H1ST0K1QUE
Quelques fièvres pernicieuses pendant le mois d'août. L'anémie était toujours la maladie dominante.
Toutes ces maladies avaient fait leur apparition, et s'étaient généralisées sous l'influence des conditions météorologiques.
Je ne puis que répéter la même chose, et ce sont toujours les mêmes atïoctions qui ont continué à sévir, à part néanmoins la constitution catarrhale qui a cessé avec les pluies.
Dès mon arrivée, j'ai eu à traiter plusieurs cas très-intéressants. C'est dans le personnel libre qu'ils ont eu lieu.
Le premier est un jeune créole de Cayenne, mécanicien à l'usine de Saint-Maurice, arrivé depuis deux mois au Maroni, et entré à l'hôpital le U août 1878. Il était malade depuis le -10 ; avait été pris subitement de fièvre avec frisson, mal de tête et de reins, brisement des jambes et avait en même temps des coliques. A son entrée, fièvre iniense, teinte jaune des conjonctives, douleur violente à l'estomac, vomissements bilieux cl aqueux. Les ganglions inguinaux et cruraux des deux côtés sont indurés et autour des masses ganglionnaires, il existe une masse molle, de nature gélatineuse. Le lendemain a des selles abondantes, jaunes et fétides. La langue est rouge et dépourvue d'épithélium à la pointe ; agitation continuelle ; chaleur de la peau très-grande.
Dans le courant de la maladie, il a présenté dans les urines, dans les premiers jours, l'anneau de Vidaillet qui a l'ait place à une teinte bilieuse peu marquée et qui n'a duré que quelques jours et bientôt on n'a plus rien remarqué jusqu'au 24 août, où on a observé un anneau blanchâtre qui est devenu de plus en plus épais et a été remplacé par une couche d'albumine très-manifeste qui persiste encore et en quantité notable. Les selles ont été presque toujours liquides, elles ont été noirâtres et semblaient, contenir des traces de sang. Il existait sur les gencives un enduit pultacé très-marqué qui s'est rapidement dissipé. Le scrotum a présenté des croûtes et s'est dépouillé. Le corps a offert une légère desquamation. Les conjonctives ont perdu rapidement leur teinte jaune et sont devenues normales. La soif a été vive; l'appétit s'est presque toujours conservé et les vomissements n'on! duré que les premiers jours.
Il a présenté de la dysphagie. Rien du côté des hypochondres. Le ventre a offert à certains moments un ballonnement considérable. Il y a de la bouffissure de la face et des membres. Les lèvres se sont tuméfiées et remplies de boulons d'herpès et de croûtes dans le nez.
L'odeur de tout le corps était repoussante, c'était une odeur de pourri. Du côté des aines, les tumeurs n'ont fait qu'augmenter et s'étendre d'une façon extraordinaire. La suppuration a été longue à s'établir. Au début, i' a été fait une application de sangsues; le sang a coulé pendant plus de 4 jours, sans qu'il fût possible de l'arrêter Complètement. Le sang qui sortait
n'était que de la sérosité sanguinolente qui avait une odeur repoussante. Plusieurs fois il a été fait des scarifications et des incisions sur ces masses pour détendre les tissus et toujours il s'écoulait un sang noir et fétide. A la longue, il s'est fait plusieurs collections purulentes qui par l'ouverture ont donné lieu à l'écoulement d'un pus sanieux. Du côté gauche, il s'était formé une tumeur très-saillante avec état lardacé de la peau et il a fallu des cautérisations au fer rouge pendant plusieurs semaines pour ramener les tissus à niveau. Depuis quelques jours, le testicule du côté droit est devenu douloureux et a augmenté de volume. La convalescence s'est établie lentement et a été traversée par plusieurs rechutes ; la fièvre avait été continue pendant plus d'un mois. — Depuis que la convalescence a commencé, la température est revenue aux environs de la normale, en présentant presque tous les soirs une ascension assez marquée, et de temps en temps la fièvre est encore continue pendant 2 ou 3 jours, comme pour brûler les matières septiques qui encombrent l'organisme. L'état général a été assez bon et il a fallu une constitution robuste pour faire les frais d'une pareille maladie. L'appétit s'est toujours maintenu et les vomissements qui au début étaient légèrement bilieux et surtout très-acqueux ont été assez vile arrêtés. Dans les premiers jours de la maladie, il avait du délire et même des soubresauts et du hoquet. L'albumine existe dans les urines depuis plus d'un mois et demi; le dépôt urinaiie a été souvent examiné au microscope et jamais il n'a été remarqué de lubuli, malgré la quantité énorme d'albumine; il y avait beaucoup d'urates et d'acide urique. La présence de l'albumine m'inquiète, car elle persiste trop longtemps et cependant j'espère la voir disparaître, dès que les principes septiques seront éliminés. Ce sont plutôt des albuminuries dyscrasiques ; la néphrite n'est pas profonde.
Le traitement a consisté particulièrement en purgatifs répétés et toniques; pas de quinine par la bouche.
Tous les symptômes que je viens d'énumérer rapidement montrent bien que tout ce cortège se trouvait sous la dépendance d'une dyscrasie sanguine, d'une altération du sang, par empoisonnement.
La marche de la température a été trop continue pour qu'on puisse seulement avoir l'idée d'une intoxication paludéenne; la marche de la maladie n'a pas été non plus celle de la fièvre typhoïde. Ce que l'on peut dire à priori, c'est que c'est une fièvre infectieuse, de nature typhique. C'est une fièvre inflammatoire au degré le plus intense, si l'on tient compte des symptômes de réaction du début et de certaines particularités symptomatiques qui ont eu lieu : l'enduit pultacé des gencives, l'erythème du scrotum.
C'est la dénomination que j'ai acceptée, parce qu'elle n'engage à rien, mais surtout à cause des idées nouvelles qui sont attachées à celte expression, et que de plus je pourrais grouper, sous ce titre, une foule de cas
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pour lesquels il faudrait autant d'expressions nouvelles, tant sont grandes les différences symplomatiques que présente chaque maladie. Il vaut mieux dans ces cas, après avoir fait une analyse scrupuleuse des symptômes, faire de la synthèse pour grouper ensemble tous les cas dont l'origine est la même.
C'est ainsi que le cas suivant peut se rapporter à celui-là, bien qu'il présente des dilférences dans la marche de la maladie, qui est rémittente au lieu d'être continue, et dans l'intensité, qui est moindre.
C'est le cas d'un surveillant arrivé à la Guyane au mois de janvier 1878, provenant de la Nouvelle-Calédonie. Comme antécédents morbides, il avait ou la dysentérie et un engorgement du foie, en Cochinchine, et une bronchite à la Martinique, en 4 872.
Depuis son arrivée au Maroni, il avait fait deux entrées à l'hôpital pour douleurs rhumatismales. Il est tombé malade le 49 août, le lendemain du jour où sa femme sortait elle-même de l'hôpital : frisson violent, fièvre continue pendant les quatre jours qu'il est resté chez lui. A son entrée, grande agitation ; habitudes alcooliques. Conjonctives j aunes. Langue blanche, jaunâtre au centre. Douleur épigastrique. Urines jaunes; anneau albumineux ; pas de bile ; tubuli. La présence de l'albumine a été décélée par la chaleur et l'acide acétique. Urée 15 gr. 96 par litre. Malgré la teinte jaune des conjonctives, il n'a vomi que des glaires avec l'ipéca qui lui a été administré. Selles abondantes, fétides et noires. La fièvre a duré pendant six jours, en présentant des rémissions. L'albumine a persisté dans les urines pendant trois jours et a disparu tout à fait; plus de tubuli à cette époque; il n'y a jamais eu trace de bile.
L'urée a été en diminuant et est tombée à 5 gr. 70 par litre ; il y avait à ce moment beaucoup d'urates et d'acide urique.
Il a présenté pendant la convalescence des étourdissements et des vertiges en se levant, et, comme caractère particulier, il a présenté, du côté droit, à la face et aux membres, une certaine perte de sensibilité et a conserv ; une grande faiblesse dans les jambes. 11 est sorti guéri de l'hôpital.
Le traitement a consisté en purgatifs répétés; il a pris de l'ipéca à plusieurs reprises et n'a jamais vomi que des glaires, sans bile. Pas de quinine, si ce n'est en lavements et à petite dose, pendant quelques jours.
Il n'y a encore là rien de localisé du côté d'aucun organe; c'est encore une intoxication de nature spéciale et tout rentre bientôt dans l'ordre en favorisant les fonctions éliminatrices, malgré la constitution du sujet.
Sa femme a été prise par des fièvres pendant deux mois environ, à domicile. Sulfate de quinine inefficace et même nuisible. État catarrhal permanent des voies digestives. Mêmes symptômes chez l'Algérien, leur domestique.
J'ai aussi observé une série de cas très-intéressant^ sur les militaires et
je ne puis me dispenser d'en faire l'analyse, car il y a là des faits importants à relever, et si j'ai commencé par parler des deux cas qui précèdent, c'est pour ne pas scinder l'étude des maladies qui ont régné sur les militaires et pour mieux montrer les rapports de tous ces cas entre eux.
La garnison actuelle du Maroni est formée par la 13e compagnie, arrivée à Saint-Laurent le i\ août dernier. C'est la compagnie qui a été éprouvée l'année dernière aux îles, par la fièvre jaune. Presque tous les soldats qui composent cette compagnie ont été éprouvés par le fléau, mais à des degrés divers. Après l'épidémie et avant leur départ des îles, plusieurs de ceux qui avaient été éprouvés légèrement, furent atteints de fièvres d'une nature particulière et à marche singulière, et le médecin qui observait à cette époque, aurait été disposé à ne voir là que des cas de fièvre jaune légère qui cédaient facilement à la médication évacuante, si ces hommes n'avaient pas traversé récemment une épidémie assez intense et si l'opinion qui » considère la fièvre jaune comme n'attaquant qu'une seule fois le même sujet, n'était pas aussi accréditée.
Ce fait a cependant une certaine importance pour l'explication de ce que nous avons observé au Maroni.
Pendant leur séjour à Cayenne, quelques hommes ont été également atteints de fièvres, avec symptômes gastriques très-marqués.
J'en ai vu deux pendant le mois d'avril, dans le service du médecin en chef, présentant des symptômes typhiques très-accusés, avec état de stupeur. D'autres avaient été renvoyés en France pour cachexie consécutive aux fièvres de cette nature. Tout ceci prouve que ces hommes étaient soumis, à Cayenne môme, à de mauvaises influences.
C'est dans ces conditions que la compagnie s'est embarquée, le 10 août, pour le Maroni. La traversée a été belle, mais l'encombrement était grand. L'administration pénitentiaire avait fait embarquer sur le bateau qui portait la troupe, des conserves dans un état de détérioration très-avancé. L'odeur pestilentielle se répandait partout ; je connais des personnes qui en ont été fortement indisposées. La compagnie a débarqué le soir même de l'arrivée et n'a pas trouvé toute préparée la literie qui devait lui servir. Les hommes ont été obligés de dédoubler leurs lits, de traîner des paillasses d'un bord et de l'autre, et de coucher sans couvertures.
La caserne était loin de présenter de bonnes conditions d'hygiène; les planchers n'avaient pas été lavés depuis longtemps, l'air était confiné et vicié et on éprouvait une odeur suffocante en entrant dans les chambres.
Voilà, en abrégé, les conditions hygiéniques que les hommes de la nouvelle compagnie ont rencontrées en arrivant. Il ne faut pas s'étonner si, dans les premiers jours, il y a eu de nombreux malades présentant des caractères graves, comme je n'en ai pas eu depuis lors.
Le premier soldat entré à l'hôpital est le soldat Benetan, de bonne cons-
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tilution,qui avait été aux lles-du-Salut, pendant l'épidémie, mais qui n'avait tait que' 14 jours d'hôpital avec fièvre, pendant 5 ou 6 jours, sans hémorrhagies. Depuis cette époque n'était plus entré à l'hôpital, ni aux lies, ni à Caycnne. 11 n'avait eu que deux ou trois accès à Cayennc, et le dernier accès avait eu lieu le 30 juillet. En embarquant à bord de l'Estafette pour venir au Maroni, se sentait fatigué, sans avoir de fièvre. En arrivant aux Ilesdu-Salut, a éprouvé un frisson et l'accès a duré quatre heures.
Le lendemain à dix heures, a ressenti la fièvre, sans frisson. 11 est envoyé à l'hôpital du Maroni, dès son arrivée, et a eu la fièvre pendant deux jours, en présentant quelques rémissions.
La lièvre a disparu, avec des purgatifs et \ gr. 50 de quinine, pour se montrer de nouveau seize jours après, sous forme de deux accès simples, avec un jour intercalaire d'apyrexie. Elle a encore également disparu, sous l'influence des purgatifs, mais sans quinine. Le sujet est sorti de l'hôpital et est rentré de nouveau quelques jours après, pour des accès de lièvre qu'il avait éprouvés à la caserne sans frissons ; il accusait surtout des coliques et de la faiblesse dans les jambes. Tout s'est dissipé avec quelques purgatifs légers et presque quotidiens déterminant deux ou trois selles par jour.
Au début, il avait présenté des vomissements bilieux porracés, mais dans la suite, même sous l'influence de nouveaux vomitifs, il n'avait que des vomissements glaireux ; pendant les accès, les selles étaient fétides et noirâtres, mais non bilieuses Dans les premiers jours, les urines étaient un peu rouges et donnaient, avec l'acide azotique, un léger anneau blanchâtre ; il n'y a jamais eu de bile.
Pendant la convalescence, les urines sont devenues pâles comme de l'eau, et contenaient à peine 2 gr. 85 d'urée par litre. Les conjonctives ont présenté une légère teinte subictérique, ainsi que la face. La langue était jaunâtre au centre et il existait un léger enduit blanchâtre sur les gencives.
Ce qu'il y a de particulier chez ce malade, à part les symptômes du début, c'est l'état d'anémie dans lequel il est tombé, et en réalité il a eu à peine six accès de fièvre, à de très longs intervalles. Je suis persuadé que la quinine continuée n'aurait fait qu'augmenter cet état de cachexie. Chez cet homme, le climat du Maroni ne doit pas être mis en cause pour le développement de sa maladie, puisqu'il est tombé malade avant d'arriver à Saint-Laurent ; mais les mauvaises conditions hygiéniques qu'il a rencontrées ont suffi à aggraver son affection. Le second cas, un peu sérieux, est celui du soldat Véricel. Cet homme, ■ d'une constitution pléthorique, ne se trouvait pas aux lies pendant l'épi- • démie, et n'a fait qu'une seule entrée à l'hôpital de Cayennc pour fièvre, en juillet 4 877, où il est resté dix jours. Depuis cette époque, n'a pas été malade. Est parti de Cayenne bien ponant.
Depuis son arrivée au Maioni n'a pas fait de service; a couché sur une paillasse les deux premières nuits, sans couverture. En se levant, le M août au matin, a ressenti un peu de faiblesse dans les jambes, et, dans la nuit, a été pris d'un violent frisson ayant duré près d'une heure. A son entrée à l'hôpital, faciès rouge, vultueux ; les yeux sont injectés, et il se plaint de douleur sus-orbitaire ; mal de reins et de ventre. La bouche est mauvaise et amère. La langue est légèrement saburrale. Les gencives présentent un très léger liséré blanchâtre. 11 a eu des vomissements bilieux d'abord, puis aqueux et glaireux. Les urines offrent, avec l'acide azotique, un anneau blanchâtre qui a bientôt disparu. Les jours suivants, il a eu des accès irréguliers pendant sept jours ; la rémission avait presque toujours lieu le malin. Il a accusé une sensation de brûlure à l'estomac ; langue jaunâtre ; conjonctives ictériques et injectées; faciès jaune. L'urée a diminué pendant la convalescence et est tombée à 2 gr. 28 par litre.
Un troisième cas est le soldat Gizard, de tempérament sanguin, qui était resté dix jours à l'hôpital des Iles pendant l'épidémie, et avait eu quatre jours la fièvre. Le 16 août, à huit heures du matin, étant à la caserne à briquer des tables, a été pris brusquement de céphalalgie avec brisement des membres, faiblesse dans les jambes. On lui administre un ipéca et il vomit très peu de bile. Pas de selles. A son entrée, faciès rouge, conjonctives injectées. Langue sale, et jaune au centre. Léger liséré 'gingival. Un peu de rougeur du scrotum. Rien dans les urines ; urée , 13 gr. 68 par litre.
La fièvre a été continue pendant trois jours, et la défervescence s'est ; faite graduellement pendant les deux jours suivants ; la convalescence n'a i été interrompue que par trois accès de fièvre tierce, ayant débuté quinze jours après le commencement de la convalescence. Ces accès ont cédé I facilement aux purgatifs, sans quinine, et le malade est sorti de l'hôpital' complètement guéri, sans présenter de nouveaux accidents, bien que l'atteinte, chez lui, ait été assez grave. Dans le courant de la maladie, il a présenté de la desquamation scrotalc, des vertiges et une teinte jaune des? conjonctives. L'urée est tombée à 2 gr. 85 par litre.
Le sergent-major a offert un cas curieux, et qui mérite de fixer l'attention, parce qu'il est un de ceux qui ont été fortement éprouvés aux Ilespendant, l'épidémie. 11 avait fait 63 jours d'hôpital, mais n'avait pas eu la moindre hémorrhagie. A Cayenne, il n'avait pas été malade.
Le 22 août, est pris d'accès de fièvre, sans frissons. Mal de lêle ; envies de vomir ; bouche très sèche. Aucune douleur dans les reins.
Le 23, se trouvait bien le matin en se levant, mais le soir avait mal dec tête. Le 24, le 25 et le 26, même état ; insomnie complète.
Le 27 au soir, entre à l'hôpital dans un état d'agitation très grand,1bouche mauvaise; langue sale et chargée. Les conjonctives sont un peu
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jaunes ; les urines légèrement rouges ; nucuno trace d'albumine ; urée, 20 gr. 52 par litre. Il est couché, précisément, dans un des lits servant do rechange au jeune noir, dont je reproduis le cas en premier lieu, au moment où la maladie était dans toute sa force, et l'odeur repoussante pour les gens bien portants ; mais il n'y reste pas longtemps, et je le fais changer de salle. Le lendemain, il a ressenti un peu de chaleur, de mal à la tète, sans frissons; il se plaint surtout de ne pas dormir. Le 29 au matin, l'agitation est grande ; la nuit a été mauvaise ; aucune douleur dans les hypochondres. A eu, hier soir, neuf selles avec le purgatif.
Dans la journée, l'agitation augmente ; un peu de délire ; conjonctives aunes ; peau froide et moite ; 13 à 14 selles jaunâtres et très-fétides.
Il n'accuse aucune douleur. Dans la nuit suivante, le délire a augmenté, 1 s'est levé et est allé dans la cour.
Le 30, accuse une grande faiblesse ; léger anneau albumineux dans les urines; urée, 45 gr. 96 par litre. 11 existe, sur le corps, un exanthème papuleux ; ce sont des taches semblables à celles de la rougeole sur un fond blanc, un peu élevé. Dans la journée, elles disparaissent, en môme temps que la lièvre devient plus forte. La peau des extrémités est froide et contraste avec la température indiquée par le thermomètre. Le pouls est petit, très dépressible et présente des intermittences.
Le 31 août, est un peu plus calme, mais le délire a duré toute la nuit. Plaques violettes sur les deux joues ; taches rubéoliques sur les avant-bras, ne disparaissant pas à la pression. L'alhumine n'existe plus qu'en quantité rès faible dans les urines ; urée, 1 1 gr. 97 par litre.
Le 1" septembre, cauchemars, délire dans la journée, somnolence in- .errompue par un réveil brusque. Se plaint de sécheresse à la gorge et Perche à expulser des crachats du pharynx. A six heures du soir, on adn.nislre un ipéca qui lui fait rendre des saburres et des glaires, très peu le bile. Sous cette influence, la peau devient moite, la langue se dépouille, -e lendemain, le pouls est un peu plus régulier et, à partir de ce moment a convalescence se fait sans interruption. Les plaques violacées des joues dissent et s'elfacent; la stupeur diminue peu à peu, en môme temps que e délire. Le faciès et les conjonctives pâlissent. Les urines sont devenues pâles et l'urée est tombée à 6 gr. 8i. 11 est sorti de l'hôpital et n'a plus eu 1 accès de fièvre, et cependant il n'a pas pris 0,50 cent, de quinine par la iOuchc, pendant toute sa maladie.
Us sergents qui venaient voir leur camarade tous les jours à l'hôpital ont été pns à leur tour et sont presque tous passés par l'hôpital, à quel-
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M Pendant | ep.dérme, a été pris le 10 septembre d'un malaise général ;
bouche mauvaise. A son entrée, langue tremblotante, yeux brillants, faciès animé, urines rouges et assez rares, 600 gr. environ en 24 heures. Urée, 15 gr. 96 par litre. Il est sorti guéri de l'hôpital, après avoir pris 0,50 cent, de quinine qui lui ont donné des bourdonnements d'oreille.
Le sergent Talagrand, qui n'avait que 4 jours d'hôpital aux lies pendant l'épidémie et qui n'avait eu la fièvre que pendant une demi-journée, a été pris de courbature générale et d'insomnie. Entré à l'hôpital, le 8 septembre, le faciès rouge, les yeux brillants, injectés, très léger liséré gingival. Ne vomit que des glaires avec l'ipéca. Urines assez foncées et rares. Urée, 1 1 gr. 40 par litre. Le 1 0, éprouve dans la journée des bouffées de chaleur. Agitation et oppression, plusieurs paroxysmes, sans frissons, ne prend qu'une seule fois 0,50 cent, de quinine pendant son séjour et sort guéri, le 21 septembre. Le 27, éprouve un accès de fièvre qu'il traite lui-même, sans se présenter à l'infimerie. Le lendemain reprend son service et est de garde au port, n'éprouve qu'un peu de fatigue. Le surlendemain déjeune comme à l'habitude, mais aussitôt le déjeuner, est pris de fièvre, avec délire. Entre i de nouveau à l'hôpital avec la peau chaude et moite. Divagation, grande • oppression. Avec l'ipéca qui lui a été administré, il rend son déjeuner, non . digéré. Le lendemain et le surlendemain de son entrée a eu encore deux . accès de fièvre avec délire. Soif très vive, agitation. Les selles sont fétideset noires. Le faciès est jaune. Rien du côté de la rate. Avec les purgatifs et l sans quinine, la fièvre disparaît et il sort guéri de l'hôpital.
C'est une rechute survenue après un écart de régime. 11 y a, en effet,,! après ces fièvres d'une nature spéciale, une très grande susceptibilité de?l l'organisme; les fonctions ne se rétablissent que le lendemain et difficile- ment et le moindre écart fait éclater la fièvre ou l'augmente de gravité.
Il m'est impossible de multiplier davantage ces exemples qui cependant! seraient intéressants à étudier, car ils contiennenls des enseignement sérieux.
C'est par la connaissance parfaite de ces cas légers que l'on pourra prévenir les maladies graves, en prenant contre eux certaines précautions indispensables pour éviter leur extension et leur transformation en épidémies ; ; car ils servent, pour ainsi dire, d'appoint à l'apport de nouveaux germes. .
Il serait imprudent de rester inactif, parce que le danger n'est pas imminent et la théorie du paludisme est dangereuse à ce point de vue, car elle-." permet de s'endormir, sans rechercher ailleurs des causes peut-être plus certaines.
A la transportalion, les maladies offrent le même cachet; le caraclèrcfl rémittent est cependant bien marqué, mais les symptômes généraux sonUtjl les mêmes, du côté de l'estomac et de l'appareil biliaire. Dans presque tous les cas, il y a de la douleur avec sensation de brûlure à la gorge et au creux'- I épigastrique. Le foie fonctionné mal; les évacuations bilieuses ne sont pas.sl
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très abondantes. La dernière autopsie m'a encore montré la vésicule biliaire complètement vide; le foie décoloré et une rate normale. Les urines sont toujours les mômes; très jaunes au moment de l'atteinte, présentant souvent un anneau albumineux ; très rarement de la bile, jamais de sang. Pour ma part, je n'ai pas encore vu une seule urine hématurique, depuis que j'observe à la Guyane. Ces maladies m'ont présenté, pendant ce trimestre, chez les transportés comme sur les militaires, une bénignité inaccoutumée. 11 n'y a qu'à voir la mortalité du mois de septembre, pour s'en convaincre ; 4 décès. Tout cède comme, par enchantement aux vomitifs et aux purgatifs qui sont bien indiqués pour l'élimination des principes septiques qui encombrent l'organisme. Je ne donne plus de quinine et je m'en trouve bien et à ce point de vue, je ne serai pas taxé de parti pris, car l'année dernière à la même époque j'employais ce fébrifuge à larges mains, car je venais du Sénégal où il est employé à discrétion.
11 me semblait augmenter l'état gastrique et l'état d'agitation du malade. Mais comme, à cette époque, des cas de fièvre jaune existaient, je me contentais de dire que la quinine était inutile dans certaines fièvres graves. Aujourd'hui je dirai sans crainte que, dans la grande majorité des fièvres qui existent au Maroni, la quinine est plus nuisible qu'utile.
Certes, si la quinine devait agir, elle agirait avec efficacité sur ces concessionnaires qui sont dans le pays depuis longtemps, et, chose étonnante, la fièvre, même chez eux, guérit plus vite sans la quinine qu'avec elle. Je viens de faire une belle expérimentation sur les militaires; les cas ont été assez nombreux pour qu'il me soit permis de tirer des déductions. La quinine n'a pas été employée, ni à l'hôpital ni à l'infirmerie, et ces hommes sont tous en ce moment dans de bonnes conditions de santé. Du reste, qu'avons nous observé chez eux? Le plus ordinairement, après la première atteinte qui dure plusieurs jours et qui varie d'intensité et de durée, on remarque un ou plusieurs accès et puis il s'écoule un espace de temps plus ou moins long, après lequel de nouveaux accès se présentent avec un type différent de celui qu'ils avaient à la première invasion. Aussi de tout temps, les observateurs ont été impuissants à classer les fièvres de la Guyane, d'après un type défini. Ce sont les fièvres irrégulières ou erratiques qui dominent et la plupart des autres n'ont été appelées quotidiennes ou tierces, que parce qu'elles ont présenté ce type à une de. leurs apparitions; mais ces accès ne sont point revenus chaque jour à la même heure, ils ont été ensuite interrompus par un espace de temps plus ou moins long, et très probablement n'ont pas présenté le même type à toutes leurs apparitions. C'est du moins ce qui ressort des observations que je viens de faire. Du reste, cette opinion est corroborée par la haute autorité de M. Chapuis, qui est arrivé aux mêmes résultats que ses prédécesseurs, à savoir : que la loi du septénaire n'existe pas pour les fièvres de la Guyane qui ne sont asservies à aucun retour ré-
gulier. II ajoute qu'en présence de ces fièvres échappant à toutes les règle» le sulfate de quinine doit devenir souvent inutile, faute de savoir à quel mol ment l'administrer et que de plus il a acquis la conviction qu'il devenait souvent nuisible. Il faut soigneusement dans les fièvres, dit ce savant praticien, la périodicité ou l'élément palustre et l'état gastrique. La périodicité n'existe pas et l'état gastrique qui est indépendant de l'élément paludéen est facilement combattu par les vomitif et les purgatifs.
Une deuxième preuve que je tiens à donner est celle relative au chiffre de la dépense de quinine. En 1876, on a dépensé au Maroni 16 k. 763 de quinine et il y a eu 225 décès. En 1877, on en a dépensé 7 k. 975 et les décès se sont élevés à 125. Celte année, il sera dépensé â peine 4 kilogr. et la mortalité sera inférieure à celle de toutes les autres années. C'est déjà une économie réalisée, mais à part ce point de vue bien mesquin, ces chiffres prouvent que la quinine n'est pas le spécifique des fièvres du Maroni. Au point de vue pratique, la chose n'est pas douteuse pour moi et la physiologie rend parfaitement compte de ce fait. La première indication qui se présente ici à tout observateur, c'est de stimuler les organes et de favoriser toutes les fonctions éliminatrices. Or, le sulfate de quinine paralyse le système nerveux. Il donne des accès algides. La femme du surveillant citée plus haut, s'est plainte de réfrigération aux extrémités et d'engourdissement après l'injection de sulfate de quinine. Sueur rare. Quand elle existait, elle était très froide et presque visqueuse. Kerner a trouvé, en effet, que c'était aussi un antisudorique.
Nous devons maintenant nous demander quelle est la nature de ces fièvres; et si la question est difficile à résoudre, nous devons tout au moins la poser? C'est une altération du sang, par empoisonnement. C'est une maladie générale, miasmatique, qui se développe par infection et contagion et qui n'a, pour ainsi dire, pas de siège bien déterminé. A part les phénomènes] généraux, les symptômes particuliers se manifestent du côté du tube di-d gestif et des glandes.
Les symptômes gastriques sont les plus communs et les plus accentués^ La langue est recouverte d'un enduit jaunâtre. Les gencives présentent un liséré et un enduit souvent pultacé. Les vomissements qui existent toujours, quand la maladie a un certain degré d'intensité, sont légèrement bilieux au début, mais ils deviennent bientôt aqueux et glaireux. Les selles sont tantôt jaunes ou grises, tantôt noires, mais toujours fétides. Pour ma part, j'ai vu rarement à la Guyane ces évacuations bilieuses abondantes qu'il est si fréquent de rencontrer au Sénégal. Il m'a toujours semblé que la bile ne se formait pas en quantité suffisante, et tous les jours on remar- j que la teinte jaune des tissus, sans percevoir nulle part traces de bile, ni dahs les urines, ni dans les vomissements, ni même dans les selles. C'est le plus souvent un ictère hémaphéique que l'on remarque, et ce n'est pas
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à proprement parler la bile qui empoisonne le sang, car les pigments biliaires ne sont pas toxiques. Ce sont plutôt les matières, n'ayant subi qu'une transformation incomplète, qui séjournent rlans le torrent circulatoire et donnent aux tissus cette teinte particulière. Ce sont peut-être les principes mêmes qui doivent servir à former la bile et autres humeurs, qui empoisonnent le sang et qui proviennent eux-mêmes de l'altération que subit le globule, sous l'influence miasmatique. C'est ainsi que, pénétré des dangers auxquels exposent les germes des microbes répandus à la surface de tous les objets, particulièrement dans les hôpitaux, M. Pasteur donne des conseils qu'il serait peut-étro important de suivre. On pourrait aussi faire application de ses idées aux maladies qui régnent à la Guyane, et pour les Mapéoher de se développer, il faut attaquer le vibrion ou son germe, en détruisant les foyers d'infection et en désinfectant tous les lieux où il y a agglomération, les casernes et les hôpitaux, dans un pays où les conditions de chaleur, d'humidité et d'électricité sont réunies au suprême degré.
De l'ensemble de tous ces faits, il résulte que je classerai volontiers ces fièvres, de nature typhique, dans une catégorie de maladies entrevue par les praticiens des pays chauds, mais que M. le médecin en chef Béreuger Féraud a eu le mérite, dans ces derniers temps, d'étudier et de classer, avec un talent remarquable.
Ce sont les fièvres inflammatoires, si le mot est vicieux comme étymologie, car il n'y a d'inflammation nulle part, & proprement parler, ou bien c'est une inflammation qui n'est pas franche, il peut être accepté cependant, précisément parce qu'il est vague et qu'il n'engage à rien sur la nature et l'origine de ces fièvres qui sont encore inconnues. Il a encore l'avantage I de n'effrayer personne, mais do tenir en éveil le médecin.
Si ces fièvres tiennent par la nature et l'origine à la fièvre jaune, si elles en sont pour ainsi dire le substratum, elles en diffèrent complètement, au point de vue de la gravité. La fièvre inflammatoire guérit : la fièvre jaune lue. C'est une affaire de quantité. La première, dit M. Bércngcr Féraud, serait déterminée par des émanations qui ne peuvent produire, tant qu'elles restent dans certaines limites, que l'ensemble de phénomènes relativement bénins qui s'amendent, s'épuisent et disparaissent avant d'avoir compromis sérieusement la vie des individus frappés. Lors, au contraire, que ces émanations morbigènes dépassent celle limite cl arrivent au degré d'intensité suffisant, ils produisent le véritable typhus amaril, avec sa terrible gravité.
Considérations générales. — L'année dernière, en remettant le service à mon successeur, j'écrivais, après avoir fait la description générale du pénitencier, que l'année 1878 se ressentirait des mesures de précaution qui venaient d'être prises. Mes prévisions ont été réalisées en tous points*
Quatre années venaient de s'écouler, sans qu'une rémission bien nette et Ivon accentuée dans la marche de l'épidémie fût constatée. Elle avait été
plus forte à certains moments qui coïncidaient avec l'arrivée de nouveaux éléments, mais elle continuait toujours ses effets à la faveur des foyers d'infection qui existaient.
Tout le monde se ressentait de cette mauvaise influence.
Les uns, qui n'étaient pas acclimatés, succombaient à la véritable fièvre jaune ; les autres, plus anciens ou qui avaient déjà été éprouvés par les fièvres inflammatoires, mouraient de fièvres dites pernicieuses ou typhoïdes. D'autres enfin succombaient à l'anémie et à la cachexie, résultant d'une déglobulisation rapide, dans des milieux infectés où les organes ne pouvaient subvenir à la dépense.
Ne sait-on pas que les créoles où plutôt les acclimatés sont atteints par le fléau, quand il existe, mais sous des formes plus variées, et que la mortalité chez eux est proportionnelle à la gravité de l'épidémie.
Il est de notoriété que, pendant les épidémies de fièvre jaune, les créoles meurent de fièvres pernicieuses ou des fièvres dites typhoïdes. La cause n'est-elle pas la même? Il est rare de voir une personne, ayant eu déjà la fièvre jaune à un degré intense, mourir avec les symptômes caractéristiques de cette terrible maladie, mais plutôt avec des symptômes abdominaux ou des phénomènes ataxiques, quand l'organisme a été saturé de nouveau par le poison qu'on absorbe tous les jours dans certains lieux et qu'on n'a pas éliminés de l'organisme, quand il en était encore temps. C'est là toute la différence ; c'est là ce qui explique cette variété de formes que l'on a observées, les années précédentes, pendant une épidémie qui sévissait alternativement sur des éléments différents.
Cette année, la situation est beaucoup plus nette, et si l'on peut discuter îa nature propre et spéciale des fièvres qui sont observées, il est un point qui ne peut pas être discuté, c'est le caractère de bénignité de ces maladies. Si l'on objecte que les éléments actuels sont constitués par des acclimatés, je répondrai que l'année dernière les éléments étaient absolument les mêmes. La compagnie qui y était alors avait trois ans de Guyane et avait fait un premier séjour, en 4875, au Maroni, où elle avait perdu son capitaine. Cependant 6 hommes de celle compagnie sont morts : 2 de mon temps, dont l'un a succombé à la fièvre jaune et l'autre à une sorte de fièvre typhoïde, résultant du même empoisonnement, mais à longue échéance. Celle année, pas un seul décès dans les deux compagnies qui viennent de passer au Maroni. Je trouve là encore une autre preuve contre la théorie du miasme végétal, auquel on ne s'acclimate pas, car ces hommes débilités par des causes antérieures, fatigués par un long séjour dans la colonie, auraient dù être la proie du paludisme.
La transportation va nous offrir les mêmes arguments. L'année dernière, les cas les mieux caractérisés de fièvre jaune, ont eu lieu sur les Arabes qui avaient déjà un certain temps de colonie et qui n'avaient
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jamais été malades, sur des coolies venant des placers pour se reposer.
Celte année on a reçu une centaine d'Arabes nouveaux, et il n'y a eu parmi eux aucun décès. Et cependant les années précédentes, les Arabes, nouvellement arrivés, payaient leur tribut, comme les Européens.
La différence ne tient donc qu'au milieu qui a changé; l'infection est moins grande et l'empoisonnement moins profond. On ne peut pas en faire bénéficier la météorologie, puisque les conditions ont été plus mauvaises que jamais. C'est le poison lui-même qui a été atteint et détruit dans ses propres foyers.
Ces idées, je ne prétends par les imposer, mais j'ai tenu à les émettre, en les faisant découler naturellement des faits observés. Convaincu que les marais ne sont pas tout et qu'il existe des causes morbides en dehors d'eux, je me croirais coupable de ne pas signaler toutes les causes qui me paraissent favoriser le développement des maladies. A côté de la cause principale que j'ai essayé d'étudier, il est des causes accessoires dont il faut tenir compte dans une certaine mesure : l'insolation, le refroidissement, les écarts de régime, les changements d'habitudes et de milieux. Ce ne sont là que des causes déterminantes qui ne font qu'allumer le feu qui couve.
Il est des moments, avant la maladie et pendant la convalescence, où le soleil ne peut pas être supporté; les moindres rayons solaires déterminent de la céphalalgie. Si, à ces moments, on fait le moindre écart de régime, si on s'expose à un refroidissement la maladie éclate, mais encore une fois ce ne sont que des causes accessoires et elles sont incapables à elles seules de produire des maladies semblables. C'est donc au principe morbide luimôme qu'il faut s'attaquer et c'est l'hygiène qui doit servir de guide. Il me semble que l'hygiène est un peu délaissée, et c'est cependant dans les pays chauds qu'elle est le plus nécessaire, on ne fera jamais rien sans elle et les plus beaux projets s'évanouiront toujours, car ils manqueront de base. Le travail est la condition sine qua non de la prospérité d'un pays et le travail est impossible sans la santé. Le meilleur moyen pour conserver la sauté, c'est de prévenir les maladies, car on n'a pas à les combattre, quand il n'est plus temps.
On recherche souvent le miasme bien loin, quand il est tout près de soi.
M. Flagel, observateur scrupuleux et distingué, me dit que depuis deux mois qu'une désinfection a été faite à Saint-Maurice, il y a eu diminution très-sensible des fièvres gastriques à symptômes bilieux, puis disparition complète depuis trois semaines sur les Arabes, les jolofs et les coolies.
On ne s'occupe pas assez des conditions dans lesquelles on se trouve, du logement, des vêtements, de la literie, il devrait être établi que toute personne arrivant sur le pénitencier trouve une literie propre, nouvellement rebattue.
La création d'une buanderie pour le matériel serait de toute nécessité et empêcherait peut-être les épidémies do se perpétuer.
Conclusions. — Les maladies qui régnent en ce moment au Maroni sont bénignes; elles n'ont présenté dans toute l'année aucun des caractères graves qu'elles avaient les années précédentes.
Ces résultais ne peuvent être attribués qu'aux mesures générales de désinfection qui ont été prises.
Les fièvres qu'on observe ont cependant un certain caractère infectieux ; elles ne sont pas justiciables de la quinine, mais cèdent facilement aux vomitifs et aux purgatifs.
Eilos paraissent dues à des miasmes de nature animale; elles sont le substratum de maladies plus graves qui se développent surtout sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques et météorologiques; elles servent aussi d'appoint à l'apport de nouveaux germes.
Ce n'est que par l'hygiène bien entendue et bien soutenue que l'on rendra le Maroni habitable et que l'on pourra coloniser.
Extrait de mon rapport du 4" trimestre.
L'état sanitaire pendant ce trimestre a été très satisfaisant. Nous voyons régner à peu près les mêmes maladies que dans le trimestre précédent, mais elles revêlent des formes très bénignes et tout caractère grave disparaît. L'anémie et les embarras gastriques simples ont été les maladies dominantes. L'élément fébrile a manqué presque constamment.
11 est à remarquer que pas un décès n'a pu être qualifié d'accès pernicieux ou de fièvre pernicieuse; ce diagnostic n'a pas même pu être soupçonné, excepté peut-êlre chez le soldat qui est arrivé de Cayenne dans un élat désespéré et dont je vais relater l'histoire un peu plus loin. Il serait bien étonnant que le seul accès pernicieux fût constaté chez un homme robuste, n'ayant jamais été malade et décédé 24 heures après son arrivée au Maroni, quand il aurait été impossible de trouver trace de cette cause de mort sur ces concessionnaires cachectiques qui vivent depuis longtemps dans les marais et sans qu'il fût dépensé un seul gramme de quinine pendant tout le trimestre. Depuis cinq mois que je suis arrivé au Maroni, aucune évacuation de malade n'a eu lieu ni sur les Iles, ni sur Cayenne.
Maladies endémiques. — Le personnel libre n'a fourni que très-peu de malades. Les soldats ont toujours été en petit nombre à l'hôpital et pendant plus d'un mois, il n'y en a pas eu un seul.
La compagnie actuelle arrivée au Maroni au mois d'octobre, venait des Iles-du-Salut où plusieurs hommes avaient contracté des dysentéries et des bronchites et ce sont surtout ces affections qui les ont conduits à l'hôpital.
L'un d'eux, le nommé Chabucl, provenait directement de Cayenne. Ar-
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tM ru Maroni le 1.1 octobre, il fut porté directement à l'hôpital où il mourut le lendemain.
D'une constitution très-robuste, il n'avait jamais élé malade, excepté à la Martinique, où il avait passé deux mois et où il avait eu un ictère, pour lequel il n'était pas entré à l'hôpital h Cayenne, ne s'étant présenté que deux fois à l'infirmerie. Malade depuis le 6 octobre, il avait pris deux fois de la quinine et un sulfate de soude à l'infirmerie deCayenne. Au moment de son départ, il ne pouvait pas tenir sur les rangs. A bord de VEslafctte, fièvre à peu près continue. A ma première visite, perte de connaissance, pouls à 120, respiration à 52 très accélérée, mais régulière, pas de vomissements, acies typhoïde, langue humide, photophobie. Selles liquides avec des boules noires, fétides. 11 existe sur le corps une éruption vésiculcuse formant de petites croûtes qui sont devenues noires, les extrémités sont froides. La température est à 41,8, au moment de la mort et monte aussitôt à 42,6 où elle se maintient environ pendant une heure après la mort, pour descendre graduellement. L'autopsie est faite 13 heures après la mort.
Stature élevée, système musculaire et embonpoint développés. Rigidité cadavérique peu prononcée; légère chaleur. Teinte subiclériquedelaface, du cou et des membres. Taches ecchymotiques très accusées des parties latérales et postérieures du thorax. Au-dessous des deux mamelons, petites pustules grosses comme une tôle d'épingle, entourées à la base d'un cercle pétéchial.
Enduit blanchâtre sur les gencives. Le scrotum présente sur sa face antérieure une coloration plus rouge que sur le reste. L'épiderme est sec, comme écailleux. A la coupe, on constate de l'hypérémie dans les tissus, ce qui n'a pas lieu à la face postérieure et inférieure où le sang aurait dû s'accumuler davantage par l'hypostase. Cet érythème, si facile à constater après ia mort, était peu apparent pendant la vie, comme on s'en est assuré à différentes reprises dans la journée du décès.
A l'ouverture. Transposition des viscères. L'estomac transposé à droite et recouvert par le foie est modérément distendu par des gaz. La paroi interne est ecchymosée, sur une vaste étendue, au voisinage du cardia.
Les vaisseaux sont très dilatés. Du côté du pylore, quelques pointillés; les plis et les mamelons sont très développés. Le duodénum et le jéjunum contiennent une substance glaireuse, jaunâtre, presque liquide; l'iléon présente des follicules clos, très gros, mais pas de plaques de Peger bien apparentes. Dans la partie inférieure de l'intestin grêle, arborisations devenant de plus en plus confluentes, au point de ressembler au niveau de la valvule de Bauhin aux ecchymoses stomacales. Gros intestin météorisé.
l e foie est volumineux. Par sa conformation, il est transposé à gauche. Sa couleur est uniformément cendrée-ardoisée. Vues au miscroscope, les cellules «ont troubles ne présentent que très rarement de noyau, encore ce-
lui-ci est-il petit et à moitié masqué par les granulations abondantes et fines; les unes réfringentes (graisse); les autres jaunes (pigment biliaire). Au niveau de la vésicule biliaire, sur le lobe carré, péléchies lenticulaires superficielles. Le sang est réellement extravasé, comme le montre la coupe. Les canalicules et canaux biliaires sont vides; à peine montrent-ils une fort petite quantité de bile très fluide, presque incolore.
Les vaisseaux sont complètement vides; on ne peut par la pression en faire sourdre la moindre goutte de sang. Le tissu est ramolli partout; le doigt y pénètre de lui-même.
La rate située à droite est peu volumineuse. Ce n'est plus qu'une poche de bouillie.
Les reins sont pâles.
Poumons très sains. Hypostase postéro-inférieure. Ecume très légèrement rougeâtre dans les groses bronches.
Le cœur est situé à droite. L'organe est petit, ferme et décoloré. Au niveau de l'oreillette qui reçoit les veines pulmonaires, on aperçoit de petites ecchymoses dans le tissu cellulo-adipeux, ecchymoses très récentes, comme l'indique la coloration presque rosée. Le cœur est complètement vide de caillots; quelques gouttes à peine d'un sang décoloré, valvules saines. Méninges congestionnés passivement, sinus gorgés de sang. Nulle trace d'inflammation. Le cerveau est très ferme ; à la coupe, il est pâle. Il n'y a rien à signaler ni dans les ventricules, ni dans la substance cérébrale et cérébelleuse elle-même.
Il était nécessaire de donner celle observation tout entière pour pouvoir discuter le cas et poser le diagnostic.
En ne considérant que les lésions de la rate, on pense naturellement à l'accès pernicieux. Cet organe est très diffluent, mais peu volumineux et peu pigmenté. Mais il est fréquent aussi de rencontrer une diffluence semblable sur cet organe dans des maladies infectieuses qui ne sont point d'origine paludéenne (cet homme avait été traité à Cayenne, sans succès, par la quinine).
Du reste, les lésions constatées sur les organes font pencher vers un autre diagnosiic. On remarque une décoloration générale des organes, sans traces de pigmentation et une tendance à l'hémorrhagie. Les ecchymoses sont nombreuses et variées; les vaisseaux de l'estomac sont dilatés et sur le point de se rompre. Il existe des poinls ecchymotiques sur le foie et le cœur.
Sur le corps, on remarque des pétéchies, un enduit blanchâtre des gencives et de l'érythème du scrotum.
C'est donc un cas analogue à ceux que je décrivais dans mon précédent rapport sous le titre général de fièvres inflammatoires.
Cet homme a eu la mauvaise fortune de se trouver placé dans de fâ-
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cheuses conditions, au moment où il a été atteintde ces fièvres qui guérissent facilement dans les conditions ordinaires, mais qui deviennent mortelles quand l'organisme est surexcité outre mesure et le système nerveux ébranlé, car les fonctions éliminatrices ne peuvent plus se faire librement.
Les autres militaires n'ont rien présenté d'intéressant; quelques embarras gastriques, sans fièvre. Il n'y en a qu'un seul qui ait présenté des accès tierces. C'est un soldat qui se trouvait au Maroni, au mois d'août dernier et qui avait été malade. Parti pour Cayenne, au mois d'octobre, il est revenu au Maroni au mois de novembre pour remplacer le soldat décédé. Quelques jours après son arrivée, il a été pris d'embarras gastrique avec teinte jaune des conjonctives et qui a été suivi d'accès tierces assez réguliers, mais qui commencent à disparaître graduellement, sous l'influence des vomitifs et des purgatifs répétés, sans l'administration d'un seul gramme de quinine. C'est la manifestation chronique de ces mêmes fièvres.
Un coolie arrivé des placers dans un état très grave, a présenté une fièvre subconlinue avec rémission très marquée tous les matins. Dans les premiers jours, il y avait de l'albumine dans les urines, des douleurs erratiques le long des membres et des tuméfactions qui ont présenté le caractère singulier de se déplacer. Soif très vive ; évacuations intestinales noires ou grises, pas de douleur du ventre. Cet appareil fébrile inquiétant a disparu avec les purgatifs et sans quinine. Cet homme est sorti complètement guéri, au bout d'un mois.
Chez les femmes transportées, j'ai observé aussi un cas intéressant. Une femme entre à l'hôpital, une première fois, pour phlegmon de la cuisse qui est incisé et d'où il s'écoule un pus sanieux mélangé de sang pourri. Elle sort trop tôt et revient bientôt avec de la fièvre, des vomissements, de l'albumine dans les urines, des boutons pustuleux sur la face et les lèvres. La bouche est enflammée ; il lui est difficile d'avaler du bouillon ; sentiment de brûlure et boutons à l'anus. La fièvre se dissipe au boutde deux jours, pour ne plus revenir, mais le ventre devient douloureux et sensible à la pression. Elle éprouve des douleurs dans les reins et dans le ventre qui lui arrachent des cris déchirants, pendant plus de quinze jours. L'albumine disparait des urines. Urée, 13 gr. par litre. Elle ne peut rien prendre sans vomir; constipation opiniâtre. Il se forme dans le ventre, du côté droit, une tumeur tantôt mate, tantôt sonore.
Tous les matins, elle rend de la bile jaune. Elle reste dans cet état et finit par succomber.
L'autopsie est pratiquée 5 heures après la mort. Rigidité cadavérique peu prononcée. Teinte subiclérique des téguments, surtout de la face, petites plaques pétéchiales à la face externe des cuisses et des jambes. Yeux profondément encavés. Ventre ballonné, plus irrégulièrement à droite qu'à gauche.
l/œsophagç a uue couleur verdàlre, ost distendu et rempli de mucus et de bile mal élaborée.
La muqueuse est arborisée et poinlillée, imprégnée de la matière colorante de la bile mal formée, ce qui lui donne une teinte ardoisée. Les tuniques musculeuse et celluleuse sont amincies par !u distension. L'estomac est complètement caché par le feuillet périlonéal qui, par suite d'inflammation chronique, a une épaisseur de 0,03 c. environ. La. muqueuse est arhorisée, poinlillée, vert-ardoisé; pas de traces d'ulcérations.
L'intestin grêle a ses anses soudées toutes entre elles. Il forme une pelote noirâtre, de la grosseur d'une tête de foetus logée dans l'hypochondre droit. Le feuillet péritonéal qui le recouvre, énormément épais, dérobe complètement l'aspect et les rapports des anses inlestinales.On est forcé par la traction de sortir le tube digestif de celte gangue qui l'enveloppe. Son calibre est rétréci de plus de moitié. La muqueuse est d'un vert-ardoisé et ne se détache pas facilement de la celluleuse. Elle est arborisée dans toute son étendue, elle présente un fin piqueté dans les espaces intervalvulaires. Le contenu est bilieux ; à la lin de l'intestin grêle, petite ulcération en voie de formation.
Le gros intestin est réduit au quart de son volume ordinaire et présente la même couleur, les mêmes lésions, le même contenu que l'intestin grêle.
Le foie assez volumineux, adhérent au diaphragme en avant et à tous les organes voisins, est couvert par un péritoine extrêmement épais. 11 se déchire avec facilité, ne contient que fort peu de sang fluide et presque rosé; pas de bile dans ses canaux. Son aspect rappelle celui du pancréas. Les cellules sont fortement graisseuses. La vésicule biliaire est distendue par un liquide très visqueux, d'uu noir-verdâtre, aloétique, en assez grande quantité. Ce liquide a le filant de la mélasse.
La rate est volumineuse, mais sa structure est tout à fait normale; il y a fort peu de sang.
Les reins sont congestionnés tous deux et présentent des arborisations sur leurs deux faces* Le droit présente une large tache ardoisée sur sa face externe. Us ont subi la dégénérescence graisseuse.
Le péritoine est tomenteux; en le râclant avec le scalpel, il tombe en détritus purulent. Sa cavité est remplie par cinq litres au moins d'un pus épais, de consistance crémeuse, de couleur verdâtre, d'odeur aigre extrêmement fétide.
Les poumons sont sains; le droit est très anémié et présente sur sa face externe des ecchymoses pénétrant dans le tissu pulmonaire de 0,06 c. environ. La gauche présente de l'hypostase à la base.
Ce cas figure sur la statistique sous le nom de fièvre bilieuse inflammatoire, avec péritonite concomitante.
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Chez les hommes île la transportalion, je n'ai constate" rien de bien remarquable. Quelques embarras gastriques avec ou sans fièvre qui ont cédé facilement et sans quinine. Quelques cas de dysenléries cédant à merveille à la macération d'ipéca. Ce sont surtout les anémies et les cachexies qui ont dominé, mais sans présenter rien de particulier.
J'ai perdu deux ou trois cachectiques ou anémiques et j'ai vu que c'était toujours la conséquence des mêmes maladies.
Les fièvres gastriques ou inflammatoires amènent chez les personnes mal traitées un affaiblissement des fonctions assimilatrices qui se traduit par l'engorgement des viscères abdominaux, la chloro-anémie, la péricardite, Tasciteetla phthisie.Le point de départ est probablement dans les congestions viscérales qui ont eu lieu pendant la première période. C'est particulièrement sur les personnes qui vivent dans les milieux infectés qu'on observe ces manifestations chroniques de l'empoisonnement. L'absorption continue des miasmes produit sur l'économie un état qui a été comparé avec juste raison par un observateur distingué à l'action altérante de certains médicaments, à doses moléculaires, comme le mercure, l'iode, le plomb. La maladie qui en résulte est la cachexie miasmatique. On voit chez les personnes mal traitées un affaiblissement des facultés assimilatrices, un appauvrissement graduel du sang qui se traduit par l'engorgement des viscères et les maladies chroniques qui en sont les conséquences plus ou moins prochaines. Les mômes accidents se produisent, quand, l'étal nerveux étant mauvais, l'assimilation générale n'est pas assez active pour dissiper les congestions viscérales.
Le sulfate de quinine est encore plus impuissant contre ces manifestation chroniques que contre les manifestations premières. Il est incapable de guérir ces cachexies qu'il entretient peut-être quelquefois.
Un traitement tonique, des purgatifs répétés pour favoriser l'élimination et aider l'action du système nerveux, des antiseptiques intus et extra, un changement d'air et de milieu : voilà les meilleurs remèdes.
Considérations générales. —■ On peut voir que le trimestre qui vient de s'écouler est le meilleur de tous et que depuis très longtemps la mortalité n'avait été moins forte au Maroni. C'est la saison de l'année qui pourtant passe pour la plus mauvaise. Les marais venaient de se dessécher et la saison sèche de s'établir à peine. La saison des pluies avant de s'établir définitivement avait été annoncée par des averses suivies de plusieurs jours de sécheresse et de soleil ardent qui évaporait l'eau qui venait d'humecter le sol. Ainsi du 1er au 45 novembre il est tombé 0,060 mm. d'eau et du 45 novembre au 4" décembre il en tomba à peine 0,005 mm. Et pourtant pas un décès par accès pernicieux.
J'avais été amené, dès le commencement du trimestre et pour des raisons particulières, à supprimer complètement l'administration de la quinine.
Pas un gramme de ce médicament n'a élé dépensé dans tout le pénitencier dans les trois mois qui viennent de s'écouler. C'est un fait qui a pour moi une importance capitale et que je tiens à donner, car il prouve que le Maroni n'est pas un pays essentiellement marécageux «t que ce n'est pas précisément la fièvre de quinquina qui a fait ici des ravages. C'est un fait qui confirme l'opinion que j'émettais dans un précédent rapport.
Je disais : un pays ne change pas d'une façon aussi radicale d'une année à l'autre, au point de vue des marais ; il existe au Maroni une maladie qui s'est développée et qui peut être détruite.
Ainsi l'année 1878 n'a offert que 69 décès, c'est-à-dire moitié moins que l'année dernière. Le nombre du personnel était cependant le même, car on a reçu dans le courant de l'année 200 transportés arabes, noirs ou annamites.
Le personnel libre qui a été complètement renouvelé, n'a éprouvé aucune perte, puisque pendant toute l'année, nous n'avons à enregistrer aucun décès dans le personnel libre de l'établissement, si ce n'est celui du soldat qui est arrivé de Cayenne dans un état désespéré et dont la mort ne peut être attribuée au Maroni.
Ce chiffre, comparé à celui des années précédentes, prouve assez que l'état sanitaire du Maroni s'est considérablement amélioré. Il prouve tout ce que l'on peut faire avec l'hygiène pour rendre un pays habitable.
Conclusions. — L'état sanitaire est parfait en ce moment au Maroni.
Il faut laisser au médecin chargé de la santé publique de tout le pénitencier son rôle le plus important, celui de médecin hygiéniste, si l'on veut avoir quelque chance de maintenir intacte la situation.