CONCLUSIONS TOUCHANT L'HISTORIQUE
Il ressort du long historique que nous venons de faire des maladies à la Guyane, certains enseignements que nous pouvons tout de suite résumer de la manière suivante :
Les épidémies de fièvre jaune à la Guyane sont généralement précédées, accompagnées et suivies de certaines fièvres plus ou moins graves auxquelles on a donné différents noms, suivant les époques et d'après les caractères qu'elles empruntaient aux circonstances particulières de saisons et de climats. Elles existent aussi en dehors des épidémies de fièvre jaune; elles sont endémo-épidémiques.
Ces fièvres apparaissent avec autant de fréquence dans les endroits où les marais ne peuvent pas être mis eD cause, que
dans les pays essentiellement marécageux, toutefois leurs allures peuvent légèrement se modifier. Les Iles-du-Salut, qui sont des rochers en pleine mer et où il ne peut pas exister de marais, ont vu mourir plus d'hommes de ces affections que tous les autres points de la Guyane. C'est là que débarquaient tous les convois de transportés, et à peine arrivés, ils payaient un large tribut à la maladie. Tantôt les fièvres étaient bénignes, tantôt elles étaient graves, suivant l'intensité du poison.
Ces mêmes fièvres existent dans les Antilles, au Mexique et au Brésil.
Dans tous ces pays, comme à la Guyane, elles paraissent en rapport avec les vents du Sud, qu'ils viennent de terre ou de la mer.
Avec les vents de la partie du Sud, on voit prédominer le caractère bilieux ; les vents de la partie du Nord font souvent cesser les symptômes bilieux qui sont remplacés par l'état catarrhal et les flux intestinaux. Les vents du Sud n'agissent point comme vecteurs des effluves, car aux Antilles ils ont la même influence qu'à la Guyane et ils viennent de la haute mer. Ils agissent par leurs propriétés physiques; par l'humidité qu'ils portent avec eux, ils s'opposent à la perspiration cutanée et sont favorables aux fermentations.
Les fièvres, dites bilieuses, se présentent le plus souvent avec les caractères d'une altération du sang ; l'appareil biliaire est plutôt inactif. M. Ghapuis, qui emploie souvent le nom de rémittente bilieuse, déclare que cette fièvre se rapproche essentiellement, par ses symptômes et ses lésions, de la véritable fièvre jaune n'ayant pas encore le caractère épidémique.
Il résulte enfin, de tous les rapports qui précèdent, que le Maroni a été soumis pendant quatre ans à une influence épidémique et contagieuse à laquelle différentes dénominations ont été appliquées, et qui; du reste, a pu présenter pendant cette longue période des allures un peu différentes. A mon arrivée au Maroni, pour la première fois, j'avais pour mission de résoudre la question de la nature de la maladie régnante. Après une observation attentive, j'ai cru trouver à cette maladie tous les caractères de la fièvre jaune. Une désinfection complète et sérieuse en a fait justice.
Description clinique,
La maladie qui nous occupe est essentiellement variable dans ses formes. Elle varie suivant l'intensité du poison, suivant le tempérament sur lequel il exerce son action et suivant les circonstances météorologiques ; aussi, avant de bien établir toutes ces différences, j'ai cru devoir faire un chapitre spécial, pour donner au lecteur une peinture à grands traits de manière à fixer suffisamment son esprit
Il est des maladies qui semblent se jouer du praticien et qui prennent suivant les cas des allures qui peuvent tromper. Il y a loin souvent de la pathologie à la clinique, et telle affection bien décrite sera peut-être difficile à déterminer au lit du malade pour quiconque ne sera pas habitué à son aspect général. — Les erreurs en médecine sont souvent entretenues par l'habitude prise par beaucoup d'auteurs de ne représenter une maladie que dans ses formes les plus rapides et dans ses caractères les plus typiques.
C'est ainsi que la fièvre jaune par exemple est une des maladies les plus susceptibles de se modifier suivant la localité, suivant les diverses épidémies dans la même localité, suivant la saison dans la même épidémie et suivant la gravité. — Aussi on est surpris de voir avec quelle facilité on peut se méprendre dans les cas qui ne se rapprochent pas absolument des atteintes types de l'affection. — S'il en est ainsi de la fièvre jaune qui est une maladie assez bien déterminée, parce que les phénomènes ultimes sont à peu près toujours semblables; il en est de même, à plus forte raison, d'une maladie qui s'en rapproche, mais qui est encore plus variable, car on n'a plus dans celle-ci comme dans l'autre la véritable pierre de touche et la résistance plus ou moins grande de l'organisme déroute le praticien. — Il faut donc observer cette maladie dans ses formes les plus bâtardes aussi bien que dans les autres et rechercher les liens
qui doivent rattacher ces formes à la même cause. Il vaut mieux s'efforcer de rattacher l'exception à la règle que d'avoir recours à de nouveaux processus morbides dont l'existence est assez problématique.
Je trouve dans l'histoire médicale de la fièvre jaune observée en Catalogne en 1821 , par Bally, François et Pariset le passage suivant qui vient bien à l'appui de l'idée que je soutiens :
« Les symptômes effrayants qui sont le cortège habituel de la maladie ne se montraient pas toujours en égal nombre, ni avec la même intensité. Ils affectaient, au contraire, soit dans leur association, soit dans leur succession, soit dans leurs degrés, des combinaisons qui en faisaient prodigieusement varier les apparences ; tantôt se produisant lentement et s'enchaînant avec le plus formidable appareil, tantôt, au contraire, si violents et si brusques, que la mort arrivait avant qu'ils se fussent complètement développés, ou si légers, que la maladie n'était réellement qu'une indisposition. Il résultait de là qu'on était exposé à voir une suite de six, huit, dix malades, sans rien reconnaître en eux qui décelât positivement la nature du mal ou en apprit la gravité. Et de là aussi est née l'erreur de quelques médecins qui, se laissant prendre aux premiers dehors, et après un examen trop superficiel et trop court, osèrent prononcer que la maladie n'était rien en elle-même : jugement fort étrange qui fut porté avec une précipitation dont les suites, pour Barcelone, ont été déplorables. »
On serait forcé, sans cette étude synthétique, de créer autant de maladies que de malades, tant sont grandes les différences symptomatiques, surtout quand on s'occupe de maladies qui n'ont pas de déterminations morbides spéciales. Pour les fièvres éruptives, il est plus facile de ne pas se tromper, car on a, comme point de repère, l'éruption, si peu accentuée qu'elle soit. — Ainsi, il est facile de rapprocher la varioloïde de la variole, parce que, dans l'une comme daDS l'autre, il existe une éruption qui diffère sensiblement, mais qui permet de rapprocher les deux maladies. Mais dans ces affections à symptômes généraux où les localisations manquent souvent, l'erreur est facile. Et ici, j'entends parler surtout des cas qui guérissent, car pour les autres on peut sans trop de difficulté avec les lésions anatomiques les rapporter à un groupe morbide.
Nous allons donc essayer d'étudier la fièvre bilieuses inflammatoire, d'une manière générale, en ue donnant que les sym-
tômes communs à toutes les formes.
DESCRIPTION CLINIQUE