à employer les émissions sanguines.

J'ai donné la préférence aux sangsues sur la saignée, parce qu'en même temps qu'elles agissaient sur l'état général, elles me permettaient de combattre certains symptômes locaux, tels que l'épigastralgie et la céphalalgie. Aussi est-ce à l'épigastro et aux apophyses mastoïdes qu'elles ont été le plus souvent placées et quelquefois à plusieurs reprises différentes. Elles n'ont été appliquées que deux fois sur d'autres points, la première à la nuque et la seconde à la région lombaire.

En outre, les purgatifs salins, et tout particulièrement le citrate de magnésie, ont fréquemment trouvé leur emploi contre la constipation qui accompagne les deux périodes fébriles, soit que je les aie donnés à dose purgative, soit le plus souvent à dose laxative.

Le sulfate de quinine a été fréquemment employé, mais souvent comme adjuvant et non comme base du traitement. A haute dose, de 2 gr. 50 à 3 gr. J'ai constaté ses bons effeis antipyrétiques toutes les fois que l'estomac a pu le tolérer. Dans les cas contraires, je me suis contenté de l'alcool donné dans le même but.

A ces moyens qui, dans la dernière période de l'épidémie, ont constitué la base du traitement, je dois ajouter tous ceux qui se sont adressés à des symptômes particuliers et dont l'indication naît si souvent dans le cours d'une affection longue et soumise à une certaine variabilité de caractères.

Je me contenterai de citer : contre la céphalalgie, outre les sangsues, les compresses froides vinaigrées, les tranches de citrons; contre les vomissements, les vésicatoires morphinés, les préparations gazeuses et antispasmodiques. Enfin, contre les suintements sanguins, l'ergotine ei les tisanes sulfurique, chlorydrique, et au perchlorure de fer.

Telle est l'épidémie qu'il m'a été permis d'observer.

Les affections sporadiques ont été assez nombreuses pendant ce trimestre; elles ont fourni 3,442 journées d'hôpital et 44 décès.

Parmi les affections intenses, celles le plus fréquemment observées ont été les affections des voies respiratoires et celles des voies digestives. Parmi les affections chirurgicales, on note :

4° De vastes abcès s'étant produits sans cause appréciable et ayant évalué sans manifestations inflammatoires;

2° Un abcès de la fosse iliaque mettant en ce moment la vie des malades en danger ;

3° Un phlegmon occupant le cou et une grande partie de la face postérieure du thorax, survenu chez un convalescent de fièvre typhoïde bilieuse.

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4° Enfin, la grande fréquence desu'oères et des onyxis.

Signé : Dr Maurel.

Nous trouvons enfin dans les archives une dernière lettre adressée par le Dr Maurel au médecin en chef, le 12 juillet 1877, et rendant compte brièvement de l'état sanitaire du 2e trimestre, à peu près en ces termes :

« Le trimestre qui vient de s'écouler est un des plus heureux que le Waroni ait vus depuis quelques années. Si, en effet, le nombre de journées d'hôpital a été relativement assez élevé, celui des décès a été de beaucoup inférieur à ceux des trimestres précédents. Je n'eu ai constaté que 16.

Celte faible mortalité doit être expliquée non-seulement par la disparition des maladies épidémiques qui, depuis un an environ, ont sévi sur le pénitencier, mais aussi par le peu de gravité des affections paludéennes. Les accès pernicieux ne se sont présentés à mon observation que deux fois et n'ont occasionné qu'un décès. Seules, les fièvres rémittentes bilieuses ont fait quelques victimes ; la première forme sévissait sur les militaires et la seconde sur le personnel de la transportation.

Depuis un mois même, ces formes graves sont plus rares ; l'effectif de l'hôpital a diminué et a atteint le 4 er juillet le chiffre de 92.

La même influence heureuse se fait sentir sur les ambulances et les infirmeries ; celle du camp, qui, à une époque, a compté jusqu'à 80 malades, n'en contient qu'une vingtaine en ce moment.

Je crois pouvoir expliquer celte situation sanitaire, au point de vue des affections paludéennes, par les pluies tardives du mois de juin et qui, en tenant couverts les marais qui nous entourent, ont retardé les funestes effets des miasmes qu'ils dégagent dès qu'ils se dessèchent.

Sans sortir du groupe des affections endémiques, je dois vous signaler quelques cas de coliques sèches ayant toujours cédé rapidement au traitement par les purgatifs et l'extrait de belladone.

Les maladies les plus fréquentes que m'ail présentées la clinique interne, appartiennent aux fonctions digestives et respiratoires.

Parmi les premières, se trouvent surtout les embarras gastriques, et, parmi les secondes, des bronchiques chroniques. »

Signé : Dr Maurel.

Le 20 juillet, j'étais appelé à remplacer M. Maurel, au Maroni, dans la direction du service de santé.

Une de mes premières lettres, adressée le 10 août au médecin en chef de la colonie, contenait le passage suivant :

« Vers la fin de juillet et au commencement du mois d'août, j'ai observé chez les soldais des cas de fièvre qui ne m'ont pas semblé franchement paludéens. Deux cas ont été assez graves : l'un avec symptômes abdominaux et un état bilieux très-prononcé, l'autre avec des symptômes congestifs.

La fièvre a été continue, sans rémission, pendant trois jours ; elle a fini par céder le troisième jour, pour ne plus revenir, mais en laissant chez ces deux hommes un grand, état de faiblesse.

Dans le service de M. Bourat, médecin de 2e classe, j'ai observé un malade présentant des symptômes assez sérieux, et qui ont attiré toute notre attention. Ce malade a été suivi avec soin ; l'observation a été prise consciencieusement par M. Bourat ; l'autopsie a été faite par le Dr Hache. M. le pharmacien de 2e classe, Lalande, s'est chargé de l'analyse des urines et du sang. Le diagnostic « fièvre jaune » a été porté par M. Bourat, chargé du service. M. Hache l'a admis, et moi je l'ai confirmé, car il me rappelait identiquement les quelques cas que j'ai eu l'occasion d'observer dans le service des fiévreux de la transportation à Cayenne, sur deux Arabes en particulier.

Si le diagnostic porté sur le cas que nous venons d'observer sur un Arabe ayant près de 10 ans de Guyane doit être maintenu, il nous prouve que le miasme existe ici à un très-haut degré de puissance, et qu'il n'attend qu'une occasion favorable pour frapper un organisme quelque peu prédisposé. J'ai donc dû prévenir le Commandant des pénitenciers et l'informer qu'un cas de fièvre jaune venait d'être observé, et dont le décès était à la date du 10 août. »

Extrait de mon rapport du 3e trimestre.

« Pendant le mois de juillet, j'observais sur les soldats des cas de fièvre que je caractérisais : « fièvre jaune ». Le 10 août, il mourait un Arabe sur lequel nous avons porté le diagnostic : « fièvre jaune ».

Ce jour- là même, une femme de surveillant tombe malade à Saint-Maurice. Elle est restée chez elle pendant trois jours avec une fièvre continue et vomissements bilieux. Elle entre à l'hôpital, sans fièvre, se sentant en pleine convalescence; sous l'influence des purgatifs, elle avait des évacuations intestinales abondantes, mais toujours un peu d'agitation et d'insomnie. Elle demande, au bout de jours, à sortir avec instance et regagne, en plein soleil, Saint-Maurice, où elle arrive avec la fièvre. Elle reste encore deux jours chez elle, au bout desquels elle entre de nouveau à l'hôpital, où ede présente une intolérance stomacale extraordinaire, une fièvre continue avec température élevée, une grande quantité d'albumine dans les urines.

Elle succombe, trois jours après sa seconde entrée, le treizième jour de

HISTORIQUE

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la maladie, on présentant des vomissement noirs, la teinte jaune, caractéristique de la fin. A l'autopsie, le foie était de couleur café au lait ; les cellules hépatiques contenaient des gouttelettes de graisse. La rate était volumineuse, mais résistante. L'estomac n'a pas été ouvert ; la vessie était vide et rétractée.

U petite fille de cette femme, âgée de 18 mois, quelques jours après la mort de sa mére, m'a présenté un état de malaise général et fièvre continue pendant plusieurs jours, avec des taches sur le corps semblables à celles de la roséole, des selles grises et fétides. Ce cas m'a paru se rapporter à celui de sa mère, mais comme il n'a ;pas été parfaitement suivi, je l'ai classé dans mes statistiques parmi les cas de « fièvre continue, » sans préjudice cependant de la cause déterminante.

Quinze jours ou trois semaines plus lard, le petit garçon de cette môme femme ûgé de 8 ans, a été pris d'une fièvre continue, dont la courbe est parfaitement significative, avec diminution des urines et de l'urée, mais sans albumine. C'est un cas léger, mais parfaitement caractérisé de fièvre jaune.

Voilà donc deux cas de contagion assez nettement établis.

Vers la fin du mois d'août, j'ai observé chez un soldat en séjour à la Guyane depuis deux ans, et n'ayant jamais été malade, si ce n'est de quelques accès de fièvre intermittente, au mois de juillet dernier, une fièvre continue avec température relativement peu élevée, mais n'arrivant à la température normale que vers le sixième jour de la maladie. Il a présenté de l'albumine dans les urines pendant six jours. Les urines ont diminué et ne dépassaient pas 300 à 400 gr. pendant deux jours ; l'urée est tombée au chiffre de 6 gr. 26 par 24 heures. J'ai appelé ce cas « fièvre jaune légère. »

Le 4 septembre, j'ai reçu des Hattes un soldat dans un état désespéré. Cet homme était parti le 27 août de Saint-Laurent, un peu malade ; à son arrivée, il s'alite avec la fièvre, des vomissements çtde l'insomnie ; il reste huit jours dans cet étal et arrive à l'hôpital avec une teinte jaune très-accusée des conjonctives, leinle violacée de la peau, albumine dans les urines, pas de bile, urée, 6 gr. 50 par lilre, et 1 gr. 50 environ pour 250 gr. qu'il avait pu uriner en 24 heures. Selles sanguinolentes, teinte jaune après, la mort ; hémorrhagies musculaires ; la température était encore à 39,3 une demi-heure après la mort.

A l'autopsie, teinte jaune du tissu cellulaire sous-cutané; piqueté hémorrhagique dans les poumons ; le foie a l'aspect de farine de moutarde ; gouttelettes de graisse dans les cellules hépatiques ; la rate est assez volumineuse, 550 gr., mais dure et résistante ; les reins sont volumineux et congestionnés, 450 gr., la vessie vide et rétractée.

Quelques jours après, un soldat, de planton à l'hôpital, et n'ayant jamais

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été malade, depuis deux ans qu'il se trouve à la Guyanne, a été pris, à l'hôpital même, d'un violent accès de fièvre avec céphalalgie très-forte ; oppression, inquiétude générale, rachialgie et brisement des membres. La fièvre a été continue pendant cinq jours, il a présenté de l'albumine dans les urines et diminution des urines et de l'urée. C'est encore un cas léger.

A peu près à la même époque, un autre soldat en service chez le capitaine, et qui avait porté des couvertures du magasin général, a été pris d'un violent accès de fièvre. Il entre à l'hôpital avec une langue très-sale au centre, très-rouge sur les bords, sur le point de saigner ; douleur épigastrique ; albumine dans les urines. Vers la fin, et pendant deux jours seulement, il a présenté un peu de bile. 11 a eu les conjonctives très-jaunes et la teinte violacée de la peau ; des selles grises, décolorées et fétides. Il est complètement guéri.

Tous ces différents cas me semblent prouver suffisamment la nature de l'affection que j'ai à traiter. Ce n'est pas une maladie éminemment paludéenne. Elle sévit sous des formes graves chez les personnes qui se trouvent dans de mauvaises conditions hygiéniques et qui ne sont pas soignées à temps; elle se manifeste sous des formes bénignes chez les autres, parce qu'elles sont, pour ainsi dire, habituées à ces effets. C'est une affection pour laquelle on acquiert une assuétude spéciale. Tout me porte à croire que je me trouve en présence de la fièvre jaune.

Le miasme paludéen paraît avoir, en ce moment, son minimum d'intensité ; en effet, le sol n'est plus remué, les défrichements n'ont plus lieu, et la végétation, si active dans ce pays, s'est bientôt emparée des terrains abandonnés.

Le personnel libre, les soldats, les fonctionnaires de toutes sortes qui ne passent ici qu'un temps relativement assez court, qui se trouvent dans d'assez bonnes conditions d'hygiène et qui offrent certaine résistance de l'organisme, ont peu à craindre les effets du paludisme dont ils peuvent presque toujours conjurer les atteintes.

Le miasme paludéen ne sévit avec violence que sur ceux qui sont exposés à ses coups depuis longtemps.

Il n'en est pas de même du poison qui existe ici à côté du premier et dont les atteintes sont d'autant plus sévères qu'il s'adresse à des constitutions moins habituées à lui. C'est probablement un poison analogue qui, l'année dernière à la même époque, a donné sur ce même pénitencier une mortalité si effrayante, puisque le chiffre des décès pendant le troisième trimestre a été de 77; car un pays marécageux et qui ne doit ses maladies qu'au miasme des marais ne peut guère changer d'une année à l'autre d'une façon si radicale. — Un fait curieux et qui mérite d'être signalé, c'est que la plupart des cas que je relate dans ce rapport se sont présentés sur des hommes qui n'ont jamais été malades. Ce sont ceux qui ont été épar-

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gnés jusqu'à ce jour qui sont éprouvés aujourd'hui, mais plus légèrement.

Sur le convoi de femmes arrivé l'année dernière et qui a offert une mortalité très-forte, il restait trois femmes qui n'avaient pas été éprouvées; aujourd'hui, elles sont en traitement à l'hôpital pour fièvre continue avec caractères assez tranchés de l'affection. Si donc aujourd'hui on recevait au Maroiii des troupes fraîches ou des personnes venant directement de France, on serait fortement exposé à donner à la maladie tout l'aliment nécessaire. C'est grâce à la sage mesure de l'administration supérieure de n'envoyer aucun Européen au Maroni, que le répit de ces temps derniers a eu lieu, mais il ne faut pas perdre de vue que le poison existe en ce moment au Maroni et toujours prêt à sévir.

Considérations générales. — Depuis que l'existence de ce poison, qui parait ressembler étrangement à celui de la lièvre jaune, m'est démontrée, j'ai cru de mon devoir d'en rechercher le traitement. Je ne parlerai pas ici du traitement curatif qui est à peu près inefficace dans les cas aigus et très-anodin dans les cas légers, mais bien du traitement prophylactique.

Il m'est à peu près impossible, avec les statistiques qui existent au Maroni, de dire si la lièvre jaune a existé ici de tout temps ou seulement depuis une certaine époque. Cependant, si j'en crois certaines personnes qui habitent le Maroni depuis vingt ans, bien placées pour observer, je suis porté à croire que cette maladie a fait son apparition en 4 873 au Maroni, où elle a été importée des Iles-du-Salut ou de Cayenne par des couvertures de laine. Depuis celle époque, elle a à peu près toujours sévi, en présentant des rémissions et des exucerbaiions.

Il est probable que les rémissions coïncidaient avec le manque d'aliments. S'il en est ainsi, je ne crois pas qu'on puisse accuser le sol ni la météorologie, mais bien l'importation d'un poison qui s'est acclimaté et qui n'a pu être détruit.

En recherchant toutes les causes qui ont pu retenir ce poison, mon attention a été portée du côté de l'hôpital et du magasin général qui a servi à entasser tous les objets non désinfectés des hommes ayant succombé. Il existe, entre autres choses, depuis plus d'un an, dans ce magasin, de la laine et du crin provenant de la literie ayant appartenu à des hommes morts de lièvre jaune.

Dé plus, il existe tout près de ce magasin des barriques contenant des peaux de bœufs qu'on culasse les unes sur les autres depuis que l'épidémie existe au Maroni, parce que les bateaux refusent avec raison de les porter a Cayenne.

La maison habitée par le capitaine, où est mort M. Baslard cl où sont tombés malades plusieurs soldats, n'avait jamais été blanchie il y a un mois ; aussi il a été facile de remarquer que tous les hommes en service

chez lui sont tombés malades. En six mois, il a changé treize fois de planton.

Conclusions. — En résumé, j'ai l'honneur de proposer à M. le médecin eu chef de vouloir bien provoquer des ordres de la part de l'administration pénitentiaire pour me permettre de faire la désinfection générale des pénitenciers.

Ce sera peut-être un moyen efficace de détruire celte cause si fréquente de maladies au Maroni, et qui est en même temps une menace perpétuelle pour toute la Guyane.

Après avoir constaté tous les cas mentionnés et en avoir rendu compte au médecin en chef, je demandai à mettre le Maroni en quarantaine et à l'isoler de tout autre point de la colonie, car la fièvre jaune venait de cesser à Gayenne, et il était important de circonscrire la maladie pour mieux la détruire. Du reste, les cas n'avaient fait qu'augmenter de nombre et de gravité pendant le mois d'octobre.

A la fin de l'année, j'adressai un rapport au médecin en chef, lui rendant un compte exact de ce qui s'était passé et de ce qui existait alors. Je le remerciai d'abord d'avoir bien voulu prendre en main les propositions que j'avais eu l'honneur de lui adresser, au point de vue de l'hygiène et de la santé publique au Maroni. J'établissais sur quelles bases elles étaient fondées, et faisais ressortir les résultats obtenus. Je disais que ma tâche avait été singulièrement facilitée par la bienveillance avec laquelle M. le capitaine de vaisseau Huart, gouverneur de la Guyane, avait accepté toutes les propositions qui lui étaient soumises, en donnant des ordres précis et formels pour l'exécution de tout ce qui était demandé.

Extrait de mon rapport du 4° trimestre, 1877.

Les affections paludéennes n'ont joué qu'un rôle très-faible pendant le trimestre qui vient de s'écouler. Déjà, à la fin du trimestre précédent, je m'étais aperçu que j'avais exagéré un peu l'action du paludisme. Je puis affirmer aujourd'hui que le paludisme n'est pas la maladie qui tue au Maroni ; l'impaludation, qui existe cependant, mais à un degré assez faible, n'est qu'une prédisposition morbifiquf , et quelquefois une complication. Les accès pernicieux sont rares. Un seul figure sur la statistique du trimestre.

HISTORIQUE

Nous étions cependant bien placés pour observer le paludisme. Nous étions dans la mauvaise saison, surtout au mois de septembre et au commencement d'octobre, alors que les marais se desséchaient. De plus, le personnel ne se composait que de gens impaludés de longue main. Du reste, le vieil axiome (naturam morborum curationes ostendunt) m'a prouvé qu'il fallait chercher ailleurs la principale cause des maladies. J'ai observé dans le personnel libre et à la transportation, des cas de fièvre très-graves où je n'ai pas donné de quinine, et tous ont parfaitement guéri. Pendant la convalescence, je donnais de temps en temps de petites doses de quinine pour prévenir la complication paludéenne. Dans les cas graves, où j'ai donné le spécifique à haute dose, je n'ai fait qu'aggraver l'état gastrique, déterminer de l'intolérance de l'estomac et de l'agitation, sans arriver à faire tomber la fièvre. Ainsi donc, l'endémie paludéenne. est faible au Maroni.

La fièvre jaune que je signalais dans mon précédent rapport, et pour laquelle je demandais des mesures de précaution dès le commencement du mois d'octobre, s'est manifestée sous les formes les plus typiques, et avec une intensité très-grande. Le poison ne demandait qu'à sévir ; nous en avons les preuves les plus certaines. La poussée a été faible, mais le poison était fort, et la différence entre le résultat et la cause ne tient qu'à l'intermédiaire qui manquait. L'administration a agi très-sagement et a empêché une véritable épidémie d'éclater, en retardant l'envoi de nouveaux arrivés.

En effet, vers la fin du mois de septembre, j'avais observé chez les militaires de nombreux cas de fièvre jaune très-graves, mais presque tous suivis de guérison. Ils avaient attiré mon attention et me faisaient tenir sur mes gardes.

Un Arabe, habitant le haut de Saint-Maurice, ayant huit ans de Guyane, et n'ayant jamais été malade, était venu à Saint-Laurent pour y chercher des vêtements. Cinq ou six jours après, il est pris d'une fièvre très-forle avec vomissements, douleurs lombaires et céphalalgie. Il entre à l'hôpital le 8 octobre, tombe en agonie le soir même de son entrée, et le lendemain malin, il rejetait en ma présence des flots de matière noire contenant des globules sanguins et présentant tous les caractères du sang en nature. L'autopsie a été concluante. Il existait de la matière noire dans l'estomac et dans le tube digestif. L'estomac était hypérémié et ulcéré. Le foie était couleur farine de moutarde et contenait des gouttelettes dégraisse. La rate était normale ; l'enveloppe avait sa couleur gris-ardoise habituelle et le tissu était dur et résistant.

Prévoyant ce qui devait arriver, je me suis rendu dans la case de cet Arabe; j'ai fait brûler la plupart des objets et fermer la case. Mais déjà ses camarades s'étaient partagé la dépouille ; l'un d'eux devait payer le larcin

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de sa vie. En effet, un Arabe, voisin de case du premier, et qui avait coopéré au partage du butin, a été pris, vers le 45, d'une fièvre continue avec vomissements. Il s'est traité à domicile et, le 26 octobre, il entrait à l'hôpital à l'agonie. A l'autopsie on constate la teinte jaune manifeste des tissus. L'estomace est dilaté par des gaz et des liquides. 11 contient 300 gr. de liquide marc de café, dans lequel on retrouve les globules sanguins altérés. La muqueuse est pâle, exsangue et ne semble pas altérée à l'examen microscopique. L'intestin grêle est rempli d'une matière noire, infecte, semblable à de la marmelade de pruneaux. Aux endroits dilatés de l'intestin, cette matière est presque sanglante. Le cœcum est rempli par une masse de caillots sauguins, presque purs. Le foie pèse 4,750 gr., de couleur café au lait. La rate pèse 550 gr.; son tissu est ferme, noir; on y voit facilement les corpuscules de Malpighi. Les reins sont volumineux et pèsent 520 gr.

Un fait de contagion plus curieux est le suivant : quelques jours après la mort du premier, un nouvel Arabe, en traitement à l'hôpital pour une affection légère, dans la salle même où avait eu lieu le décès, a été pris subitement d'une fièvre continue, avec température très-élevée pendant huit jours; il a présenté tous les symptômes de l'affection. Il a succombé le 21 octobre, le neuvième jour de sa maladie. A l'autopsie, j'ai constaté la teinte iclérique des tissus, la présence de 300 gr. de liquide noir contenant des globules sanguins dans l'estomac, des arborisations et des ulcérations de cet organe. Le foie pesait 4,379 gr. et était de couleur farine de moutarde. La rate était normale ; couleur gris-ardoise à l'intérieur.

Un autre Arabe a été pris, dans la même salle, à quelques jours d'intervalle, de la même affection, mais il a guéri.

Au moment où je constatais l'influence si manifeste du poison, je recevais des placers, des coolies envoyés à l'hôpital, pour diverses affections. Une femme coolie entre pour se reposer, et n'ayant que huit mois de Guyane, est restée dix jours à l'hôpital, sans rien présenter de spécial. Elle fut prise alors subitement d'une fièvre continue dont la marche a été rapide, puisque 6 jours ont suffi pour l'enlever. Elle avait présenté des vomissements noirs ; les conjonctives étaient couleur minium ; elles étaient, pour ainsi dire, enflammées. Urines rares; présence de l'albumine; diminution de l'urée. A l'autopsie, teinte jaune des tissus ; liquide marc de café dans l'estomac et tout l'intestin. Le foie avait encore la couleur farine de moutarde, et les cellules hépatiques contenaient des gouttelettes de graisse en abondance. La rate était normale.

Deux coolies arrivés des placers, en même temps que cette femme, ont été pris, à quelques jours d'intervalle, d'une fièvre continue avec teinte jaune des conjonctives, vomissements, agitation, albumine dans les urines. L'atteinte a été assez grave chez tous les deux. L'un d'entre eux a failli

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mourir. Le second, après avoir fait les frais de la maladie, a succombé à une fâcheuse complication, une pneumonie.

Pendant ce lemps, les militaires étaient fortement éprouvés. L'un d'eux a été atleinl d'une fièvre jaune des plus graves qui a mis sa vie en danger. Quelques autres ont eu des atteintes sévères qui ont guéri, grâce à l'acclim itement. Tous ceux qui ont élé fortement atteints sont ceux qui n'avaient jamais élé malades.

Une dame de surveillant, habitant leMaroni depuis dix-huit mois, a été prise de l'affection en allant voir son mari à l'hôpital. L'affection a été enrayée, mais a laissé dans son organisme, déjà très-compromis par un état tuberculeux, une telle empreinte qu'elle n'a pas pu se relever et a fini par succomber.

Le 18 novembre, j'ai encore constaté un nouveau décès de fièvre jaune sur un coolie venant des placers. Il était entré à l'hôpital surtout pour accompagner sa femme et son enfant, atteints tous les deux de fièvre paludéenne, quand, vers le sixième jour de son entrée, il a été pris à l'hôpital d'un violent frisson, suivi d'une fièvre continue qui a duré cinq jours et qui s'est terminé par la mort. C'est un cas type de l'affection et parfaitement caractérisé; rien n'y manque : la courbe thermique, la marche de la maladie qui a élé rapide, les symptômes cliniques observés et les lésions après la mort. L'estomac contenait une matière noire, marc de café avec des globules sanguins ; le foie était couleur farine de moutarde; la rate était dure et pesait 300 gr.; la teinte jaune très-accusée. Ce fait prouve bien que l'hôpital était un foyer très-actif et que le poison était trèsintense.

Le 23 novembre, nous avons encore eu un décès de fièvre jaune sur un Arabe. C'est un cas type et rapide, car la maladie a duré à peine quatre jours. C'est un homme qui arrivait depuis deux mois du nouveau chantier; il est entré à l'hôpital pour fièvre et anémie, est sorli bien guéri et bien remis, et c'est trois semaines plus tard environ qu'il a été pris de la maladie à laquelle il a succombé.

Enfin une sœur de l'hôpital, arrivée à la Guyane il y a trois mois et provenant de la Guadeloupe où elle avait fait un séjour de deux ans, a été prise de l'affection à l'hôpital même. Elle était employée à la lingerie, et c'est là qu'on a porté tous les objets provenant des salles au moment de la désinfection. La maladie a présenté tous les symptômes typiques, début brusque, agitation, intolérance stomacale, hémorrhagie gingivale, langue rouge, dépourvue d'épithélïum. Elle a succombé le 13 décembre en présentant ce mieux de la mort le plus caractérisé et une température de 41 ,8.

o.là l'histoire de la poussée épidémique ou, pour mieux dire, le résumé les cas types et indiscutables.

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« à côlé de ces faits si positifs et si irréfutables, il en est d'autres

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moins nets et moins bien dessinés. Ce sont, en général, les cas qui ont guéri. Cela est facile à comprendre, car il en est de cette maladie comme de toutes les autres, elle a ses formes et ses degrés. Le poison absorbé est plus ou moins fort, et la résistance organique est plus ou moins grande. La forme diffère souvent, mais le fond est toujours le même ; c'est ce que j'ai pu constater bien des fois.

Opérations de désinfection. — Après avoir constaté l'enchaînement des cas mentionnés, je restai de plus en plus convaincu de l'heureux résultat d'une désinfection complète et sérieuse. Aussi aucune précaution n'a été négligée et rien n'a été omis.

L'hôpital où je venais d'avoir de nombreux cas, et qui était un véritable foyer d'infection, devait être désinfecté tout d'abord.

Les salles ont été successivement évacuées. Les murs ont été soigneusement grattés, tout a été passé au chlorure de chaux et à l'acide phénique, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les ouvertures ont été ensuite hermétiquement fermées et les salles fumigées au chlore pendant trois jours. Les murs ont été ensuite blanchis à la chaux.

La literie a été complètement changée, la paille brûlée et renouvelée, les matelats refaits, après avoir ébouillanté la laine et lavé les toiles. Les fers de lit passés au coaltar. Les couvertures ont été exposées à un courant de chlore.

En même temps, et pour ainsi dire simultanément, les opérations de désinfection se produisaient sur d'autres points qui paraissaient infectés. C'est ainsi que le magasin général, où on avait entassé toutes sortes d'objets de literie depuis de longues années, m'avait paru devoir être désinfecté soigneusement.

La caserne a été entièrement fumigée.

Les peaux de bœufs entassées à l'abattoir depuis plusieurs années ont été condamnées et jetées à la mer.

Le magasin d'habillement, qui ne doit contenir que des objets neufs pour être distribués au personnel de la transportation, contenait aussi tous les vieux objets hors d'usage, tels que les couvertures ; les sacs des hommes entrant à l'hôpital y étaient remisés avant d'avoir été nettoyés. J'ai demandé qu'on apportât des modifications à cet égard.

Considérations générales. — Ainsi, je pense avoir suffisamment prouvé l'existence d'une maladie épidémique et contagieuse au Maroni, et avoir établi que c'est bien la fièvre jaune qui règne. Il me semble aussi parfaitement prouvé que ce miasme infectieux ne s'est pas développé sur place; il a été imporlé soit à une époque, soit à une autre. Depuis plusieurs années, il est devenu endémique, par suite de circonstances favorables à son développement, parmi lesquelles je citerai d'abord la climatologie, mais surtout le renouvellement du personnel.

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Les poussées épidémiques ont toujours coïncidé avec l'arrivée de noueaux éléments. C'est ainsi que l'année dernière, au moment où le poison diminuait d'intensité, sans avoir complètement disparu, il est arrivé des hommes tous jeunes et robustes qui ont été décimés par le fléau. Le convoi de femmes arrivant plus tard a aussi payé un large tribut. Les militaires lui étaient renouvelés tous les trois ans étaient pris dès leur arrivée, et la mortalité a été effrayante, puisqu'elle a été de 30 p. 400.

Cette année une même compagnie a fait un long séjour sans subir des jertes bien grandes. La mortalité a été de 6 pour toute l'année, et ce réuliat relatif ne lient qu'au long acclimatement des hommes. Le poison ixistait pourtant et peut-être aussi fort et aussi intense que les années précédentes : nous en avons eu des preuves. Les soldats eux-mêmes en >nt ressenti les atteintes, mais ils ont tous supporté le choc, parce que le joison, auquel ils étaient habitués de longue main, n'avait pour ainsi dire îlus de prise sur eux.

Mais ce miasme infectieux n'était pas répandu partout; il s'était surtout ocalisé en certains endroits. Nous avons vu des personnes, habitant les îauts quartiers de Saint-Maurice, venir passer une journée à Saint-Lau- •ent au moment où le foyer était actif et être emportées comme si jamais îlles n'avaient été habituées à ses effets. Nous avons vu des coolies venant les placers contracter à l'hôpital le germe de la maladie qui les tuait rapidement. Nous avons vu des Arabes qui étaient restés dans les chantiers lepuis leur arrivée à la Guyane contracter la maladie et en mourir dans a salle même où ils s'étaient guéris de la fièvre paludéenne et où 'ils se eposaient. Par contre, nous avons vu les personnes habituées au poison ire atteintes quelquefois, mais presque toutes guérissaient ou au moins Tésenta.ent des symptômes tout différents, montrant la résistance que onne l'assuétude.

H ne faut pourtant pas croire que l'assuétude soit tout. Ce qu'on peut ire, c est qu'elle empêche les cas mortels rapides, mais ce qui est cer- «n, c est que si l'on vient à être exposé à l'action constante du poison ans un m.lieu où il se renouvelle, l'action pour être lente n'en est pas «H i certaine, quel que soit le degré d'acclimatement, surtout si l'équibre «le 1 organisme est rompu par une cause ou par une autre. C'est ainsi ue des malades séjournant dans des salles empoisonnées ne pouvaient as se relever, quand dans toute autre circonstance ils auraient pu guérir t s ,1s ne mouraient pas véritablement delà fièvre jaune, le poison qu'i onne na.ssance à celte terrible maladie agissait d'une manière très-manies e^r ces organismes déjà affaiblis et usés, amenait une déglobu.isaiion

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^xtrr suf,isem pour jusiifier ,es — *

Les résultats sont déjà palpables.

Le nombre des malades a déjà diminué d'une manière sensible, l'étal sanitaire s'est beaucoup amélioré. Pas un soldai n'est malade ; l'hôpital du personnel libre est vide, et cela ne s'était pas vu depuis longtemps. Pas de fièvre jaune depuis plus d'un mois ; pas même un seul cas douteux.

Je suis persuadé que l'année 4878 se ressentira beaucoup de toutes ces précautions. C'est surtout dans un mois ou deux que l'on pourra en apprécier les effeis.

Conclusions. — En résumé, le pénitencier de Saint-Laurent du Maroni est un pays très-habitable, dont le mauvais état sanitaire des dernières années ne doit pas être attribué aux marais, mais à l'importation d'une maladie infectieuse qui s'est acclimatée. Il y a eu toujours quelques cas soit mortels, soit légers, de cette maladie et les cas légers contre lesquels on ne prenait aucune précaution étaient surtout la source de contagion.

Il peut être possible de débarrasser le Maroni de cette maladie, qui sévirait toujours avec la même intensité sur les nouveaux arrivés si on ne la détruisait, et qui empêcherait l'envoi de tout nouvel élément.

Les précautions sanitaires qui viennent d'êlre employées ont contribué à diminuer le poison, sinon à le détruire complètement. 11 est essentiel qu'elles soient continuées et que la plus grande surveillance soit observée. »

Au commencement du mois de janvier, la quarantaine imposée au Maroni, en raison des nombreux cas de fièvre jaunequi avaient été constatés, fut levée et le pénitencier fut admis ài communiquer librement avec le reste de la Guyane. C'est à ce? moment que la compagnie fut cbangée et que le Dr Fouquevintt me relever.

Il trouve a son arrivée l'état sanitaire très-satisfaisant et pendant le premier mois il n'a à traiter, comme cas intéressants, que deux soldats d'infanterie de marine arrivés en même temps? que lui par VAlecton, qui avaient été éprouvés par le mal de nien et qui ont présenté, dès leur arrivée, des embarras gastriques.

Extrait du rapport de M. Fouque, sur le iet trimestre.

Le service m'a été remis par M. Burot dans les meilleures conditions. Le fièvre jaune venait de se terminer et les mesures hygiéniques les plus rigoureuses avaient été apppliquées dans le pénitencier, tant pour ce

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concerne la salubrité locale que pour prévenir une nouvelle importation de la maladie.

Toutes ces prescriptions, exécutées avec la plus scrupuleuse exactitude, ont dû, à n'en pas douter, contribuer à éteindre le fléau qui ravageait si cruellement le pénitencier depuis plusieurs années. Aussi ma tâche a-t-elle été rendue plus facile, et je suis heureux d'avoir vu les efforts de mon collègue récompensés par un témoignage officiel de satisfaction de la part de M. le Gouverneur.

L'état sanitaire du Maroni, toujours resté excellent depuis mon arrivée dans la colonie pénitentiaire, n'a été troublé qu'un instant par l'explosion de la fièvre paludéenne avec complications gastriques.

Je n'en vois la cause que dans une perturbation momentanée dans l'état météorologique. Dans les premiers jours du mois de mars, en effet, la saison des pluies qui avait à peu près manqué jusque-là, avait semblé, par la continuité et l'abondance des averses pendant deux ou trois jours, se constituer d'une façon décisive. Mais une sécheresse brusque et absolue de huit jours et l'influence d'un soleil ardent, occasionnent, en desséchant les marais, la genèse de miasme fébrigène. Je rne hâte d'ajouter que cette mauvaise influence ne s'est pas 'prolongée, car les pluies ont fini, après quelques oscillations, par s'établir tout à fait, et ont régularisé par ce fait la situation sanitaire.

Les maladies épidémiques n'ont pas existé. La fièvre jaune avait cessé d'exister sur le pénitencier de Marcni, depuis le commencement de décembre.

Dans le courant du mois de juin, on signale sur le pénitencier de nombreux cas de fièvre, avec embarras gastrique et d'embarras gastrique bilieux, et de fièvre inflammatoire.

M. Fouque en rend compte dans son rapport du 2e trimestre, en ces termes :

t La physionomie pathologique de ce trimestre n'est pas la même dans toute sa durée, et l'on peut y considérer deux périodes bien tranchées : l'une du <or avril, vers la fin de mai, et l'autre de cette époque à la fin de juin. Cette dernière pourrait être prolongée même au delà, s'il n'y avait nécessité de me renfermer dans un cadre limité. L'une et l'autre sont sous une dépendance remarquable, relativement aux influences météorologiques qui ont coïncidé avec le développement des maladies de leur époque respective.

La première période, en effet, correspond à la saison des pluies, et ne fournit que des maladies légères, le plus souvent, d'ordre climatérique, mais non directement liées aux influences endémiques.

La seconde période, au contraire, se ressent tout d'abord du mouve- ment météorologique qui caractérise les saisons de transition. La saison des pluies cesse et est remplacée par une saison mixte, d'une durée d'un i mois et demi environ. Les orages sont fréquents, presque quotidiens, et surviennent presque à heures fixes ; la température s'élève. La direction i des vents change; de la position constante au N.-E. ils passent alternati- ■ vement du N.-O. au S.-O. et modifient, par suite, la nature et peul-étre la composition de l'air ambiant au point de vue des matières organiques ou . des effluves qu'ils apportent des terres plus ou moins malsaines. Si l'on joint à cela les phénomènes particuliers et ordinaires des orages, dont . l'intensité est fort variable, on aura la représentation à peu près complète ■ de la météorologie du moment ; ses rapports avec les phénomènes pathologiques ne sont pas douteux. Ils se traduisent par une exagération fonctionnelle du foie, d'où un état bilieux constant et plus ou moins accusé, , suivant les tempéraments, le genre de vie, l'état de santé actuel, etc. Les; embarras gastriques bilieux en grand nombre, et quelques manifestationsdu paludisme ; tel est le résumé de la constitution médicale de la deuxième période du deuxième trimestre.

Envisagée dans ses effets prochains, voici la succession des phénomènes pathologiques.

4° Fonctionnement exagéré du foie. — Polycholie.

2° Retentissement sur l'appareil digestif. — Embarras gastriques bilieux.

Le fonctionnement exagéré du foie se traduit habituellement par dessignes peu apparents au début, mais qui n'échappent pas néanmoins àl'ob-servation. C'est un assoupissement, une tendance au sommeil inusités, très-rapidement suivis d'inappétence, de fatigue générale et d'inaptitude? à tout travail physique ou intellectuel. Quelques heures après, la fièvre s'allume, la face rougit, les yeux s'injectent, la peau se dessèche. Des? nausées ou des vomissements bilieux se produisent. Il y a constipation et diminution sensible de la sécrétion urinaire. Les malades sont agités cl le sommeil est impossible.

Si, à cette période, un traitement énergique est appliqué, tout se borne ' là. Les symptômes persistent encore pendant vingt-quatre heures environ, puis, sous l'influence d'une dérivation intestinale soutenue, toutes les fonctions reviennent peu à peu à leur état normal.

Si„ au contraire, on laisse suivre à la maladie son cours naturel (et c'est i le cas le plus habituel, les malades ne venant réclamer des soins que: longtemps après que la maladie est établie), l'estomac, chargé de bile, ne? remplit plus ses fonctions et repousse tout aliment. La langue s'épaissit,, se charge d'un enduit vert ou jaunâtre ; la faiblesse augmente. La fiôvrer devient continue ; parfois elle simule les allures de la fièvre intermittente

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quotidienne, sans cependant être précédée de frissons, line céphalalgie intense s'établit, et les malades se plaignent de douleurs lombaires violentes.

La traitement par l'ipéca et les purgatifs salins administrés à un intervalle de temps variant de six à sept heures ont, en général, raison des accidents. Le tube digestif, débarrassé des matières septiques qu'il contenait, la fièvre tombe, et une amélioration sensible se produit. Mais, souvent, tout reviendrait en question, si on bornait là la médication ; il s'agit de déterminer un courant continu dans un sens qui dégage l'estomac, et c'est dans ce but que la médication purgative, continuée pendant deux ou trois jours encore, amène l'effet désiré, c'est-à-dire l'extraction complète de l'économie d'un principe qui pourrait être considéré comme un venin agissant sur les racines de l'appareil absorbant et se répandant partout par les voies ordinaires de l'absorption digeslive. Ces effets, qu'il n'est pas possible d'attribuer à d'autre cause qu'à la «météorologie du moment, se sont généralisés sur toute l'étendue du territoire du Maroni, et la plus grande partie du personnel de cet établissement en a subi l'influence.

Concurremment avec les embarras gastriques bilieux, j'observais une aut™ maladie qui emprunte à ces derniers plus d'un de leurs caractères, et particulièrement l'état bilieux. Je veux parler de la fièvre inflammatoire.

Les cas en ont été peu nombreux. C'est la troupe qui en a fourni le plus. Début brusque, céphalalgie intense , douleurs lombaires très-violentes, aspect animé et coloration rouge de la face et du tiers supérieur du tronc, y compris les membres supérieurs. Dans un cas, ce fut une véritable éruption scarlatiniforme généralisée. Injection des conjonctives, chaleur sèche de la peau, à 40. Pouls fort, fréquent (100 à HO pulsations). Inappétence. Langue sèche, rouge sur les bords et blanc-grisâire au centre. Soif vive. Diminution de la quantité des urines. Constipation. Tel est l'ensemble des symptômes. Une dose d'ipéca le plus près possible du début, suivie de l'administration d'un purgatif salin, quelques heures après, ont, dans tous ta cas, amené une délente complète dans les douze heures, au point que je ne reconnaissais plus, le soir, les malades que j'avais vus le matin. La durée de l'affection n'a jamais été de plus de vingt-quatre heures, et celle-ci pourrait entrer dans le cadre des fièvres éphémères des pays chauds, à la météorologie desquels elle emprunte certainement son étiologie.

Cette fièvre, essentielle dans quelques cas, a été suivie chez d'autres des manifestations du paludisme, borné seulement à un ou deux accès de fièvre. Etait-ce le masque de cette dernière affection provoquée par les influences générales dont j'ai parlé? 11 est permis de le croire, si on considère surtout que ces malades étaient sujets, à intervalles irréguliers, à la fièvre intermittente. Chez un soldat, j'ai observé un accès de fièvre orliéedes mieux caractérisés.

En résumé, cas nombreux d'embarras gastriques bilieux, cas rares de fièvre inflammatoire. Tel est le bilan du 2e trimestre.

Au mois d'août, je remplaçai M. Fouque au Maroni et le 9 septembre j'adressai au médecin en chef une lettre, dont j'extrais quelques lignes :

« Le mois d'août a été assez 'mauvais, car il présente une mortalité assez forte et on serait peu rassuré pour l'avenir, si l'on ne remarquait que la plupart des malades qui ont succombé étaient déjà usés et épuisés par des causes de toutes sortes, que leur constitution altérée n'a pas pu faire les frais des indispositions légères qui ont activé la maladie première, ou créé une prédisposition spéciale aux influences du moment.

Mais ce qui me rassure bien plus, c'est l'ensemble de l'état sanitaire.

J'ai remarqué que la plus grande partie des entrées était constituée par les hommes qui sortaient de l'hôpital. Les salles de la transportation ont été encombrées par un grand nombre de malades, et l'air vicié qu'ils respiraient ne leur permettait pas de se remettre complètement.

J'ai créé une salle de convalescence où je fais passer presque tous les malades avant de sortir de l'hôpital, et je crois en obtenir de bons résultats.

Rien de grave à la transportation.

Dès mon arrivée sur le pénitencier, j'ai eu à traiter les militaires pour des affections semblables à celles qu'ils avaient à Cayenne. Il est à remarquer que ce sont ceux qui n'ont pas été atteints au chef-lieu qui le sont ici. Il est difficile d'accuser complètement le Maroni de ces affections, car les hommes sont entrés à l'hôpital dès le lendemain et le surlendemain de leur arrivée ; un ou deux étaient tombés malades sur le bateau. Ce sont des fièvres rémittentes à forme gastrique qui cèdent admirablement à l'ipéca et aux purgatifs répétés. La quinine est absolument inutile.

Quelques cas m'ont paru présenter des symptômes plus accusés, avec un léger liséré gingival et un peu d'érylhème du scrotum ; je les ai appelés fièvres inflammatoires. Cependant, il n'est pas dans ma pensée d'en faire deux maladies différentes ; je considère tous ces différents cas comme des variétés de la même affection. La fièvre gastrique simple n'en serait que le premier degré ; c'est une fièvre rémittente où dominent les symptômes gastriques. La fièvre inflammatoire n'est aussi qu'une fièvre rémittente où dominent les symptômes de réaction inflammatoire ; elle présente aussi elle-même des degrés dans son intensité.

Voilà, en quelques mots, la situation exacte ; il n'y a donc rien d'alarmant, puisque les cas qui me donnaient le plus de défiauce au point de vue de leur nature, se sont terminés par la guérison. Mais tous ces cas me

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font tenir sur mes gardes et observer avec soin ; avec quelques précautions hygiéniques, je pense arriver à une situation beaucoup plus nette ; ainsi, depuis le commencement du mois de septembre, il n'y a eu qu'un seul décès d'anémie et de cachexie très-avancé. »

Voici maintenant un extrait très-détaillé de mon rapport sur le 3e trimestre :

« Le commencement de ce trimestre a été marqué paru ne recrudescence dans le nombre des malades, et on pourrait craindre avec raison la réapparition de la fièvre jaune à l'état épidémique. Heureusement les maladies ont présenté un caractère de bénignité extraordinaire Elles avaient toutes le même cachet et les différences symptomàliques qu'elles ont présentées ne tenaient qu'à des complications dépendant plutôt du terrain sur lequel elles s'implantaient que d'une nouvelle cause morbide. Les embarras gastriques simples, les fièvres gastriques, les fièvres inflammatoires et la cachexie résultant dans certaines conditions de ces affections premières; voilà, d'une manière générale, le bilan de la pathologie pendant le trimestre.

Les mois de juillet et d'août sont assez chargés, comme nombre de malades. Le mois d'août offre un chiffre de mortalité très-élevé, et l'on aurait été en droit d'avoir des craintes très-sérieuses, au moment surtout où la saison de la sécheresse allait s'établir d'une façon très-brusque, si l'on n'avait vu dans les affections auxquelles ont succombé les malades que des manifestations de l'impaludation.

Dès le commencement de septembre, en effet, les pluies ont cessé brusquement, la chaleur a été accablante, la brise ne s'est établie que difficilement, et les marais étaient dans les meilleures conditions pour évaporer leurs effluves.

Cependant, le mois de septembre est encore le meilleur des trois, car le nombre des journées de traitement est inférieur a celui d'aucun autre mois de l'année.

Il est utile, pour comprendre ces différences, d'entrer dans certains détails sur les maladies ohservées, et d'étudier préalablement les conditions météorologiques qui ont pu favoriser leur développement.

Météorologie. — L'année a été exceptionnellement mauvaise , au point de vue de la météorologie. Jamais on n'avait vu régner d'une façon aussi continue, pendant plusieurs mois, les vents d'Ouest et de Sud-Ouest. Ils ont exi*té d'une manière à peu près constante pendant les mois de juin, juillet et août.

Depuis mon arrivée au Maroni, le 12 août, jusqu'au 31 du mémo mois, ils ont îV-gné presque tous les jours, accompagnés de grains de pluies et

d'orages. Pendant le mois de septembre, ils ont varié entre le S -E et le N.-E.

Le pluviomètre a donné, pendant le mois de juillet, 185 millim.; pendant le mois d'août, 115 millim.; du 1er septembre au 5 septembre, 20 millim.; et depuis le 5 septembre jusqu'à la fin de septembre, à peine 2 millim. On peut donc dire que les pluies ont cessé brusquement, en même temps que les vents ont changé.

On comprend que toutes ces influences météorologiques puissent avoir une certaine action sur le développement des maladies endémiques. L<^ fait est facile à admettre, car il a été maintes fois signalé, non-seulement au Maroni, mais dans d'autres pays où existent des maladies à peu près semblables, comme dans les Antilles, où les vents du Sud, qui cependant ne proviennent pas des contrées marécageuses, coïncident avec une recrudescence dans les maladies.

Il est bien plus difficile d'établir au juste quelle est la part qu'ils prennent au développement, des maladies et de quelle manière ils agissent.

La théorie la plus généralement admise est celle qui consiste à les regarder comme vecteurs des effluves qu'ils empruntent aux marais sur lesquels ils passent.

Au Maroni, il est bien difficile que les vents ne traversent par les marais, car il y en a de tous côtés, si on entend par marais des terrains non cultivés, mais envahis par une végétation luxuriante ; il y en a aussi bien dans l'Est que dans l'Ouest, et les vents de l'Estel du Sud-Est qui passent également sur des marais et qui les dessèchent sont les vents les plus sains. Ce sont ces vents qui ont régné pendant le mois de septembre, et nous avons vu les maladies diminuer de nombre et d'intensité, malgré le dégagement des émanations maremmatiques qui devait être à son maximum.

Je suis plus disposé à attribuer l'action nuisible des vents du Sud et de l'Ouest à leurs propriétés physiques. D'abord, ces vents agissent désagréablement sur l'organisme qu'ils alourdissent; ces vents sont généralement chauds et humides et chargés d'électricité ; l'état hygrométrique est à son point de saturation. L'action de la chaleur humide sur l'organisme est de mettre obstacle à la perspiralion cutanée, de ramollir tous les tissus et de déprimer les forces.

Pour peu qu'on ait observé au Maroni, on doit savoir que les fonctions ont une tendance extrême à l'inaction ; la constipation est la règle ; la peau devient souvent sèche, le foie fonctionne mal, et il est rare de voir des évacuations bilieuses abondantes et continues.

Voilà un premier mode d'action qui est indiscutable, parce que tout le monde l'a perçu. Cette action est déjà assez puissaute pour faire évoluer une maladie qui ne demande qu'à éclore, car elle se joint aux autres causes pour rompre l'équilibre des fonctions. Mais il est un autre mode d'action

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de ces vents, plus difficile à admettre, parce qu'elle est moins palpable ; c'est l'action sur la cause première des maladies.

L'humidité et la chaleur jointes à l'électricité sont les conditions les plus favorables aux fermentations et au développement des germes. Si on admei, comme je suis disposé à le croire, que les maladies qui régnent au Maroni sont dues principalement à des germes de nature animale qui n'ont pas besoin de marais pour naître, mais qui se trouvent plus spécialement localisés en certains endroits , on comprendra toute l'action malfaisante de ces vents, en faisant pulluler ces germes, les augmentant de quantité et en leur donnant, par conséquent, une force et une intensité beaucoup plus grandes. En admettant ces idées, on comprendra plus facilement pourquoi on a vu les maladiesaugmenter pendant les mois les plus pluvieuxde l'année.

M. Pasteur a établi, encore dernièrement, que les vibrions adultes disparaissaient à la longue, se brûlant et perdant leur virulence, et que les corpuscules germes, au contraires, se conservent prêts pour de no:u iUes cultures et de nouvelles inoculations. Ainsi, ces petits organismes, qui n'étaient probablement que des dérivés et des restes de ceux qui produisaient les années précédentes des maladies épidémiques, se sont réveillés, sous l'influence de conditions favorables, mais ils n'ont produit que des maladies légères, probablement parce que les germes n'oni pas pu produire d'un seul coup des vibrions en quantité suffisante.

Vous voyez que je m'efforce, par des hypothèses hasardées, à donner à certains vents la juste part qui leur revient dans la production des maladies. Je ne me dissimule pas la difficulté de la question, et je n'ai pas la prétention de la résoudre. Mais j'ai été tellement frappé de voir à chaque instant, dans tous les rapports, attribupr exclusivement aux météores la production des maladies, que je n'ai pu résister au désir de formuler une opinion tendant à accorder à ces vents une action manifeste, mais tout à fait accessoire, puisqu'ils ne feraient que favoriser dans une certaine mesure le développement des germes, mais que ces germes peuvent exister en dehors d'eux et indépendamment d'eux.

En 1876, lorsque l'épidémie de fièvre jaune était au Maroni le plus intense, puisqu'il y a eu 75 décès dans le 3e trimestre, portant plus spécialement sur les individus les plus robustes, on appelait le vent d'Ouest le vent de la mort, parce qu'il semblait hâter la terminaison fatale, et que son apparition était toujours suivie de nombreuses entrées à l'hôpital.

Et cependant c'est à peine s'il est signalé comme ayant régné deux ou trois fois par mois.

Son action était donc plus sensible que jamais, puisqu'il venait donner le coup de fouet à des organismes dont les fonctions étaient déjà presque suspendues et que, d'un autre côté, il pouvait activer l'action des ferments qui existaient en abondance.

Mais ce n'était là qu'une cause de maladie ou de mort tout à fait accessoire. L'anuée dernière, au mois d'octobre, lorsque j'observais de nombreux cas de fièvre jaune, ayant un caractère de contagion très-manifeste, je n'ai pas vu un seul jour de vem d'Ouest, et pendant tout mon séjour do l'année dernière au Maroni, je ne l'ai pas remarqué et cependant je le cherchais. Ce qui n'a pas empêché la fièvre jaune de régner à l'état épidémique.

Cette année, il a soufflé plus que jamais avec violence et, en amenant des orages, il a augmenté le nombre des malades, sans avoir une influence bien marquée dans la terminaison des maladies, parce que, malgré tout, elles étaient légères.

Ce qui prouve qu'il faut quelque chose de plus que les météores pour produire les maladies ; s'il n'y avait pas un élément particulier sur lequel ils agissent, ils ne feraient qu'impressionner désagréablement le corps par l'humidité, mais ils sont incapables de produire à eux seuls une épidémie, si légère qu'elle soit, si le poison fait défaut.

En résumé, les vents du Sud et de l'Ouest, qui sont à chaque instant signalés comme malsains au Maroni, agissent de deux manières :

1° En favorisant les fermentations ;

2° En impressionnant désagréablement l'organisme et en lui enlevant les forces de réaction nécessaire.

Dans tous les cas, ils ne sont jamais qu'une cause accessoire des maladies et ne peuvent pas engendrer à eux seuls des épidémies, parce qu'ils ne portent point avec eux les principes morbides, mais qu'ils agissent par leurs propriétés physiques sur ceux qu'ils rencontrent, sans toutefois les déplacer beaucoup, ni les porter à grande distance.

Maladies endémiques. — Les principales maladies qui ont régné pendant ce trimestre peuvent se rapporter à la même cause. La forme diffère souvent, mais le fond est toujours le même. C'est ce que je vais essayer d'établir le plus brièvement possible, car un rapport trimestriel ne comporte pas de développements qui seraient cependant nécessaires pour l'explication de certaines idées.

Je n'ai pris le service que dans la moitié du trimestre ; cependant j'ai observé suffisamment pour avoir une opinion sur les maladies régnantes, surtout quand je rapproche ce que je vois aujourd'hui de ce que je voyais l'année dernière.

Avant mon arrivée, mon prédécesseur signalait de nombreux cas d'embarras gastriques bilieux, qui, d'abord, avaient été simples, mais qui, plus tard, s'étaient compliqués d'ictère. Une constitution catarrhale était venue s'enter sur ces maladies premières et avait déterminé plusieurs cas de pneumonie. Un cas de rémiltence bilieuse suivi de mort avait eu lieu pendant le mois de juillet.

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