lit . ,r
lu.
il .92
lu.
Id. !
ae
Id.
Id.
2 litres.
Id.
Id.
2 litres.
Id.
2 litres.
Id.
1200 gr.
Id.
Id.
Id.
Les variations considérables de l'urée, les variations miMnc de l'albumine donnent une idée du fonctionnement des organes et de l'état du sang.
Les boutons, les furoncles, les éruptions de toutes sortes, les
adénites qu'on a observées, prouvent encore qu'il y avait là un principe infectieux. On ne peut s'empêcher de voir dans ce cas la caractéristique de l'affection : l'altération profonde du sang qui le rend impropre à l'entretien de la vie régulière. Il n'est donc pas étonnant que cette maladie ait le triste privilège d'affaiblir tellement le sujet qu'un temps quelconque de la convalescence est très long et que la santé n'arrive que peu à peu, quand surtout le milieu dans lequel on se trouve ne contient pas un air parfaitement pur.
Dans ce cas particulier, nous avons dû assister à deux réversions ayant succédé à un atteinte légère et dues au milieu infesté dans lequel se trouvait le malade.
Pour montrer aussi que les rechutes peuvent tenir à des causes accessoires et banales, je dois dire deux mots d'un cas observé également au Maroni, mais à une époque toute différente du premier. Quand le cas que je vais rapporter a été observé, on n'avait pas vu de fièvre jaune depuis près d'un an; c'est celui d'un sergent d'infanterie de marine qui avait fait une première entrée à l'hôpital pour fièvre inflammatoire de moyenne intensité. Il était sorti de l'hôpital le 21 septembre 1878, huit jours environ après la cessation de la fièvre; il ne se plaignait de rien, l'appétit était assez bien revenu et la convalescence paraissait assurée. Dès le 27 septembre, il s'était trouvé indisposé et avait éprouvé un accès de fièvre. Il avait voulu continuer son service et avait pris la garde. Le 29, après déjeuner, a été pris d'un violent accès de fièvre, avec délire et divagations; les conjonctives sont jaunes; oppression et grand mal de tête. Il rentre à l'hôpital dans la soirée, on lui administre un ipéca qui lui fait rendre son déjeuner qui n'était pas encore digéré. Pendant trois jours, il présente de la (lèvre, un peu de délire par moments, de l'agitation, de l'insomnie, une légère teinte subictériquede la face et enfin tout disparaît avec quelques purgatifs, sans quinine.
Ainsi la rechute est un accident fréquent qui tient à la manière dont l'agent morbide a impressionné l'organisme, au milieu dans lequel se trouve placé le malade, et aussi aux er reurs de régime et aux imprudences qu'il peut commettre.
Complications.
Les complications de la fièvre bilieuse inflammatoire sont nombreuses et communes, mais souvent elles sont considérées comme des affections sporadiques, parce qu'on perd de vue la maladie première, quand surtout elles surviennent un certain temps après la fièvre. D'autres fois, quand elles se manifestent dans le cours même de la période fébrile, elles ne sont pas toujours rapportées à la fièvre inflammatoire, et on regarde souvent la fièvre comme la conséquence de l'inflammation qui existe sur un organe, au lieu de la considérer comme la cause initiale. On ne sait pas assez que la fièvre inflammatoire peut produire une telle altération du sang et une telle congestion du côté de certains organes, qu'elle entraîne à sa suite une série d'accidents plus ou moins redoutables.
Ces complications sont prochaines ou éloignées, c'est-à-dire qu'elles ont lieu en même temps que la maladie première ou bien qu'elles se montrent à une distance plus ou moins lointaine. Elles sont encore générales ou locales, si l'on tient compte des localisations qui se produisent sur certains organes ou de l'état général du liquide sanguin. Par le fait de l'altération chimique ou physique qu'il a subie, il n'est plus apte à nourrir les différents tissus. Il peut transporter avec lui des principes irritants ou septiques, produits des décompositions incomplètes opérées au sein de l'organisme, à la suite de l'action du poison.
Ces divisions sont encore tout à fait arbitraires, car tous ces phénomènes proviennent de l'altération du sang ; les localisations qui se produisent ne sont que des accidents qui en dérivent. Déplus, certaines complications tiennent souvent de l'état du sang et de l'état des organes. Ainsi, les complications typhoïdes résultent aussi bien de l'hypérémie passive, qui s'est produite sur la muqueuse intestinale, que de la composition des parties liquides provenant du sang ou des humeurs et qui viennent tous les jours l'irriter.
Cependant, pour mettre un peu d'ordre dans notre description, nous admettrons cette seconde division des complication.-, eu générales et locales. Dans la première, nous rangerons l'anémie et la fièvre intermittente, dans la seconde, nous ferons en-
trer les complications qui se produisent sur les centres nerveux, les organes thoraciques, les organes abdominaux et les différents tissus.
Anémie.
C'est la complication la plus fréquente et aussi la plus irrécusable,de la fièvre inflammatoire. Elle tient à la déglobulisation rapide qui s'est opérée pendant la première période, et aussi à l'état des organes hématopoiétiques qui sont pendant longtemps dans l'impuissance de rénover les principes constituants du sang. Peut-être même, mais ce n'est là qu'une pure hypothèse et qu'une vue de l'esprit qui pourtant paraît en concordance avec les faits, le sang conserve-t-il pendant longtemps sur une de ses parties essentielles la cause morbifique qui de temps en temps se réveille pour détruire ce qui a été produit.
L'anémie se manifeste par une faiblesse générale, une teinte pâle de la peau, des diarrhées, du dégoût pour les aliments, de l'insouciance et de la paresse intellectuelle. On éprouve du malaise, des vertiges, des bourdonnements d'oreille. Les muqueuses sont pâles, exsangues, le pouls conserve une certaine lenteur, quelquefois le soir il augmente de vitesse.
Chez les enfants, on observe une perversion du goût; il est fréquent de voir ces malheureux enfants deTransportés manger de la terre et du sable. Je ne doute pas, pour ma part, qu'il faille souvent en rechercher la cause dans l'anémie qui succède à la fièvre inflammatoire. Il faut cependant, dans bien des cas, tenir compte de certaines conditions, telles que l'influence du climat qui continue quand même et toujours son action débilitante sur ces faibles organisations, la mauvaise alimentation peu réparatrice et l'absence de chaux dans certaines eaux de la Guyane, celles duMaroni en particulier, comme l'a fait prévaloir M. Maurel ; mais la cause première, celle qui a placé ces enfants dans un état qui ne leur permet plus de résister aux influences extérieures, est souvent la fièvre inflammatoire.
Aussi je suis entraîné à parler d'une maladie dont la cause n'esi pas encore connue. C'est le mal -cœur ou mal d'estomac des nègres, affection observée pour la première fois aux Antilles françaises par le Père Labat, et décrite par Pouppée Desportes.
On remarquait surtout le penchant irrésistible qui portait les. malades à ingérer les substances les plus réfractaires à l'action du tube digestif, telles que le plâtre, la craie, les cendres de tabac, la terre de pipe.
On avait d'abord considéré cette maladie comme une névrose particulière de l'estomac, comme une forme d'anémie déterminée par les privations , les fatigues , les passions morales dépressives, une alimentation vicieuse ou insuffisante. Griesinger eut l'occasion de faire l'autopsie d'un sujet mort de chlorose égyptienne ou mal-cœur, et trouva l'intestin grêle rempli de sang et couvert d'innombrables taches ecchymotiques auquelles adhérait une quantité considérable de petits vers, qu'il reconnut appartenir à cette espèce de nématoïdes découverts par Dubini, à Milan, en 1838, et décrits sous le nom d'ankylos* tome duodénal. Il attribua la chlorose égyptienne à cet ento-> zoaire. M. Grenet, médecin de la marine, trouva en 1866, à Mayotte, l'ankylostome duodénal dans l'intestin d'un noir atteint de cachexie africaine. Riou Kérangal signalait à la Guyane la présence de ces helminthes dans la tuba digestif de sujets morts d'anémie.
Nous avons souvent constaté aussi à la Guyane la présence de l'ankylostome non seulement dans le duodénum, mais dans tout l'intestin ; nous l'avons rencontré non seulement chez des individus anémiés, mais chez des hommes assez robustes succombant à une maladie rapide. Aussi, nous n'en faisons point la caractéristique de l'affection; ou tout au moins nous n'en voyons pas la cause, mais bien l'effet.
Etant allé avec M. Lalande, pharmacien de la marine, visiter l'Ile Portale, où se trouve l'établissement' agricole de M. Bar, au Maroni, nous avons eu l'occasion de voir des sujets atteints de mal-cœur. M. Bar m'avait prié de venir voir un de ses homr mes atteint d'une fièvre qui l'inquiétait, à cause de certains caractères typhoïdes. Je trouvai le malade atteint de fièvre inflammatoire : agitation, albumine dans les reins, teinte ictérique des conjonctives. C'est à cette occasion que nous pûmes, M. Lalande et moi, faire l'analyse du sang des hommes atteints de mal-cœur.
Chez une femme atteinte de cette affection à un degré avancé, nous avons trouvé 900,000 globules par millimètre cube ; le
sang était pâle comme de l'eau. Cette femme était très paie, ne présentait pas d'infiltration, mais elle avait du dégoût pour les aliments et une perversion du goût. Chez un homme qui entrait en convalescence et qui commençait à reprendre ses forces et à recouvrer son appétit, nous avons trouvé 1,100,000 globules.
Ainsi, il peut M faiifl que le mal-cœur ne soit qu'une aglobulie se développant à la suite de la fièvre inflammatoire ou d'une maladie analogue. Cette anémie serait entretenue par l'inactivité des organes hématopoïétiques ; l'ankylostome ne serait qu'une conséquence de cet état et se développerait dans les intestins des sujets ainsi atteints.
Au risque d'être accusé d'exagération, je me hasarde à dire tout ce que je pense, me basant sur l'induction et les faits observés.
Fièvre intermittente.
La coexistence de l'impaludation dans la fièvre inflammatoire est la question la plus difficile à résoudre. Cependant nous ne pouvons nous soustraire à l'obligation d'examiner la part qui lui revient dans les phénomènes qui se déroulent quelquefois dans le cours de la maladie qui nous occupe, aussi bien avant l'établissement de la fièvre que pendant la convalescence.
Nous avons déjà dit plusieurs fois que la marche de la fièvre inflammatoire pouvait se présenter avec des rémissions si complètes, qu'on pouvait croire à une marche intermittente; mais nous avons fait remarquer que, si la température revenait à 37° à un moment quelconque de la journée, la maladie n'en continuait [pas moins sa marche, malgré la quinine, pendant un temps déterminé, trois jours par exemple ; qu'en somme on pouvait bien ne voir dans ce fait qu'une différence de degré.
Les phénomènes généraux ne s'amendent pas, malgré la chute de la fièvre, et on peut bien supposer une maladie suivant son cours, tout en présentant des oscillation plus accentuées dans la température.
D'un côté, nous avons établi souvent que des accès de fièvre pouvaient se présenter tous les huit ou quinze jours, d'uno manière plus ou moins irrégulière, sans qu'il soit possible do les prévenir et de les enrayer avec la quinine; nous avons émis
l'opinion que ce n'était peut-être que l'indice d'une réaction de l'organisme contre le poison qui pouvait rester, contre l'épine qui cherchait à se faire jour.
Cependant, il faut bien tenir compte, dans une certaine mesure, du paludisme. Pour ne pas nous égarer dans ce dédale encore inconnu des affections paludéennes, nous ne nous occuperons que de la fièvre intermittente, qui en est l'expression la plus vraie et la moins discutée.
Un caractère de premier ordre sépare la fièvre inflammatoire des fièvres paludéennes, c'est la contagiosité. La pierre de touche est le traitement; la quinine guérit la fièvre intermittente paludéenne et est inefficace dans la fièvre inflammatoire. Au point de vue des causes, les fièvres paludéennes, comme le dit M. Jules Rochard, apparaissent partout où des débris végétaux se décomposent dans des eaux stagnantes sous une température élevée. La fièvre inflammatoire est probablement produite, comme la dysentérie, par des émanations animales.
Quelle est la part qui revient à l'une ou à l'autre dans l'enchevêtrement des symptômes que l'on observe? C'est bien encore difficile à démêler. Cependant, nous pensons qu'il peut exister uue complication intermittente de nature franchement paludéenne; mais, à notre avis, elle est moindre qu'on ne le croit généralement, car souvent les accès intermittents irréguliers peuvent être considérés comme une fusion pathologique ayant sa genèse dans une cause identique.
Quand la complication paludéenne existe réellement, on ne peut se baser ni sur le frisson, ni sur la chaleur, ni sur les sueurs, pour admettre la coexistence de l'impaludation dans la fièvre inflammatoire. On est obligé de se baser sur les commémoratifs et de voir si le sujet a eu antérieurement des atteintes de paludisme ou bien s'il a habité un pays véritablement marécageux. Nous pensons que le dosage de l'urée pourra mettre sur la voie.
Le traitement dit spécifique pour les fièvres paludéennes donne souvent des résultats négatifs au point de vue de la question que nous agitons. Si l'on suppose apercevoir un phénomène que l'on pense devoir rattacher au paludisme, on donne une dose de sulfate de quinine, et on voit souvent se produire les phénomènes réactionnels ou physiologiques du sel fébrifuge.
Ces faits singuliers ont frappé avant moi mon affectionné maître, M. Bérenger Feraud, si compétent dans l'étude de la malaria. Il a vu aux Antilles une atteinte, qui ne paraissait devoir inspirer aucune inquiétude, se transformer tout à coup en un accès pernicieux algide des plus graves, par deux grammes de quinine. Il rapporte à cet égard deux cas bien intéressants que je reproduis, car j'en ai vu de semblables à la Guyane.
« C'est un jeune créole, arrivant d'Europe après plusieurs années de séjour. Trop confiant dans son immunité vis-à-vis de la maladie, il court au soleil, fait des excès de femme et de boisson, et présente, quelques semaines après son débarquement, une atteinte de fièvre inflammatoire intense. Une, deux doses de fébrifuge sont données sans produire aucune amélioration, et malgré les supplications du malheureux qui disait à ses parents : la quinine que vous me donnez me brise la tête, on lui en fait prendre 3,50 dans une seule journée. Il tomba aussitôt dans un état de collapsus qui se termina par la mort, moins de dix -huit heures après.
« C'est une pauvre femme qui, sortie des rangs de la société, avait conquis une position de fortune enviable. Elle est prise de la fièvre inflammatoire à un degré qui n'avait rien d'inquiétant d'abord ; mais l'ipéca et la quinine à outrance eurent raison de cette malheureuse en quelques jours, alors que par un traitement moins incendiaire il y aurait eu mille chances de guérison pour une. »
Nous partageons complètement l'avis de M. le médecin en chef Bérenger Féraud, et nous avons, à notre avoir, plus d'un fait pour appuyer cette opinion. Il faut donc être bien convaincu que les accès fébriles que l'on voit souvent dans les fièvres inflammatoires, et qui affectent tantôt la forme franchement intermittente, tantôt les allures rémittentes ou subintrantes, ne sont pas toujours de nature paludéenne. Quand on soupçonne le paludisme par la régularité des accès, il faut se servir de la quinine, mais il faut la manier avec beaucoup de circonspection et de ménagement, car trop souvent dans la maladie qui nous occupe elle fait plus de mal que de bien.
Toutefois, nous ne voudrions pas être accusé de proscrire la quinine, qui est un médicament précieux, quand il est administré à propos. Il faudra se baser sur les symptômes généraux
et des accès intermittents, avec des intervalles apyrétiques se trouveront très bien de la quinine à dose modérée.
Complications se rapportant au système nerveux.
Les phénomènes cérébraux sont presque toujours indépen- ; dants de l'inflammation. On voit souvent survenir des cas de mort avec des phénomènes ataxiques très marqués, et on est surpris de ne pas rencontrer la moindre inflammation des méninges ; il y a tout au plus un peu de congestion.
L'insolation qui précède souvent le développement de la maladie contribue pour beaucoup à augmenter l'intensité de ces phénomènes ; la céphalalgie est plus accentuée, le délire se 1 montre plus vite et plus facilement. Elle agit probablement 1 d'une manière fâcheuse en augmentant la congestion veineuse 1 du système encéphalique. On accuse beaucoup le soleil, dans les pays chauds, comme cause de maladie, je crois qu'il a, en effet, une influence désastreuse comme cause déterminante de la maladie dont on côuve le germe; c'est une cause aggravante. Il est à remarquer qu'on supporte beacoup moins le soleil en temps d'épidémie, de fièvre jaune, qu'en temps ordinaire. Quand on est influencé par le génie épidémique, le soleil fatigue beaucoup plus que lorsqu'on est à l'état normal.
On observe quelquefois, à la suite de la fièvre bilieuse inflam- 1 matoire, des névralgies qui siègent en différents points du corps; la névralgie sciatique m'a paru fréquente. On observe des tremblements musculaires.
La paralysie s'observe quelquefois , mais plus rarement ; quand elle se présente, c'est souvent sous forme de paraplégie.
Il n'est pas inutile, je crois, de faire un peu de pathologie , comparée, car pour élucider une question encore si obscure les preuves ne seront jamais trop abondantes. En même temps quô : régnent des ûèvrés bilieuses inflammatoires, et surtout la fièvre jaune, tant au Maroni qu'à Cayenne, on voit la plupart des chiens maladifs. Pendant plusieurs jours, ils présentent deâ vomissements, ils ont l'œil terne, ils sont caduques, se refusent à prendre de la nourriture ; ils sont, en un mot, véritablement malades. Quand ils commencent à se rétablir, au bout de huit ou quinze jours, on remarque chez beaucoup d'entre eux de la
paraplégie ; le train postérieur est paralysé. J'ai vu à Cayenne un de ces chiens, qu'on venait d'amener de France, mourir I après quelques jours de maladie, avec la teinte jaune des yeux, I des vomissements noirs ; le foie était café au lait. C'était un I. chien d'une très grande taille et ce fait se passait à un mo- I ment où la fièvre jaune ne régnait pas. tJn de nos collègues, I qui demeurait près de l'endroit où était mort cet animal, et qui 1 l'avait vu mourir, lut pris, quelques jours après, d'une fièvre I assez violente pendant plus de trois jours, à la suite de laquelle | il fut très anémié. Il est donc naturel de penser à une fièvre I inflammatoire qui se serait développée sur cet animal. Ceux qui I guérissaient présentaient la paraplégie que je signale. Au i Maroni, pendant les épidémies de fièvre jaune et de fièvre in- I flammatoire, la plupart des chiens mouraient ou présentaient t les symptômes que nous venons d'énumérer*
Il n'est donc pas impossible que cette maladie entraîne après elle certaines lésions du système nerveux ; mais nos hypothèses qui pourtant sont basées en partie sur des faits positifs, s'arrêi teront là pour le moment. Ces hypothèses ne peuvent être con» trôlées que par l'anatomie pathologique, mais le fait clinique est acquis. Il faudra rechercher avec soin les lésions médullaires et voir en même temps si les cellules motrices des cornes anté- I rieures ne peuvent pas être altérées à la longue, à la suite de cette maladie; ce qui expliquerait lé béribéri qué l'on observe assez souvent à la Guyane.
Après des cas graves et prolongés, on observe parfois un cer-» tain degré d'imbécillité. Le malade manque de mémoire et est I sujet aux hallucinations. J'ai vu dans un cas ou deux, des malades, après l'établissement complet de la convalescence, être saisis brusquement d'un délire maniaque violent. L'un d'eux avait la manie du suicidé ; il est vrai qu'il y avait aussi chez lui de l'alcoolisme. Ces symptômes proviennent peut-être d'un état anémique du cerveau.
Ce qu'il y a de bien certain, c'est que le sommeil demeure longtemps troublé, que la mémoire est affaiblie. Quelques malades conservent de la pesanteur ou des douleurs sourdes à la tête ; d'autres une grande disposition au vertige. Des spasmes nerveux; des irritalions particulières continuent à fatiguer et à poursuivre certains malades. Beaucoup de personnes conser-
vent longtemps une disposition au tremblement des membres, à l'agitation, à de certaines terreurs involontaires et non raisonnées, quelquefois un peu de surdité et de faiblesse de la vue.
Complications thoraciques.
1. La bronchite n'est pas rare dans le cours de la fièvre inflammatoire ; souvent même quand l'affection est légère et qu'il règne une constitution catarrhale, elle fait tout le fond de la maladie.
2. La pleurésie est assez fréquente ; c'est une pleurésie plastique, on trouve des dépôts flbrineux ou gélatineux sur la surface des poumons, faisant adhérer les deux plèvres. Quand elle s'accompagne de liquide, celui-ci est rouge sale ou légèrement louche, parfois purulent.
3. La pneumonie est très commune. Elle est souvent lobulaire; c'est plutôt une broncho-pneumonie. Sa marche n'est pas franche ; les signes stéthoscopiques manquent souvent. On dirait souvent, à l'autopsie, de véritables infarctus qui se seraient produits sur différents points des poumons.
Observation XXV.
Fièvre inflammatoire compliquée de broncho-pneumonie.
Virapin, immigrant hindou, 4 ans de Guyane, entre à l'hôpital de Saint- Laurent du Maroni, le 7 octobre 4 877, pour fracture du bras. Il se trouve depuis 3 ans dans les placers du Haut-Maroni ; c'est la première fois qu'il vient à l'hôpital; dit n'avoir jamais été malade.
Homme fort, vigoureux; apparence de santé magnifique; grand mangeur. Il reste à l'hôpital plusieurs jours, sans rien présenter de spécial. Mais à cette époque j'observais des cas de fièvre jaune sur des Arabes et des coolies.
Le 15 octobre, vers midi, il est pris d'accès de fièvre, avec frisson violent. Vomissements bilieux. Soif très vive, mal dans les reins et dans les jointures. Epigastralgie. Peau très chaude. 8 heures du soir. T. 40.
16 octobre. 8 heures du matin. T. 40; pouls à 100; respiration accélérée, à 48. Se plaint d'oppression ; peau très chaude et sèche ; grande agitation. Midi. T. 39,4.
4 heures du soir. T. 39; pouls à 100; respiration gênée, irrégulière, inégale, précipitée, impossible à compter. Les yeux sont injectés et pré-
sentent déjà une teinte légèmenl jaune ; lespupiles sont dilatées. La langue est blanche. Douleur à l'épigastre; vomit tout ce qu'il prend. Soubresauts, horripilalions. Insomnie et oppression. Les urines sont colorées et offrent un anneau albumineux. 8 heures du soir. T. 38,4.
47 octobre. 4 heures du matin. T. 37,6. 8 heures du matin. T. 37,8; pouls à 90 ; respiration à 20, très calme. La langue est sèche, un peu rouge sur les bords; pas de vomissements. Les conjonctives sont jaunes. Traces d'albumine dans les urines. 4 heures du soir. T. 38,4. 8 heures du soir. T. 39.
48 octobre. 4 heures du matin. T. 39,2. 8 heures du matin. T. 39 ; pouls à 90 ; respiration à 20. Selles grises, abondantes, mousseuses. N'accuse pas de douleur. Les conjonctives sont très jaunes. La langue est belle Urines abondantes. Prescription : Chocolat, bouillon, vineuse; potion aconit et digitale ; potion : quinine 4 gr., sirop diacode 30 gr. Midi. T. 39,4. 4 heures du soir. T. 39. 8 heures du soir. T. 38,4.
19 octobre. 4 heures du matin. T. 37,6. 8 heures du matin. T. 37,6; pouls à 76 ; respiration à 22. N'accuse aucune douleur ; demande à manger. Selles jaunâtres, liquides. Urines albumineuses. Midi. T. 37,4. 4 heures du soir. T. 37,4 ; pouls à 72, fort, régulier; respiration à 20. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.
20 octobre. 4 heures du matin. T. 37. 8 heures du matin. T. 37; pouls à 68; respiration à 20, régulière. Les yeux sont jaunes; la langue est sèche; la peau est bonne, les uriuessont abondantes et contiennent de l'albumine en notable quantité. Midi. T. 37. 4 heures du soir. T. 36,6; pouls à 76; respiration à 20. 8 heures du soir. T. 37.
24 octobre. 4 heures du matin. T. 37. 8 heures du matin. T. 3C,6 ; pouls à 68 ; respiration à 20. L'état général est bon; les urines sont abondantes et contiennent de l'albumine. Midi. T. 36,6. 4 heures du soir. T. 36,6; pouls à 72. 8 heures du soir. T. 36,8. Prescription : Chocolat, quart de tout; albumineuse; potion tonique.
22 octobre. 8 heures du matin. T. 36,6; pouls à 68. 4 heures du soir T. 37.
23 octobre. 8 heures du matin. T. 36,8 ; pouls à 64. 4 heures du soir» T. 37; pouls à 72.
24 octobre. 8 heures du matin. T. 37,4; pouls à 76. Les yeux sont jaunes; les selles sont abondantes; l'albumine persiste dans les urines. 4 heures du soir. T. 37,6; pouls à 72. Prescription : Chocolat, demie de tout; potion tonique.
25 octobre. 8 heures du matin. T. 37 ; pouls à 76. Il existe encore un peu d'albumine dans les urines. 4 heures du soir. T. 37; pouls à 72.
26 octobre. 8 heures du matin. T. 37 ; pouls à 72. Traces d'albumino dans les urines. 4 heures du soir. T. 37.
GUYANE. <9o
27 octobre. 8 heures du matin. T. 36,8; pouls à 76. Légères traces d'albumine colorée en rose. 4 heures du soir. T. 37,2.
28 oclobre. 8 heures du matin. T. 37,2. Traces d'albumine colorée en rose. 4 heures du soir. T. 37,4.
29 octobre. 8 heures du matin. T. 37,2. Encore un peu d'albumine. 4 heures du soir. T. 37,6.
30 oclobre. Ce matin, vers 6 heures et demie, après avoir pris son chocolat, a été pris d'un violent frisson, ayant duré un quart d'heure. Hier soir, il avait mangé les trois quarts, plus une ration de pain qu'il avait volée à un de ses camarades. 8 heures du matin. T. 40; pouls à 412, mou; respi- j ration à 48, accélérée. Peau sèche. Il se plaint d'une grande oppression; douleur à l'épigastre; frottement pleural et râles ronflants s'entendant à distance. Se plaint d'une douleur du côté de la poitrine.
Midi. T. 40,8. 4 heures du soir. T. 40; pouls à 4 04; respiration à 40. Selles abondantes, grises, mousseuses. Vomissements de matières alimentaires prises la veille et non encore digérées. Soif vive. Douleurs à la tète, dans les jambes et à l'estomac Toux avec crachats, albumine dans les urines. 8 heures du soir. T. 39.
34 . octobre. 4 heures du matin. T. 40,8. 8 heures du matin. T. 40,4 ; pouls à 1 00, assez plein. Hier soir, les urines contenaient de l'albumine avec 1 2 gr. . 42 d'urée par litre. Les selles sont copieuses, grises et fétides. Il existe de l'oppression. Les conjonctives sont jaunes; la langue est blanche. Insomnie; . agitation ; soif très vive; douleurs dans les articulalions. Le ventre est sen» ■ sible, météorisé. Les urines contiennent de l'albumine; 4 6 gr. 20 d'urée ! par litre et 8 gr. 48 pour 400 gr. d'urine émise.
Midi. T. 40,4. 4 heures du soir. T. 40; pouls à 4 00; respiration assez: régulière à 24. Céphalalgie très forte; brûlure à l'estomac. 8 heures due soir. T. 39.
4er novembre. 4 heures du matin. T. 40,2. 8 heures du matin. T. 40,6 pouls à 404, dépressible; respiration à 20, régulière, oppression et dou* leurs très fortes dans le côté droit de la poitrine; râles sous-crépitantsa dans le poumon droit; pas de crachats, toux fréquente et sèche, 800 gr. d'urine depuis hier matin ; albumine et 46 gr. 20 d'urée par litre. Midi. T. 40,8. 4 heures du soir. T. 40,2; pouls à 108; respiration à 24.
2 novembre. 8 heures du matin. T. 39,8 ; pouls à 4 16, mou, dépressible? ; respiration à 32, régulière. La première moitié de la nuit a été mauvaise» ! oppression; douleurs dans les deux hypochondres ; céphalalgie violente •• vomissements jaunâtres ; selles grises, un peu de diarrhée. Urines abonH danles, 1200 gr., contenant de l'albumine et 8 gr. 10 d'urée par litre I Midi. T. 40,4 ; 4 heures du soir. T. 40,2. 8 heures du soir. T. 40,2.
3 novembre. 4 heures du matin. T. 40. 8 heures du matin. T. 40; pouLli à 120; respiration régulière à 36. La peau est brûlante et un peu moite
transpiration par moments, grande oppression, agitation. La langue est sèche, rôtie. Les selles sont grises, mousseuses, crampes dans les mollets. Rhoncus dans la poitrine; raies crépitants à la base du poumon droit; gros râles muqueux dans le reste des poumons. 700 gr. d'urine, depuis hier matin, contenant une grande quantité d'albumine; 16 gr. 20 d'urée par litre et 41 gr. 34 pour 700 gr. Prescription : Bouillon, lait, albumineuse; potion : aconit et digitale ; potion tonique; manne 20 gr.
Midi. T. 40,4. 4 heures du soir. T. 39, 4; pouls à 420. Face jaune; forte céphalalgie; haleine fétide; selles grises, mousseuses. 8 heures du soir. T. 39,6.
4 novembre. 4 heures du matin. T. 39,8. 8 heures du matin. T. 40,2; pouls à 76; respiration à 40. Nuit très mauvaise; agitation et grande oppression. Les gros râles muqueux s'entendent à distance. La respiration est anxieuse; l'haleine est nauséabonde; les selles sont très fétides. 500 gr. d'urine depuis hier matin; albumine; urée 43 gr. 20 par litre et 6 gr. 75 pour B00 gr.
La numération des globules donne 1 ,776,000 ; ils sont petits, de diamètre réduit de moitié ; ils paraissent un peu déformés, la plupart fraisés ou en forme de poire, sans dépression centrale ; le sang est noir et fluide.
Des ventouses appliquées sur la poitrine ont donné du sang qui s'est pris en masse jaunâtre. Le sucre recherché dans le sang des capillaires, aspiré par les ventouses et recherché par la méthode de Cl. Bernard a donné 0,66 centig. par litre.
Midi. T. 40. 4 heures du soir. T. 39,8; pouls à 430. La peau est chaude et brûlante. Sueurs profuses, oppression considérable, violentes douleurs dans le côté droit. Les gencives ne sont pas saignantes ; la langue est rouge, sèche. La connaissance est encore complète. 8 heures du soir. T. 39,8.
6 novembre. 4 heures du matin. T. 39,6. 8 heures du matin. T. 39,6; pouls à 420; respiration à 48, régulière, anxieuse. La langue est sèche; les conjonctives sont très jaunes ; le faciès est bistré, douleur à l'estomac, mauvaise odeur de l'haleine ; il demande à manger. Agitation et délire dans la nuit. Urines involontaires, 500 gr. environ, ce qui porte à 800 gr. la totalité des urines rendues depuis hier matin. Les globules examinés ce matin paraissent un peu plus nets; il y en a de plusieurs sortes, les uns normaux, les autres réduits, d'autres fraisés.
4 heures du soir. T. 40; pouls à 420 ; respiration à 24. 8 heures du soir. T. 39,4.
Décédé le 6 novembre, à 3 heures du matin. Autopsie faite 3 heures après la mort.
Habitus extérieur. — Homme robuste, taille moyenne; conjonctives jaunes.
Abdomen. A l'ouverture de l'abdomen, tous les organes sont normale-
ment placés ; le péritoine et les intestins n'ont pas de coloration normale.
Estomac. — L'estomac contient environ 300 gr. de liquide bilieux; la muqueuse est pâle, sans arborisations, ni ecchymoses.
Intestin grêle. — L'intestin grêle contient peu de matières fécales. Ces matières sont aussi semi-liquides et sanguinolentes; cependant la muqueuse n'est pas ecchymosée, mais seulement hypérémiée par places.
Gros intestin. — Le gros intestin est complètement sain. Les ganglions mésentériques semblent sains.
Foie. — Le foie est volumineux et pèse 4,700 gr. Sa surface est lisse; sa coloration normale, saut pour le lobe gauche qui a quelques taches café au lait. A la coupe, le tissu est presque normal, les lobules sont distincts, les vaisseaux ne sont pas vides; on trouve dans le lobe droit un petit noyau de coloration jaune-verdâtre. L'examen au microscope démontre que cette coloration est due à la rétention des pigments biliaires dans les cellules hépatiques; il n'y a pas de graisse dans les cellules de ces parties jaunes. L'examen microscopique du reste du foie fait constater la présence de la graisse dans un certain nombre de cellules hépatiques, surtout dans le lobe gauche. La vésicule biliaire contient peu de bile.
Rate. — La rate est volumineuse et pèse 500 gr.; son tissu est ferme, dur et comme sclérosé.
Reins. — Les deux reins pèsent 300 gr. et à la coupe ne présentent rien d'anormal, les deux substances sont parfaitement distinctes.
La vessie est presque vide et collée contre le pubis.
Thorax. — La plèvre et le poumon gauche sont sains. A droite, on constate des adhérences pleurales et la cavité pleurale contient environ 200 gr. de liquide séro-purulent.
Le poumon droit offre les lésions de la pneumonie au troisième degré, dans les deux lobes inférieurs; ie lobe supérieur est sain. Le tissu hépatisé n'a pas franchement l'aspect de l'hépatisation grise; il est très friable, mou et laisse couler un liquide un peu sanieux.
Le cœur et les gros vaisseaux n'offrent rien de particulier à signaler.
Ce cas est curieux à méditer; il nous donne la véritable caractéristique de l'affection au point de vue de la marche de la température et des lésions qui peuvent survenir en pleine convalescence, par suite d'imprudences et d'erreurs de régime.
Ici nous avons saisi la maladie dès le début, ce qui est très rare; aussi, nous avons une courbe thermique parfaitement nette et bien dessinée, qui peut être donnée pour type. La température, accompagnée d'un frisson, monte brusquement à 40* où elle se maintient jusqu'au matin du second jour; elle
descend ensuite graduellement jusqu'à 37,2, qu'elle atteint le matin du troisième jour. A ce moment, la rémission paraît complète; mais presque aussitôt que la température a touché le chiffre normal, elle remonte de nouveau graduellement jusqu'à 39°, où elle reste à peu près stationnaire pendant 24 heures ; elle descend ensuite d'une manière encore plus graduée que la première fois, et le soir du cinquième jour la défervescence est complète et la convalescence paraît bientôt assurée.
Pourtant, l'albumine qui avait apparu dans les urines en petite quantité, dès le troisième jour, devient plus abondante le sixième jour, quand déjà la fièvre a cessé. Elle persiste encore les jours suivants, sans que la fièvre menace de s'établir, mais cependant elle va en diminuant.
Le seizième jour, c'est-à-dire onze jours après la cessation de la fièvre, quand tout faisait espérer une issue heureuse, ce malade est pris brusquement, après une indisposition et un refroidissement, d'un violent frisson avec fièvre et point de côté ; la peuro-pneumonie était déclarée. La température s'est toujours montrée très élevée à partir de ce moment jusqu'à la mort; l'albumine n'a pas beaucoup augmenté, mais elle a continué à paraître dans les urines.
Ne devons-nous voir dans la pneumonie, à laquelle a succombé ce malade, qu'une pneumonie franche, ordinaire? Je ne le crois pas. Je suis plus disposé à admettre une rechute ou réversion, comme dit Jaccoud, survenue sous l'influence d'un écart de régime et de refroidissement, avec localisation immédiate du côté des poumons. Ne voyons-nous pas, en effet, l'albumine persister dans les urines jusqu'au quinzième jour ? N'est-ce pas la preuve que le sujet se trouvait encore sous l'influence de la maladie? Seulement, l'affection s'est localisée tout entière du côté des poumons, où il avait déjà existé de la congestion lors de la première atteinte. Nous aurons, en admettant cette opinion, l'explication de tout ce qui est arrivé.
L'albumine augmente et l'urée diminue jusqu'à la fin. La pneumonie a en outre tous les caractères d'une pneumonie infectieuse et ressemble à une pneumonie secondaire ou broncho-pneumonie qu'on observe souvent dans le cours des fièvre à symptômes typhiques.
Nous trouvons encore des preuves h l'appui de cette théorie
dans le liquide sanguinolent, dont la présence dans l'intestin est manifeste , l'absence d'urine dans la vessie, la diminution du sucre dans le sang 36 heures avant la mort, tous phénomènes qui ne se seraient pas produits si la pneumonie eût été franche.
Observation XXVI.
Fièvre bilieuse inflammatoire compliquée de broncho-pneumonie.
Belkassem-ben-Amar, transporté arabe, âgé de 38 ans; 4 ans de Guyane; entre à l'hôpital militaire de Cayenne, le 3 juin 4878.
Se trouve malade depuis deux ou trois jours; a éprouvé des frissons et la fièvre est restée continue, pas de sueurs, perte d'appétit, céphalalgie.
A son entrée, la peau est chaude et sèche; la céphalalgie intense; la langue blanche et sèche; douleur à la base de la poitrine, du côté droit. 1 ,200 gr. d'urine, par jour. T. 39,5 ; pouls à 90. Soir. T. 40,1 ; pouls à 1 00.
4 juin. Matin. T. 38,9; pouls à 88. La douleur persiste du côté droit de la poitrine. Matilé à ce niveau ; respiration soufflante à la partie supérieure, résonnance de la voix dans toute l'étendue du poumon. Haleine fétide. Prescription .'Bouillon, ipéca 1 gr. 50; potion : émétique 0,10 centig.,. sirop diacode 30 gr., potion : aconit et digitale. Quatre ventouses scarifiées. Soir. T. 39,4; pouls à 90. L'urine contient des traces d'albumine et donner 2b gr. 60 d'urée par litre.
5 juin. Matin. T. 38,9 ; pouls à 92. Vomissements jaunâtres avec l'ipéca; selles décolorées. Les urines sont rouges, 800 gr. Teinte subictérique de laface. Matité dans toute l'étendue des deux poumons. Râles crépitants à la base et frottement pleural; souffle tuber en haut et à droite, bronchophonie. Quelques filets de sang dans les crachats. Soir. T. !j9,4; pouls à 90.
6 juin. Matin. T. 38,5; pouls à 92. La teinte ictérique delà face s'accentue de plus en plus. 1,400 gr. d'urine; anneau blanchâtre coloré en rose audessus; urée, 29 gr. 77 par litre. Prescription : Huile de ricin 30 gr., infusion de pulpe de casse. Soir. T. 39,2; pouls à 60; respiration à 44.
7 juin. Matin. T. 37,6; pouls à 120; respiration à 50, grande agitation dans l'a nuit. Plaques violacées au genou gauche. 750 gr. d'urine depuis hier matin, donnant 32 gr. 33 d'urée par litre.
Décédé le 7 juin à 8 heures du matin. Autopsie faite ô heures après la mort.
Habitus extérieur. — Homme robuste; taille moyenne; faciès subicrique.
Abdomen.-- A l'ouverture de l'abdomen, teinte pâle du tissu cellulaire.
Les anses intestinales sont distendues; on voit sortir de la cavité de l'abdomen une certaine quantité de pus; les intestins sont rouges, arborisés. On trouve à la face postérieure de l'abdomen, le long de la colonne vertébrale dans le petit bassin, 4 00 à \ '60 gr. d'uu pus jaunâtre; pas d'adhérences péritonéales bien marquées.
Thorax. — A l'ouverture du thorax on aperçoit la iplèvre gauche couverte de petites ecchymoses inflammatoires ; la cavité pleurale contient environ 4 50 gr. de liquide. A droite, le poumon est adhérent et réuni à la plèvre pariétale par une épaisse couche fibrineuse. — On trouve 50 gr. de liquide dans le péricarde ; la surface supérieure du ventricule gauche est légèrement chagrinée.
Le poumon droit est complètement hépatisé et présente une teinte grise, mais il n'existe aucun point ramolli, ni aucune caverne. A la coupe, on voit de petits points blancs qui ressemblent au premier aspect à des tubercules ; mais en examinant plus attentivement, on remarque que ces points blanchâtres sont mous et dans certains points se continuent dans les bronches et forment des moules fibrineux.
Le poumon gauche est un peu congestionné, présentant à sa surface quelques traces de pleurésie fibrineuse.
Foie. — Le foie est volumineux et pèse 2,100 gr., sa face supérieure est adhérente au diaphragme.
Rate. — La rate pèse 405 gr., flasque et fibreuse.
Estomac. — L'estomac contient une certaine quantité de liquide gris, floconneux; la muqueuse est molle, présente des arborisations.
L'intestin grêle présente aussi quelques arborisations; un point présente des traces de sang.
La vessie est vide et ratatinée.
On peut encore facilement deviner une cause générale dans le développement de tous ces phénomènes; la présence du pus dans l'abdomen, les arborisations et les traces de sang que présente l'intestin grêle, tout le prouve.
La disposition de ces moules fibrineux se continuant dans les bronches, nous a rappelé, comme description, la pneumonie massive de M. Grancher.
On doit comprendre que, si cette maladie provoque des désordres sur des poumons sains, elle en déterminera à plus forte raison sur des poumons présentant déjà des tubercules; nous nous contenterons de dire qu'elle hâte la tuberculisation.
4° Le cœur, qui lui aussi subit souvent des altérations dans le cours de la fièvre inflammatoire, peut être le piège d'un pro-
cessus inflammatoire qui amène de graves complications, i D'abord le cœur est faible et la vitesse de la circulation est ralentie; il peut y avoir des syncopes. L'endocarde peut être le siège du processus, mais c'est surtout sur le péricarde qu'il porte le plus souvent toute son action. La péricardite est donc assez fréquente.
Observation XXVII.
Fièvre bilieuse inflammatoire compliquée de péricardite.
Tiroumalé, transporté hindou, entre à l'hôpital du Maroni, le 21 décembre 1877.
Il est malade depuis plusieurs jours ; il a craché un peu de sang ; les conjonctives sont très jaunes; les urines contiennent un peu d'albumine. — Dans les premiers jours (on ne pouvait constater qu'un état général qu'on ne savait trop à quoi attribuer; les poumons et le cœur ne présentaient riem de particulier ; la fièvre était modérée; il faisait ^parfois des efforts de vomissements et crachait un peu de sang. La constipation était opiniâtre.
Le 26 décembre, la dyspnée se manifeste.
Le 29, elle augmente d'intensité. Rien à la percussion, ni à l'auscul-tution du coté des poumons ; pas de toux, pas de crachats.
Le malade se plaint d'une douleur très vive à la région épigastrique. A la percussion de la région précordiale on constate de la matité s'étendant en hauteur du 2e espace intercostal gauche jusqu'à l'appendice typhoïde, en largeur du bord gauche du sternum jusqu'à la ligne mamelonnaire ; en haut et en bai elle semble s'étendre de l'appendice xyphoïde à la ligne axillaire. La percussion est des plus douloureuses.
A l'auscultation, les bruits du cœur sont éloignés, confondus et rappellent le bruit de galop. Pas de frottement sensible à l'oreille ou à la main. Le pouls est petit.
Les urines sont jaunes, albumineuses et contiennent 27 gr. 36 d'urée par litre.
Le même état se continue jusqu'au 30 décembre. L'oppression augmente ; nausées; inappétence; constipation; insommie. Les urines contiennent toujours de l'albumine et donne 45 gr. 96 d'urée par litre.
Les 1e' 2 et 3 janvier 1878, même état. La matité précordiale augmente. On n'entend plus les bruits du cœur. Mort par syncope le 5 janvier 1878, à trois heures du matin.
Autopsie faite 5 heures après la mort.
Habitus extérieur. — Taille petite ; homme bien constitué.
Abdomen. — A l'ouverture de l'abdomen, il s'échappe environ 4 à 5 litres de liquide citrin ; le grand épiploou est ratatiné et refoulé en haut. Les intestins sont pales; les veines mésentériques sont gorgées de sang.
Estomac. — L'estomac est ratatiné et ne contient pas de liquide. La muqueuse est recouverte d'un mucus sanglant. On constate aussi la présence de quelques petites ulcérations rondes ou ovalaires.
Intestins. — L'intestin grêle présente des traces de légères hémorrhagies. Tout le long de l'intestin, on rencontre du mucus coloré en rouge clair et et là de véritables petits caillots.
Dans le gros intestin, on trouve les mômes altérations.
Foie. - Le foie est volumineux et pèse 1920 gr. ; il présente l'aspect muscade, blanc et brun.
Rate. — Grosse, fibreuse, pèse 860 gr.
Reins. — Le rein droit pèse 4 60 gr. et son tissu est fortement congestionné. Le rein gauche est plus volumineux et pèse 210 gr. Outre la congestion qui existe au même degré que dans le rein droit, on trouve au niveau de la portion épanouie d'une des pyramides empiétant sur la colonne de Bertin correspondante et sur la substance corticale, un petit kyste séreux parfaitement sphérique et offrant 0,04 5 mil. de diamètre.
La vessie est vide et ratatinée contre le pubis; pas une goutte d'urine. Thorax. — Le sternum et les cartillages costaux enlevés, on aperçoit le péricarde distendu et faisant saillie, tandis que les poumons sont ratatinés, presque collés contre la colonne vertébrale et nageant dans le liquide jaune citrin d'un hydrothorax double.
On constate de plus à droite, quelques adhérences pleurales anciennes. A gauche, la plèvre est libre d'adhérences avec la paroi thoracique, mais les deux feuillets pleuraux sont fortement adhérents au niveau du péricarde ; de plus il existe à la partie antéro-inférieure du lobe inférieur gauche un petit point d'hépatisation rouge. Le reste du tissu pulmonaire est sRin, peu crépitant, mais flotte encore très bien.
Cœur. — Notons d'abord, en dehors du péricarde, dans l'angle dièdre formé en avant par le péricarde et le diaphragme, une masse indurée criant légèrement sous le scalpel et d'aspect glandulaire à la coupe. Adhérente au péricarde et au diaphragme, elle semble située dans le tissu cellulaire et n'intéresse aucunement le péricarde ni la muscle.
Le péricarde incisé contient environ 4 00 gr. d'un liquide jaune et trouble, purulent. Les deux feuillets péricardiques sont le siège de végétations énormes, d'aspect jaunâtre, molles et flottant dans le liquide. En avant, les deux feuillets n'ont point contracté d'adhérences, mais en arrière et surtout au niveau delà pointe du cœur, les adhérences sont nombreuses et fortes.
Les orifices tant vasculaires qu'auriculo-ventrieulaires sont intacts. L'endocarde est normal; le tissu musculaire esi mou, flasque et décoloré.
Les oreillettes contiennent quelques petits caillots noirs, mais les cavités ventriculaires sont vides.
Nous voyons donc le processus inflammatoire se porter tout , spécialement sur le péricarde, mais ce n'est là qu'une coïncidence et une complication. La cause morbide existait bien avant que le péricarde ne soit atteint, et il est bien difficile, dans certains cas, quand on n'est pas en garde contre ces complications possibles, de savoir ce qui vase passer. Il faut noter la présence: de caillots sanguins dans l'intestin, d'un liquide citrin dans le? péritoine, l'aspect muscade du foie. En voilà assez pour établirr la preuve d'une cause plus générale que la péricardite. Pour nous, c'est encore une péricardite de nature infectieuse.
Complications abdominales.
Le tube digestif peut être le siège de complications et nous< allons en signaler d'intéressantes.
1° La bouche peut d'abord présenter certains symptômess plus accusés que d'habitude ; il semble même que la maladie porte là toute son action sous forme de stomatite. C'est surtout; dans les cas de récidives que s'observent ces localisations particulières. Nous allons en donner un exemple en quelques mots- Un transporté Européen, nommé Séguier, peintre, était: employé à badigeonner les différents locaux du pénitencier dui Maroni, que je désinfectais, par suite de cas defièvre jaune que je venais d'observer. Il fut pris brusquement de petits frissons, de céphalalgie et de courbature générale. Il est traité à l'infirmerie, sans succès, par la quinine; quelques jours après, il entre à l'hôpital. La face est jaune, les yeux sont injectés; la langue est sale et tremblotante. Il éprouve beaucoup de difficulté à avaler, même la salive. On ne remarque aucune tuméfaction desamygdales ; il existe du gonflement des ganglions sous-maxillaires, de l'herpès labialis.
Le second jour de son entrée, il se plaint d'une forte douleur épigastrique, l'haleine est fétide ; les conjonctives sont jaunes ; il crache un peu de sang.
Le troisième jour, il se produit un léger gonflement de la;
joue droite; on remarque une rougeur du voile du palais, des amygdales, du pharynx, et des ulcérations de la bouche ; le mal de reins persiste.
La fièvre est continue pendant ces trois jours ; elle descend ensuite graduellement et n'arrive au chiffre 37 que cinq jours après son entrée à l'hôpital. A ce moment la salivation est très abondante; les ganglions diminuent, les urines restent jaunes.
Les urines, qui au commencement étaient abondantes et contenaient une assez grande quantité d'urée, ont présenté un peu d'albumine ; vers le dix-septième jour, on notait à ce moment un dépôt très abondant de phosphates (réaction par la potasse). Ce dépôt n'a duré qu'un jour; les urines ont présenté les jours suivants, avec l'acide azotique, un anneau rougeâtre surmonté d'un nuage bleu; l'urée était tombée au chiffre de 8 gr, par litre.
Ce malade a couru de grands dangers et m'a beaucoup inquiété. Il est quelquefois difficile de rendre compte, par une simple description, delà gravité des symptômes.
2° L'estomac est souvent le siège principal des complications, comme il est aussi le plus souvent le siège des lésions propres à la maladie; l'hypérémie et les ecchymoses.
Les complications les plus fréquentes qui se manifestent du côté de cet organe sont les hémorrhagies et les tumeurs^inflammatoires arrivant quelquefois à la gangrène.
Leshémorrhagies sont assez faciles à expliquerjpar l'état hypérémique à peu près constant de la muqueuse. Il suffit souvent d'ulcère simple de l'estomac ou même d'une simple ulcération ou peut-être encore d'une simple prédisposition, pour qu'une hémorrhagie souvent très inquiétante se manifeste par l'estomac après quelques jours de fièvre. J'en connais plusieurs exemples.
J'ai vu un surveillant militaire pris subitement d'un grand mal de tête avec douleurs dans les genoux et les reins, de l'agitation et de l'insomnie avec fièvre pendant trois jours. Pendant ces trois premiers jours de fièvre, les vomissements étaient alimentaires. Le quatrième jour, il cracha un peu de sang, et le soir il présenta des vomissements très abondants de sang peu rutilant, mélangé de parties floconneuses noirâtres ; les selles étaient noires et composées de sang.
Avec une simple potion morphinée et du lait pour boisson,
les vomissements de sang se sont arrêtés. lia continué les jours suivants à présenter des nausées sans vomissements. Les yeui étaient jaunes; les urines présentaient un anneau coloré surmonté d'un nuage blanchâtre. Tout s'est dissipé au bout de de quelques jours, mais en laissant une grande faiblesse.
Ces hémorrhagies surviennent quelquefois sans cause appréciable, après quelques jours de fièvre,avec une fréquence telle à la Guyane qu'elles m'ont toujours beaucoup frappé. Si je n'avais vu que les cas que je -viens de rapporter, je ne m'en serais pas beaucoup occupé et je n'aurais pas songé à en tirer parti.
Mais il est bien commun de voir des personnes bien portantes, fort peu anémiées, présenter des pertes de sang abondantes, quelquefois par l'estomac, d'autres fois par l'utérus. C'est surtout chez les femmes enceintes que l'on remarque ces accidents qui surviennent quelquefois d'une manière épidémique, après un peu de fièvre, et qui souvent occasionnent l'avortement.
Je me suis demandé si elles ne tenaient pas à l'état particulier du sang, sous l'influence de la cause qui donne naissance à la fièvre inflammatoire. J'ai bien des raisons qui corroborent cette opinion.
Les lésions les plus intéressantes que j'ai rencontrées à la suite de complications survenues du côté de l'estomac, sont celles que j'ai trouvées dans une autopsie faite avec le Dr Hache au Maroni, sur uu transporté Européen.
Ces altérations me paraissent si importantes que j'ai cru devoir joindre à l'observation une planche pouvant en donner l'idée. Le croquis a été pris d'une manière très habile et très exacte par M. Lalande, chef du service pharmaceutique au Maroni, que je remercie encore unefoisdeson concours tout dévoué. Le dessin original a été fait par un parent et ami, peintre distingué, M. Ernest Lessieux, de Rochefort, à qui j'adresse ici tous mes remerciements. Je me suis efforcé, en un mot, de mettre sous le? yeux du lecteur le fidèle portrait des lésions que nous avons observées au Maroni et que nous avons vues se développer en moins de trois jours.