‹ De la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la GuyaneChapitre 31 sur 57 · INTESTIN · texte numérisé non relu

INTESTIN

hap.liecipmt. Pana

Observation XXVIll.

fifore inflammatoire compliquée de tumeurs gangreneuses dans V estomac et l'intestin, avec œdème dur de la face.

Carlolti, transporté européen; 43 ans de Guyane; n'a jamais fait de maladie grave.

Le 4 4 octobre 4 877, vers 3 heures du matin, a été pris brusquement d'un accès de fièvre ; céphalalgie, vomissements bilieux.

Le 4 5 octobre entre à l'hôpital de Saint-Laurent du Maroni. L'œil droit est injecté ; la glande lacrymale semble se tuméfier ; il y a chémosis externe, à tel point qu'on pense tout d'abord à une dacryoadénite. Prescription : chocolat, quart, demie de vin, vineuse ; potion, extrait de quinquina ; sulfate de magnésie, 40 gr.; 40 sangsues. 8 heures du soir. T. 38. Les sangsues ont très peu saigné. Il existe du gonflement de la face. Aucune trace de piqûre.

46 octobre. 8 heures du matin. T. 40,2. Prescription : chocolat, trois quarts de vin ; potion : quinine, 4 gr.; sirop diacode, 30 gr.; potion : acconit et digitale ; sulfate de magnésie, 30 gr. 4 heures du soir. T. 40. N'accuse aucune douleur ; quelques envies de vomir. 8 heures du soir. T. 40,4.

47 octobre. 8 heures du matin. T. 39,6. A eu des vomissements opiniâtres; grande agitation. 4 heures du soir. T. 40.

18 octobre. 8 heures du matin. T. 39,6 L'œdème de la face se limite ; le côté gauche se dégage. Douleur à l'épigastre. Anneau albumineux dans les urines. Prescription : chocolat, quart à volonté, albumineuse, potion : aconit et digitale; potion à l'extrait de quinquina; sirop de morphine, 30 gr.; cataplasme sur le ventre. 4 heures du soir. T. 38,5. Le pouls est impossible à compter. La respiration est assez régulière à 24. A eu une syncope toute la journée. Peau froide. Les vomissements continuent; selles abondantes dans la journée. L'œil, du côté gauche, est très injecté et coloré en jaune. Un peu de hoquet; soubresauts; grandes inspirations.

Décédé le 4 9 octobre 4 877, à 4 heures du malin.

Autopsie faite 5 heures après la mort.

Habitus extérieur. — Homme robuste; teinte normale des téguments ; la face est jaune ainsi que les conjonctives. Plaque gangrénée à la paupière supérieure droite, léger œdème de la joue du môme côté; glande lacrymale dure et augmentée de volume.

Abdomen. — A l'ouverture du cadavre, il s'écoule un peu de liquide légèrement louche. Le grand épiploon recouvre les anses intestinales et est fortement hypérémié.

3f)ô CHAPITRE VII.

L'aspect de l'intestin grêle offre çà et là des portions dilatées en ampoules et d'une coloration violacée.

Estomac. — L'estomac incisé renferme environ 300 gr. d'un liquide incolore. La muqueuse est parsemée de tumeurs variables de forme et de volume; les plus grosses ont presque 0,04 cent, de diamètre. Les tumeurs sont aplaties, molles, et ne semblent point comprendre la totalité des tuniques. Lavées, leur surface d'un rouge-violacé est formée d'une aggloméralion de petites ecchymoses en tout semblables à une plaque gangréneuse. Le reste de la muqueuse est complètement sain et nullement hypérémié.

A l'examenàTceilnu des préparations, on remarque que sur les parties un peu altérées la celluleuse est bour soufflée, et que sur les parties plus altérées la muqueuse est déchirée. M. le Dr Hache, examinant les pièces au i microscope, constate que la muqueuse est dépourvue d'épithélium ; les i capillaires sont dilatés et déchirés. Les cellules des glandes sont en dégé- • nérescence graisseuse. Dans la celluleuse, on remarque une prolifération i cellulaire et un épanchement albumineux ; les vaisseaux se sont rompus ; ; il y a des endroits hémorrhagiques. A un plus fort grossissement, on remarque, au milieu des globules sanguins, des bâtonnets de 2 millimètres i de longueur, ressemblant à des bactéries. On remarque beaucoup de cel- • Iules embryonnaires. La musculeuse est saine ; la tunique séreuse est un | peu enflammée.

Intestin. — L'intestin ouvert dans toute sa longueur présente des altéra- • tions identiques, mais seulement aux endroits distendus; ailleurs, la mu- i queuse est normale.

Partout où existent ces espèces de tumeurs, les parois sont fortement i épaissies et le péritoine est enflammé. Au niveau du cœcum et du côlon ascendant, il existe un énorme épanchement gélatiniforme dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal. Cet épanchement semble dû aux nombreuses , tumeurs développées dans le cœcum et le côlon ascendant. Une coupe faite • à travers ces tumeurs permet de constater que la paroi musculaire est , intacte; la muqueuse semble être le siège de très nombreuses ecchymoses, tandis que la celluleuse est le siège d'un œdème énorme qui cause l'augmentation des parois et donne lieu à la tuméfaction de la muqueuse.

Les ganglions mésentériques sont volumineux; à la coupe, ils sont rougeâtres.

Foie. — Le foie pèse 1,450 gr. et est normal, couleur muscade. Rate. — Poids : 450 gr.; ferme, un peu fibreuse. Reins. Poids : 320 gr. Normaux.

La vessie est vide et ratatinée. Le peu d'urine qu'elle contient, 50 gr. environ, est jaune et trouble, contient de l'albumine et urée 5 gr. 40 par litre.

Rien à noter dans le thorax.

Remarquons ici que la fièvre a précédé les phénomènes locaux. Ce qui dominait au début, c'était la tuméfaction de la glande lacrymale et ensuite le gonflement œdémateux de la face. Cet homme avait bien eu, au moment de l'invasion, des vomissements bilieux , mais pendant les deux premiers jours de la maladie, il supportait facilement les aliments. Il était employé comme domestique chez le commissaire. Il n'avait eu aucun rapport ni avec les bouviers, ni avec les bouchers de l'établissement. Au point de vue de la nourriture qu'il avait pu prendre, il a été impossible de rien découvrir. Il est vrai qu'il existait à ce moment, au vent du pénitencier, des barriques de peaux de bœufs mal conservées et entassées les unes sur les autres, depuis plus de quatre ans que le Maroni subissait une influence épidémique.

A cause de la présence des bactéries, sous forme de bâtonnets paraissant immobiles, il était permis de croire à la fièvre charbonneuse. Cette idée était parfaitement soutenable et s'accordait avec les faits. Depuis mon arrivée au Maroni, j'observais plusieurs cas d'œdème de la face suivis de gangrène, que je ne savais à quoi attribuer. On invoquait toujours les piqûres, mais on ne voyait jamais l'insecte.

Il y avait peu de jours encore, j'avais reçu un homme de Saint-Maurice avec un œdème dur de la face, suivi de gangrène. Le mal avait débuté brusquement la nuit; il avait éprouvé une légère cuisson à la joue. La fièvre avait duré trois jours, et ce n'est qu'après la fièvre passée que la joue s'est œdématiée, en présentant une phlyctène et des plaques noires.

Il ne m'appartient point de discuter, à cette place, la spontanéité du charbon ou de la fièvre charbonneuse, et je ne veux point me lancer dans des conjectures hasardeuses. Si je m'appesantis, en passant, sur cette cause possible de maladie, c'est que l'affection, en face de laquelle nous nous trouvions placé, n'était pas bien nette dans mon esprit, et aussi à cause de la présence des bactéries qu'on avait constatées.

Cependant, en étudiant plus à fond la question, et surtout en groupant les unes à côté des autres les observations qui vont suivre, et qui ont été recueillies à peu de temps d'intervalle, je pense n'avoir eu affaire qu'à une seule et même affection, de nature infectieuse; la fièvre inflammatoire ayant produit des

lésions différentes, seulement comme étendue et comme siège. Quant à la présence des bactéries, nous nous expliquerons un peu plus loin, quand nous discuterons la nature de la maladie qui nous occupe. Nous comprenons les objections auxquelles peut donner lieu la présence de corpuscules organisés en forme de bâtonnets que le Dr Hache a remarqués dans les préparations. Cependant on doit en tenir compte dans une certaine mesure. Du reste, quand on n'est pas habitué à la recherche d'organismes microscopiques, il est. facile de se tromper dans les appellations. Notre vibrion peut aussi bien se rapprocher de la bactéridie que du \ibrion septique de Pasteur. Une culture seule nous eût éclairé.

Ce que nous voulons bien établir, c'est que les lésions stomacales paraissent sous la dépendance d'un état général, puisque la face a été primitivement le siège de l'affection et que les vomissements ne se sont prononcés que la veille de la mort. Du reste, l'étude microscopique des lésions nous montre que la celluleuse se boursoulfle considérablement avant que la muqueuse ne soit atteinte. L'œdème inflammatoire se montre primitivement dans les couches sous-muqueuses et la muqueuse ne se détruit que par le fait de la compression du dedans au dehors. La même lésion existe dans l'intestin et on est bien forcé d'admettre une cause générale pour expliquer ces manifestations *ur divers points du tube digestif.

3° Les intestins peuvent aussi être le siège de complications.

D'abord, il n'est pas rare d'observer, à la suite de la fièvre inflammatoire, de véritables diarrhées bilieuses, qui tiennent plutôt à l'état général du malade qu'à une cause locale.

Les selles, dans certains cas assez rares, sont de telle nature, que l'on peut croire à des symptômes cholériformes. Du reste, le fait n'est pas nouveau, et M. Ballot, en 1857, à la Martinique, observait des cas de fièvre jaune où tous les caractères du choléra existaient chez les malades, sauf les selles riziformes.

Dans le troisième trimestre 1868, aux Iles du Salut, on signalait des cas de fièvre bilieuse, avec épistaxis et purpura généralisé. Deux de ces cas ont présenté des symptômes d'entérite cholériforme, avec algidité , affaiblissement du pouls, yeux exeavés et nez effilé, crampes, déjections bilieuses, infectes et même riziformes.

MARCHE. — DURÉE. — ThMMlwAlaoNS. — COMPLICATIONS. 353

Au Maroni, on signale en 1869 une petite épidémie simulant assez bien un choléra léger. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la maladie a pris naissance dans les salles mêmes de l'hôpital ; le premier homme atteint était en traitement pour une pustule maligne. Chez un malade, la réaction a été très prononcée, avec symptômes congestifs, fièvre, délire et otalgie violente.

J'ai vu quelques cas de ce genre.

On observe souvent des dysentéries et un état typhoïde.

Cet état typhoïde a beaucoup préoccupé certains observateurs à un point tel, qu'ils appelaient la maladie du nom de fièvre typhoïde. C'est un état insidieux, malin, qui survient parlefait même de l'altération du sang et des organes, souvent sans localisation appréciable, quelquefois avec quelques lésions du côté de l'intestin ; mais ces lésions n'ont rien de fixe, de permanent, de caractéristique.

Observation XXIX.

Fièvre inflammatoire compliquée d'accidents typhoïdes.

Contât, soldat d'infanterie de marine, 32 mois de Guyane, se trouve en garnison au Maroni depuis le mois d'avril 1877.

Au mois de mai avait, été atteint de fièvre continue pendant 3 jours, avec symptômes assez graves, et fait 20 jours d'hôpital.

Le 23 août, a été pris, vers 10 heures du matin, de céphalalgie avec malaise général. Le 24, a éprouvé une légère douleur épigastrique avec brisement des membres. Entre à l'hôpital le 25. Matin. T. 40. Pouls à 100. Soir. T. 39,8. 26 matin. T. 37,4. Soir. T. 37.2.

Sort le 10 septembre de l'hôpital.

Le 19 octobre 1877, se trouvant aux Hattes, à l'embouchure du Maroni, où il avait été envoyé en détachement, il fut pris subitement, après déjeuner, de céphalalgie, douleurs de reins et de jambes; pas de nausées ni de vomissements, n'a pas dormi dans la nuit.

Le 20, a pris 20 gr. de sulfate de magnésie et de la quinine. Dans la journée, il ne sentait pas la fièvre très forte, mais n'a pas pu manger; les jambes ne pouvaient le porter; grande faiblesse.

Le 21, a éprouvé en se levant un très grand mal de tête ; douleurs dans les reins et les jambes. Se trouvant privé de tout secours médical, il se fait transporter à l'hôpital de Saint-Laurent. A son entrée, le faciès est rouge, anime. Agitation ; un peu d'oppression, n'a pas transpiré depuis qu'il est Iliade, se plaint d'un fort mal de reins; épigaslralgie, douleurs dans les deux hypochondres; nausées. Les yeux sont injectés et légèrement jaunes, les pnp,lle8 dilatées; soi! vive; bouche sèche ; peau chaude et sèche. 4 heu-

res du soir. T. 40,2 ; pouls à 100, respiration à 40. Prescription : bouillon, lait; albumineuse; potion : extrait de quinquina 2 gr., noix vomique 10 gouttes; lavement huileux; 6 ventouses; potion : aconit et digitale. 8 heures du soir. T, 40,8. Minuit. 39,8.

22 octobre. 4 heures du matin. T- 37,8. 8 heures du matin. T. 37,6; pouls à 76. La figure est plus calme, les yeux sont légèrement jaunes, la langue est un peu sale; se plaint encore de mal dans les reins. Urines rouges, 400 gr. environ depuis hier au soir; pas d'albumine. Sulfate de magnésie, 30 gr. Midi. T. 37. 4 heures du soir. T. 37 ; pouls à 60. Le mal de reins a disparu; peau très fraîche; conjonctives jaunes. 4 selles avec le purgatif. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.

23 octobre. 4 heures du matin. T. 37. 8 heures du matin. T. 36,8; pouls à 56. La figure est reposée, les yeux sont toujours jaunes; urines asseï abondantes. Midi. T. 37. 4 heures du soir. T. 37; pouls à 64. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.

24 octobre. 4 heures du matin. T. 36,8. 8 heures du matin. T. 36,8 ; pouls à 68. Aucune douleur, pas d'appétit, pas de selles. Urines peu abondantes. Midi. T. 37. 4 heures du soir. T. 37; pouls à 68. Le faciès est jaunâtre, les pupilles dilatées ; langue blanchâtre, 3 selles abondantes. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. 37.

25 octobre. 4 heures du matin. T. 36,8. 8 heures du matin. T. 37 ; pouls à 90. Les urines sont toujours peu abondantes et rouges. Midi. T. 37. 4 heures du soir. T. 37,4» 8. heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.

26 octobre. 4 heures du matin. T. 36,8. 8 heures du matin. T. 37,4 ; pouls à 80. Demande à manger. Aucune douleur. Les urines examinées hier soir ne contenaient pas d'albumine et donnaient 1 4 gr. 80 d'urée par litre; un litre d'urine environ par 24 heures. Midi. T. 37,2. 4 heures du soir. T. 37,2 ; pouls à 56. 8 heures du soir. T. 37,6, Minuit. T. 37,4.

27 octobre. 4 heures du matin. T. 37,2. 8 heures du matin. T. 37,2; pouls à 90. La teinte jaune des conjonctives persiste. Midi. T. 37. 4 heures du soir. 37,4. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.

28 octobre. 4 heures du malin. T. 37,2. 8 heures du matin. T. 37; pouls à 80. Les urines sont jaunes; 1,500 gr. environ. Midi. T. 37,4. 4 heures du soir. T. 37 ; pouls à 72. 8 heures du soir. T. 37. Minuit. T. 37.

29 octobre. 4 heures du matin. T. 37. 8 heures du matin. T. 37 ; pouls à 84. 4 heures du soir. T. 37.

30 octobre. 8 heures du malin. T. 37. 4 heures du soir. T. 37.

31 octobre. 8 heures du matin. T. 37,4 ; pouls à 90. 4 heures du soir. T. 37,2.

1« novembre. 8 heures du matin. T. 37. 4 heures du soir. T. 37,4. 2 novembre. 8 heures du malin. T. 37. ; pouls à 90. 8 heures du soir, î. 37,2; ) Ouls à 76.

Sort de l'hôpital le 4 novembre.

Après sa sortie de l'hôpital l'appétit a disparu. Constipation opiniâtre. Le 6, à midi, étant à la caserne, a éprouvé des frissons suivis de transpiration.

Le 7, il a pris un purgatif et de la quinine à l'infirmerie; se sentait toujours fatigué; mal à la tête et aux reins; quelques vomissements; peu d'appétit.

Le 8 au matin a pris de la quinine. Vers 11 heures, frissons assez violents. Mal aux reins et à la tête. Douche sur la nuque.

Le 9, se sentait très fatigué ; grand mal aux reins et dans les jambes; n'a éprouvé ni frisson, ni chaleur, et ne pouvait se tenir debout.

Le 10, la fatigue générale s'accentue; ni frisson, ni chaleur, ni transpiration. Se plaint de douleurs dans les jambes, les hypochondres, à l'estomac, à la tête. Purgatif et quinine, 0,75 cent.

Le 11, même état. Douleurs généralisées; quinine.

Le 12 novembre, entre de nouveau à l'hôpital. Accuse un violent mal de reins. Fatigue très grande. Douleurs aux épaules et à l'épigastre. Langue sale; pas de vomissements. Urines rares. 8 heures du matin. T. 40; pouls à 96. Midi. T. 40,2.

4 heures du soir. T. 40,6; pouls à 100. Un peu d'agitation. Douleur très forte à l'épigastre. Les urines contiennent un anneau albumineux et 24 gr. 30 d'urée par litre. 8 heures du soir. T. 40. Minuit. T. 40.

13 novembre. 4 heures du matin. T.40. 8 heures du matin. T. 39,4; pouls à 1 00, respiration à 28. Pas de sommeil; rêves pénibles. Oppression. La douleur à l'estomac est moins forte. Douleur entre les deui épaules ; pas de toux. Douleur dans les deux hypochondres et le bas-ventre. Le mal de reins est moins fort. Langue sale et sèche; conjonctives jaunes; pupilles dilatées. 600 gr. d'urine depuis hier au soir; anneau albumineux coloré Midi. T. 39,6.

4 heures du soir. T. 40; pouls à 92, respiration à 36. Le faciès est rouge. La langue est rouge; l'épigastre n'est plus douloureux à la pression. Les douleurs des épaules ont diminué. Peau chaude et sèche. Selles fréquentes, jaunâtres et fétides. Les urines contiennent de l'albumine et urée 17 gr. 50 par litre. 8 heures du soir. T. 39,8. Minuit. T. 39,6.

14 novembre. 4 heures du matin. T. 39. 8 heures du matin. T. 39 8 • pouls à 80, respiration à 28. Le faciès est an peu reposé; les conjonctives sont jaunes. Langue sale et rouge ; liseré gingival blanchâtre. Pas de douleur à l'épigastre; un peu de doaleur dans la fosse iliaque droite pas de gargouillements. Douleur de peins. Urines 700 gr. Prescription : albumineuse, décoction de quinquina 200 gr.; potion : aconit et digitale ; lavement: décoction de quinquina 160 gr., quinine 1 gr., acide phénique * gouttes. ^

Midi. T. 39,4. 4 heures du soir. T. 39; pouls à 84, respiration à 28. Le îacies et les conjonctives sont plus pâles. La langue est rouge et sèche,

bouche pâteuse, soif vive. Pas de sommeil. 8 heures du soir. T. 39. Minuit. T. 39,8.

15 novembre, 8 heures du malin. T. 38,8. 8 heures du matin. T. 38,8; pouls à 84, respiration à 32. Rôves pénibles et agitation. La langue se fendille au centre, très rouge sur les bords et très sèche. 800 gr. d'urine ; pas d'albumine. Midi. T. 39,4. 4 heures du soir. T. 40; pouls à 84, respiration à 32. Douleurs dans les reins, les jambes et aux épaules. Agitation et oppression. Ce soir, il existe un peu d'albumine dans les urines. 4 heures du soir. T. 40,2. 8 heures du soir. T. 39,2. Minuit. T. 39,2.

16 novembre. 4 heures du matin. T. 38,8. 8 heures du matin. T. 39; pouls à 84, respiration à 28. Accuse un peu de mieux. Faciès pâle. Langue sale et rouge sur les bords. 10 selles peu abondantes dans la nuit; 700 gr. d'urine. Midi. T. 39,8. 4 heures du soir. T. 39 ; pouls à 84, respiration à 32. 8 heures du soir. T. 39. Minuit. T. 39,4.

17 novembre. 4 heures du matin. T. 38,8. 8 heures du matin. T. 39,4 ; pouls à 80, respiration à 28. Grande agitation. Insomnie complète. Langue tremblotante, rouge sur les bords. Grandes inspirations. Les selles sont grises, fétides. Urines, 800 gr. ; traces d'albumine. Urée, 24 gr. 30 par litre. Prescription : ut suprà; manne, 30 gr.

Midi. T. 39,4. 4 heures du soir. T. 39; pouls à 84, respiration à 24. Dysphagie. Brûlure à la gorge. 8 heures du soir. T. 39,4. Minuit. T. 39,8.

18 novembre. 4 heures du matin. T. 39.4. 8 heures du matin. T. 39,2 ; pouls à 92. Langue sèche, saignante, fendillée. Se plaint de mal à la gorge et à la langue. Douleur dans le bas-ventre. Urines, 800 gr. ; anneau albumineux. Midi. T. 40, 6. 4 heures du soir. T. 40,8; pouls à 120, respiration à 32. Le faciès est pâle. La langue saigne. La peau est chaude et un peu moite. Les selles sont jaunes, liquides et très fétides. 8 heures du soir. T. 40,6. Minuit. T. 40,4.

19 septembre. 4 heures du malin. T. 40,2. 8 heures du malin. T. 40,2; pouls à 1 20; respiration à 28. A eu le délire toute la nuit. Oppression. La langue est sèche, rôtie, fendillée, saignante ; gencives fuligineuses ; le bas-ventre est douloureux. Urines, 7 00 gr.; anneau albumineux très marqué ; urée 1 6 gr. 1 0 par litre. Midi. T. 40,4. 2 heures du soir. T. 41.4. 4 heures du soir. T. 41,8; pouls petit, filiforme. Respiration très accélérée. La peau du corps est brûlante, les extrémités froides. Ce matin, perte complète de connaissance, soubresauts, carphologie. Mort à 6 heures du soir, le 19 novembre 1877. T. 42, au moment de la mort. T. 4u, une demi-heure après la mort.

Reste à 37 un quart d'heure et descend ensuite graduellement. Autopsie faite 1 2 heures après la mort.

Habitus extérieur. — Homme robuste; teinte pâle générale; légèreteinte jaune des conjonctives et de la face.

Abdomen. — A l'ouverture du cadavre, on constate la teinte normale du tissu conjonctif sous-cutané. L'abdomen incisé laisse s'écouler une certaine quantité de liquide louche. Le grand épiploon et le mésentère sont le siège d'une péritonite aiguë généralisée. Les intestins sont légèrement accolés par de récentes fausses membranes et le petit bassin ainsi que les flancs contiennent du liquide louche et purulent. La face externe de l'intestin est rouge-vif; les vaisseaux de la séreuse sont parfaitement injectés; cette hypérémie est surtout prononcée au niveau de la troisième portion de l'intestin grêle. A cet endroit d'ailleurs on remarque dans la fosse iliaque droite au-dessus du cœcum une série de points qui semblent manifestement hypérémiés ; l'un d'eux offre un orifice de la grosseur d'une tête d'épingle et on voit sourdre par cet orifice de la matière fécale liquide.

Le cœcum et le gros intestin sont dilatés par des gaz.

La vessie contient très peu d'urine.

Estomac. — L'estomac renferme un peu de liquide incolore ; la muqueuse est presque entièrement saine, seulement au niveau du cardia, il existe trois plaques fortement arborisées et ecchymosées ; ces plaques sont irrégulièrement parcourues par de gros vaisseaux gorgés de sang noir et se divisent en branches de plus en plus petites pour aboutir en fin de compte à des ecchymoses de la grosseur d'une tête d'épingle. Ces lésions semblent exister dans la muqueuse; la celluleuse et la musculeuse paraissent normales.

Intestin grêle. — Le duodénum et le jéjunum offrent une surface interne recouverte de matières fétides colorées en jaune par de la bile lavée ; la muqueuse ne présente pas d'arborisations; la môme matière existe dans l'iléon, mais la muqueuse est loin d'être partout intacte. Dans les 30 derniers centimètres de l'intestin grôlc, on trouve des ulcérations plus ou moins profondes ; en général, elles sont taillées à pic, les bords sont nets mais irréguliers; tantôt elles semblent superficielles et on trouve au centre une partie gangrénée, parfois proéminente, en forme de champignon ; parfois elles comprennent les diverses tuniques intestinales; beaucoup d'entre elles s'étendent jusqu'à la musculeuse. Une ulcération se trouve à 0,20 cent, environ du cœcum; elle s'ouvre dans la cavité péritonéale, par un pertuis de la grosseur d'une tête d'épingle. Entre ces ulcérations, la muqueuse est pâle et non arboriséc.

Cœcum et gros intestin. — Le cœcum offre des altérations identiques à celles de l'iléon.

Le gros intestin contient des matières fécales très fétides; on ne trouve aucune ulcération et .la muqueuse est simplement arboriséc. Au niveau du colon transverse, il existe une petite tumeur noire, logée sous la sé-

reuse ; elle n'intéresse aucunement les tuniques intestinales ; grosse comme une lentille, son contenu est noir et mou.

Foie. — Le foie pèse 4650 gr.; il est pâle, un peu mou à la coupe, il paraît exangue; son tissu est flasque et ressemble à de la chair lavée. M. Lalande a recherché avec soin le sucre contenu dans le foie, il n'en a pas été trouvé un atome. Il y avait 0,50 centigr. d'urée pour 4600 gr. de foie.

Rate. — La rate pèse 500 gr. ; elle est molle, friable, légèrement en bouillie; sa coloration est rouge-sale.

Reins. — Les reins pèsent ensemble 350 gr. ; les deux substances sont assez distinctes ; la 'surface de la coupe est pâle ; le sang qui coule des veines est très peu coloré.

Thorax. — Rien de particulier dans le thorax.

Si nous analysons ce cas avec soin, nous voyons que ce militaire , ayant déjà trente-deux mois de Guyane, n'avait jamais été malade avant le mois de mai 1877, époque à laquelle il fut atteint probablement d'une fièvre inflammatoire, car il a fait vingt jours d'hôpital au Maroni en présentant une fièvre continue pendant trois jours, avec des symptômes très graves. Au mois d'août, il fait une seconde entrée à l'hôpital pour un léger accès de fièvre.

Au mois d'octobre il est envoyé en détachement aux Hattes. Dans ce poste, les soldats, confiés à la garde d'un caporal, sont moins surveillés qu'à Saint-Laurent et prennent moins soin de leur santé. Quelques jours après son arrivée dans ce poste, il est pris d'un accès de fièvre accompagné de mal de reins, de céphalalgie et de brisement des membres. Il prend de la quinine, se purge, et malgré tout cet état persiste; aussi il est bientôt renvoyé à l'hôpital Saint-Laurent du Maroni. Il faut dire que le mois précédent, un soldat, nommé Mauquier, avait été renvoyé des Hattes, où il avait été atteint, quelques jours seulement après son arrivée de Saint-Laurent, d'une lièvre intense avec épistaxis; cet homme, à peine arrivé à l'hôpital, mourut avec des symptômes de fièvre jaune.

Quant à Contât, qui fait le sujet de cette analyse, il ne présenta la fièvre que le premier et le second jour de son arrivée ; il parut se remettre assez bien et fut renvoyé à la caserne, où il perdit bientôt l'appétit, commit peut-être quelque imprudence et retourna mourir à l'hôpital en présentant un état typhoïde

des mieux marqués, avec péritonite consécutive à la perforation intestinale.

Ce cas mérite d'être observé et étudié avec soin, car il donne la clé d'une foule de maladies des pays chauds, si difficiles à classer, parce que trop souvent l'attention ne se porte que sur les symptômes terminaux.

Dirons-nous avec Amie que c'est une fièvre typhoïde, ou bien avec Dutrouleau qu'il n'y a pas de fièvre typhoïde dans les pays chauds ? C'est une question trop hérissée de difficultés pour qu'il me soit permis de l'aborder. Je me borne seulement à commenter le fait que j'ai observé.

Contât a succombé à un état typhoïde ; mais pour moi ce n'est que le syndrôme d'une maladie préexistante. J'ai déjà répété souvent et je le répéterai encore, car c'est le nœud de la question, que la fièvre inflammatoire tient le sujet pendant des mois entiers sous son influence, et que, par suite de circonstances fâcheuses, elle peut récidiver ou se compliquer. Les organes si longtemps impressionnés ont été impuissants à renouveler les éléments du sang. Le foie a une couleur de chair lavée et devait peu fonctionner. On a recherché le sucre qu'il pouvait contenir et on n'en a pas trouvé de traces. Il ne faut point trop s'en étonner puisque, d'après Claude Bernard, le sucre disparaît rapidement du sang au dedans des vaisseaux après la mort. Mais l'urée ne disparaît pas, et c'est à peine si l'on en trouve 0,50 centigr. pour 1,600 gr. de foie. Mais si les rénovations sont moindres, les décompositions sont proportionnellement plus grandes; les matières provenant des décompositions irritent la muqueuse intestinale, en déterminant de l'hypérémie et des ulcérations qui ne siègent point sur les plaques de Peyer, mais au hasard sur la muqueuse.

4. La dysentérie, qui complique aussi assez souvent la fièvre inflammatoire, est parfois assez bénigne, mais dans certains cas elle présente des caractères de gravité exceptionnels.

Observation XXX.

Fièvre inflammatoire compliquée de dysenterie gangréneuse.

Noei-Hubert, transporté Européen, 12 ans de Guyane. Dit avoir eu la fièvre jaune en 1868, aux Iles-du-Salut.

Entre une première t'ois à l'hôpital de Saint-Laurent du Maroni, le 6 septembre 1877. Il a été peu observé à ce séjour, mais en compulsant les feuilles de clinique, on voit qu'il .était atteint d'ictère avec fièvre. Il avait été traité par la quinine, les purgatifs, jalap, rhubarbe et calomel. Il sort le 5 octobre.

Entre de nouveau à l'hôpital le 23 octobre 1877. A son entrée, il accuse de la fièvre. Prescription : sulfate de magnésie 20 gr.; potion : quinine, 1 gr. 50 et sirop diacode 30 gr.

Le 24, la fièvre continue. Prescription : potion : 'quinine 1 gr. 50, sirop diacode 30 gr.

25 octobre. 4 heures du soir. T. 40,8. Prescription : chocolat, bouillon, lait, albumineuse; potion : aconit et digitale. Quinine 0,75 centig.

26 octobre. 8 heures du matin. T. 40. Albumine dans les urines, pas de bile.

27 octobre. 8 heures du matin. T. 39,4; pouls à 100. Prescription: albumineuse, potion : aconit et digitale; potion : quinine 1 gr. 50, sirop diacode 30 gr.; lavement : décoction de quinquina 150 gr., quinine 2 gr., acide phénique 2 gouttes; manne 30 gr.

4 heures du soir. T. 40, pouls à 100. A eu des vomissements dans la journée à la suite de l'ingestion de la potion de quinine ; ne se plaint que du mal de tête.

28 octobre. 8 heures du matin. T. 39 ; pouls à 100. Langue sèche, rôtie; pas de vomissements, selles abondantes. Albumine dans les urines; urée 16 gr. par litre. 4 heures du soir. T. 40,2; pouls à 108. Respiration à 32. Se plaint de surdité depuis ce matin, Urines assez abondantes.

29 octobre. 8 heures du malin. T. 39,6; pouls à 100. 4 heures du soir. T. 39,6; pouls à 110. Face pâle; n'accuse pas de douleur. Selles diarrheiques involontaires.

30 octobre. 8 heures du matin. T. 39; pouls à 110. Se trouve très fatigué. Langue sèche, rôtie ; soif vive ; haleine fétide. Albumine dans les urines ; urée 12 gr. 10 par litre. 4 heures du soir. T. 39,5; pouls à 116. Respiration à 28. Soif toujours vive ; ne peut se désaltérer. Langue sèche, bouche pâteuse. Pas de vomissements, fuliginosités, surdité. Selles involontaires. Prescription ; bouillon, lait, potion : aconit et digitale, potion : extrait de quinquina et noix -vomique. Lavement amylacé laudanisé ; potion : bismuth 10 gr. 8 heures du soir. T. 40,7.

31 octobre. 4 heures du matin. T. 40. 8 heures du matin. T, 40,2 ; pouls à 112, petit, filiforme, respiration à 40. Hier soir, vers 7 heures et demie, perte de connaissance, selles involontaires; odeur mauvaise; carphologie. Plaques violacées sur les fesses, les hanches et dans le dos. Avant la mort, sang noir très pauvre en matière colorante; globules 1,564,000 paraissant plus petits, quelques-uns allongés en forme de poire.

Décédé le 31 octobre 1877 à 10 heures du matin. Autopsie faite 5 heures après la mort.

Habitus extérieur. — La face est légèrement jaune , le reste du corps est pâle. Anémié.

Abdomen. — A l'ouverture de l'abdomen, on trouve le grand épiploon étalé et un peu con gestionné, mais sans trace d'adhérences; l'intestin grêle est ratatiné et présente des ecchymoses visibles à travers la tunique séreuse. Le gros intestin est fortement dilaté et offre des plaques rouge-violacé et des endroits manifestement anémiés et sur le point de se perforer. La vessie est distendue et contient 500 gr. de liquide. Urines jaunes contenant de l'albumine et urée 12 gr.-18 par litre.

Estomac. — L'estomac contient des gaz et environ 300 gr. de liquide incolore; la muqueuse est pâle; sang au niveau du grand cul de sac. On rencontre encore dans la région de la grande courbure deux petites ulcérations pâles à bords taillés à pic.

Intestin grêle. — L'intestin grêle contient des matières fortement colorées par la bile; la muqueuse est parsemée d'ankylostômes et est le siège de nombreuses ecchymoses dont le diamètre varie entre 1 et 6 à 7 millimètres. Ces ecchymoses sont plates, sans saillies ; elles siègent sous la muqueuse et offrent très souvent à leur centre un petit point plus foncé. Dans un certain nombre d'entre elles, on trouve un ankylostôme fortement attaché au centre. Enfin si Ton incise les plus volumineuses, on constate, dans la tunique celluleuse la présence d'un de ces ankyloslômes déjà signalés à la surface de la muqueuse. Ces lésions existent dans toute l'étendue de l'intestin grêle; nulle part, il n'y a traces d'ulcérations.

Gros intestin. — Les lésions du gros intestin sont les suivantes : depuis le cœcum jusqu'au rectum, la muqueuse est parsemée de Vastes utcérations taillées à pic et limitées par un rebord ,'œdématié et fortement hypérémié; variables de forme, d'étendue et de profondeur, ces ulcérations sont irrégulières et offrent un fond grisâtre, sanieux, formé de parties mortifiées qui contrastent fortement avec le bourrelet ecchymotique. Entre ces ulcérations, on trouve de véritables petites tumeurs rouge-violacé ecchymoliques, présentant au centre un point gris gangréné. A la coupe on voit que cette tuméfaction est due à un état œdémateux inflammatoire de la celluleuse. Depuis ces boursouflements de la muqueuse jusqu'à la disparition d'une partie de la tunique musculaire de l'intestin, on trouve tous les intermédiaires. Les matières fécales sont grisâtres, fétides et ne contiennent pas de sang. Les ganglions mésentériques sont assez volumineux, mais durs et criant sous le scalpel.

Foie. — Le foie pèse 1970 gr. Son tissu est ferme à la coupe ; il offre des alternatives de tissu brun et blanc, mais il n'est point exangue. L'examen microscopique dénote l'existence de la graisse dans les cellules

des parties qui paraissent blanches. Les cellules ne sont paa déformées ; les contours sont visibles, ainsi que le noyau et le proloplasma.

Rate. — La rate est volumineuse, 750 gr., mais dure et ferme. Son tissu paraît un peu sclérosé.

Reins. — Les reins semblent normaux à l'examen macroscopique et pèsent ensemble 425 gr.

Thorax. — Rien de particulier dans le thorax.

Il serait difficile de se rendre compte de lésions aussi profondes et aussi étendues, rapidement développées, sans l'intervention d'une cause spécifique générale. Pendant la vie, on ne pouvait soupçonner l'étendue des désordres ; les selles étaient fétides, mais elles contenaient à peine quelques traces de sang. Du reste, si les lésions sont très considérables dans le gros intestin, elles sont encore généralisées à l'estomac et à l'intestin grêle ; dans l'estomac on note deux ulcérations, et dans l'intestin grêle de nombreuses ecchymoses. On ne peut pas invoquer la nature paludéenne de l'affection ; la quinine a été donnée à haute dose et jusqu'à saturation, et elle n'a point réussi à enrayer la marche véritablement effrayante des symptômes ; la rate était volumineuse, mais dure et fibreuse.

Je serais disposé à voir dans ce fait un cas de typhus dysentérique, signalé déjà par Thouvenot, pendant une épidémie de fièvre jaune au Sénégal; c'est, en un mot, une dyseiitérie gangréneuse consécutive à une lièvre inflammatoire. Cet homme était déjà entré à l'hôpital pour embarras gastrique fébrile, accompagné d'un ictère assez fréquent dans la seconde période de la fièvre inflammatoire. 11 est sorti de l'hôpital sans être bien rétabli, et au dehors il s'est sans doute mal soigné. L'influence morbifique continuant à agir a manifesté toute son action sur le tube digestif. Un sang altéré ; des vaisseaux mal nourris et disposés à se dilater et à s'hémorrhagier ; des matières septiques provenant des décompositions; en voilà assez pour produire les désordres que nous avons constatés. Les lésions se sont produites dans le gros intestin, mais elles auraient pu aussi bien se produire dans l'intestin grêle, comme dans le cas de Contât, ou dans l'estomac, comme dans celui de Carlotti.

5. Du côté du foie, de la rate et des reins, on peut observer aussi des complications. Déjà, à propos de l'anatomie pathologique, nous avons donné une idée des lésions que l'on pouvait

rencontrer dans la rate ; mais, en somme, ces altérations n'entraînent avec elle9 aucun symptôme appréciable, et il est difficile de les diagnostiquer.

Le foie qui devient mou, graisseux, qui a un aspect lavé, peut, dans des conditions assez rares, présenter des abcès ; mais ce n'est toujours qu'après un temps très long. Les abcès du foie n'évoluent pas à la Guyane avec la même rapidité qu'au Sénégal. Je me rappelle avoir donné des soins, au Maroni, à un chercheur d'or. Il présentait de la fièvre avec point hépatique. Je croyais encore à la fièvre paludéenne avec ses formes les plus protéiques. Je donnais de la quinine, et rien n'arrêtait la fièvre ni la douleur au niveau du foie. Je pensais encore que le foie fonctionnait beaucoup et j'essayais par la quinine et d'autres moyens à modérer son action ; je me trompais. Après avoir reconnu l'inefficacité de mon traitement, je le changeai et j'administrai un ipéca pour stimuler les organes et surtout l'organe hépatique. Le malade se rétablit promptement. Je lui recommandai de rentrer en France et den<: plus retourner dans lesplacers.il retusa d'écouter mes conseils et s'exposa comme de plus belle au refroidissement et aux fatigues inhérentes à son métier. Huit mois après, il venait mourir à Cayenne d'un abcès du foie communiquant avec les poumons. Etait-ce un abcès du foie consécutif à la fièvre intermittente, dite paludéenne, ou à la fièvre inflammatoire? Je croirais plus volontiers à la seconde opinion.

Du côté des reins, on peut observer des complications. Il peut exister de la néphrite ; quelquefois, en effet, pendant la convalescence des cas insidieux du troisième degré, on remarque des tubuli.Xe tissu rénal peut s'altérer et on peut observer des néphrites parenchymateuses.

11 n'est pas impossible d'observer des hémorrhagies ; mais, pour ma part, je n'en ai pas vu.

Complications se rapportant aux téguments, aux tissus et aux os. — Du côté de la peau, on rencontre souvent des abcès, des furoncles et des anthrax, et différentes éruptions accidentelles, telles que le lichen tropicus et l'eczéma. Les panaris ne sont pas rares.

On remarque souvent des abcès volumineux qui se développent rapidement et qui ne présentent ni chaleur, ni rougeur; ils laissent s'écouler un liquide sanieux, rougeâtre et purulent,

toujours très fétide; ces abcès s'ouvrent très vite au dehors quand on ne les devance pas avec le bistouri ; ils mangent, pour ainsi dire, la peau, qu'on me passe cette expression qui rend assez bien compte du fait, quelquefois sur une assez grande surface et de dedans en dehors.

On voit, dans quelques cas, se développer des érysipèles suivis de gangrène. C'est surtout à la face qu'ils se développent. On invoque souvent la piqûre d'insectes la plupart du temps inoffensifs et souvent cette piqûre n'existe pas; il vaudrait mieux, à mon avis, invoquer une cause interne de la nature de celle que nous étudions. Les lymphatiques et les ganglions peuvent se prendre, ce qui rend compte de ces poussées érysipélateuses qu'on observe aux membres inférieurs avec développement considérable du tissu cellulaire, ainsi que des adénites et des orchites qui ne sont pas rares.

Avec la période fébrile, il se développe quelquefois sur les conjonctives de véritables taches ecchymotiques qui, en disparaissant, laissent une teinte jaune. Les conjonctivites sont très fréquentes pendant ou après les épidémies de fièvre inflammatoire, surtout quand règne en même temps une constitution catarrhale. Elles ont pour caractère principal d'être contagieuses et de présenter dans les douleurs de véritables intermittences ; les douleurs sont plus fortes la nuit.

On observe dans quelques cas de l'emphysème sous-cutané sans cause apparente.

Eufiu, il n'est pas rare d'observer une tendance à la pyoémie. Ou est souvent étonné de rencontrer à l'autopsie des hommes morts de fièvre inflammatoire du pus dans les articulations, dans les cavités séreuses et même dans les tissus. C'est une véritable infection purulente, sans traumatisme, sans plaie extérieure ; cette tendance à la formation du pus est manifeste dans la fièvre inflammatoire.

On sait que les fièvres typhoïdes se compliquent quelquefois de phlegmasies gangréneuses plus ou moins étendues. Si nous démontrons que la fièvre inflammatoire est comme la fièvre typhoïde une maladie générale, on pourra bien admettre que l'une pourra produire des désordres analogues à l'autre.

Dernièrement, nous remarquions dans le service de M. le médecin en chef Duplouy, professeur de clinique chirurgicale

à l'école de médecine navale de Rochefort, un jeune matelot qui n'était porteur d'aucune diathèse et qui pourtant était atteint d'ostéite chronique de l'humérus du côté droit et du fémur du côté gauche. Notre éminent professeur, qui montrait ce malade à sa clinique, rapporta l'affection dont le sujet était porteur à une fièvre muqueuse qu'il avait eue quelques années auparavant.

Je pensai alors à ces cas si nombreux d'ostéite, de périostite et de phlegmons diffus, qu'on observe tous les jours à la Guyane, sans pouvoir les expliquer d'une manière satisfaisante, et qu'il serait si facile d'interpréter en tenant compte de la fièvre inflammatoire qui les précède souvent.

Un homme entre à l'hôpital avec la fièvre et sous l'influence de l'air méphitique respiré à l'hôpital même, la tièvre augmente d'intensité; au bout de quelques jours, on remarque un gonflement œdémateux de la jambe, et au bout de û8 heures, on voit une immense surface qui va se gangréner et qui laissera à nu une vaste plaie suppurante. D'autres fois, l'escharre, en tombant, a laissé à découvert une partie d'os qui se nécrose. Ce serait là une explication bien plausible de l'ulcère phagédénique des pays chauds, encore inexpliqué à la Guyane, où il est très fréquent. M. Chapuis en a observé 2,812 cas sur 8,373 transportés admis en 1861 dans les hôpitaux de la colonie.

Il faut, en effet, avoir observé à la Guyane pour se rendre compte du nombre d'ulcères et de. plaies gangréneuses qui se développent souvent à l'hôpital même. La cause proviendrait, par conséquent, de l'état dyscrasique irritant du sang, et l'ulcère ne serait qu'une complication secondaire. On pourrait ainsi expliquer tous ces cas de phlegmons diffus, d'ostéite et de périostite, et même d'onyxis, que notre ami, M. le Dr Maurel, a parfaitement bien étudiés, mais pour lesquels il a eu le tort, à notre avis, de ne pas tenir compte de cette sorte de diathèse amenée par ces maladies inflammatoires.

Nous venons d'étudier la manifestation active, soudaine pour ainsi dire, de ces intoxications spéciales. Elles présentent encore des manifestations plus lentes; elles agissent, elles aussi, comme des empoisonnements à froid, pour meservirde l'expressiou de M.Jules Rochard, et déterminent alors des cachexies. Je suis persuadé, pour ma part, qu'il est beaucoup de cachexies appelées vulgairement paludéennes, auxquelles il vaudrait

CHA1MTRE VII.

mieux donner un nom générique quelconque, cachexie miasmatique ou autre, pour ne pas préjuger la cause qui leur a donné naissance.

Le béribéri, affection encore si peu connue et sur laquelle on discute beaucoup, pourrait bien n'être qu'une cachexie de cette nature. A ce propos, sans parler du remarquable article traitant ce sujet, publié par MM. Fonsagrives et Leroy de Méricourt dans les Archives générales de médecine de 1861, et pour ne parler que de ce qui a été observé à la Guyane, qu'il me soit permis de citer un rapport de M. Kérangal sur cette question.

a Le 10 du mois de décembre 1865, entrait en rade deCayenne le Duguay- Trouin, bâtiment de commerce, amenant un convoi de travailleurs indiens, au nombre de 400. Ce bâtiment fut d'abord mis en quarantaine d'observation de huit jours. Une vingtaine d'hommes entrèrent à l'hôpital atteints de béribéri. Cette maladie ne s'était déclarée sur eux qu'à la fin de la traversée, comme cela arrive d'ordinaire, probablement sous l'influence de l'encombrement, de la mauvaise nourriture et du peu de soins qui les entoure. 11 m'a semblé reconnaître la marche des hydropisies essentielles, taisant infiltrer le mal dans toutes les parties du corps à la fois, mais surtout à l'épigastre et à l'hypogastre. Ce même épanchement peut disparaître et reparaître dans le cours de la môme maladie.

« Le symptôme le plus grave pour moi est la grande gêne apportée à la respiration, et cette gêne existe souvent chez un sujet qui présente fort peu d'infiltration apparente. Cette dyspnée, paraissant par accès qui s'accompagnent d'une toux sèche, a fait penser que la mort était peut-être déterminée par une infiltration de la glotte et de l'ouverture pharyngienne du larynx. Je dois dire que sur un des malades qui ont succombé, dont nous avons examiné le larynx, nous n'avons jamais rien trouvé qui pût nous faire confirmer cette assertion, tandis que nous n'avons jamais manqué de trouver le cœur nageant dans une énorme quantité de sérosité qui distendait le péricarde, et dans le cœur d'énormes caillots déjà organisés uvaut la mort du sujet ; pour nous, voilà la cause certaine de l'asphyxie cl de la mort.

« L'innervation n'est nullement atteinte dans cette affection ; les malades conservent leur intelligence jusqu'au dernier moment. Il y a un peu d'agitation : elle est due simplement à la gêne de la respiration. L'appétit est toujours le même jusqu'à l'agonie. La circulation présente des irrégularités incroyables; lorsque la maladie est avancée, le pouls se sent à peine. Cependant, si vous venez à parler au malade et à le faire sortir de sa torpeur, le cœur se ranime, le pouls devient assez fort et monte à 120 ou 4 30 pulsations, de 60 qu'il avait, pour redevenir quelques instants après filiforme.

La chaleur diminue â mesure que l'hydropisie augmente. Les battements du cœur sont d'autant plus sourds que la sérosité du cœur est plus abondante. 11 semblerait que le cœur a de la peine à chasser le sang artériel dans l'aorte et surtout dans l'artère pulmonâire.'.Seraient-ce ces énormes caillots, que nous avons trouvés dans toutes les autopsies de béribéri, qui généraient le jeu des valvules et feraient ainsi arriver dans les artères du sang incomplètement arlériàlisé ? d'où reconstitution insuffisante des matériaux chassés par les sécrétions et les excrétions, et par suite désordre dans les grandes fonctions physiologiques. Nous trouvons, il est vrai, ces mêmes caillots dans la plupart des maladies de la Guyane, dans l'anémie très avancée, mais ils ne donnent pas lieu aux mêmes symptômes ou du moins à des symptômes aussi aigus.

« Les autopsies que nous avons faites à la Guyane ont un peu différé de celles indiquées par les auteurs. Les épanchements internes sont plus ou moins étendus dans les méninges, dans les plèvres et le péritoine ; ils manquent quelquefois. Quant au péricarde, nous l'avons toujours trouvé distendu par une énorme quantité de sérosité. Le sang est aqueux, ruti lant, couleur groseille, quelquefois noirâtre; l'infiltration des poumons s'est souvent rencontrée. Le volume de la rate, loin d'être diminué, s'est toujours trouvé double ou triple de son él£t normal; elle était souvent, ainsi que le foie, fortement indurée. La vessie a été le plus souvent trouvée vide; une fois, elle contenait une certaine quantité d'urine. Le cerveau et la moelle épinière ont été trouvés ramollis dans un eas, indurés dans les deux autres. Le cerveau et les méninges sont plus ou moins congestionnés, comme dans toutes les asphyxies. Enfin, toujours des caillots dans le cœur, ce que l'on remarque dans presque toutes les autopsies faites à la Guyane, surtout sur des sujets qui succombent à une anémie profonde; caillots qui ne sont pas dus seulement à un ralentissement de la circulation, mais à une altération profonde quelconque du sang, qui fait que ce fluide a la plus grande tendance à déposer sur un point quelconque de l'arbre circulatoire ses éléments fibrineux.

« Rien de particulier dans le tube digestif. Les poumons offrent quelquefois des traces de congestion passive. Le cœur présente une hypertrophie excentrique du côté droit, due évidemment à la gêne apportée au jeu des valvules par la présence des caillots.

« Quant au sang , il est assurément altéré dans ses éléments. D'après M. Bonnet, qui l'a examiné au microscope, les globules sont désorganisés, altérés dans leurs formes et presque complètement décolorés; les globules blancs sont plus nombreux.

« Le traitement est des plus simples, et réussit dans la plupart des cas, si les malades sont à terre et sont traités dans un hôpital où tous les soins sont réunis autour d'eux. Il parait qu'à la mer aucun traitement ne réussit

et que la plupart des malades succombent. Aussi, le premier soin d'un capitaine, dont l'équipage se trouve pris du béribéri, est de relâcher au premier endroit venu.

« ACayenne, le traitement consiste en tisanes nitrées, 2 à 3 pilules d'Anderson pour tenir le ventre libre et maintenir l'appétit qui, du reste, ne faiblit pas; à appliquer un large vesicatoire sur la région du cœur et faire des frictions sur tout le corps avec le baume opodeldoch. »

J'ai tenu à rapprocher cette description du béribéri des faits que l'on observe assez souvent à la Guyane. M. Kérangal pense que cette maladie est due à l'influence paludéenne, aux émanations des cales des navires. N'est-ce pas là une exagération de la doctrine du paludisme? Ne peut-on pas admettre un miasme animé dû à l'encombrement et aux mauvaises conditions hygiéniques? Mais je tiens à faire une réflexion qui paraîtra peut-être hasardée ; elle porte sur la nature de ce miasme. Les navires qui transportent les coolies de l'Inde en Amérique ne les prennent le plus souvent qu'après en avoir rapatrié des Antilles et de la Guyane. Il est très possible qu'au retour dans l'iDde des fièvres inflammatoires sévissent sur les rapatriés et développent des germes. Dans l'Inde, les navires ne sont probablement pas parfaitement nettoyés. Les coolies que l'on embarque pour les pays d'Amérique n'étant pas toujours dans de très bonnes conditions de santé et trouvant un milieu peu convenable, contractent une maladie spécifique entraînant à la paralysie ou à l'hydropisie et qui n'est autre que le béribéri. Il n'est donc pas besoin de faire intervenir l'action du marais nautique ; les germes existent sur les navires mal tenus et leur puissance d'action paraît en rapport avec leur degré de concentration. Ils agiraient d'abord en provoquant la fièvre inflammatoire qui, à la longue, pourrait amener un retentissement sur les organes hématopoiétiques ; ce qui expliquerait la forme hydropique ou bien pourrait agir sur l'axe médullaire en déterminant une lésion des cellules des cornes antérieures, ce qui rendrait compte de la forme paralytique.

On voit souvent à la Guyane des coolies à peine arrivés dans les placers mourir subitement d'hydropisie généralisée. Mais il faut remarquer que presque toujours ces hommes ont quitté le chef-lieu déjà malades et en proie à la maladie qui les emporte, parce qu'ils ont été brusquement exposés au froid, à

l'humidité et à une mauvaise nourriture. Ceux d'entre eux qui arrivent sur les placers, en bonne santé, non seulement apparente, mais réelle, ont bien des chances de se bien porter. Ce quo je dis des coolies s'applique à toute personne quittant Cayenne pour aller dans les placers. Pour étayer notre opinion nous remarquerons que le béribéri est très fréquent à Cuba où la fièvre jaune, et à plus forte raison la fièvre inflammatoire, est endémique. On lui donne le nom de maladie des sucreries.

C'est pour en arriver à ces considérations pratiques sur lesquelles je ne veux pas m'appesantir davantage que j'ai entrepris de parler du béribéri comme d'une complication possible de la fièvre inflammatoire.

Le scorbut doit se rapprocher naturellement du béribéri. Si l'on consulte l'historique que nous avons donné aussi complet que possible, dans le but de baser notre opoinion sur des faits acquis depuis un grand nombre d'années, on est frappé du nombre de cas de scorbut qui se développent aux Iles du Salut. M.Chapuis, dans le 1er trimestre 1862, constate qu'il y aeuaux Iles du Salut moins d'entrées, mais plus de moitié de décès pour plaies, ulcères, dysentéries et scorbut.

« Il est difficile, dit-il, de déterminer à quelle cause sont dues ces différences à un intervalle si rapproché. Il faut reconnaître que nous traversons une période malheureuse, comme on doit s'attendre à en voir quelquefois dans une réunion d'hommes qui se renouvellent sans cesse, mais dont le premier noyau accumule chaque année les effets délétères de l'influence du climat, effets qui se manifestent à un moment donné, sans que rien ne provoque cette explosion au moment où elle éclate, de sorte qu'elle resterait inexpliquable si on en cherchait la cause datis les circonstances présentes, au lieu de se porter en arrière. Les influences endémiques n'agissent donc ici que d'une manière déterminée en affaiblissant la constitution ; c'est alors un<; cause prédisposante à laquelle viennent s'ajouter plus tard des causes déterminantes analogues à celles qui agissent dans les prisons, les bagnes, au sein d'une armée, à bord d'un vaisseau et qui sévissent avec d'autant plus d'intensité qu'elles ne trouvent ici que des organismes affaiblis, des constitutions détériorées. »

L'opinion d'un homme aussi compétent, que M. Chapuis, que

nous avons pris soin de reproduire, nous dispense de tout commentaire. M. Chapuis est obligé d'invoquer le miasme humain pour expliquer la plus ou moins grande fréquence des plaies, des ulcères, de la dysentérie et du scorbut. Aussi toutes ces complications peuvent-elles être le fait de la fièvre bilieuse inflammatoire dont la cause est, selon toutes probabilités, un germe animé.

Pour résumer toutes les digressions que nous avons faites à propos des complications, nous dirons qu'elles nous paraissent toutes en rapport avec l'altération du sang sous l'influence d'une cause infectieuse. Elles peuvent se manifester pendant la maladie ou la convalescence en agissant localement sur certains »rganes; ou bien elles se montrent à longue échéance sous forme de maladies générales.

Nous avons terminé la description de la fièvre dite bilieuse inflammatoire. Peut-être serons-nous accusé d'exagération? Peut-être trouvera-t-on que nous avons chargé le tableau ? Nous nous attendons à ce reproche et nous nous y soumettons.

Cependant il y a bien longtemps que nous faisons des réflexions sur la maladie que nous venons de décrire et plus nous marchons dans cette étude, plus nous trouvons la question bien simple. Notre opinion est soutenable, car elle est basée sur' des faits observés scrupuleusement et consciencieusement. Si nous n'avons pas d'autre mérite nous avons au moins celui de n'avoir rien négligé pour nous éclairer.

Tout nous paraît clair, avec l'idée que nous avons de la mala- • die; tout, au contraire, nous paraît diffus, avec les idées; reçues sur les fièvres paludéennes.

Nous allons bientôt essayer de rechercher la cause de la fièvre ; inflammatoire et de voir en quoi elle se sépare de la fièvre dite ■ paludéenne. Si nous ne trouvons pas cette cause, si nous nepouvons la saisir dans son essence même, il n'en sera pasmoins établi, par tous les faits que je viens de faire passer sousles yeux du lecteur, que la fièvre bilieuse inflammatoire est une maladie endémique à la Guyane, qu'elle est probablement de nature infectieuse, c'est-à-dire qu'elle trouve dans ce paystoutes les conditions pour se développer et s'étendre, et en même ! temps contagieuse, c'est-à-dire transmissible au dehors. Il sera enfin établi qu'elle tient sous sa dépendance directe beaucoup

de complications qui sont souvent considérées à tort comme des maladies ordinaires , nées de causes banales. Ces complications méritent d'être bien connues, d'abord pour le médecin qui comprendra mieux la nature du mal et pourra mieux l'atteindre; pour l'hygiéniste, qui pourra prendre les mesures de précaution nécessaires pour empêcher le fléau de s'étendre ou de se développer sur place et enfin pour l'administration, qui pourra accorder une pension à une veuve dont le mari aura succombé à une maladie véritablement endémique.

Etiologïe.

Nous abordons la partie la plus délicate et de beaucoup la plus difficile de ce travail, celle qui a trait à l'étude des causes, et nous n'entendons pas seulement parler des causes banales et accessoires dont il faut certainement tenir compte, mais qui ne sont point suffisantes pour expliquer la genèse des maladies; nous tâcherons de deviner et de pénétrer la nature même des causes primordiales. Si nous ne parvenons pas, ce qui est probable, à trouver le véritable corps du délit, au moins nous pourrons peut-être montrer dans quel ordre il faut le rechercher ; nous ferons voir les horizons qui nous paraissent ouverts et nous indiquerons la route à suivre pour les recherches ultérieures.

L'histoire des maladies des pays chauds est encore bien obscure, et elle ne pourra s'élucider que le jour où l'on renoncera à ne s'occuper que d'un symptôme pour étudier la maladie en elle-même, dans sa nature et ses affinités avec les espèces • voisines ; quand enfiu on cherchera à connaître les relations qui existent entre les différents symptômes qui paraissent souvent disparates, et qui, dans bien des cas, dépendent d'une seule et; même cause, et ne sont que la conséquence du même procès- • sus, qui s'est localisé dans un point plutôt que dans un autre.

Il faudra s'attacher à faire rentrer les cas rares dans les faits ? communs ; là est toute la clef de la pathologie.

Si l'on se rapporte au long historique que nous avons donné des maladies qui précèdent, accompagnent ou suivent lesépidémies de fièvre jaune , on voit qu'elles présentent des caractères particuliers qui ne sont pas toujours bien tranchés ett qui peuvent induire en erreur. Aussi, on voit les observateurs différer d'opinion sur la nature de maladies à peu près identiques. Les uns se basent sur la bénignité relative de la maladie et sur la moins grande rapidité d'évolution; les autres sur lai forme plus rémittente de la fièvre ou sur les rechutes qu'elle est susceptible de présenter.

ÉTIOLOGIE.

Pour bien fixer les idées à ce sujet et tirer tout de suite une conclusion légitime de tous les faits que nous avons soigneusement enregistrés dès le commencement de cet ouvrage, nous n'avons qu'à prendre quelques exemples.

Nous voyons, en 1858, M. Chapuis établir que sur un point de la Guyane, qui a toujours été regardé comme un des plus salubres, les Iles du Salut, il existe une cause inconnue, sous l'influence de laquelle la maladie se développe chaque fois qu'elle trouve un nouvel aliment, et qu'à chacune des époques la maladie frappe non seulement les nouveaux arrivés, mais encore accidentellement quelques hommes habitant la colonie depuis plus ou moins longtemps, mais se trouvant au milieu des foyers épidémiques. Il dit qu'il y a eu deux apparitions de fièvre jaune coïncidant toutes deux avec l'arrivée d'un convoi de transportés venant de France, et sévissant sur le petit nombre des nouveaux arrivés, qu'on était obligé de laisser aux Iles du Salut. Sachant ce qui se passe d'ordinaire à la Guyane, nous sommes en droit de penser que la fièvre jaune n'avait point totalement disparu dans l'intervalle des deux convois, mais que les foyers subsistaient et que les formes avaient un peu varié. Notre conclusion est basée sur ce fait qu'à mesure que l'on s'éloigne du moment de l'arrivée des nouveaux transportés, la maladie paraît moins grave, et les cas ne présentent plus cette marche rapide et cette terminaison funeste. C'est qu'en effet le poison semble s'épuiser de lui-même quand il n'a plus de victimes toutes prêtes; mais il reste à l'état latent et ne disparaît que d'une manière incomplète. Il ne meurt point tout à fait; il perd de sa force. Un autre enseignement à tirer de cette partie de l'historique, c'est que la fièvre jaune ne règne à ce moment même qu'aux Iles seulement et nullement sur d'autres points moins salubres de la colonie.

En 1873, M. Senelle, qui a longtemps pratiqué à la Guyane, et dont l'autorité ne peut être contestée, fait remarquer que dans l'épidémie de lièvre jaune qui a sévi aux Iles du Salut, pendant le premier trimestre, les débuts ont été insidieux au point que le médecin de première classe, chargé du service de santé sur ce pénitencier, attribue les deux premiers décès, l'un à une lièvre infectieuse à forme typhique et l'autre à une fièvre pernicieuse à forme ataxique, caractérisant les cinq premiers

cas de fièvre infectieuse à forme typhique. « M. le chef de service de santé, ajoute M. Senelle, ne fait dater le premier cas de lièvre jaune que du 29 décembre, et il le constate chez un transporté arrivé dans la colonie depuis trois mois, et employé comme infirmier dans l'hôpital militaire où étaient couchés des soldats atteints de cette fièvre. Je n'ai jamais admis cette manière d'interpréter les faits. Si l'infirmier, chargé de faire le service dans la salle des militaires, a contracté la fièvre jaune, c'est que ces militaires l'avaient. »

En 1873, la fièvre jaune apparaît sur le pénitencier du Ma-roni ; elle manifeste ses effets sur le personnel libre et les militaires. Après une première poussée assez forte, elle diminue d'intensité, et c'est à ce moment que M. Dupont a observé une; maladie qu'il a décrite sous le nom de fièvre rémittente dans lai zone torride, s'inspirant du mémoire de M. L. Colin sur la fièvre ! typhoïde palustre. A l'autopsie, ,on constatait l'intégrité des; plaques de Peyer et des ganglions mésentériques. La maladie j qu'a observée notre collègue est la même que celle que nous dé- • crivons sous le nom de fièvre inflammatoire. Nous ne voulons? point lui disputer le nom, mais bien la nature sur laquelle, dut reste, il ne se prononce guère.

En 1876, M. Maurel observe au Maroni la fièvre à rechutes ett la typhoïde bilieuse, après une épidémie de fièvre jaune signalée? par M. Alavoine.

M. Infernet, succédant à M. Maurel, constate une maladie3 avec un terrible caractère épidémique, qu'il appelle alternativement fièvre à rechutes, typhoïde bilieuse et enfin typhus amaril..

En 1877, j'ai observé les mêmes fièvres que mes prédécesseurs, et j'ai vu les rapports directs qu'elles présentaient avec: la fièvre jaune.

On peut voir, en effet, par mes rapports détaillés, comment, par l'observation et l'analyse rigoureuse des faits, j'ai été amené à établir la relation de ees fièvres décorées de tant de noms différents avec la fièvre jaune véritable.

La marche spéciale de la maladie, l'état épidémique sous lequel elle se présente et la contagiosité, voilà déjà autant de faitsbien établis qui nous guideront dans l'étude que nous avons à faire sur la nature de ces fièvres, et nous voyons déjà de quel côté nous devons diriger nos investigations. ,

ÉTIOLOGiE.

Quoi qu'il en soit, nous allons discuter les principales théories capables de nous expliquer tous les phénomènes qui se rapportent à la maladie que nous avons cherché à dépeindre.

Au point de vue de la cause, deux théories peuvent être mises en présence : la théorie du germe contage et la théorie paludéenne ou tellurique. 11 nous faut dire quelques mots de chacune d'elles avant de rechercher celle qui s'adapte le mieux à l'explication de la fièvre bilieuse inflammatoire.

A. Théorie du (ferme contage.

Si l'humanité doit aux notions théoriques, acquises par Ampère sur les courants électriques, la méthode de télégraphie la plus merveilleuse, elle doit aux recherches de M. Pasteur les méthodes chirurgicales antiseptiques. Elle lui devra bientôt, nous osons l'espérer, la méthode antiseptique dans les maladies internes.

De la comparaison sérieuse de l'action du ferment avec ce qui se passe dans quelques maladies contagieuses, est née la théorie du germe ruorbifique.

Leuvenhoeck, dès le commencement du siècle dernier, avait découvert avec son microscope très imparfait, dans divers produits organiques, tels que les matières intestinales et le tartre dentaire, de petits corps filiformes, extrêmement minces, qui reçurent plus tard le nom de vibrioniens, en raison de la motilité dont ils sont doués. On n'aperçoit en eux nulle organisation distincte, appréciable même aux instruments actuels. Les uns ont des mouvements vacillants, non flexueux, autour de leur centre et de leurs extrémités, ce sont les bactéries. Les autres, des mouvements ondulatoires, ce sont ceux du genre vibrio. D'autres se meuvent en spirale, ce qui leur a valu le nom de spirilla.

M. Pasteur découvrit qu'en apportant de profondes modifications dans la constitution chimique des milieux où ces organismes se développent, ils devenaient les agents d'un grand nombre de fermentations.

Les vibrioniens se classent en catégories très diverses par la manière dont ils se comportent avec les milieux. Les uns ne vivent que dans l'oxygène et l'air libre, ce sont les aérobies de

M. Pasteur ; les autres ne prennent l'oxygène qu'en ;i'enlevant a des combinaisons organiques dont ils font partie, ce sont les anaérobies. On en voit qui résistent à une température de plus de 100° et d'autres qui périssent à moins de 50. Il en est de même de la dessiccation qui tue ceux-ci et que ceux-là subissent sans périr. Ce qui, en l'absence de tout autre caractère, fait reconnaître en eux des distinctions profondes, c'est le mystérieux caprice qui les dirige dans le choix de leur habitat.

Les variétés de propriétés révèlent chez les vibrioniens des variétés d'espèces tout aussi distinctes que si elles s'exprimaient par des caractères appréciables à la vue.

En 1 850, M. Davaine avait signalé dans le sang des animaux atteints de sang de rate, la présence d'un vibrionien immobile, qu'il appela bactéridie. Cette découverte, éclairée et développée par M. Pasteur, fournit une application frappante à la théorie moderne du gerbe morbiûque.

Pour répondre à l'objection posée par M. Chauveau, déclaant qu'il serait disposé à voir le contage dans la bactérie, si l'on parvenait à laver le vibrion de tout soupçon de contamination de la part du sang de l'animal charbonneux, M. Pasteur a fait des cultures. Il s'est assuré d'un liquide capable d'offrir un habitat convenable au vibrion ; il l'a trouvé dans l'urine. Il s'est servi de ce liquide pour cultiver la bactéridie et l'y faire passer par un nombre de lavages et de générations assez grand, pour qu'il fût impossible qu'il lui restât rien du liquide au sein duquel elle avait été originellement reconnue. Ainsi lavée et purifiée, la bactérie inoculée a produit le charbon; et, d'un autre côté, le liquide dans lequel elle avait été cultivée, filtré convenablement, a pu être injecté sans donner la maladie.

Pour dissiper tous les doutes, M. Pasteur pousse la dilution à un degré très élevé. On mélange d'abord une gouttelette, une trace de sang charbonneux, avec une quantité notable d'urine parfaitement pure ; puis, quand la bactéridie a pullulé dans ce nouveau véhicule, on y prend une nouvelle gouttelette qu'on dépose dans une même quantité de liquide, également pur ; on renouvelle cette expérience dix fois, vingt fois, cent fois, autant de fois que l'on veut; supposons qu'on l'ait fait dix fois et que la gouttelette fût la centième partie du liquide : la gouttelette primitive serait au liquide obtenu comme 1 est à un nom-

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